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vendredi 28 juin 2019

Critique de la raison pratique de Kant : Suffit-il d’être vertueux pour être heureux ? | France culture 09/10/2018



Depuis Aristote, la question de l'action morale était intimement liée à celle du bonheur. Au début de la « Critique de la raison pratique », Emmanuel Kant semble s'éloigner de cette tradition, mais chassé par la porte, le problème du bonheur revient par la fenêtre...

Gravure d'Emmanuel Kant
datée de 1882
Dans la préface de la Critique de la raison pratique, Kant revendique le fait de n’avoir rien inventé de nouveau en termes de philosophie morale : jusqu’où faut-il le croire ?

Kant est en effet celui qui a révolutionné, ni plus ni moins, la conception de la raison comme faculté de connaissance, elle devient avec lui puissance de légifération, elle nous donne une loi pour évaluer la moralité de nos actes.

Ne reste plus, pour être vertueux, qu’à écouter sa voix….

L'invitée du jour :

Michèle Cohen-Halimi, philosophe, professeure de philosophie à l’université Paris 8
Autrice de Entendre raison, essai sur la philosophie pratique de Kant aux éditions Vrin et coordinatrice de Kant, la rationalité pratique aux éditions puf.

Le bonheur n'est pas universel mais particulier à chacun

Le bonheur pour Kant n'est pas un concept, donc l’exigence d’universalité que porte le projet moral de Kant ne peut pas se réaliser dans cette dimension étrangère à la réflexion morale. Pour Kant il n’y a pas de lieu de partage de l’universalité sur cette dimension de la vie, le bonheur, il va d’ailleurs le définir comme un idéal de l’imagination. Le désirable n’est pas une qualité ou un caractère constitutif de l’objet désiré, il est porté et projeté par le sujet lui-même. Et ce sujet qui désire et qui désire son désirable reste dans la particularité de son désir. La doctrine du bonheur pour Kant n’est pas le lieu de l’élaboration de la morale, ce qui ne signifie pas d’ailleurs que chercher son bonheur soit une aspiration immorale mais une aspiration amorale.        
Michèle Cohen-Halimi

La vertu est un chemin sans fin

Il y a un besoin du vertueux dans l’effort de la vertu, parce que la vertu n’est pas le plaisir du devoir accompli, c’est un accomplissement sans relâche, un chemin sans fin. Il faut y consacrer un effort qui doit être soutenu. Si dans cet effort jamais l’aspiration au bonheur n’est satisfaite, il y a une fragilité qui va gagner toute la vertu elle-même. C’est un effet secondaire de l’exigence de pureté et d’inconditionnalité : l’homme dans sa finitude continue d’aspirer au bonheur et cette aspiration, on ne peut pas en faire l’économie.     
Michèle Cohen-Halimi

Le besoin de Dieu

Le besoin de Dieu procède de la constance de l’effort du vertueux, faute de quoi, en fait, il faudrait être héroïque comme Spinoza et persévérer dans la vertu sans jamais être heureux. Est-ce une hypothèse tenable ? Kant juge que c’est trop périlleux. Ce besoin de Dieu qui procède de la continuité de soutenir cet effort moral c'est une théologie morale fondée par la prise en considération de l’impossibilité de faire abstraction du bonheur et du vertueux.     
Michèle Cohen-Halimi

Textes lus par Georges Claisse :
  1. Extrait de la Fondation de la métaphysique des moeurs d'Emmanuel Kant, 1785, Flammarion GF
  2. Extrait de la Critique de la faculté de juger d'Emmanuel Kant, 1790, Flammarion GF
Sons diffusés :
  • Extrait du film Les Derniers Jours d'Emmanuel Kant réalisé par Philippe Collin, 1993
  • Musique de Joséphine Baker, C'est ça le vrai bonheur
  • Extrait du film Pinocchio, Walt Disney, 1940
  • Musique de Jeff Russo de la série TV Fargo, Wrench and number
  • Chanson de Philippe Katerine, Le bonheur

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