Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Que puis-je savoir ? - Que dois-je faire ? - Que m'est-il permis d'espérer ? » Emmanuel Kant

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dimanche 5 mai 2019

Un réfugié n'est pas le réfugié, par Jean Rebuffat | Entre les Lignes 05 mai 2019

«Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge.» (Albert Camus in Sur une philosophie de l'expression)

Un réfugié n'est pas le réfugié

Les excès de vocabulaire amènent aux excès comportementaux et c'est là une responsabilité qui incombe grandement à la classe médiatico-politique (en français, aux journalistes et aux politiques, il faut que je me surveille, moi, l'âge aidant, je commence sérieusement à jargonner). Bref cette inflation qui fait aussi des ravages en maths («Mon équipe devra être à 200%!») est désastreuse. Entre le client Ryanair pris en otage par une grève et l'afflux des réfugiés, qui supposent l'un un crime et l'autre une invasion, nous avons aussi le déjà célèbre «suicidez-vous» de certains gilets jaunes aux forces de l'ordre et l'attaque contre un hôpital d'un certain ministre de l'intérieur d'une certaine République ouest-européenne. Bon d'accord j'avoue. Le CRS SS de 68, je l'assume. C'était un jeu, un excès de vocabulaire à une époque où dire faire l'amour était d'une grossièreté finie (alors, soit dit en passant, que beaucoup le faisaient, l'amour; la preuve, la génération du baby boom), une provocation qu'on savait bien outrée et outrageuse. On ne la pensait pas vraiment (en tout cas moi). Je compte désormais dans ma famille un commissaire de police et deux ou trois autres parmi mes amis proches. Ils sont tous démocrates et s'interrogent sur la manière de remplir correctement leur métier dans le respect des droits de l'homme. Ils ressemblent autant à des officiers SS que moi à un évêque, c'est dire. Et pour celles et ceux qui douteraient, je conseille de comparer la répression qui s'abat sur les black blocs français à la situation au Vénézuela ou au Nicaragua (je prends délibérément deux pays où le régime, au départ, avait toute ma sympathie, très fortement ébranlée depuis).

Tout ça pour vous dire quoi, en fait ? 

J'en reviens à l'afflux des réfugiés, à ce tsunami putatif de toute cette misère du monde qui nous déferle dessus, alors qu'en fait, messieurs dames, c'est un épiphénomène. Même pas un demi pour cent de la population belge! Et que fait la moitié de celle-ci? Elle rejette le réfugié, espère qu'on ne va pas l'accueillir, même provisoirement, ou pire, qu'on va le renvoyer illico dans le pays qu'il fuit. En sous-entendant constamment par le vocabulaire employé qu'il s'agit d'une invasion destinée à profiter de notre si beau système (comme s'il était d'ailleurs illégitime de chercher un peu de prospérité personnelle pour échapper à la désespérance!), on a réussi à déshumaniser ces gens misérables, dans lesquels bien sûr se trouvent certainement une petite proportion de salauds, de crapules et d'antipathiques, le monde n'en manque nulle part). Ce qui fait que je ne désespère pas moi-même?

C'est que quand soudain, par la force des choses, ces égoïstes prêts à marcher sur les droits de l'homme rencontrent non pas le réfugié, mais un réfugié, cette déshumanisation si périlleuse (elle a justifié tous les génocides) s'efface, s'estompe, s'atténue, s'ébrèche et s'assourdit. Et qu'on a vu cent fois des villages se mobiliser pour hurler contre un ordre d'expulsion inhumain quand il vise des gens qu'on connaît et dont on répond parce que rien de ce qui est humain ne nous est étranger. S'il vous plaît, ne retombez pas dans la caricature du seul bon Indien que serait un Indien mort. Et pensez que si Camus n'a jamais écrit que mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde, c'est néanmoins fondé. Cette réflexion s'adresse aussi à mes collègues, si prompt.e.s lors de la journée mondiale de la presse à s'extasier devant l'héroïsme quotidien de la profession, la plus importante et la plus belle au monde, je n'en disconviens pas, à qui je dédie (outre mon édito) l'inverse d'une phrase de Talleyrand car hélas, tout ce qui est excessif n'est pas insignifiant. À la longue, c'est même on ne peut plus signifiant.

Texte © Jean Rebuffat
Photo © Jean-Frédéric Hanssens

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