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jeudi 16 mai 2019

Londres, paradis des ultra-riches, par Eric Albert | Le Monde 16 mai 2019

La capitale britannique a une des plus fortes concentrations d’ultra-riches au monde, grâce à un mélange de qualité de vie, de culture et de niches fiscales. 

Une manifestation mettant en scène le
Royaume-Uni comme « paradis fiscal » en marge du 
Sommet anti-corruption à Londres, en mai 2016
Ils n’ont pas gagné leurs milliards au Royaume-Uni, n’y ont pas d’entreprise importante et n’ont pas de lien particulier avec ce pays.

Et pourtant, la liste des grandes fortunes britanniques, publiée par le Sunday Times dimanche 12 mai, est remplie de milliardaires du monde entier qui ont élu domicile à Londres ou dans les collines verdoyantes anglaises après avoir fait fortune ailleurs.

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A la tête du classement cette année se trouvent deux frères Indiens, Sri et Gopi Hinduja, avec une fortune estimée à 22 milliards de livres sterling (25 milliards d’euros). Leur conglomérat, Hinduja Group, qui comprend une cinquantaine d’entreprises et va du pétrole à la banque, est avant tout situé en Inde.

Arrivent aussi dans le top 10 des plus riches du Royaume-Uni, Len Blavatnik, un Américano-Ukrainien qui a fait fortune dans le pétrole russe, ainsi que son ancien associé Mikhail Fridman. Les oligarques Roman Abramovitch et Alicher Ousmanov sont aussi sur la liste. On trouve enfin les héritiers de la famille néerlandaise Heineken et de la famille suédoise Rausing, qui a fondé Tetra Pak.

Privilège des « non-domiciliés »

Sont-ils donc tous tombés sous les charmes indéniables d’Hyde Park et de la qualité de vie à Chelsea ? « Londres est l’un des plus importants paradis fiscaux au monde », répond Robert Palmer, qui dirige Tax Justice UK, une association de lutte contre l’évasion fiscale.

Il fait en particulier référence au privilège dont bénéficient les non-Britanniques qui sont résidents au Royaume-Uni mais considérés comme « non-domiciliés » fiscalement. En toute légalité, ces « non-doms » ne payent des impôts que sur l’argent qu’ils importent au Royaume-Uni, évitant toute taxation sur leur fortune conservée hors du pays. Les pires abus de ce système ont été limités ces dernières années, mais la base demeure, attirant toujours autant. 


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Selon la société de données Globaldata, Londres compte 4 944 personnes dont la fortune dépasse 30 millions de dollars (26,8 millions d’euros), la plus forte concentration du monde. C’est plus que Tokyo, Singapour ou New York, villes qui en comptent chacune autour de 3 500, et trois fois plus que Paris.

Attractivité fiscale et qualité de vie

Reste que si l’explication fiscale était la seule raison d’élire domicile, les milliardaires viseraient plus probablement Monaco ou Zug, en Suisse. « A choisir, je peux comprendre pourquoi certains préfèrent la vie culturelle ou sociale de Londres, reconnaît M. Palmer. La présence de très bonnes écoles ou universités pour les enfants compte aussi. C’est ce mélange de l’attractivité fiscale et de la qualité de vie qui attire. »

Les milliardaires exigeants peuvent aussi compter sur une impressionnante industrie destinée à combler tous leurs besoins. Majordomes, conseillers en fiscalité, experts en « gestion de la réputation », gérants de fortune, conseillers en philanthropie, spécialistes des divorces hors de prix… Environ 23 000 emplois à Londres sont consacrés à répondre à leurs desiderata.

Toutes les demandes sont possibles, y compris l’organisation d’un mariage avec les chanteurs Elton John et Craig David, ainsi que le ballet du Bolchoï en « guest stars », comme l’a exigé un jour un riche client à l’agence Quintessentially. Cette société de conciergerie, créée en 2000, ne cesse de grandir face à une demande qui va croissant. « L’âge moyen de nos clients baisse également, passant de 55 ans à nos débuts à 44 ans aujourd’hui », souligne Fiona Noble, sa directrice du marketing.

Meilleurs services pour riche

Les nouveaux multimillionnaires sont plus rarement des financiers, progressivement remplacés par des entrepreneurs. S’ils ne vivent pas nécessairement à Londres, ils y passent régulièrement. « C’est l’une des villes où il y a le plus d’hôtels cinq étoiles [76, pour être exact], où la gastronomie, les universités et la possibilité de faire des affaires sont réunies. »

La lecture de Spear’s 500, un annuaire très select des meilleurs services pour riches, donne un aperçu de l’offre. On y apprend que la fiscaliste Angela Calnan est spécialisée dans l’enregistrement des fortunes du Moyen-Orient à Guernesey, vantant la « grande flexibilité » apportée par ses conseils.

Inquiété par un ancien employé qui vous poursuit pour discrimination ? Pas de souci, William Dawson offre ses services d’avocat « pour les questions humaines sensibles et difficiles ». Besoin d’assurer un Stradivarius ? David Foster est le spécialiste du genre et en couvre déjà les risques d’une centaine.

Et puisqu’on est dans la musique, Quintessentially raconte comment l’agence a dû un jour dans l’urgence faire réaliser l’ultrason d’un violoncelle. Un client fortuné venait d’acheter un instrument hors de prix mais avait omis de vérifier qu’il n’y avait pas de vers dans le bois. « Nous avons réussi à le faire dans un hôpital privé, après avoir appelé une centaine d’autres qui nous ont ri au nez », note l’agence. Rien n’est trop beau pour qui peut se l’offrir.

Eric Albert (Londres, correspondance)

Les inégalités au Royaume-Uni risquent d’atteindre un niveau extrême 

Le prix Nobel d’économie américain Angus Deaton a averti, mardi 14 mai, des risques que posent les inégalités au Royaume-Uni, craignant que le pays ne suive le modèle « extrême » des Etats-Unis. Lançant une grande étude sur les inégalités outre-Manche, qu’il va présider pour le compte du Nuffield Trust, une association, M. Deaton estime que le Royaume-Uni doit urgemment tirer les leçons de l’exemple américain, où l’espérance de vie baisse et où les bas salaires stagnent depuis cinquante ans. Il note que le Royaume-Uni est le pays d’Europe Occidentale le plus inégal, même si les inégalités ne progressent plus depuis vingt ans grâce au système de santé gratuit et aux aides sociales reversées aux plus pauvres. Au-delà des questions de richesse, l’étude de M. Deaton va aussi se pencher sur les inégalités entre les sexes, les générations, mais aussi en termes de santé ou de géographie.

Eric Albert (Londres, correspondance)

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