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mardi 2 avril 2019

Macroéconomie allemande: l’ombre portée de Walter Eucken, par Peter Bofinger | telos 27 janvier 2017

Le paradigme de la politique macroéconomique allemande repose sur trois piliers :

1. Une fixation presque religieuse sur l’équilibre des finances publiques, ce qui reflète un scepticisme sur l’efficacité de la gestion de la demande et sur la capacité des États à identifier des projets d’investissement rentables. En 2009, cette philosophie a été légalement consacrée dans le «frein à la dette», qui a été intégré dans la constitution fédérale. Le « pacte budgétaire » qui a été promulgué en 2012 oblige les autres États membres de la zone euro à mettre en œuvre des règlements similaires dans leurs constitutions nationales. La négligence des effets de la politique budgétaire sur la demande conditionne l’approche allemande de la crise de l’euro et l’insistance sur l’austérité à tout prix.

2. Une préférence très forte pour la stabilité des prix en tant qu’objectif global de la politique monétaire, avec une tolérance asymétrique pour les écarts. Alors que les taux d’inflation au-dessus de l’objectif de la BCE (« inférieur, mais proche de 2% ») sont considérés comme dangereux, beaucoup d’économistes allemands ne considèrent pas comme inquiétant un taux d’inflation réel de 1% (Issing, 2016).

3. La conviction profonde que la flexibilité des prix est la contribution la plus importante à la solution des problèmes de chômage. Cela se reflète dans la «modération salariale» allemande des années 2000 à 2007, conçue comme une stratégie de réduction du chômage (Bofinger, 2016). Cela explique également le plaidoyer des économistes allemands pour les réformes structurelles, vus comme la solution principale aux problèmes dans la zone euro.

Ce paradigme spécifiquement allemand a effectivement façonné la politique macroéconomique menée à Berlin, qui contraste fortement avec les politiques des autres grandes économies. Cela s’applique surtout à la politique budgétaire depuis la crise. Alors que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon ont laissé filer des déficits très élevés pendant une période prolongée, le déficit en Allemagne était plutôt limité et dès 2011, il était presque effacé. [...]

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