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mercredi 27 mars 2019

Portraits de la honte en littérature





N'avez-vous jamais eu honte ?

Jean Genet, lui, a honte : honte d'être un paria, un voleur, un homosexuel. Mais il parvient toujours à retourner cette honte en orgueil : "Mon orgueil s'est coloré avec la pourpre de ma honte", dit-il. Quant à Lord Jim, le personnage de Conrad, il se croyait héros, il se découvre lâche : il éprouve le sentiment d'une faute dont la honte le suivra jusqu'au bout.

« S’il a du cœur - que l’on m’entende - le coupable décide d’être celui que le crime a fait de lui. Trouver une justification lui est facile, sinon, comment vivrait-il ? Il la tire de son orgueil. (Noter l’extraordinaire pouvoir de création verbale de l’orgueil comme de la colère.) Il s’enferme dans sa honte par l’orgueil, mot qui désigne la manifestation de la plus audacieuse liberté. A l’intérieur de sa honte, dans sa propre bave, il s’enveloppe, il tisse une soie qui est son orgueil. Ce vêtement n’est pas naturel. Le coupable l’a tissé pour se protéger, et pourpre pour s’embellir. Pas d’orgueil sans culpabilité. Si l’orgueil est la plus audacieuse liberté - Lucifer ferraillant avec Dieu - si l’orgueil est le manteau merveilleux où se dresse ma culpabilité, tissé d’elle, je veux être le coupable. La culpabilité suscite la singularité (détruit la confusion) et si le coupable a le cœur dur (car il ne suffit pas d’avoir commis un crime, il faut le mériter et mériter de l’avoir commis), il le hisse sur un socle de solitude. La solitude ne m’est pas donnée, je la gagne. Je suis conduit vers elle par un souci de beauté. J’y veux me définir, délimiter mes contours, sortir de la confusion, m’ordonner.
D’être un enfant trouvé m’a valu une jeunesse et une enfance solitaires. D’être un voleur me faisait croire à la singularité du métier de voleur. J’étais, me disais-je, une exception monstrueuse. En effet, mon goût et mon activité de voleur était en relation avec mon homosexualité, sortaient d’elle qui déjà me gardait dans une solitude inhabituelle. Ma stupeur fut grande quand je m’aperçus à quel point le vol était répandu. J’étais plongé au sein de la banalité. Pour en sortir, je n’eus besoin que de me glorifier de mon destin de voleur et de le vouloir. »
                                                       Jean Genet, Journal du voleur, Folio, 1949, p.276-277

« Qui appelles-tu mauvais ? 
- Celui qui veut toujours faire honte.
Que considères-tu comme ce qu’il y a de plus humain ? 
- Epargner la honte à quelqu’un.
Quel est le sceau de la liberté conquise ? 
- Ne plus avoir honte de soi-même."
                                                       Nietzche - Le Gai Savoir

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