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samedi 2 mars 2019

Furor, furiosus. La folie au Moyen Âge | France culture 25/02/2019

Emmanuel Laurentin s'entretient aujourd'hui avec l'historienne Maud Ternon pour explorer les différentes acceptations de la folie dans la société médiévale. De la simplicité d'esprit à la prodigalité, en passant par le personnage du bouffon du roi, un tour d'horizon sous l'angle judiciaire...




Carte du monde au bonnet de fou, gravure, artiste inconnu, c. 1590
Pourquoi et comment un individu est-il déclaré comme fou au Moyen-Âge ? 

Comment cette folie est-elle gérée par la société ? 

Sans s'arrêter à l'histoire des représentations ou du fait religieux, comment la folie est-elle reconnue et perçue dans le cadre de la famille d'abord, du gouvernement du royaume ensuite, et quelles solutions sont-elles apportées à ses débordements ? 

C'est à ces questions que s'est attelée Maud Ternon dans son ouvrage Juger les fous au Moyen-Âge (PUF, 2018) en s'immergeant dans les archives du Parlement de Paris et les registres du Châtelet, où sont recueillies les traces du traitement de la folie par les cours de justice royales. Dans cette justice ordinaire, la société médiévale laisse transparaître ce qu'elle perçoit au quotidien comme relevant de la folie : ainsi, loin du fantastique et du biologique, le fou au Moyen-Âge est avant tout celui dont les comportements ne correspondent pas aux normes de la communauté.

Les images de la folie qui se développent au Moyen-Âge et qui ont intéressé les historiens jusqu'ici émergent dans la sphère culturelle : elles n'ont que très peu de rapport, voire aucun, avec les pratiques sociales du Moyen-Âge. La Nef des fous est un stéréotype littéraire et iconographique qui a connu un grand succès à la fin du XVème siècle ; et à cette période le motif de la folie est très à la mode dans la littérature - on pense à l'Eloge de la folie d'Erasme. Il s'agit chaque fois d'un schéma d'inversion : il s'agit de soit vanter le fou qui est le plus sage de nous tous dans l'Eloge de la folie ; soit dans La Nef des fous de montrer que chaque fou représente un vice de la société qu'il s'agit de dénoncer. Maud Ternon

Les archives judiciaires donnent à voir les traces de différents modèles explicatifs de la folie. Il existe le modèle médical : la folie est présentée comme un trouble physiologique, un trouble des humeurs, une attente du cerveau - c'est très rare. En général, les archives judiciaires expliquent le développement de la folie par un événement : soit une émotion malheureuse et très forte (un deuil, un épisode de jalousie très fort, un choc physique) ; mais le plus souvent, c'est la maladie, un épisode de fièvre très fort qui lui a laissé des séquelles. Les causes surnaturelles de la folie apparaissent très peu : les notaires royaux essayent de gommer au maximum l'explication surnaturelle, c'est-à-dire la possession démoniaque ou l'ensorcellement, pourtant très bien acceptées dans toutes les couches de la société, même concernant le roi. On est à un moment où l'Eglise essaye de mieux définir les normes de la foi et où on essaye de convaincre les gens que tout n'est pas possession. Le plus fréquemment, dans les tribunaux parisiens, la maladie mentale est vue comme un phénomène naturel avec des causes naturelles - éventuellement l'influence de la lune. Maud Ternon

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