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dimanche 31 mars 2019

Franc-Maçonnerie et laïcité en Pologne, par Max Bojarski – Liberté Recouvrée (Grand Orient de Pologne) – Varsovie | LOGOS 101

La Loge “Liberté Recouvrée” à l’Orient de Varsovie est la loge mère de la Franc-Maçonnerie libérale polonaise, dont les feux ont été allumés en 1990 juste après la chute du régime communiste en Pologne.

Introduction

La Franc-Maçonnerie polonaise ne compte aujourd’hui pas encore de nombreux membres, tout en se développant régulièrement. Mais jusqu’en 1939, elle était importante et jouait un rôle fondamental dans la société. Par exemple, le rôle des Frères polonais lors de la rédaction de la première Constitution démocratique continentale en 1791. Ce qui eut pour conséquence l’invasion de son territoire par la Prusse, la Russie et l’Autriche qui ne pouvaient accepter un État démocratique à leurs frontières. Cette situation devant durer jusqu’à la fin de la guerre de 14/18 et le rétablissement de l’État polonais indépendant par le Congrès de Versailles qui suivit. Rétablissement provisoire, comme chacun sait, puisque la Pologne fut envahie par l’Allemagne et l’URSS en septembre 1939 et seulement libérée de la tutelle communiste en 1989, ce qui permit, enfin, le rétablissement aussi de la Franc-Maçonnerie sur son territoire.

Depuis que nous avons ensemble signé le Traité d’amitié en 2015, le Grand Orient de Pologne et le Grand Orient de Belgique sont devenus de plus en plus proches. Le Grand Orient de Belgique et le Centre d’Action Laïque soutiennent la laïcité polonaise. Une initiative codirigée par les Frères du Grand Orient de Pologne, intitulée “Le Congrès de la Laïcité” est entre autres épaulée par des Frères
et des Sœurs belges.

La situation en Pologne est difficile : la majorité de la classe politique pense en effet que partager le pouvoir avec l’Eglise catholique est une chose normale. Le parti de Kaczyński qui est actuellement au pouvoir ne cache pas cette conviction et le cardinal Müller, préfet de la Congrégation de la Foi est régulièrement reçu dans mon pays par les plus hauts dignitaires de l’Etat. Par ailleurs, les représentants de l’Etat se réfèrent avec joie à un concept saugrenu conçu par le pape Benoît XVI et tente de le mettre en pratique en Pologne, appelé assez paradoxalement “Etat positivement laïque”, donc de fait un Etat entièrement soumis à l’idéologie catholique.

Le Congrès de la Laïcité

Le Congrès de la Laïcité – une association de membres de différentes organisations sécularisées, libérales et progressistes – ne constitue pas seulement une plateforme coopérative pour ces organisations et partis politiques ayant des stratégies laïques dans leurs programmes, mais leur fournit également le soutien intellectuel pour prendre des initiatives sociales, législatives et politiques afin de restaurer un ordre laïque et démocratique légal en Pologne.

Afin de créer des projets qui doivent prémunir d’une cléricalisation continue du pays, le Congrès de la Laïcité, s’adressant à des organisations et partis politiques et coopérant avec l’opposition extra-parlementaire, établit une collaboration permanente avec des juristes polonais éminents, plus particulièrement dans le domaine du droit confessionnel, de la science politique, des études culturelles et de la sociologie, afin de créer un comité consultatif.

Comme défini dans le Manifeste de la Laïcité – une stratégie pour un Etat laïque signée par huit groupes politiques non parlementaires lors du premier congrès d’octobre 2017 – le but de cette association est la fondation d’un institut indépendant pour la politique et la culture laïque ayant les moyens financiers et intellectuels pour une analyse générale des relations entre l’église catholique et l’Etat, en ce qui concerne tous les aspects importants de la vie publique et privée des citoyens, la promotion de la séparation entre l’église et l’Etat, l’opposition aux influences religieuses et irrationnelles dans la législation politique, sociale et économique du pays et assurant une assistance légale dans les cas individuels de discrimination, stigmatisation, marginalisation et harcèlement religieux, qui vont actuellement en nombre croissant.

La coopération ou la coalition de partis politiques nationalistes et de l’Église catholique, dont les démarches ont eu pour résultat d’engager la procédure de l’article 7 du Traité sur l’Union européenne contre notre pays, a été rendue possible suite au soutien et à la participation directs, totaux et inconditionnels de l’Église, laquelle optant par tradition pour une Pologne antidémocratique, nationaliste et anti-progressiste pour s’opposer à l’idée d’égalité.

Confrontés aux erreurs de la politique sociale du dernier quart de siècle, qui ont conduit l’État à abandonner en faveur de l’Église son devoir d’éducation et de façonner la morale et les attitudes de la jeune génération de Polonais, nous devons entreprendre une mission héroïque consistant à nous opposer aux ambitions conservatrices de l’Église, qui ont un caractère absolument réactionnaire, anti-Lumières et antisémite.

Le Congrès de la Laïcité & l’Eglise Catholique en Pologne

L’Eglise catholique, soutenue par l’Etat, soumet toutes les sphères de l’activité de État à la religion catholique, ce qui est facilité par l’absence en Pologne de traditions séculaires dans le domaine public.

Compte tenu du rôle historique et de l’importance de l’Eglise catholique comme institution non seulement religieuse, mais aussi de conseil du gouvernement, elle est la seule à pouvoir définir la forme et l’essence de “polonitude”. Toute la laïcité est considérée comme une manifestation de l’étranger, ou même comme une influence gauchiste.

Une telle affirmation, non seulement ne correspond pas à la vérité, mais constitue un canular créé au profit des intérêts politiques au pouvoir et contre les processus de laïcisation progressive. C’est une promotion persistante de l’identité nationaliste catholique polonaise, engendrant une augmentation des sentiments nationalistes.

D’une part, la religion catholique est nationaliste, ce qui est clairement visible dans le symbolisme national actuel et de plus en plus dans les cérémonies religieuses ; d’autre part, l’église organise des événements religieux en collaboration avec des groupes nationalistes avec tout leur mysticisme néo-païen, marches aux flambeaux, démonstration de force et glorification de la nation.

L’Eglise catholique, pendant la lutte contre les autorités communistes, a soutenu SOLIDARNOŚĆ (le syndicat Solidarité), dirigé par le légendaire leader du syndicat des travailleurs Lech Walesa, mais a ensuite présenté une facture salée.

Elle comprenait non seulement le retour des biens matériels à l’Eglise catholique mais aussi le financement continu des activités religieuses de charité et l’activité missionnaire à l’étranger.

L’église a également reçu le soutien du pouvoir dans la réalisation de ses aspirations à façonner les opinions, les attitudes, le modèle dominant de la famille, la manière et le style de vie, ainsi que l’impact sur les enfants et l’éducation.

Par conséquent, avec l’approbation des gouvernements successifs, elle a imposé à la société tout entière la seule vision du monde catholique.

Le Congrès de la Laïcité a su canaliser les voix de résistance d’une grande et croissante partie de la société polonaise contre l’oppression politique et religieuse.

Il y a quelques années le milieu des libres penseurs polonais se prononçant en faveur de la laïcité et de l’anticléricalisme semblait partagé
et divisé par des conflits. Nous sommes parvenus à changer cela grâce à l’ouverture vers l’autre, à l’écoute mutuelle, à la capacité à faire un pas en arrière et à reconnaitre que si nous demeurons artagés nous ne pouvons rien, mais qu’ensemble nous pouvons tout. Nous avons réussi à rassembler ce milieu avec l’aide de l’équipe que nous coordonnons, grâce à sa volonté de se réunir régulièrement et d’organiser des actions communes.

Armés de ce programme les partis politiques ont participé aux élections municipales et à l’automne de l’année prochaine ils prendront part aux élections européennes et législatives. Les responsables de ces partis ainsi que les représentants des différentes sociétés de libres penseurs et d’organismes pro-laïques et anticléricaux que nous avons réussi à réunir autour d’une table préparent au sein d’un groupe régi par notre Congrès une série de projets de loi dont le but est de décléricaliser l’Etat polonais. Le premier concerne la transparence des finances de l’Eglise catholique polonaise et sera prêt en fin de ce mois. Au printemps 2019 nous devons collecter 100 000 signatures pour cette initiative législative, ce sera une très bonne occasion pour promouvoir à grande échelle la notion de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Nous nous trouverons alors à un moment clé de la campagne électorale européenne et juste à la veille des élections législatives polonaises prévues pour l’automne 2019. Bien entendu, comme jusqu’à présent, les candidats politiques seront engagés dans ces actions.

Ce stimulus qui vient d’en haut et dont nous sommes les promoteurs a suscité une réponse venant d’en bas. Un mois avant les élections municipales de nombreux candidats présentés par les partis politiques mais aussi des candidats indépendants ont décidé de signer la Déclaration de laïcité que nous avons rédigée et de diffuser leur photo avec l’exemplaire qu’ils ont signé sur les réseaux sociaux.

Considérant que la liberté de pensée, de conscience et de religion est étroitement liée à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, à la présence de la religion dans le domaine public, le Congrès prévoit de poursuivre ses actions dont le but sera de surveiller le respect des droits garantissant la laïcité de l’Etat, de mener des recherches sur l’influence de la religion et des églises sur la vie politique et sociale en Pologne, et d’inspirer les changements politiques et juridiques visant à augmenter la protection des droits et des libertés des citoyens, le respect du caractère laïc de l’Etat, et à renforcer la culture démocratique en Pologne. ▲

Max Bojarski

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