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samedi 2 mars 2019

Philosophie des réseaux sociaux | France culture 22/02/2019



Le discours sur les réseaux sociaux est aujourd'hui ambivalent : ils permettraient le meilleur, comme la mise en relation des individus, et le pire, comme l'expression sans filtre... Quelle révolution a entraîné l’apparition et l’utilisation des réseaux sociaux ?

Philosophie des réseaux sociaux
Cette émission a été enregistrée le mardi 19 février à la Sorbonne à Paris, en public, à l’occasion d’un forum organisé par France Culture : Participation, représentation, information #Le nouvel âge de la politique ?

L’histoire des réseaux sociaux est très récente et s’il nous est impossible aujourd’hui d’imaginer vivre sans réseaux, nous allons aujourd’hui prendre la mesure du changement voire même de la révolution qu’a entraîné l’apparition et l’utilisation des réseaux sociaux.

Mais les réseaux ne sont pas forcément sociaux, l’organisation en réseaux qu’on appelle réticulaire ne concerne pas seulement la société mais aussi la nature, le savoir, un circuit électrique, l’organisation d’une ville… L’organisation dite réticulaire implique un mode de fonctionner, une logique qui est très particulière… Quelle est-elle ? Qu’est ce qui fait l’essence des réseaux sociaux ?

Si on écoute les discours tenus aujourd’hui sur les réseaux sociaux, on entend une ambivalence, ils seraient à la fois synonymes du meilleur et du pire… Du meilleur car ils permettent la mise en relation des individus et le partage d’une information de manière quasi instantanée mais aussi du pire car la possibilité pour tout le monde de s’exprimer sans filtre, de faire circuler n’importe quelle information, brouille les repères qui constituaient jusque là le statut de l’information, la représentation du pouvoir et la transmission du savoir. Alors assiste-t-on aujourd’hui à un appauvrissement du débat d’idée par l’intermédiaire des réseaux sociaux ? Cet appauvrissement est-il inéluctable ? Et à quoi ressemblerait une éducation aux réseaux sociaux qui permettrait d’en tirer le meilleur usage ?

Les invités du jour :

Valérie Jeanne-Perrier, professeure de sociologie des médias au Celsa - Sorbonne Université
Pierre Musso, philosophe
Benoît Thieulin, fondateur et directeur de de LaNetscouade, agence de communication numérique, ancien président du Conseil national du numérique

Petite histoire des réseaux

Il y a une faiblesse du concept de réseau. Les réseaux sociaux se sont diffusés vraiment à partir de 2004 en particulier avec Facebook même s’ils existent depuis la fin des années 90. Qu’est-ce qu’un réseau ? C’est ce qui est important, j’ai critiqué le concept de réseau qui était tellement utilisé qu’il était surchargé de significations et qu’il a même pris un statut d’idéologie.     
C’est à partir du 19ème siècle essentiellement qu’on emploie le terme de réseau au sens technique, mais le terme de réseau se surcharge de sens à l’occasion des différentes mutations technologiques et industrielles depuis le début du 18ème siècle : la mécanisation, les réseaux électriques et la troisième, déjà dernière nous, l’invention de l’ordinateur. L’histoire et la généalogie sont fondamentales pour comprendre les concepts. Pierre Musso

L’émergence du smartphone, quelle incidence sur les réseaux ?

Certes l’ordinateur inventé par Turing est déjà ancien mais la réalité c’est qu’au fond, la démocratisation de l’informatique qui est un des enjeux de la diffusion des réseaux sociaux numériques dans la société, est liée à l’émergence du smartphone qu’on a dans notre poche ; ça ne fait qu’une petite dizaine d’années ! Ce n’est pas anodin que les réseaux sociaux et les smartphone soient quasiment nés en même temps ! Ça crée un bouleversement complet et je dirais que ça reprend aussi un des ressorts profonds de la révolution qu’on appelle informatique ou numérique, percutés par ce qui s’est passé avec l’émergence d’internet. Benoît Thieulin

L’internaute, émetteur et récepteur de l’information ?

Les usages mettent du temps à apparaître, et si en première instance on a ce sentiment que tout un chacun peut réagir et être porteur d’informations, devenir journaliste, les choses sont un peu plus complexes que cela parce que dans le monde des réseaux sociaux il y a une grammaire, des codes qui mettent du temps à s’instituer. Il faut distinguer des périodes dans l’arrivée des réseaux sociaux tels que nous les connaissons, et on parle d’eux aujourd’hui comme des marques portées par des outils qui sont aussi des plateformes : Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, WhatsApp, on ne fait pas nimporte quoi avec ces outils, le dispositif articule des possibilités et des conditions d’expression qui sont façonnées par ceux qui inventent ces dispositifs, on les respecte, on joue avec, parfois même on essaie de les détourner et ce sont ces détournements et usages impensés qui nous surprennent et permettent de jouer de la sédition : c’est parce qu’on a été capable en Egypte ou en Tunisie de s’organiser à travers un outil qui dans un premier temps n’apparaissait pas comme médiatique qu'est apparue une expression politique nouvelle. Mais très vite, et cela reste intemporel, le média est toujours quelque chose qui va être rapidement refermé... On voit dans différents pays ces réseaux être surveillés et la parole qui était libre redevient vite contrôlée et surveillée. Valérie Jeanne-Perrier

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