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dimanche 6 janvier 2019

Janis Emmanouilidis dans une tribune au « Monde » du 2 mai 2018 : « Echouer à réformer l’Europe en 2018 pourrait conduire à de funestes regrets » | 13 déc. 2018



« Echouer à réformer l’Europe en 2018 pourrait conduire à de funestes regrets » 

Tribune. Tout maître des horloges qu’il se veut, le président Macron peine à imposer son rythme pour la relance du projet européen. La fenêtre d’opportunité pour réformer l’Europe a tardé à s’ouvrir et pourrait bien se refermer rapidement. Pourtant, des solutions concrètes sur la manière de poursuivre le développement de la zone euro, de gérer les crises migratoires, ou de défendre nos pays et leurs citoyens sont toujours en attente.

Une échéance importante s’annonce en juin avec un Conseil européen où les grands défis européens actuels – migration, euro, défense – seront à l’agenda. Angela Merkel et Emmanuel Macron ont promis de formuler d’ici là des propositions communes. Leur compromis doit ouvrir la voie à des réformes à même de satisfaire les exigences des 27 pays de l’Union et les attentes des citoyens européens.

Inquiétudes, frustrations et divisions

Une forte impulsion du président et de la chancelière est une condition sine qua non pour sortir de l’impasse. Mais si un accord entre Paris et Berlin est une condition indispensable, elle n’est plus suffisante. Toute initiative franco-allemande devra tenir compte des intérêts et avis des autres Etats membres.

A cet égard, le pacte proposé dans le rapport « Redynamiser le projet européen », de l’initiative New Pact for Europe (Newpactforeurope.eu), lancée par un consortium de fondations européennes (Bertelsmann, Calouste Gulbenkian, Open Society, Roi Baudoin, etc.), pourrait guider les discussions entre Berlin et Paris car il a été rédigé en tenant compte des inquiétudes, frustrations et divisions qui animent les citoyens de l’Union européenne.

Les mesures prônées dans ce document résultent de centaines d’heures de débats nationaux et transnationaux qui, pendant cinq ans, ont impliqué des experts, des citoyens et des représentants de la société civile de toute l’Europe. L’objectif était de rétablir la confiance entre Européens par le biais du dialogue et d’identifier les réformes majeures qui permettraient de relancer le projet européen.

Les mesures proposées forment un paquet ambitieux à même de répondre aux problèmes les plus pressants des citoyens européens. Il s’agit aussi d’un compromis équilibré qui respecte la diversité des préoccupations dans l’Union.

Des mesures pour contrer l’insécurité

Car aucun accord ne verra le jour entre le Nord et le Sud sur les réformes de la zone euro, ou entre l’Ouest et l’Est sur la question de la migration, si les Etats membres ne savent pas trouver un équilibre entre solidarité, responsabilité et sécurité qui transcende les clivages.

Un compromis est possible à deux conditions. Premièrement, tout en évitant l’écueil d’un « noyau dur » européen, il faudra accepter une intégration européenne plus différenciée encore. Cette dernière a d’ailleurs toujours été une caractéristique majeure de la construction européenne. Varsovie et Budapest devront se rendre à l’évidence, une Europe à plusieurs vitesses devra demeurer l’exception, et l’unité, la règle.

Deuxièmement, il faudra faire preuve de courage politique pour s’affranchir du conservatisme des uns et du sens du compromis pour modérer l’idéalisme des autres. Il faudra se soustraire à certains des impératifs catégoriques des immobilistes de La Haye, Vienne ou Berlin, tout en sachant différer certaines promesses du discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron.

Les réformes avanceront si elles satisfont autant les disciples d’une responsabilité accrue que les partisans de davantage de solidarité. Quant à la réponse au défi migratoire, elle ne sera possible que si des mesures pour contrer l’insécurité, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sont adoptées en même temps que des mesures accroissant la solidarité entre les Etats membres et avec les Etats tiers.

Danger populiste

Le temps presse. Le moteur franco-allemand doit passer à la vitesse supérieure car la menace d’une Europe plus régressive, fermée et nationaliste est de plus en plus pesante, comme en témoignent les résultats électoraux en Allemagne, en Autriche, en Italie et en Hongrie.

Dans son discours au Parlement européen, le président Macron a souligné à juste titre le danger grandissant d’une Europe « illibérale ». Si l’Europe ne parvient pas à montrer de résultats tangibles au niveau de l’emploi, des migrations, du dumping social, du changement climatique, du terrorisme et de la corruption, les populistes continueront de prospérer. Pour être prêts avant les prochaines élections européennes, il faut trouver un accord politique dans les prochains mois.

Le rapport du New Pact for Europe démontre qu’un compromis ambitieux mais réaliste à vingt-sept est possible. Il convient pour cela de traiter simultanément les grands défis européens actuels. Echouer à réformer l’Europe en 2018 pourrait conduire à de funestes regrets. Se satisfaire de l’éclaircie économique actuelle est un risque bien grand pour l’Union. C’est aussi un oubli bien rapide des difficultés qu’elle a rencontrées lors de la dernière décennie.

Il n’est pas certain que l’avenir nous réserve des conditions plus favorables qu’aujourd’hui. Invariablement, de nouvelles crises verront le jour. Nous ne savons juste ni quand ni de quelle manière elles nous frapperont. Il faut donc se mobiliser rapidement avant l’arrivée des prochaines tempêtes.

Janis A. Emmanouilidis (Directeur des études de l’European Policy Centre)

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