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mercredi 9 janvier 2019

Juifs, protestants : deux histoires d'émancipation en miroir ?



Cérémonie œcuménique sur la tombe du Soldat inconnu,
en présence du pasteur Gustave Vidal et du rabbin Maurice
Zeitlin, aumôniers militaires de la Première Guerre mondiale,
11 novembre 1938
Sur le plan des droits civiques, peut-on parler d’une communauté de destin entre les communautés juives et protestantes au XVIIIe siècle ? 

Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s'entretiennent avec Rita Hermon-Belot, directrice d'études de l'EHESS et Patrick Cabanel , directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études.

Peut-on parler d’une communauté de destin entre Juifs et protestants au XVIIIe siècle ?

Rita Hermon-Belot : Sous l’Ancien Régime, ces différents groupes forment une marge au sein du royaume : on les réunit sous l’appellation « non catholiques », un terme qui a été utilisé pendant très longtemps. 

Quels bouleversements la Révolution française va-t-elle apporter ?

Rita Hermon-Belot : A la Révolution, pour les députés de l’Assemblée constituante, la question des droits des Juifs fait débat parce qu’elle touche à la définition de la citoyenneté et de l’appartenance nationale. C’est là que le destin des protestants et des Juifs va diverger : pour les protestants, la reconnaissance de leurs droits civils se fait sans débat dès décembre 1789. Pour les Juifs en revanche, la question divise : si on reconnaît assez vite des droits aux « Portugais », les Juifs du sud-ouest, en revanche pour le groupe le plus nombreux, celui de l’est de la France, la discussion est sans cesse repoussée, des députés brandissant la menace d’un risque de soulèvement, voire de sécession, de ces régions frontalières. Après une série d’ajournements, et pour éviter que l’œuvre de la Constitution ne soit entachée d’une lacune qui contredirait ses principes mêmes, ses auteurs décident finalement de faire entrer les Juifs dans le droit commun, et ainsi de les conformer au destin commun. 

Le XIXe siècle permet-il de renouer avec une certaine communauté de destin pour ces minorités ?

Patrick Cabanel : Parce qu’elles ont toutes deux besoin d’une société et d’un état « modernes », Juifs et protestants vont entreprendre un chantier commun de modernisation et de laïcisation des institutions françaises, et travailler à "décatholiciser" l’espace public. On observe ainsi une sorte de chantier judéo-protestant qui vise la construction de cet espace pluraliste que l’on va bientôt appeler laïque. En réaction, cette dynamique s’accompagne de la montée en puissance d’un anti judéo-protestantisme dans l’opinion catholique qui va développer le mythe d’un complot judéo-protestant et dont Maurras sera en quelque sorte la synthèse.

Textes lus par Elsa Dupuy

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