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mercredi 9 janvier 2019

Édition Numérique Collaborative et Critique de l’Encyclopédie : L'Orateur

Ce mot dans son étymologie s’étend fort loin, signifiant en général tout homme qui harangue. Ici il désigne un homme éloquent qui fait un discours public préparé avec art pour opérer la persuasion.

Quelque sujet que traite un tel orateur, il a nécessairement trois fonctions à remplir ; la première est de trouver les choses qu’il doit dire ; la seconde est de les mettre dans un ordre convenable ; la troisième, de les exprimer avec éloquence : c’est ce qu’on appelle invention, disposition, expression. La seconde opération tient presque à la première, parce que le génie lorsqu’il enfante, étant mené par la nature, va d’une chose à celle qui doit la suivre. L’expression est l’effet de l’art & du goût. Voyez Invention, Disposition, Expression.

On distingue trois devoirs de l’orateur, ou, si l’on veut, trois objets qu’il ne doit jamais perdre de vûe, instruire, plaire & émouvoir. 

Le premier est indispensable, car à moins que les auditeurs ne soient instruits d’ailleurs, il faut nécessairement que l’orateur les instruise : cette instruction est quelquefois capable de plaire par elle-même ; il y a pourtant des agréments qu’on y peut répandre, ainsi que dans les autres parties du discours ; c’est à quoi l’on oblige l’orateur par le second devoir qu’on lui prescrit, qui est de plaire. Il y en a un troisième, qui est d’émouvoir ; c’est en y satisfaisant que l’orateur s’éleve au plus haut degré de gloire auquel il puisse parvenir ; c’est ce qui le fait triompher ; c’est ce qui brise les cœurs & les entraîne.​

ex: http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/article/v11-1614-3/

Le secret est d’abord de plaire & de toucher ;

Inventez des ressorts qui puissent m’attacher.

Ces ressorts sont d’employer les passions, instrument dangereux quand il n’est pas manié par la raison ; mais plus efficace que la raison même quand il l’accompagne & qu’il la sert. C’est par les passions que l’éloquence triomphe, qu’elle regne sur les cœurs ; quiconque fait exciter les passions à propos, maîtrise à son gré les esprits, il les fait passer de la tristesse à la joie, de la pitié à la colere. Aussi véhément que l’orage, aussi pénétrant que la foudre, aussi rapide que les torrens, il emporte, il renverse tout par les flots de sa vive éloquence : c’est par là que Démosthène a régné dans l’Aréopage & Cicéron dans les rostres.

Personne n’ignore que les orateurs chez les Grecs & les Romains étoient des hommes d’état, des ministres non moins considérables que les généraux, qui manioient les affaires publiques, & qui entroient dans presque toutes les révolutions. Leur histoire n’est point celle de particuliers, ni les matieres qu’ils traitoient un spectacle d’un art inutile. Les harangues de Démosthène & de Cicéron offrent des tableaux vivans du gouvernement, des intérêts, des mœurs & du génie des deux peuples. Il me paroît donc important de tracer avec quelque étendue le caractere des orateurs d’Athènes & de Rome : ce sera l’histoire de l’éloquence même. Ainsi, voyez Orateurs grecs, Orateurs romains.

Bossuet, Fléchier, Bourdalouë, ont été dans le dernier siecle de grands orateurs chrétiens. Les oraisons funebres des deux premiers les ont couduits à l’immortalité ; & Bourdalouë devint bien tôt le modele de la plûpart des prédicateurs. Mais rien parmi nous n’engage aujourd’hui personne à cultiver le talent d’orateur au barreau, ce tribunal que Virgile appelle si bien ferrea juga, insanumque forum. C’est ce qui a fait dire à un de nos auteurs modernes :

Egaré dans le noir dédale
Où le phantôme de Thémis
Couché sur la poupre & les lis,
Penche la balance inégale,
Et tire d’une urne vénale
Des arrêts dictés par Cypris.
Irois-je, orateur mercénaire
Du faux & de la vérité,
Chargé d’une haine étrangere
Vendre aux querelles du vulgaire
Ma voix & ma tranquillité ? (D. J.)​​

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