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samedi 12 janvier 2019

Un téléfilm britannique s’invite dans le débat sur le Brexit, par Martin Greenacre Publié : "The Uncivil War" | Channel 4 le 8 janv. 2019



Un téléfilm britannique s’invite dans le débat sur le Brexit

Première création télévisuelle à se pencher sur la campagne du référendum de 2016, « Brexit : The Uncivil War » s’intéresse à Dominic Cummings, directeur de « Vote Leave ».

Le brouillard qui entoure les modalités de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est pas encore dissipé que déjà la fiction, outre-Manche, s’empare de ce sujet toujours brûlant. Lundi 7 janvier, la chaîne Channel 4 a diffusé en prime time « Brexit : The Uncivil War », premier téléfilm à se pencher sur les coulisses de la campagne pour le Brexit, en 2016, remportée par le camp europhobe.

Le film s’intéresse principalement à un personnage peu connu du public : Dominic Cummings, le directeur de « Vote Leave », la campagne officielle en faveur du départ du Royaume-Uni de l’UE. C’est à lui que revient l’idée du bus rouge sur lequel on pouvait lire la promesse de rediriger « 350 millions de livres de contribution hebdomadaire au budget de l’UE » vers le système de santé public. On le voit, dans l’une des scènes où le tragique le dispute au comique, s’interroger sur le montant à mettre en avant, et prévenir : « Le chiffre le plus haut sera le mieux. »

C’est aussi Dominic Cummings, longtemps consultant pour les conservateurs, qui invente le slogan « Reprenez le contrôle », et qui choisit de mener campagne de manière intensive sur les réseaux sociaux. Tantôt manipulateur, tantôt idéologue convaincu, il impose ses mantras que les militants doivent reprendre en boucle.

L’acteur Benedict Cumberbatch, connu pour son incarnation de Sherlock Holmes dans une série de la BBC, joue Dominic Cummings. Difficile pour le téléspectateur de ne pas associer les deux personnages, ce qui contribue à donner au consultant l’image d’un stratège de génie capable de tirer toutes les ficelles de la campagne. Lui-même, dans le film, cite volontiers Napoléon et Sun Tzu parmi ses références.

Un portrait mêlant cynisme et romantisme

Dans sa critique pour le quotidien britannique i, le journaliste politique Stephen Bush craint qu’un tel portrait, mêlant cynisme et romantisme, ne donne une importance démesurée au personnage tout en exonérant les responsables de la campagne pro-européenne de leurs propres erreurs. « Les auteurs ont besoin de faire des consultants politiques des personnages si influents, puisqu’il faut bien que quelqu’un tire les ficelles. (…) L’image du génie qui mène la campagne est autant une flatterie pour les vainqueurs qu’une excuse pour les perdants. »

Le réalisateur James Graham a également profité de sa liberté artistique pour spéculer sur les conséquences des tactiques déployées par Vote Leave. Le début et la fin du film mettent en scène une séquence imaginée en 2020, où Dominic Cummings témoigne devant une commission parlementaire sur l’utilisation des données personnelles pour la publicité ciblée sur les réseaux sociaux. Dans la vraie vie, Dominic Cummings a refusé de témoigner devant les députés.

Dans le Guardian, Carole Cadwalladr, la journaliste qui a enquêté sur l’affaire Cambridge Analytica, du nom de la société qui a recueilli certaines données sur Facebook, accuse James Graham d’être allé trop vite, voire d’avoir été imprudent. « Vous faites de la fiction à partir des faits. Mais les faits sont toujours discutés. On se bat pour établir la vérité, et [ce film] semble menacer ce processus. »

« Brexit : The Uncivil War » n’occulte pourtant pas tout à fait la question. Il voit même dans l’utilisation des données personnelles sur Internet un présage. Lorsque Cummings rencontre le créateur d’AggregateIQ, la société qui a développé un algorithme de ciblage, ce dernier le met en garde : « C’est la nouvelle ère de la politique, Dom. C’est comme ça que vous allez gagner. »

La violence des débats et ses répercussions sur la société britannique sont un autre thème important du film. Dans une séquence poignante, les personnages apprennent l’assassinat de la députée travailliste pro-européenne Jo Cox. A l’occasion, Dominic Cummings abandonne même ses instincts belliqueux pour retrouver son homologue du camp pro-UE autour d’une bière. La scène, probablement inventée, paraît loin de la réalité du Royaume-Uni post-Brexit. Quelques heures seulement avant la diffusion du téléfilm, lundi, la députée pro-européenne Anna Soubry se faisait prendre à parti devant le Parlement et traiter de « nazie ». Deux ans et demi après le vote historique, les plaies sont toujours ouvertes.

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