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vendredi 7 décembre 2018

BELGIQUE : Le beau cadeau de Noël de la N-VA à Charles Michel, par Jules Gheude, essayiste politique | LE VIF OPINION 06/12/18

Charles Michel et Theo Francken : les tensions sur
  le pacte des migrations laisseront des traces.
En refusant d'approuver le pacte migratoire de l'ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.

Le core business de la N-VA

L'immigration/sécurité est, comme on le sait, l'un des "core business" des nationalistes flamands. Des élections anticipées ne pourraient, dès lors, que leur profiter. Théo Francken jouit au Nord d'une incontestable popularité.

La stratégie de Bart De Wever est bien connue : démontrer que la dichotomie de plus en plus prononcée entre la Flandre et la Wallonie rend la Belgique invivable. Tel était d'ailleurs le constat auquel étaient parvenus les deux élus désignés en 2011 par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française pour analyser la situation intérieure du Royaume. Si les résultats du dernier scrutin communal/provincial devaient se confirmer lors des élections législatives, on imagine aisément l'impasse à laquelle pourraient aboutir les négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement. Bart De Wever saisirait alors l'occasion pour mettre sur la table le dossier épineux du confédéralisme.

Le confédéralisme, porte ouverte au séparatisme

Une vieille histoire, en fait. Au début des années 90, l'idée confédérale avait été lancée par Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand (CVP), lequel avait déclaré : Mes collègues de l'exécutif flamands, socialistes compris, se rallient à mes déclaration sur le confédéralisme. Le Parlement flamand se prononça d'ailleurs dans ce sens en 1999. Voilà donc 25 ans que, pour la Flandre, la page fédérale est tournée.

Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue.

Mais l'expérience nous a aussi montré que les "demandeurs de rien" avaient toujours fini par ployer et que leurs engagements ne valaient pas tripette.

Engagements francophones non tenus

Petit rappel. En 1988, le PS laisse tomber José Happart et la cause fouronnaise. En 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on accepte la surreprésentation de la minorité flamande à Bruxelles et la régionalisation de la loi communale, offrant ainsi à la Flandre la possibilité de mettre au pas les francophones de la périphérie. En 2011, les allocations familiales sont scindées ("Madame Non" avait pourtant toujours clamé qu'il n'en serait pas question) et Bruxelles-Hal-Vilvorde est également scindé...sans extension territoriale de Bruxelles ! En 2014, Charles Michel rompt sa promesse de ne jamais gouverner avec la N-VA.

Pour justifier leurs reniements, les responsables francophones expliquent que leur souci était de "sauver la Belgique". En réalité, personne n'est dupe : seul l'attrait du pouvoir a prévalu.

Quel avenir wallon ?

Qu'en sera-t-il demain ? Deux scénarios sont envisageables. Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s'avère ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l'autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats - Flandre et Wallonie - responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre - quelque 7 milliards d'euros - est d'ores et déjà programmée sur dix ans.

Qu'elles soient anticipées ou non, les prochaines élections législatives s'avèreront déterminantes pour la capacité de la Belgique à survivre. En fait, le contexte est celui qu'avait décrit feu Lucien Outers, l'un des pères du FDF, dans cette "Lettre ouverte" qu'il avait adressée au roi Baudouin dans les années 80 : s'il ne s'établit pas une confédération où l'essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (...) la Flandre finira par s'émanciper sans demander l'avis de personne et les Wallons peu sûrs d'eux-mêmes se tourneront un jour vars la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d'un pays dont ils se sentent si proches. (...) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution d'avenir.

Cette dernière phrase est importante, car elle confirme le résultat des sondages qui ont été effectués depuis auprès des Bruxellois et qui mettent à mal le scénario d'une Belgique résiduelle - le fameux WalloBrux -, souhaité, lui, par une majorité des Wallons.

Une chose est en tout cas indéniable et François Perin l'avait écrit dès 1981 : s'ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée. Il n'y aura alors pas trente-six solutions pour leur garantir un avenir prospère...

Quoi, la France ? Dans l'état où elle se trouve aujourd'hui ?

La crise sociale que l'Hexagone traverse en ce moment finira par trouver une solution. La République française n'est nullement menacée de disparition. Elle constitue, en tout cas, notre matrice linguistico-culturelle et participe pleinement aux affaires importantes du monde.

Nous avons connu la grande grève de l'hiver 60-61, contre la "loi unique" du gouvernement Eyskens. Une loi qui prévoyait une augmentation d'impôts, des économies portant notamment sur la sécurité sociale et les allocations de chômage, et des modifications - au régime des pensions, par exemple - dans la fonction publique. La gare des Guillemins fut saccagée, les hauts-fourneaux fermés. Ici aussi, le climat était insurrectionnel. Et pour quel résultat final ? Pour voir, comme l'a constaté le syndicaliste André Renard lui-même, le PS revenir au pouvoir et appliquer à la sauvette cette même moi unique.

La vérité, feu Robert Fabre, qui fut président des Radicaux de gauche en France, l'a bien cernée dans son livre "Toute vérité est bonne à dire" : Que de ruses, que de détours, que d'habiletés maladroites - et nous pourrions ajouter : quelle hypocrisie - dans ce monde politique qui vise pourtant à l'essentiel, le service d'autrui, et y parvient si rarement.

Bien qu'il tienne à souligner sa profonde amitié avec Emmanuel Macron, Charles Michel, il l'a déclaré en 2011, n'entend nullement se retrouver sous la tutelle d'un préfet corse ou breton. Sans doute préfère-t-il subir celle de la N-VA !

En réalité, la fibre belgicaine des responsables francophones ne s'explique que par leur crainte de voir leurs (lucratifs !) plans de carrière remis en question avec la disparition du Royaume. Mais le jour où ils se retrouveront devant le fait accompli, on les verra tous se bousculer au portillon pour clamer leur foi indéfectible en la France éternelle. On parie ?

(1) Derniers livres parus : "François Perin - Biographie", Editions Le Cri, 2015, et "Un Testament wallon - Les vérités dérangeantes", Mon Petit Editeur, 2016

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