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samedi 3 novembre 2018

Les déplacements des populations gréco-turques, un modèle de transfert, par Gaïdz Minassian | LE MONDE IDEES 02.11.2018

Centenaire du 11-Novembre. Sous l’égide de la Société des nations (SDN) puis du traité de Lausanne (1923), mettant fin à la guerre entre les deux pays frontaliers, près de 2 millions de personnes vont traverser la frontière gréco-turque nouvellement fixée.

Les transferts de populations entre la Grèce et la Turquie entre 1922 et 1924 ont servi de référence à d’autres déplacements légaux, notamment entre l’Inde et le Pakistan lors du partage de 1947 sur les ruines de l’Empire britannique des Indes. Sous l’égide de la Société des nations (SDN) puis du traité de Lausanne (1923), mettant fin à la guerre entre la Grèce et la Turquie, près de 2 millions de personnes vont traverser la frontière gréco-turque nouvellement fixée. Côté turc, ils sont environ 500 000 musulmans à quitter leur Grèce natale pour gagner une Turquie inconnue.

Côté grec, environ 1,5 million de personnes quittent l’Anatolie pour s’installer dans des territoires grecs vidés de toute popu­lation. « L’idée du transfert est ancienne, rappelle ­l’historien Hervé Georgelin, chercheur au département d’études ­turques à l’université nationale d’Athènes. Il faut remonter aux négociations post-deuxième guerre balkanique, en 1913, entre le premier ministre grec de l’époque, Elefthérios ­Venizélos, et les dirigeants du Comité union et progrès (CUP) au pouvoir à Constantinople, pour comprendre les politiques d’homogénéisation de la Grèce et de la Turquie. »

Traité de Lausanne

Mais si avant 1914, Grecs et Ottomans retiennent le critère du volontariat pour régler la question migratoire, au len­demain de la Grande Guerre et à la fin de la guerre ­gréco-turque (1919-1922), les négociations bilatérales se finalisent sur la base du critère obligatoire. Le traité de Lausanne a ainsi légitimé ces déplacements de populations ; et parce que ces derniers ont eu lieu sans effusion de sang – contrairement aux violences qui les ont précédés lors de la guerre de libération de la Turquie –, les Alliés y ont vu une façon de résoudre l’épineuse question des nationalités en fonction de l’appartenance religieuse.

A l’aide de la SDN, des commissions mixtes se mettent en place – « des baraquements de réfugiés vont exister en Grèce ­jusqu’aux années 1950 », rappelle Hervé Georgelin – pour appliquer les accords de transferts. Pour la nouvelle ­organisation internationale, garante du multilatéralisme naissant, la coopération intergouvernementale est le meilleur moyen d’en finir avec les tensions interethniques.

En 1947, la jeune Organisation des Nations unies s’inspire du cas gréco-turc pour tenter de régler le partage des communautés hindoue et musulmane de l’Inde et du Pakistan indépendants. Dix millions de personnes sont concernées – six millions de musulmans quittent l’Inde alors que quatre millions d’hindous la rejoignent. Mais contrairement au ­précédent des Balkans qui s’est déroulé dans un maximum de réduction des tensions, l’épisode du sous-continent ­indien est marqué par de très violents affrontements faisant 200 000 morts, victimes des extrémismes des deux bords.

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