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jeudi 8 novembre 2018

Le maréchal Pétain, un « grand soldat » malgré « des choix funestes », selon Emmanuel Macron : Philippe Pétain sera célébré aux Invalides avec les sept autres maréchaux de la Grande Guerre, un choix jugé « légitime » par le chef de l’Etat | Le Monde

Des cartes postales avec le portrait de Philippe Pétain,
en vente à l’ossuaire de Douaumont en 2014
Emmanuel Macron a jugé « légitime », mercredi 7 novembre, de rendre hommage au maréchal Pétain samedi aux Invalides, en soulignant que le dirigeant du régime de Vichy avait été « pendant la première guerre mondiale un grand soldat », même s’il a « conduit des choix funestes » pendant la seconde.

Avec les sept autres maréchaux de la Grande Guerre, Philippe Pétain sera célébré aux Invalides lors d’une cérémonie à laquelle participeront les responsables militaires français, dont le chef d’état-major particulier du président, l’amiral Bernard Rogel.

« Opposé au défaitisme français »

« Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d’état-major sera présent à cette cérémonie », a précisé le chef de l’Etat, interrogé par des journalistes en arrivant à la préfecture des Ardennes pour un conseil des ministres délocalisé.

« Je n’occulte aucune page de l’histoire », a-t-il souligné, en réponse à certaines critiques contre la célébration de Philippe Pétain, qui fut ensuite chef du gouvernement collaborationniste de Vichy (1940-1944). Et d’ajouter :

« Il a été un grand soldat, c’est une réalité. La vie politique comme l’humaine nature sont parfois plus complexes que ce qu’on voudrait croire (…) J’ai toujours regardé l’histoire de notre pays en face. »

« Je me suis toujours opposé au défaitisme français ou à la complaisance envers toute idéologie. Mais je reconnais la part que nos maréchaux et notre armée ont jouée. Nous lui devons la victoire », « la victoire d’une nation combattante », a-t-il conclu, au quatrième jour de son périple de commémoration du centenaire de l’armistice de 14-18.

A la suite de ces propos, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) s’est dit « choqué » : « La seule chose que nous retiendrons de Pétain, c’est qu’il a été, au nom du peuple français, frappé d’indignité nationale lors de son procès en juillet 1945 », a déclaré le président de l’organisation, Francis Kalifat, cité dans un communiqué.

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A droite comme à gauche, le choix d’honorer le maréchal Pétain suscite de vives réactions. « Mais quel dégoût !, a ainsi tweeté Pierre Jouvet, porte-parole du Parti socialiste. Pétain, l’homme de Vichy, de la collaboration avec Hitler, de la rafle du Vél d’Hiv aura droit samedi à un hommage national. Mettre à l’honneur cet homme condamné à l’indignité nationale en 1945 est une honte et une insulte pour l’histoire de notre pays. »

« Honorer Simone Veil au Panthéon ET EN MÊME TEMPS le traître antisémite Pétain aux Invalides. Rien ne justifie une telle honte. Quand on préside la France, il faut se montrer un peu plus à la hauteur de son histoire », estime Benoît Hamon, fondateur de Génération·s. Quant au chef de file des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, il estime que « Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c’est trop ! L’histoire de France n’est pas votre jouet. »

Une « mauvaise polémique » pour Benjamin Griveaux

A droite, Alain Houpert, sénateur membre des Républicains, estime qu’« un passé glorieux n’efface pas les horreurs de 1939-1945 ». « Il n’y a rien de pire dans l’histoire que les trous de mémoire ! », ajoute-t-il.

Steeve Briois, vice-président du Rassemblement national (ex-FN), s’est également indigné sur Twitter : « Instrumentalisations politiques dans le cadre des élections européennes, comparaisons douteuses avec les années 1930, polémique sur Pétain… Plutôt qu’une suite de polémiques, on aurait attendu du président de la République un digne et bel hommage à nos poilus… Consternant ! »

« Je ne rentrerai pas dans cette mauvaise polémique », a répondu, lors d’un point de presse, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avant de citer une phrase du général de Gaulle en 1966 sur Pétain, selon lequel « sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie ». « Il ne faut pas faire de raccourcis douteux. Pétain a servi la patrie en 14 et l’a trahie en 40 », a précisé Benjamin Griveaux.

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