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jeudi 18 octobre 2018

Narcisse, mon beau Narcisse : Rousseau, « amant de lui-même » ? | France culture






« Narcisse ou l’Amant de lui-même » est une pièce écrite par Jean-Jacques Rousseau dans sa jeunesse. Longtemps, il l’a tenue secrète : dans cette pièce il s’agit de lui-même. Mais alors, Rousseau serait-il l’amant de lui-même ? Pourquoi aimer quelqu’un d’autre quand on excelle à s’aimer soi-même ?

Jean-Jacques Rousseau, 1712-1778, écrit dans sa jeunesse la pièce de théâtre Narcisse ou l’Amant de lui-même, une comédie en prose et en un acte qui met en scène Valère, jeune homme coquet, qui, pris au piège par sa sœur et sa promise, tombe amoureux du portrait de lui-même déguisé en femme...

Dans la préface à ce texte publié vingt ans plus tard, Rousseau écrit : "J'ai écrit cette comédie dans ma jeunesse et je me suis gardé de la montrer, aussi longtemps que j'ai tenu quelque compte de la réputation d'Auteur. Je me suis enfin senti le courage de la publier mais je n'aurais jamais celui d'en rien dire. Ce n'est donc pas de ma pièce mais de moi-même qu'il s'agit ici."

L'invité du jour :

Bruno Bernardi, philosophe, consacre ses travaux à l’histoire conceptuelle de la modernité politique, spécialiste de la philosophie de J.-J. Rousseau. Auteur de La fabrique des concepts : recherches sur l’invention conceptuelle chez Rousseau aux éditions Honoré Champion, co-directeur de Philosophie de Rousseau aux éditions Classiques Garnier, il présente et annote également Du contrat social et Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau aux éditions Flammarion GF.

Rousseau et la place qu'il s'accorde à lui-même

Rousseau est un philosophe, un écrivain, un artiste, il est toujours les trois en même temps. Et à partir de là, il parle de lui… Chez quel artiste n’y a-t-il pas du narcissisme et un prolongement du stade du miroir ?
Ce qui est particulier chez Rousseau c’est cette place accordée à lui-même, qui est entièrement revendiquée. Rousseau fait même une thèse centrale de l’amour de soi-même.
Bruno Bernardi

La cohérence entre la vie et l'oeuvre

Etre auteur, pour Rousseau, c’est savoir assumer en nom propre ce que l’on dit, et donc la cohérence de ses textes. À la fin de sa vie il écrit un texte qui scrute la cohérence de son œuvre et la cohérence entre la vie et l’œuvre. Il veut montrer qu'il a poussé cette exigence de cohérence jusqu’au bout. Et pour cela, toutes ses œuvres doivent se rattacher à lui-même parce que c’est là la validation du sérieux et de la cohérence de sa pensée… Bruno Bernardi

Rousseau, penseur de la solitude

Rousseau développe une éthique de l’authenticité. Deux formules reviennent constamment dans son œuvre : « être soi » et « être à soi ».
« Etre soi » c’est l’idée de reconnaître la forme de sa singularité et l’une des choses que revendique Rousseau c’est qu’il a eu la chance de se trouver lui-même, de se reconnaître lui-même et de décider qui il était… Pour lui, la plupart des hommes sont empêchés d’être eux-mêmes par l’obéissance aux préjugés et aux conformismes auxquels ils sont soumis.
Quant à « être à soi », il s’agit de ne pas être entraîné dans une logique d’événements, d’appartenances, de soumissions, qui fait qu’on est mis hors de soi-même.
Pourquoi cette ambivalence de Rousseau quant à son rapport à la solitude ? Pour être à soi, il faut savoir et pouvoir se recueillir…
Le statut de la solitude chez Rousseau a une grande richesse, c’est l’un des grands penseurs qui a le plus réfléchi aux différentes modalités de la solitude…
Bruno Bernardi

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