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vendredi 19 octobre 2018

Les ovnis, ça existe ? | France culture



Le 24 décembre 2011, en plein réveillon de Noël, des milliers d’Européens sortent prendre l’air. Entre deux coupes de champagne, ils aperçoivent incrédules une boule de feu qui traverse le ciel, suivie d’une importante traînée lumineuse.

L'événement fascinant, repris en boucle le lendemain sur toutes les télés, donne lieu à de multiples spéculations. Mais quel est "cet ovni du réveillon" ? La vérité est pourtant moins exaltante : après enquête, la manifestation cosmique se révèle être un débris de la fusée russe Soyouz.

L’Objet Volant Non Identifié est un marronnier repris régulièrement par les médias. Transformé en acronyme "ovni", il témoigne d’une fascination pour tout ce qui est extraterrestre. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, des milliers de témoignages, souvent sincères, parfois fallacieux, se sont accumulés au sujet d’apparitions inexpliquées dans le ciel. Ces phénomènes visuels ont nourri toute une littérature de science-fiction à partir des années 1950. Plus tard, les ovnis deviendront les acteurs de séries populaires comme les Envahisseurs ou X-Files, diffusée pour la première fois en 1993.

Aujourd'hui, des phénomènes extraordinaires sont régulièrement aperçus dans le ciel, parfois même filmés. Dans l'immense majorité des cas, il s'agit de phénomènes explicables par la science : illusion d'optique, ballon météo, nuage, avion, reflet lumineux, etc. Mais l'esprit humain préfère se laisser aller à son imagination plutôt que de se confronter à une vérité scientifique moins séduisante.

Nous avons posé ces questions à Jean-Paul Aguttes, le responsable du groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, le GEIPAN.


Jean-Paul Aguttes :

"Ce qui est sûr, c’est que l’étrangeté dans le ciel existe. Nos témoins viennent nous voir parce qu’ils ont vu quelque chose d’extraordinaire dans le ciel. Notre travail, c’est d’expliquer ce qu’ils ont vu. Nous parlons de phénomènes aérospatiaux non identifiés : ça n’induit pas forcément une réponse, ce n’est pas forcément un objet et ça n’a pas la connotation extraterrestre qu’a l’ovni. Presque tout le temps, à 1% près, nous expliquons ce qu’ils ont vu et ce ne sont pas des extraterrestres."

Quelles sont les explications les plus courantes ?


"Une étrangeté dans le ciel peut venir d’un objet, d’un phénomène qui par sa nature même est étrange au départ. Quelqu’un qui n’a jamais vu une foudre en boule peut être surpris, même par une météorite, mais dans beaucoup de cas on se rend compte que ce qui a été le point de départ était simple, banal : un avion, un astre, ça peut être la Lune, le Soleil, Vénus, Sirius... et pour autant, c’était étrange pour le témoin. C'est donc qu’il s’est rajouté plein de choses, beaucoup de phénomènes physiques : des nuages qui sont passés devant la Lune et qui la rendent étrange, des éclairages qui font que les avions perdent leurs ailes, des phénomènes de type humain, des phénomènes de mémoire, d’interprétation de reconstitution mentale, d’illusions d’optique. Cette accumulation de phénomènes peut créer une étrangeté."

Tous les témoignages sont-ils pris au sérieux ?

"Plus un témoignage est étrange, plus il nous faut de la consistance pour appuyer l’ensemble. Par exemple, si quelqu’un dit qu’il a vu une soucoupe volante, je vais le voir, il ne peut pas me répondre parce qu’il l’a vue sur sa mobylette, dans son rétroviseur, à la sortie d’un virage avec un camion qui l’éblouissait derrière, donc je vais considérer qu’il n’y a pas assez d’informations. Si cette même personne l’a vue dans de bonnes conditions, a eu le temps de la décrire, je dirais qu’il y a beaucoup d’informations mais même si cette personne là commence à dire qu’elle en voit tous les jours et puis qu’elle change d’avis, je considérerais qu’il y a de l’information mais il n’y a pas de fiabilité. C’est tout ça qu’il faut apprécier. "

Y’a-t-il beaucoup de témoignages farfelus ?

"Nous avons des témoignages qui traduisent une inquiétude, une manifestation psychologique délicate, difficile, voire carrément des gens très dérangés, mais ça reste une minorité. Nous avons à peu près toutes les tranches de la population."

Plus de téléphones donc plus de photos ?

"Nous avons décidé de ne plus répondre à l’étrangeté traduite par l’écran lui-même. Par expérience, nous avons montré qu'on arrive toujours à l’expliquer, que c’était le téléphone qui créait l'étrangeté des aberrations internes de l’appareil. Par contre le téléphone est très utile aujourd’hui dans la mesure où le témoin vient avec ses yeux, l’étrangeté qu’il a pu voir, mais il nous amène aussi la photographie de cette étrangeté, c’est très utile."

Y a-t-il des données qui sont filtrées par les autorités ?


"Nous avons des conventions avec un certain nombre d’institutions, la météorologie, bien sûr, parce qu’il y a beaucoup de phénomènes qui y sont liés mais aussi la défense qui nous donne sous convention des pistes radars d’avions que nous pouvons utiliser dans nos enquêtes."

Les autorités peuvent-elles contraindre le Geipan à mentir ?

"Ce type de question est aussi associé à la thèse extraterrestre. En général on pense à ces choses-là avec l’idée que la vérité à cacher, c’est que les extraterrestres sont là. Je dirais que dans les deux cas, thèse extraterrestre ou complot, on est un peu dans la croyance et nous on est assez démunis. On respecte les croyances et on sait aussi qu’on doit faire avec la question du complot. On ne peut pas convaincre les gens qui pensent que l'on cache les choses."

Les cas inexpliqués sont-ils la preuve d’une vie extraterrestre ?


"Nous avons en terme de phénomènes inexpliqués un taux de l’ordre de 1% : sur 200 cas par an, nous en avons un ou deux voire trois mais pas plus qui sont inexpliqués. Dans l’inexpliqué, il peut y avoir beaucoup d’éléments pour comprendre que dans certains cas on n’a pas eu assez de ressources pour aller au bout, dans un autre cas on est peut-être tombé sur un problème d’hallucination psychologique et dans d’autres cas, c’est la connaissance qui nous manque, qui viendra demain dans cette liste - pourquoi pas la possibilité de la thèse extraterrestre. Nous n’avons strictement aucune preuve."

"Les Idées claires",
un programme hebdomadaire vidéo et audio


Parce que la vérité est plus lente que le mensonge, parce que la désinformation est plus séduisante que les faits vérifiés, Les Idées Claires démêle le vrai du faux. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin (producteur de La Méthode scientifique sur France Culture) remettent de l’ordre autour d’une idée reçue. Retrouvez l'intégralité des épisodes dans le dossier "Les Idées Claires"

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