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vendredi 12 octobre 2018

2008-2018 : a-t-on retenu les leçons de la crise financière ? Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More

Note d’actualité 53 | Septembre 2018

Dix après la crise, il est encore difficile de faire le partage des responsabilités entre les acteurs. Faut-il s’en prendre aux banques et au monde financier ? Les États se sont-ils laissés aveugler par les banquiers centraux qui leur offraient une croissance à crédit ? 


Cette note fait la démonstration d’une responsabilité collective dans la crise qui, schématiquement, fut une crise de crédit soldant la fin d’une période d’inflation artificielle des actifs. Elle montre également que la France n’est pas préparée à une nouvelle crise éventuelle et invite à parachever l’œuvre de régulation de 2008-2011 pour restaurer la stabilité économique et financière du monde.

Le scénario de la prochaine explosion financière

Pour le dire nettement, la crise de 2008 n’a été que contenue et non pas résolue – ce qui aurait demandé deux ou trois années de faillites massives. Le remède monétaire administrée à nos économies, notamment aux économies européennes toujours sous perfusion de la BCE, amènera inéluctablement un évènement financier brutal et une récession. Nous considérons l’Europe comme l’épicentre de la prochaine crise et la dette privée comme son instrument principal. A ce scenario de base, nous ajouterons une liste de points problématiques dans le secteur financier mondial qui, par contamination à partir du problème principal, contribueront également à cette prochaine crise.

L’étincelle : une bulle sur la dette d’entreprises, l’immobilier, les marchés actions ou les marchés émergents



Conclusion : Parachever l’œuvre de régulation de 2008-2011 pour restaurer la stabilité économique et financière du monde

S’il est quasiment trop tard pour réorienter les politiques monétaires (il faudrait rapidement remonter les taux d’intérêt en Europe, mais la BCE ne s’y résoudra jamais puisque cela la rendrait visiblement responsable de la prochaine récession), on peut d’ores et déjà définir les grandes lignes de ce qu’il faudrait faire pour restaurer notre équilibre économique sur le long terme.

En premier lieu, il faut se souvenir que la grande œuvre de régulation des années 2008-2011 n’a jamais été achevée : l’union bancaire européenne est encore en chantier, les mécanismes de stress test et l’encadrement prudentiel des banques sont encore déficients et le régulateur européen s’est peu soucié de deux domaines : les produits dérivés et les prêts immobiliers. Les banques européennes ont un bilan encore plus étendu qu’en 2008 et la séparation entre les activités de banques de détail et d’investissement jamais remise en œuvre. De manière inconséquente, le secteur bancaire européen a un nombre de créances non-performantes encore élevées qui menace son équilibre en cas de récession. Les gouvernements se sont reposes sur des stress tests sans encadrer les ratios d’endettement des clients des banques, entreprises et particuliers. Les marchés obligataires, eux, ont encore accru leur taille depuis la crise sans que les gouvernements ne tentent d’encadrer les ratios financiers des emprunteurs.

Le rôle des banques centrales, et en particulier celui de la BCE, doit être précisé de nouveau : aujourd’hui, elles sont censées définir les taux d’intérêt et lutter contre l’inflation. Or, elles passent à côté de la forme monétaire de l’inflation, celle de l’inflation des actifs. Les banques centrales ne devraient plus laisser se développer à leur maximum les bulles et passer du « clean after the bust » à une vraie prévention. En cas de surchauffe des valorisations et des prix d’actifs, les banques centrales devraient intervenir par plus d’encadrement prudentiel et des hausses de taux d’intérêt, afin d’éviter le coût social d’une crise de crédit.

La relation des responsables politiques à la macro-économie doit être revue : au lieu de tout attendre de la croissance et des politiques monétaires, les dirigeants doivent accepter des taux de croissance légèrement plus bas mais sans krach, privilégier un modèle de croissance plus sain et rechercher de vrais résultats en matière de politique budgétaire et fiscale.

Ce n’est qu’au prix d’un véritable aggiornamento dans les politiques économiques, plus fines, plus proches des innovations financières, plus attentives aux entrepreneurs et aux investisseurs, que nous pourrons nous acheminer vers un mode de croissance plus pérenne évitant, tous les dix ans, une déflagration financière dont le coût social et économique est désormais un fardeau annihilant tout réel progrès de nos sociétés.

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