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dimanche 30 décembre 2018

Le numérique fait-il de nous des numéros ? Du présage au pronostic - De la causalité aux corrélations - L’irrésistible montée de l’algorithmique et ses biais cognitifs - Puissance vs impuissance : la volonté de puissance contre l’instinct grégaire



Les algorithmes sont-ils les nouveaux décideurs ou sont-ils, au contraire, un moyen d’accéder à des idées, contenus, données ou personnes inaccessibles ou invisibles jusqu’alors ?

Table ronde enregistrée à La Sorbonne dans le cadre du forum "L'année vue par les sciences" le 25 février 2016


Et si le nom du prophète était, Patrick McGohan. Héros de la série Le Prisonnier, ça rappelle forcément quelques souvenirs aux plus de 20 ans, je m’explique, regardez le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui. L’omniprésence du numérique dans nos vies. Un « village » global où tout le monde, tout notre entourage numérique, nos « amis », se ressemble étrangement. Tout le monde s’entend bien, dans une sorte de concorde générale un peu étrange, parce que tout le monde a à peu près le même avis.

Par ailleurs, tout ce que nous faisons est observé, scruté, disséqué, toutes nos petites habitudes, tous les endroits (réels ou virtuels) que nous visitons, le moindre de nos choix, la décision la plus insignifiante comme passer la souris un tout petit instant sur cette publicité pour un vêtement et finir par renoncer à cliquer. Tout est enregistré. De telle sorte que tout ce qui va nous être proposé va être subtilement contraint. Orienté. On ne va pas nous forcer la main mais on va nous conduire, en nous poussant sans que nous ne nous en rendions compte, dans le bon sens, vers la bonne porte, dans la bonne direction.

Dans ce « village », tout le monde est à peu près heureux. Ou semble l’être. Il devient quasi impossible de se déconnecter, de quitter le village, alors il n’y a pas encore de grosse boule blanche qui sort de l’océan pour nous étouffer, et pourtant le sentiment d’étouffement n’est jamais très loin. Il n’y a pas de numéro 1. Il y a toujours de nouveaux numéros 2.

Vous voyez maintenant pourquoi Patrick McGohan Le Prisonnier avait quelque chose de prophétique lorsqu’il hurlait, dans ce monde qui avait pourtant toutes les allures de la perfection : « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ».

Sommes-nous des hommes libres dans ce monde numérique gouverné par les algorithmes ou avons-nous abdiqué cette liberté pour devenir, volontairement, des numéros ? Le plus grand péril pour la démocratie vient-il des poussées populistes qui gangrènent la société occidentale, ou de ce nouveau totalitarisme numérique auquel nous avons déjà, collectivement consenti ?

C’est ce scénario discrètement anxiogène dont nous allons débattre avec Antoinette Rouvroy, chercheuse au Fonds de la Recherche Scientifique, FNRS qui est rattaché au Centre de recherche Information, Droit et Société de l’Université de Namur, Benjamin Bayart que les utilisateurs de 4chan connaissent sous le pseudonyme (cravate) mais qui est surtout président de la Fédération des Fournisseurs d’Accès à Internet associatifs et co-fondateur de la Quadrature du Net et Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l’UPMC, chercheur au laboratoire d’informatique de Paris VI, spécialiste d’intelligence artificielle, et président du comité d’éthique du CNRS.

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