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mardi 26 juin 2018

La résistance à Donald Trump | France Culture 27/06/2017



À Washington, les avocats ont de beaux jours devant eux…

Même celui du président a embauché un confrère en appui. « On n'est jamais trop prudent » souligne Marc-Olivier Bherer dans Le Monde, à propos de l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle. Le journaliste des pages Débats du quotidien a lu le livre d’Yvonnick Denoël publié à Nouveau monde éditions sous le titre Les dossiers noirs de Donald Trump, qui rassemble différentes enquêtes réalisées par la presse américaine, notamment le New Yorker, le site Propublica et le Consortium international des journalistes d'investigation. À l’origine de la carrière de Trump, il y a déjà la figure sulfureuse d’un avocat, Roy Cohn, ancien protégé de McCarthy et défenseur de grands mafieux. « Ses contacts présumés avec Cosa Nostra permettront au promoteur immobilier de construire ses tours en employant des sans-papiers sous-payés sans craindre d'être ennuyé par les syndicats, à la botte de la mafia. » La pièce de résistance du livre est une enquête du New Yorker qui revient sur une affaire de corruption, liée à la construction d’un palace à Bakou, resté inachevé pour cause d’accession de son promoteur à la présidence américaine, « ce qui ne l'aurait pas empêché d'empocher près de 3 millions de dollars ». Le deal, selon l'expression chère au milliardaire, s'est fait avec un oligarque local, fils du ministre des transports, qui entretiendrait des relations avec les Gardiens de la révolution iraniens. Fut-il rappeler que l'Azerbaïdjan est l'un des pays les plus corrompus de la planète ? L'immeuble fantôme va continuer de hanter Trump, car le dossier risque fort de tomber sous le coup des lois anticorruption américaines.

Dans l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne un élément de poids est venu s’ajouter avec la fuite de documents dus à une lanceuse d’alerte désormais sous les verrous

L’étonnante Reality Winner, une jeune militaire du renseignement aux remarquables états de service, spécialisée dans la cryptographie et l’analyse linguistique, notamment pour les forces engagées en Afghanistan et en Irak, embauchée ensuite par la NSA, a posté le 9 mai dernier au site The Intercept – qui avait publié les révélations de Snowden – un rapport secret sur les tentatives de piratage du système de vote par des hackers russes. Pourquoi le 9 mai, alors qu’elle détenait ce document depuis un moment, demande Emmanuelle Andreani-Facchin, dans son enquête pour le magazine Society ? Dans l’après-midi Donald Trump avait annoncé qu’il limogeait le directeur du FBI qui enquêtait sur l’ex-conseiller du président à la sécurité nationale, mêlé à l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne.

La colère gronde partout aux Etats-Unis, en particulier en Californie

En avant-première dans ce journal des idées, la deuxième livraison de la revue America qui paraît demain publie un grand reportage de Silvain Cypel sur ce bastion avancé de la résistance au « bouffon » qui a gagné l’élection malgré un retard de 3,5 millions de voix sur sa concurrente. Le ridiculiser publiquement est revendiqué comme un geste politique car « ça le touche là où il est le plus vulnérable : son immense narcissisme ». Cette résistance hétérogène – droits des femmes, des minorités ethniques, des immigrés, militants de l’environnement, de la limitation des armes à feu, ou de la protection de l’assurance-santé – s’emploie à réaliser une convergence en vue des élections législatives de mi-mandat, en novembre 2018. C’est le paradoxe Trump : « sa victoire a suscité, à gauche, un mouvement tel qu’on n’en avait pas vu depuis deux générations ». La revue qui s’est donné pour objectif de comprendre l’Amérique par la voix de ses grands écrivains propose un entretien au long cours avec Don de Lillo, attentif à ses moments de crise : l’assassinat de JFK, ou le 11 septembre 2001. « La fiction aide à s’interroger » – affirme-t-il. En créant « un langage qui permette de décrire la vie intérieure », « elle peut examiner l’impact de l’histoire sur les vies intimes bien mieux qu’un essai ou un livre d’historien ». C’est souvent une image qui lui donne le départ : L’homme qui tombe est né de la « photo d’un homme en costume qui porte un attaché-case et marche dans une rue de New York, couvert de cendres et de poussières. En la voyant des années après le 11 septembre, j’ai commencé à écrire cette scène. » Première version pour Harper’s Magazine sous le titre : Dans les ruines de l’avenir. « La chute de l’empire américain est inéluctable. Tous les empires finissent par s’effondrer. »

La fracture ouverte en Amérique par l’élection de Donald Trump a également divisé le monde des affaires

En sacrifiant l’Accord de Paris sur le climat, il a brutalement mis au jour ce fossé latent : « Quand les patrons les plus médiatiques ont condamné sa décision, d’autres, loin des caméras et des réseaux sociaux, ont applaudi des deux mains » résume Elsa Conesa dans Les Echos. La correspondante à New York rappelle que « la Chambre de commerce américaine, le plus gros lobby patronal au monde avec 3 millions d’entreprises adhérentes, a fait campagne contre toutes les mesures de lutte contre le réchauffement climatique ». Avec une première victoire devant la justice : « deux mois après la signature de l’Accord de Paris, la Cour suprême a suspendu l’application du plan ».

Par Jacques Munier

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