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samedi 16 mars 2019

RAPPEL : LA LAÏCITÉ, C'EST LA LIBERTÉ | Vincent Peillon, Ministre de l’Éducation Nationale




UN DOGME EST UN CONTENU, un point fondamental et considéré comme incontestable d’une doctrine religieuse ou philosophique ; plus communément, c’est une opinion donnée comme certaine, intangible et imposée comme vérité indiscutable. 

C’est ainsi que de plus en plus de français se représentent la laïcité depuis que des extrémistes politiques et religieux (et leurs « idiots utiles » respectifs) se sont emparés d’elle il y a une dizaine d’années pour la revendiquer ou l'attaquer. Or, la laïcité - contrairement à ce que ces partisans ou combattants de la dernière heure veulent nous faire croire - n’est ni une opinion, ni une doctrine, ni une religion, ni un catalogue d’interdictions ou d’obligations.

LA LAÏCITÉ EST UN PRINCIPE, « une organisation de la puissance publique destinée à promouvoir à la fois la liberté de conscience, l'égalité de droits et l'intérêt général » (Henri Pena-Ruiz). 

Elle a aussi le sens premier, et plus général, de « mode d’organisation et/ou option non-confessionnelle, ou neutre religieusement ». Ce sens est celui de la loi Goblet du 30 octobre 1886, article 17 : « … l’enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque » (non religieux). Enfin, la laïcité est une position philosophique concernant l’enfant, dont la conscience en éveil doit être respectée et protégée de tout prosélytisme, et le futur citoyen qui doit être encouragé à l’étude, au libre examen, au questionnement permanent, à l’autonomie de jugement, à la critique éclairée ainsi qu'à l’engagement dans la cité. L’action libératrice de l'instruction - notamment à l’école laïque, gratuite et ouverte à tous - doit entraîner la mise à distance de tout communautarisme, de toute idéologie ethnocentrique, de tout dogme et de toute organisation intolérante et sectaire. Comme le disait déjà Ferdinand Buisson au congrès radical de 1903 : " Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas de la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. "

C’est la raison pour laquelle la laïcité est si décriée, contestée et combattue par les « intégristes » et les « cléricaux » de tous bords, ennemis de la liberté de pensée et d’une société égalitaire, solidaire et fraternelle, par crainte de perdre leurs pouvoirs. Dans leurs attaques, ces farouches adversaires de la laïcité invoquent  paradoxalement « la liberté, l’égalité homme-femme, la tolérance, le respect des droits individuels et collectifs ainsi que la lutte contre l'exclusion, la haine et le racisme »... quand ils ne se présentent pas comme les meilleurs défenseurs de la laïcité !

LA LAÏCITÉ, C’EST LA LIBERTÉ, L’ÉGALITÉ, LA FRATERNITÉ.

LA LIBERTÉ :

La laïcité, c’est la liberté de conscience qui inclut la liberté de religion. La liberté de conscience est celle de croire, de ne pas croire, de changer de conviction ou de n’en afficher aucune : le droit de « n’être comme personne ». Article 1er de la loi du 9 décembre 1905 : « La République assure la liberté de conscience… ». La liberté des convictions (religieuses mais aussi philosophiques et politiques) est générale même si des restrictions peuvent être apportées à leur expression dans certaines conditions.

La laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une. Avant 1905, les français étaient obligés de se déclarer catholiques, protestants ou juifs. Aucune autre conviction n’était reconnue, encore moins l’absence de conviction ! Après 1905, la liberté de croire, de ne pas croire, de se moquer, de critiquer ou de juger les convictions d'autrui est assurée par la République et les autorités publiques ont obligation de veiller à son respect.

La laïcité, c’est le libre exercice des cultes. Article 1er de la loi du 9 décembre 1905 : « La République garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Les religions peuvent exiger qu'on les protège du mépris et de la vindicte, pas de la critique, ni même du blasphème. Car ce que l’Etat offre, c’est la protection de la liberté des croyants, pas la limitation de celle des non croyants.

La laïcité, permet la libre expression de ses convictions - en privé, en public, individuellement et collectivement - dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public car il n'y a pas de droits sans devoirs. C’est aussi la liberté de pouvoir s'émanciper de ses appartenances et croyances d’origines. La laïcité est libératrice.

La laïcité, c’est la liberté de vivre ses identités multiples - ethnique, culturelle et sexuelle notamment - en conformité ou, éventuellement, en opposition avec les injonctions familiales et sociales. La laïcité peut permettre de construire son avenir plutôt que de subir un destin tout tracé. « Les êtres humains… libres et égaux en dignité et en droits… sont doués de raison et de conscience… » (DUDH, Art. 1).

L’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales indique : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites ».

Et, concernant le cadre dans lequel ce droit peut s’exercer : « la liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui - prévues par la loi - constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

L’ÉGALITÉ :

La laïcité, c’est l’égalité des hommes et des femmes devant la loi, quelles que soient leurs origines, leurs convictions, leurs appartenances et leurs identités. La laïcité aime et respecte la diversité individuelle et collective si elle ne s’oppose pas à la création des liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. La laïcité est compatible avec les communautés (qui visent le partage et la solidarité) mais incompatible avec le communautarisme (qui prône la ghettoïsation et/ou le rejet d'une République indivisible, laïque, démocratique et sociale).

La laïcité, c’est la neutralité de l’Etat avec, comme corolaire, l’égalité de traitement des usagers exprimée par l’interdiction pour les agents occasionnels ou permanents des services publics de manifester leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

Il n’y a pas de religion d’État. Aucune religion ne peut exiger de droits particuliers pour ses adeptes et nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles communes. Enfin, si l’autorité publique peut - dans certaines circonstances - prendre en compte les convictions religieuses des citoyens, elle n’a pas à les prendre en charge.

La République laïque, c’est la séparation des Églises et de l’Etat. L’Etat est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. Article 2 de la loi du 9 décembre 1905 : « la République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… ». Cela signifie que l’Etat et les collectivités territoriales n’ont le droit de verser aucune aide financière publique à une association religieuse, ni pour son fonctionnement, ni pour la construction de lieux de culte. Cependant, il appartient à l’Etat de veiller à ce qu’aucune religion ne soit entravée de manière discriminatoire dans son exercice paisible quotidien.

LA FRATERNITÉ :

La laïcité n'est pas une doctrine à laquelle on adhère ou non. On peut très bien être croyant, agnostique ou athée ET laïque en même temps. Un laïque a le sens du bien commun et l'amour des libertés fondamentales. Il recherche toujours le meilleur équilibre possible entre libertés individuelles et intérêt général, diversité et unité, indépendance et solidarité, droits et devoirs. Comme l’écrit Régis Debray : « La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait. »

La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix. La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée, permet l’exercice de la liberté d’expression comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions.

L'espace public, c’est la sphère de l’autorité publique et des services publics, c’est celui qui produit et applique le droit (sécurité, justice, enseignement, santé et protection sociale, etc.) et qui est en charge de l’intérêt général. Il est rigoureusement neutre à l’égard des usagers, « aveugle » aux croyances et à leurs pratiques, aveugle aux communautés qui existent dans la société civile, mais il n'est pas antireligieux. Rappelons qu’en tant que tel l’usager du service public n’est pas soumis à l’exigence de neutralité religieuse. Quelques rares exceptions sont prévues cependant (jurés d’assises, visiteurs de prison, etc.).

L'espace privé, c’est la sphère personnelle, celle des intérêts particuliers, celle de l'intimité où chacun est libre de ses pensées, opinions, attaches, habitudes, singularités, croyances ou incroyances et de leur expression (ou refus de leur expression dans une neutralité choisie) dans les seules limites de la loi et du respect de l’ordre public. L’espace privé peut être « collectif » et s’étendre aux espaces partagés avec des parents, des amis et/ou des personnes ayant les mêmes opinions et convictions (ex : association 1901) ou la même religion.

L’espace civil ouvert au public, c’est celui de la vie sociale au quotidien, l’espace à l’usage de tous, l’espace commun où s’exercent les libertés individuelles et collectives, mais aussi l’espace de construction du « vivre ensemble » où chacun doit s’efforcer de préférer ce qui nous rassemble à ce qui nous sépare. Rappelons que l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 précise que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

CE QUI EST CONTRAIRE À LA LAÏCITÉ :

Confusion entre laïcité et athéisme

La laïcité, ce n’est ni une idéologie, ni une religion et encore moins l’athéisme (refus de tout dieu). Un « militant laïque » est quelqu’un qui lutte pour faire appliquer la loi qui s’impose à tous pour mieux « vivre ensemble », qu’il soit lui-même croyant ou non croyant. La laïcité a offert la liberté à toute les religions (ce n’était pas le cas avant la loi de 1905). Un Etat laïque n’est donc pas antireligieux : il veille seulement à empêcher « le cléricalisme », c’est-à-dire les tentatives possibles des religions pour imposer leurs lois, règles et morale particulières à l’ensemble de la société (par exemple sur le mariage, la contraception, la nourriture, etc.). Mais en aucun cas la laïcité ne doit être détournée contre une religion.

Confusion entre la loi et la religion

Ce qui est contraire à la laïcité, ce ne sont pas les religions, c'est la prétention de certaines à faire la loi, à s'imposer comme règles civiles ; c'est aussi la tentation de présenter le lien religieux comme le modèle du lien politique. Donc ce qui est opposé à la laïcité c'est de vouloir faire de la foi une loi civile ou, symétriquement, de vouloir faire de la loi civile un article de foi. Ajoutons que la laïcité ne protège pas seulement l’autorité publique de l’influence des religions, elle protège aussi l’indépendance des religions de l’autorité publique et protège les religions les unes des autres.

Vouloir communautariser toute la société

C’est précisément parce que l'espace public, celui de l'autorité publique, fondateur des libertés est rigoureusement laïque que l’espace civil ouvert au public et l’espace privé, où les libertés s’exercent, n’ont pas à être obligatoirement laïques, mais simplement tolérants. Cependant, certains espaces privés collectifs devraient pouvoir, grâce au principe constitutionnel de la liberté d’association et de conviction, se réclamer de la laïcité et se doter d’un mode d’organisation et de fonctionnement non confessionnel ou neutre religieusement. La dérive communautariste consiste à vouloir réduire ou abolir la laïcité de la sphère publique et l’interdire dans les associations « laïques », ce qui revient à « communautariser » l’ensemble de la société.

Vouloir laïciser toute la société

Il s’agit ici de la dérive inverse, une sorte d’extrémisme laïque. Si l’on exige que le principe d’abstention qui règne dans la sphère publique s’applique aussi dans la société civile, on prive tout simplement celle-ci d’une de ses libertés fondamentales, la liberté d’expression. Cela conduirait, par exemple, à interdire toute manifestation religieuse dans la rue ou dans un lieu accessible au public et à la cloîtrer dans l’espace strictement privé de l'intimité. Position qui ruine non seulement la tolérance mais aussi la laïcité, dont l’un des objets est précisément de rendre possible une large jouissance du droit de manifester ses opinions. Bien entendu cette liberté est astreinte au droit commun. Par exemple, s'il est possible de porter une croix, un voile ou une kippa dans la rue, s'il est possible également de crier « crôa ! crôa ! »  ou de publier des dessins humoristiques moquant un dogme religieux, il n'est pas possible de crier "mort aux mécréants" ou "mort aux juifs" (car c'est s'en prendre à des personnes) ou de se soustraire à l'identification physique en portant une burqa dite intégrale (pratique contraire à la loi et au principe d’égalité homme-femme).

CONCLUSION :

« La laïcité n’est pas une entrave à la liberté, mais la condition de sa réalisation. Elle n’est jamais dirigée contre les individus ni contre leur conscience, mais elle garantit l’égalité de traitement de tous les citoyens. Refusant toutes les intolérances et toutes les exclusions, elle est le fondement du respect mutuel et de la fraternité ». (Vincent Peillon, Ministre de l’Éducation Nationale).

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