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dimanche 4 mars 2018

La Fable des abeilles ou Vices privés, vertus publiques, de Bernard Mandeville 1705

LA RUCHE MÉCONTENTE, OU LES COQUINS DEVENUS HONNÊTES 

Une vaste ruche bien fournie d’abeilles,
Qui vivait dans le confort et le luxe,
Et qui pourtant était aussi illustre pour ses armes et ses lois,
Que pour ses grands essaims tôt venus,
Etait aux yeux de tous la mère la plus féconde
Des sciences et de l’industrie.
Jamais abeilles ne furent mieux gouvernées,
Plus inconstantes, ou moins satisfaites.
Elles n’étaient pas asservies à la tyrannie
Ni conduites par la versatile démocratie,
Mais par des rois, qui ne pouvaient mal faire, car
Leur pouvoir était limité par des lois. [...]



Le 14 février 2009, le philosophe Dany-Robert Dufour, auteur de l'ouvrage "Le Divin Marché" (Denoël, 2007) a participé à un Café Philo Autrement au bar-restaurant My Boat, dans le Parc de la Villette, à Paris. Thème du débat: "A quoi servent les philosophes en temps de crise".

Les prospérités du vice, par Dany-Robert Dufour

Depuis le sociologue allemand Max Weber et son livre « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme », on se représente le capitalisme comme ascétique, rigoriste, autoritaire, puritain et patriarcal. Et, depuis près d’un siècle, on se trompe. Comme le montre la lecture et la redécouverte de Bernard Mandeville, médecin et philosophe du XVIIIe siècle, et de sa « Fable des abeilles ».

Intitulée "La Ruche murmurante" ou "Les Fripons devenus honnêtes gens" dans sa première version de 1705, La Fable des abeilles raconte l’histoire d’une ruche florissante où prospèrent non seulement tous les métiers, mais aussi et surtout tous les vices, la cause de sa prospérité tenant précisément à ce que tous ses habitants sont peu ou prou voleurs. Hantés par la culpabilité, ils décident de devenir honnêtes. Dès lors, les (très nombreuses) activités qui vivent du malheur d’autrui disparaissent, et la ruche dépérit. Le message est clair : pour faire le bonheur de vos concitoyens, soyez malhonnête et débarrassez-vous de tout scrupule… Bernard Mandeville développe pendant vingt-quatre ans, dans des dizaines de textes et des centaines de pages, les implications de ce qu’il appelle « une espèce de conte mis en de mauvaises rimes ». Il en résulte un texte en plusieurs volumes intitulé La Fable des abeilles ou Vices privés, vertus publiques, bientôt traduit en français, grâce notamment à l’intérêt que lui porte Voltaire. Les principes que Mandeville a volontairement et explicitement posés comme « vicieux » dans cette Fable de 1705 contribueront à réformer le monde avec la première révolution industrielle selon un esprit entièrement nouveau : celui du capitalisme.

Le sociologue Max Weber (1864-1920) en explique pour sa part le développement, au XVIIIe siècle, par l’influence de l’ethos protestant, découlant des doctrines de Martin Luther et de Jean Calvin.

Avec Luther, l’activité professionnelle serait devenue une tâche imposée par Dieu aux hommes. Conséquence de la réhabilitation de la vie laïque et du travail, l’exercice des métiers (manuels, commerciaux, techniques…) s’élève à une dignité spirituelle jusqu’alors reconnue à la seule vocation des prêtres et des moines.

Avec Calvin, cette incitation au travail se trouve encore renforcée par la notion de prédestination, empruntée à saint Augustin et largement diffusée dans le monde protestant. [...]

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