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mardi 6 février 2018

ETRE VRAI EN SOI : CHRONIQUE SYMBOLIQUE-POÉTIQUE DE PATRICK CARRÉ | GADLU.INFO

Patrick Carré a la joie de nous annoncer la sortie de son livre ETRE VRAI EN SOI et pour fêter l’évènement, il nous confie son Introduction (en somme une chronique philosophique substituée…)

ETRE VRAI EN SOI transforme les Quatre Eléments : l’Air, l’Eau, la Terre, le Feu, en rampes de lancement des candidats au changement de vie intérieure.

Etre Vrai, c’est être bien dans son élément quatre fois, dans l’Air, l’Eau, la Terre, le Feu, évoluer de l’un à l’autre et l’un par l’autre, ressentir à quel point tout est relié dans l’univers, de l’infiniment grand à l’infiniment petit par-delà les espaces et les temps, et se projeter dans l’air du temps de la pensée hindoue, dans l’eau du Nil des Anciens Égyptiens, dans la terre du potier-tourneur, et dans le feu de l’alchimiste à l’œuvre.

Etre Soi, c’est être les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, se chercher et se trouver, délivré(e) de sa propre identité jusqu’à ne plus s’appartenir, évoluant alors parmi d’autres cherchants dans une subtile dimension où tous se re-trouvent. Etre Soi c’est aimer.

ETRE VRAI EN SOI 

Introduction

Etre Vrai en Soi est un engagement, une présence à soi-même de tous les instants, exigeant patience et persévérance et une volonté à toutes épreuves. Car les épreuves foisonnent dans une société privilégiant la surface et la forme des êtres à ce qu’ils recèlent au fond et gardent au secret, quitte à vivre toute sa vie emprunté, comme empruntant aux autres un droit à l’existence, alors que chacun(e) a le devoir d’exister par soi-même, en soi-même, et pour soi-même, et tout ensemble matériellement, mentalement, moralement, et spirituellement. Or ce tout indivisible ne vit qu’en Soi et ne révèle sa splendeur qu’à ceux et celles qui tournent le dos aux images partielles et déformées de la surface des choses, et transforment peu à peu ces apparences et ces rendez-vous manqués avec soi-même en retrouvailles, et même en mariage d’amour.

Pour en arriver là, chacun(e) doit faire sa révolution sans en référer à une quelconque autorité, et se projeter dans un espace/temps intérieur où les systèmes idéologiques ou religieux font pâle figure, substituant à leurs prêts-à-penser des pensées libres de droits dépassant largement tous les horizons d’idées préfabriquées. Un cosmos intérieur (du grec κόσμος, kósmos, monde ordonné) attend ceux et celles qui osent s’affranchir des règles ou de l’absence de règles de ce monde chaotique apparent, où le désordre est organisé et même ordonnancé méthodiquement et systématiquement pour bloquer tout projet d’alliance avec les autres et de paix en soi-même. Mais pour parvenir à s’en libérer, il faut garder présents à ses côtés des alliés fiables et respectés, les scientifiques toujours prêts à intervenir pour étayer par une loi physique les raisonnements et les passages de caps difficiles de cette révolution intérieure.

L’esprit scientifique est en effet le Lucifer des temps présents, en son premier sens de porteur de lumière (du latin « lux, lumière », et « ferre, porter »), figuré par la planète Vénus dans la Rome antique du fait de sa présence matin et soir auprès du soleil. Les chercheurs des forces à l’œuvre dans l’univers et en eux-mêmes, doivent pour parvenir à leurs fins et devenir des trouveurs, conjuguer symboliquement l’étude rationnelle de ces forces à la lumière du jour et leur figuration irrationnelle dans le noir de la nuit. Et de même qu’il faut voir en même temps avec les deux yeux pour voir en relief, la conjugaison des pensées et des fonctions des deux cerveaux rationnel et irrationnel, le gauche logique et le droit intuitif, est requise pour chercher et trouver les lois qui régissent l’univers et même ses dieux, pour se connaître soi-même et peut-être un jour se trouver.

S’il y a des limites à cette quête intérieure des cherchants, elle n’est due qu’à la structure même de la matière et à sa découverte par une suite de limites comme emboîtées les unes dans les autres entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Et pendant ce temps-là… le goût du travail effectué pour y parvenir instaure en soi-même une étrange complicité entre le connaissant et sa conscience, entre toute connaissance et le sursaut de conscience qu’elle suscite, comme entre la conscience éclairante et les perspectives nouvelles de connaissances qu’elle implique. Le travail intérieur active ce jeu de miroirs entre la connaissance et la conscience, qui à son tour stimule le travail du cherchant aux niveaux matériel, mental/moral, et spirituel. Tout se relie entre ces niveaux comme tout est déjà relié dans l’univers, et les liens revivifiés entre ces natures matérielle et spirituelle ne font que restaurer des relations artificiellement dégradées.

Peu importe qui ou quoi est la cause de ces dégradations, et les intérêts de qui ou quoi elles servent, car là n’est pas la raison d’être du travail intérieur. En fait, chacun(e) a rendez-vous avec soi-même dès sa naissance, et une vie suffit à peine pour être parfaitement à l’heure de cette union, mariage mystique pour les uns et/ou simple exercice d’équilibre permanent pour les autres. Si au commencement de cette longue marche vers soi-même est le verbe, il se décline au présent de l’impératif : « Sois ! », non pour commander à l’univers mais à soi-même, pour se reprendre en mains et s’initier à la vie totale, celle en qui et par qui tout se relie, car tout est déjà relié et uni. Et l’enjeu de cette reprise en mains est de taille, car alors apparaît au grand jour en soi-même, caché jusqu’à présent sous la couche superficielle du temps rationné comme une denrée rare, du temps en surabondance pour se chercher soi-même et se trouver. Les cornes d’abondance d’où s’écoulent des fruits succulents à profusion figurent ce temps précieux délivré avec délectation par des angelots androgynes, représentés jadis sur les façades d’immeubles et les tableaux, c’est-à-dire l’être en soi-même rajeuni ayant réalisé l’union tant espérée de ses natures masculine et féminine, jusqu’à Etre Soi dans le bien-être car Etre Soi c’est être bien.

L’Alchimie spirituelle décrit avec un soin méticuleux les processus intérieurs de décomposition et de recomposition de ceux et celles qui travaillent à se transformer et se perfectionner, pour tendre vers cette androgynie mentale et spirituelle célébrée par les grandes traditions occidentales et orientales. L’androgyne ! voilà le condensé de vertus trouvant en soi-même des solutions aux blocages physiques, psychologiques et spirituels, le Mercure Philosophique des alchimistes à l’œuvre dès que la pensée relie ce qui en soi-même est délié, jusqu’aux racines des mots/maux eux-mêmes. Car Mercure est le dieu messager des dieux revitalisant en philosophant (du grec ancien « φιλοσοφία » composé de « φιλεῖν, philein, aimer » et de « σοφία, sophia, sagesse ») les principes élémentaires de sagesse qu’ils symbolisent.

Alors, de solutions en solutions, de racines de mots décomposés en mots recomposés, la pensée philosophique se tend et se détend alternativement, comme la matière de l’alchimiste se dissout et se coagule alternativement en son vase. Il sépare pareillement en lui le fixe du volatil de ses pensées, en se laissant emporter par son imaginaire, quitte à être insensé dans l’irrationnel volatil en dépassant les bornes rationnelles autorisées, puis en ressaisissant fermement le fil de ces mêmes pensées en leur conférant une assise rationnelle fixe scientifiquement établie. Les alchimistes s’appellent ainsi entre eux philosophes, chacun(e) depuis les temps antiques activant en soi-même les cerveaux droit et gauche pour être simultanément logique et intuitif, fixe et volatil, devenir en soi-même et par soi-même le Mercure Philosophique destiné à Etre Soi ré-généré et revivifié.

Car l’essentiel dans cette évolution intérieure est l’attachement et l’amour de la vie, croissant à mesure que s’affirme en soi-même le sens de la vie, en particulier quand il est nourri par la connaissance et la conscience des éléments naturels traditionnels : l’eau, l’air, la terre, et le feu. Chaque élément est omniprésent dans la vie de la naissance à la mort, et toute la vie est une redécouverte de leurs forces à l’œuvre pareillement dans l’homme et dans l’univers. S’ils sont les composants élémentaires de la matière pour les penseurs grecs anciens qui les observent de l’extérieur, ils s’animent dès qu’ils servent de miroir aux cherchants pour refléter leur propre imaginaire comme des symboles, et surtout leur donnent envie de passer à travers le miroir pour revisiter chaque élément de l’intérieur comme on regarde le ciel depuis la terre. Les cherchants avertis plébiscitent cette vision de l’intérieur des éléments régénérant le sens de la vie et un attachement inconditionné à toutes ses manifestations, l’amour de la vie toujours là tapi dans l’ombre de la nuit, puissant comme le vertige et le sentiment de plénitude touchant les êtres en contemplation sous la voûte étoilée.

Fermons donc la lumière artificielle éclairant les quatre éléments de l’extérieur, pour les observer pendant un temps dans le noir de la nuit intérieure, et les voir se métamorphoser sous des traits inattendus conférés ici par la pensée hindoue, la civilisation de l’Ancienne Egypte, les mains du potier, et l’athanor de l’alchimiste. En effet, les barrières et les règles conventionnelles séparant de jour les savoirs en catalogues froids dans tous les domaines, s’évanouissent dans la nuit de la conscience réchauffant les esprits et les cœurs et autorisant toutes les audaces intellectuelles. Voyageons dans l’espace pour retrouver dans l’air du temps rétréci de nos jours les signes d’un temps dévoré en permanence par la déesse hindoue Kali, dans l’eau d’aujourd’hui des traces de l’eau androgyne du Nil, dans la terre en rotation sur la girelle du potier-tourneur la Terre elle-même élancée dans la Voie Lactée, dans le feu réchauffant à la fois l’esprit et le cœur le passage enflammé de l’embrasement à l’embrassement.

Sous le regard et le questionnement du cherchant, les quatre éléments deviennent ainsi tour à tour une étoile polaire fixe autour de laquelle tourne un ciel d’étoiles et de pensées en mouvement, impressionnant et marquant la mémoire de traces lumineuses. Ces pensées semblent filer dans la nuit, comme pour trouver des analogies de sens, et des analogies il y en a partout et tout le temps car tout est lié ! Autrement dit, pour éclairer sa nuit intérieure, le cherchant doit être une étoile polaire polarisant sa réflexion autour de thèmes centraux comme les quatre éléments, l’art du questionnement intérieur se réduisant dans un premier temps au choix de ces principes élémentaires traditionnels autour desquels tournent et se structurent les réflexions. Alors successivement, le cherchant en quête de Soi réduit et polarise ses réflexions sur un élément central, puis les multiplie en quatre éléments périphériques, puis les réduit à l’androgyne aux deux éléments principiels, générant par eux-mêmes et projetant hors d’eux-mêmes un troisième élément, l’Etre Soi.

Cette suite de nombres un, quatre, deux, trois, symbolise ainsi l’accomplissement de la quête de Soi par le cherchant, comme elle symbolise l’homme depuis la réponse d’Œdipe à la question du (ou de la) Sphinx (du grec ancien Σφίγξ, Sphígx, Sphinx, de genre féminin) : « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ? » « C’est l’homme ! » répond Œdipe. « De fait, lorsqu’il est enfant, il a quatre jambes, car il se déplace à quatre pattes ; adulte, il marche sur deux jambes ; quand il est vieux, il a trois jambes, lorsqu’il s’appuie sur son bâton. ». Mais la destinée d’Œdipe est aussi de se rapprocher du Sphinx à mesure qu’il progresse dans son questionnement intérieur, jusqu’à se fondre en lui. « C’est l’homme intérieur ! » répond alors le cherchant, Œdipe substitué symbolisant aussi le Sphinx lui-même quand il s’est trouvé, à présent puissamment ancré sur terre, au buste féminin transmettant la vie dans son eau, doté des ailes de l’androgyne, et au corps de feu du lion, symbole total du développement abouti et harmonieux de ses quatre natures élémentaires.

Ces deux versions de la réponse d’Œdipe ne s’excluent pas l’une l’autre, bien au contraire, l’une éveillant de l’extérieur l’attention du cherchant et l’autre l’attirant ensuite en soi-même et le maintenant éveillé. Les mythes des métaphysiciens agissent ainsi comme les attracteurs étranges des physiciens, révélateurs des états stables de systèmes sous-tendant des ensembles de phénomènes à la fois désordonnés et ordonnés. Les mythes sont pour les cherchants des îlots de sens et des cercles d’ordre où selon l’expression « tout tourne rond », mais dont s’écartent les pensées de la vie courante en « prenant la tangente » à ces cercles, autre expression populaire faisant appel aux mathématiques et à la géométrie pour traduire la fuite en avant des penseurs qui se fuient eux-mêmes.

A l’inverse, le cherchant a l’art de tourner autour de soi-même régulièrement comme autour d’un être aimé, avant de lui déclarer son amour en entrant dans son cercle intérieur comme dans un palais, et en suivant le chemin menant au centre du cercle où demeure sa propre chambre nuptiale. Ce chemin non rectiligne qui est la vie spirituelle elle-même, est figuré depuis l’époque néolithique par des tracés géométriques de spirales et de cercles concentriques, et illustré dans les traditions de l’Inde et de l’Egypte Antique et dans la pensée grecque par la vie des dieux. Connaître les dieux antiques et prendre conscience de leurs raisons d’être devient même une nécessité pour qui veut se connaître soi-même intérieurement, se reconnaître et s’accepter en vérité, se nourrir en connaissance de cause des prises de conscience qu’ils déclenchent, et en en digérant tous les sucs. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » dit Rabelais l’alchimiste.

Ces sucs sont ici ceux de l’Air, de l’Eau, de la Terre, et du FFeu, qu’on ne cesse d’étudier depuis l’Antiquité et qui réapparaissent en ces temps actuels de grands retours à la nature. Dans son mouvement circulaire et même cyclique sur les cercles de connaissances, la pensée semble d’abord étudier les éléments l’un après l’autre, mais c’est pour mieux les relier intimement et faire disparaître entre eux toute préséance. Chacun est un miroir à travers lequel les cherchants peuvent plonger pour trouver des pensées inattendues, éclairant sous un jour nouveau toute leur quête, des éclairs lumineux s’accompagnant de haut-le-cœur transformant la vie raisonnée et trop souvent raisonnable en une suite de découvertes passionnantes. Ainsi, si les mots « Γνῶθι σεαυτόν, Gnỗthi seautόn, Connais-toi toi-même » gravés à l’entrée du temple de Delphes sont attestés, la suite « … et tu connaîtras l’univers et les dieux » est une invention, mais de génie, car elle souligne les processus de connaissance et de conscience opérant dans les deux sens : « Connais l’univers et les dieux … et tu prendras conscience de toi-même » ! Alors, soyons en Grèce ses dieux et déesses, en Inde Shiva et sa parèdre Kali, en Egypte Osiris et Isis, pour Etre Soi.

Patrick Carré

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