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jeudi 7 décembre 2017

Francis Huster parle de Stefan Zweig : Le Joueur d'échecs



Un testament d'humaniste

« Puissent mes amis voir encore l'aube après la longue nuit, moi je ne peux plus attendre, je pars avant eux. »

Ainsi Zweig concluait-il, en février 1942, la note expliquant les raisons de son suicide.

Le Joueur d'échecs est le dernier écrit de ce voyageur insatiable et grand connaisseur de l'âme humaine.

Sur un paquebot reliant New York à Buenos Aires, le narrateur croise la route du champion du monde d’échecs, Mirko Czentovic, un être froid et secret, un monomaniaque dont la vie semble se résumer au mouvement des pièces sur le carreau de l’échiquier. Dans ses efforts pour comprendre comment un homme peut ainsi limiter son esprit et sa vie à ce simple jeu, il fait la connaissance d’un autre passager, le Dr B., exilé autrichien qui s’avère capable de battre le champion du monde alors qu’il prétend ne pas avoir joué depuis plus de 20 ans.

Cet homme énigmatique raconte alors sa sombre histoire au narrateur, dévoilant comment les tortures psychologiques de la Gestapo ont annihilé son être tout entier, et comment le jeu d'échecs lui a permis de survivre, à moins que justement il ne l’ait fait basculer dans la folie.

A côté de l’histoire plaisante, écrite avec ce style pénétrant que Zweig a aiguisé au fil de ses nouvelles, romans et biographies, il est difficile de rester indifférent au bilan du monde dressé en filigrane par l’auteur. Nous sommes en 1941 et Hitler a depuis longtemps réduit à néant l’idéal humaniste de cet Européen exilé (comme le Dr B.) à Londres puis au Brésil. À Petrópolis, malgré l’accueil chaleureux des Brésiliens, il ne peut oublier que ses livres sont interdits et brûlés dans sa Vienne natale. Comme le Dr B. aux mains des nazis, le voici reclus, prisonnier d'une cage dorée, lui qui rêve de nouveaux voyages et se languit de ses nombreux amis de par le monde. Comme son héros, il a l’âme déchirée, mais même l’écriture ne lui offrira aucun remède.

Zweig écrivit que cette histoire était " trop longue pour une nouvelle et trop courte pour un roman. "

Elle restera en nous comme un testament.

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