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jeudi 22 juin 2017

Moralisation, piège à c*** !, par Roland Hureaux, essayiste (Causeur)

Au demeurant, il serait paradoxal qu’une loi de moralisation de la vie publique émane d’un gouvernement issu d’une élection parmi les plus immorales qui aient été : tant l’instrumentalisation éhontée de la justice que la prise de parti à sens unique d’une presse, largement aux ordres des puissances financières, ont, seules, permis l’élection du nouveau président. Personne, ni juge, ni journaliste, ne s’est intéressé de près aux obscurités des déclarations de patrimoine de Macron ; le nouveau Premier ministre lui-même a pu se dispenser impunément de l’obligation de transparence comme député. Et ceux-là voudraient faire une loi de moralisation !

Tout est contre-productif dans le projet de loi annoncé : on veut interdire à un élu d’embaucher sa femme ou ses enfants, mais quid des maîtresses ou des compagnes ? Encore une discrimination au détriment des gens mariés ! La multiplication des contraintes (fiscalisation des indemnités, limitation des activités annexes, interdiction de plus de trois mandats successifs, manière de reconnaître que ce sont des prébendes ou des privilèges alors qu’il s’agit de fonctions utiles) et des contrôles de toutes sortes sur les élus éloignera un peu plus les gens de talent des responsabilités politiques et, au contraire, y attirera un peu plus les médiocres – et les aigrefins –, ce genre de lois a le même effet que les antibiotiques sur les bactéries : seules les plus résistantes, qui sont aussi les plus nocives, y survivent et prolifèrent.

Ces règles ne changeront pas la nature humaine et ce n’est pas en raison de tel ou tel abus ponctuel qu’il faut chambouler la loi. Renforcées, les règles n’en seront pas moins, n’en doutons pas, à leur tour, tournées. Français, encore un effort pour être vraiment libéraux, et cesser de vouloir tout réglementer au moindre écart ! Il parait que Macron, lui, est un libéral !

Si une seule loi de moralisation était nécessaire, cette loi devrait compléter le dispositif qui, depuis 1789 interdit à la justice d’interférer avec le processus politique et administratif.  Les lois des 16 et 24 août 1789, du 16 fructidor an III, du 31 mars 1914 (article 110 du Code électoral), du 2 mars 1982 (sur les Chambres régionales des comptes), dont l’esprit est pourtant clair, n’ont pas suffi à empêcher la malheureuse affaire Fillon. Si l’on veut encore préserver une certaine idée de la République, il est urgent de compléter ce dispositif.

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