RECHERCHER DANS CE BLOG

dimanche 2 juillet 2017

Hubert Védrine contre l’irreal politik / Emission du 17 avril 2016



Le monde au défi 
Réalisme et pessimisme ?

L’essai d’Hubert Védrine consti­tue un vibrant plai­doyer en faveur de ce que les spé­cia­listes des rela­tions inter­na­tio­nales appellent l’école réa­liste. En effet, l’ancien ministre des Affaires étran­gères lance des attaques en règle contre tout ce qui masque la réa­lité des socié­tés et du monde, contre les idéa­lismes désta­bi­li­sa­teurs qui n’engendrent que des catas­trophes :

– les « feux de che­mi­nées média­tiques » qui vendent de la peur, du droit de l’hommisme et de la com­pas­sion à tout bout de champ.

– le “roman maso­chiste anti­na­tio­nal” qui ali­mente la haine de soi et de son his­toire.

– les inter­na­tio­na­listes et autres mon­dia­listes qui « ne se résignent pas à ce que l’Occident ne soit plus le maître du monde » et luttent encore pour expor­ter de pré­ten­dues valeurs uni­ver­selles (démo­cra­tie, droits de l’homme) qui ne sont en réa­lité que celles de leur his­toire.

– les euro­péistes, plus fukuya­mesques que Fukuyama, accro­chés à une Union euro­péenne construite « depuis l’origine sans racines, sans ori­gines, post-historique et post-tragique, fon­dée par géné­ra­tion spon­ta­née, sur le dépas­se­ment, voire la néga­tion des nations et des iden­ti­tés des peuples comme celui de la puis­sance » (on se frotte les yeux en lisant cela !).

– le poli­ti­que­ment cor­rect qui empêche de juger serei­ne­ment l’islam et de « nom­mer un chat un chat », tout cela « au nom d’une ‘Répu­blique’ de moins en moins clai­re­ment défi­nie » (cf. sur ce point Fré­dé­ric Rou­villois, Etre (ou ne pas être) répu­bli­cain).

Hubert Védrine ne cache pas un cer­tain pes­si­misme au sujet de l’état du monde actuel et pré­vient ses lec­teurs que « nous allons devoir vivre dura­ble­ment dans un sys­tème mon­dial chao­tique, en per­ma­nence instable » ; et ce, d’autant plus que la com­mu­nauté inter­na­tio­nale dont les mon­dia­listes se gar­ga­risent n’existe pas à ses yeux, du fait du fossé qui sépare désor­mais l’Occident des autres aires de civi­li­sa­tion. Tou­te­fois, il n’écarte pas des scé­na­rios opti­mistes, autour d’une Rus­sie pou­ti­nienne qui ces­se­rait d’être dia­bo­li­sée et rede­vien­drait un élément d’équilibre, d’une Chine qui ces­se­rait de faire peur et par­ti­ci­pe­rait à un sys­tème de sécu­rité col­lec­tif en Asie, d’un monde musul­man réformé, recons­truit autour d’une sorte de traité de West­pha­lie, mais ce qu’il est encore loin de pour­voir faire. A moins qu’une com­mu­nauté ne se forme autour des ques­tions écolo­giques, dans le sens du main­tien de « l’habitabilité » de la Terre. C’est à l’évidence la convic­tion pro­fonde de l’auteur.

De toute façon, l’Occident doit admettre qu’il a perdu son mono­pole sur les affaires du monde et en tirer les consé­quences qui s’imposent. La pre­mière d’entre elles serait de ces­ser de vou­loir trans­for­mer le reste de l’humanité en Occi­den­taux. L’école libé­rale n’a de cesse de faire de ses adver­saires réa­listes des cyniques fau­teurs de guerre alors que ce sont bien ses dis­ciples qui ont mul­ti­plié les guerres depuis 1991. La diplo­ma­tie est l’art de dis­cu­ter de la réa­lité. Il serait en effet temps de s’en souvenir.

Le monde au défi, Fayard

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire