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mardi 7 mai 2019

Vous avez dit... politiquement correct ? Traité des bons sentiments, de Mériam Korichi | France culture 16/09/2016



Pourquoi les "bons sentiments" sont-ils désormais sans cesse moqués, synonymes de sensiblerie ou d'émotivité excessive ? Y a-t-il un espoir que les "bons sentiments" redeviennent tout simplement bons ? De Philippe Muray aux restos du coeur en passant par Flaubert, éclairage de cette expression toute faite avec la philosophe Mériam Korichi.

Le texte du jour

« Quand t’ai-je dit que je n’avais « pas d’amour pour toi » ? Non, non, pas plus que je n’ai jamais dit le contraire. Laissons les mots auxquels on tient, et dont on se paye en se croyant quitte du reste. 

Qu’importe de s’inquiéter perpétuellement de l’étiquette et de la phrase ? Mets un peu la tête dans tes mains, ne pense pas à toi, mais à moi, tel que je suis, ayant 33 ans bientôt. – Usé par quinze à dix-huit ans de travail acharné, plus plein d’expérience que toutes les académies morales du monde, quant à tout ce qui touche les passions, etc., goudronné, enfin, à l’encontre des sentiments pour y avoir beaucoup navigué, et demande-toi s’il est possible qu’un tel être ait ce qui s’appelle de l’Hâmour. – Et puis, qu’est-ce que ça veut dire ? Je m’y perds. Si je ne t’aimais pas, pourquoi t’écrirais-je d’abord, et pourquoi te verrais-je ? Et pourquoi te - ? Qui donc m’y force ? Quel est l’attrait qui me pousse et me ramène vers toi, ou plutôt qui m’y laisse ? (…) 

Ne sens-tu pas qu’il y a dans la vie quelque chose de plus élevé que le bonheur ? Que l’amour et que la Religion, parce qu’il prend sa source dans un ordre plus impersonnel ? – Quelque chose qui chante à travers tout, soit qu’on se bouche les oreilles ou qu’on se délecte à l’entendre, à qui les contingents ne font rien, et qui est de la nature des Anges, lesquels ne mangent pas ? Je veux dire l’idée ? C’est par là qu’on s’aime, quand on vit par là. (…) 

Avec le culte de la Vierge, l’adoration des larmes est arrivée dans le monde. Voix dix-huit siècles que l’humanité poursuit un idéal rococo. Mais l’homme s’insurge encore une fois, et il quitte les genoux amoureux qui l’ont bercé dans sa tristesse. Une réaction terrible se fait dans la conscience moderne contre ce qu’on appelle l’amour. Cela a commencé par des rugissements d’ironie (Bryon, etc.), et le siècle tout entier regarde à la loupe et dissèque sur sa table la petite fleur du Sentiment, qui sentait si bon ! jadis ! »

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