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dimanche 22 septembre 2019

∆∆∆ FRANC-MAÇONNERIE ET INTERNET SONT-ILS COMPATIBLES ? de Jiri Pragman | HIRAM.be 30 juin 2016

Franc-maçonnerie et Internet : « Les maçons, vrais ou faux, se répandent sur la toile et les échanges « maçonniques » s’y multiplient. Des rituels, des planches, des invitations à des tenues maçonniques… on y trouve de tout !
A-t-on encore besoin de se faire initier (ou peut-on l’être à distance ?) ?
Faut-il s’obstiner à fréquenter des ateliers ?
Est-ce encore la peine de ne prendre la parole que de manière mesurée… (…)
Bref, Internet va-t-il remplacer une franc-maçonnerie que d’aucuns trouveront désuète voire obsolète, inadapté à l’époque actuelle ?
Ou la « profanisation » de la franc-maçonnerie via Internet sera-t-elle l’occasion de repositionner, de recadrer la franc-maçonnerie ?

À moins que le développement d’une présence maçonnique sur Internet ne soit l’occasion de s’interroger sur les politiques de communication, d’extériorisation et sur le fonctionnement même des obédiences et loges maçonniques, ou sur les règles que doit respecter le maçon dans et en dehors du temple… »

Telles sont quelques-unes des nombreuses questions que Jiri Pragman se pose dès le préambule de son dernier livre : « Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ? ».



Un livre divisé en six grands chapitres-questions :

– Internet constitue-t-il la voie du futur maçon ?
– Quelle présence des structures maçonniques sur Internet ?
– Internet est-il un outil maçonnique ?
– Internet est-il un progrès maçonnique ?
– Internet et discrétion font-ils bon ménage ?
– L’avenir maçonnique est-il numérique ?

Quelques extraits : « Internet est un e-bazar ou des savoirs sont dispensés au milieu d’informations parasites. Le souci, pour le simple curieux comme pour l’honnête homme ou femme qui souhaiterait emprunter le chemin de la loge, c’est de démêler le vrai du faux, la propagande de la contre-propagande, la promotion de l’information. »

« Faut-il absolument faire appel à Internet et à ses outils pour être de son époque ? Ou Internet permet-il simplement aux maçons et aux structures maçonniques de mieux communiquer, de disposer de canaux d’information comme ils n’en ont jamais connu ? Internet n’est pas un progrès maçonnique mais il offre la possibilité de faire progresser l’audience du discours maçonnique. »

« Si, lors de certains échanges entre maçons à travers des forums, listes de discussion, zone de commentaires des blogs ou dans les réseaux sociaux, certains se montrent respectueux de l’autre et pratiquent une certaine écoute, il faut bien reconnaître que des comportements bien éloignés de la pratique en loge sont devenus courants. » « Pourquoi ces différences entre un comportement en loge et celui rencontré sur Internet ? »

On ne peut effectivement comme Jiri que le constater, et avec lui déplorer ces comportements outranciers qui touchent aussi notre Blog Maçonnique Hiram.be. Ceux-ci sont favorisés par l’utilisation de pseudonymes qui permettent un anonymat dont certains abusent. Assurer la tranquillité et la sécurité en ne révélant pas la véritable identité des frères et sœurs (et même des profanes) qui souhaitent intervenir, oui, mais couvrir des « snipers », non. Peut-être va-t-il falloir, prochainement, réfléchir sérieusement à ce problème d’éthique dans nos interventions.

Enfin, à l’inévitable question : Une loge maçonnique peut-être être virtuelle ?, Jiri répond, fort heureusement : « beaucoup continuent à penser aujourd’hui qu’une loge virtuelle est un non-sens et que seule la présence des maçons en un même lieu et même temps « réels » fait la loge. »

« C’était mieux avant », Michel Serres publie un manifeste savoureux et grinçant



À 87 ans, Michel Serres continue de porter son optimisme de l’intelligence. Le membre de l’Académie française publie un manifeste savoureux et grinçant intitulé « C’était mieux avant », aux éditions Le Pommier, dans lequel il fustige les « nostalgiques pessimistes ».

Comment Luther est devenu viral, par Xavier de la Porte | Internetactu.net 03/02/2018

Marthin Luther par Lucas Cranach
La lecture de la semaine est un article passionnant de l’hebdomadaire britannique The Economist, intitulé « Comment Luther est devenu viral ».

C’est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s’exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire se répand de manière virale dans les réseaux sociaux et il devient impossible de passer sous silence le poids du soutien public à la révolution. 

La combinaison d’une technologie de publication améliorée et des réseaux sociaux est un catalyseur pour le changement social, là où les efforts précédents avaient échoué. C’est ce qui s’est produit pendant le printemps arabe. C’est aussi ce qui s’est passé pendant la Réforme, il y a près de 500 ans, quand Martin Luther et ses alliés se sont emparés des nouveaux médias de leur temps - les pamphlets, les balades, et les gravures sur bois - et les ont fait circuler dans les réseaux sociaux pour promouvoir le message de la réforme religieuse.

Les chercheurs ont longtemps débattu de l’efficacité relative des médias imprimés, de la transmission orale et des images dans le soutien populaire à la Réforme. Certains ont mis en avant le rôle central de l’imprimerie, une technologie relativement neuve à l’époque. D’autres ont relevé l’importance des prêches et des autres formes de transmission orale. Plus récemment, les historiens ont mis en valeur le rôle des médias comme moyens de signaler et de coordonner l’opinion publique pendant la Réforme.

La révolution de l’économie numérique



>>> http://www.ecoleliberte.fr/

La révolution numérique : le Blockchain, instrument de la confiance du citoyen? par Jean-Jacques Quisquater et Charles Cuvelliez | lacademie.tv

Charles Cuvelliez 2/2



Jean-Jacques Quisquater 1/2

Gynéco-logique : comment Gutenberg a changé le monde, par Agnès Giard | Libération 3 févr. 2018

De proprietatibus rerum, Lyon, Nicolaus Philippi
et Marcus Reinhart, 1482, gravure sur bois
A la Renaissance, lorsque la presse de Gutenberg se diffuse en Europe, les premières cartes du monde imprimées apparaissent en même temps que les premiers schémas gynécologiques. Vous trouvez cela logique ?

Certains événements sont nommés des «révolutions». L’invention de Gutenberg, par exemple. On le considère comme «l’inventeur» de l’imprimerie, vers 1440, alors que le plus vieux livre imprimé au monde (le Sutra du Diamant) date de 868… Pourquoi dire que Gutenberg est le père d’une technique dont l’existence est attestée en Chine depuis le IXe siècle ? Les chinois impriment couramment des livres à l’aide de plaques de bois lorsque Gutenberg fait ses premiers essais en xylographie à Mayence. 


Gutenberg n’est pas non plus le premier à utiliser des caractères mobiles : en Chine des caractères de porcelaine sont fabriqués dès le XIe siècle, suivis en Corée par des caractères en métal. Quant à la presse… Gutenberg l’emprunte aux vignerons qui s’en servent pour extraire le jus de raisin et aux orfèvres qui l’utilisent pour graver des médailles ou des pièces de monnaie.

«Le chef d’oeuvre de l’imposture européocentriste»


En dépit de tout ce qu’il doit aux chinois, aux vignerons et aux orfèvres, Gutenberg reste dans l’histoire celui par qui le monde est entré dans la modernité… Une «imposture européocentriste» affirme René Etiemble. Mais peu importe. Il s’avère que pour Gutenberg lui-même, l’entreprise s’avère un échec total : sa célèbre Bible dite B42 (Bible à 42 lignes par page) n’intéresse finalement pas autant de clients que prévu. Ses ouvrages - imprimés sur le modèle des manuscrits enluminés, à l’aide d’épais caractères gothiques qui reproduisent ceux des moines copistes - sont lourds et encombrants. Gutenberg ne peut rembourser les intérêts ni le capital (2500 florins) investi par son associé Fust, qui lui intente un procès. Gutenberg meurt, quasi-inconnu. Dans un ouvrage passionnant intitulé Sociologie du numérique, Dominique Boullier résume : il serait «naïf» dit-il, de penser qu’une révolution repose uniquement sur une invention (empruntée ou pas), car la technique n’est rien si elle est mise au service d’un monde immobile.

Une révolution par la typo plutôt que par les textes

Il faut toujours du temps pour qu’une invention donne pleinement ses fruits. «Les premiers temps d’une innovation reprennent tous les schémas techniques des pratiques précédentes en les transposant seulement sans réellement les traduire», explique Dominique Boullier. C’est ce qu’on appelle «l’effet diligence», par allusion aux premiers wagons qui avaient la forme d’une diligence et ne transportaient qu’un nombre limité de voyageurs. De même les premiers livres imprimés ne font qu’imiter les ouvrages manuscrits dont les clercs ont le monopole. Le livre imprimé ne devient réellement «révolutionnaire» - c’est-à-dire populaire - qu’avec l’invention des caractères dits romains et des lettres latines (l’italique, notamment) qui permettent d’imprimer un maximum de mots sur une page : gain de place. Les livres deviennent plus légers, moins chers. «La période des incunables prend fin seulement à ce moment, et le livre commence alors à se diffuser massivement car ses coûts sont aussi réduits.» Ce qui nous amène à deux grands changements : dans le domaine de l’image deux frontières sautent.

Le numérique va-t-il provoquer la fin du salariat ? par Olivier Passet | Xerfi Canal 13/03/2018



La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le numérique va-t-il provoquer la fin du salariat ?

Il faut toujours se méfier des prophéties qui nous annoncent la fin des choses : la fin de l'Histoire, la fin du travail, la fin du livre, de la presse, etc. L'histoire ne cesse de ruser avec ces tendances qui paraissent inéluctables au moment où elles sont énoncées.

La fin du salariat relève du même processus intellectuel. La figure de la plateforme est devenue emblématique de la révolution numérique. La plateforme est un concept valise, flou, mais suffisamment puissant pour agir sur nos représentations. On imagine immédiatement des superstructures numériques, qui s'imposent par la puissance de leurs algorithmes et la taille de leur réseau, et qui picorent les compétences disponibles dans une sorte de freelance généralisé. Tout dans ce monde paraît voué à entrer dans une relation de type client-fournisseur, le travail devenant une marchandise comme les autres. D'où aussi cette idée en vogue selon laquelle chaque individu demain sera amené à pratiquer plusieurs activités simultanément, et à en changer tout au long de sa vie.

Polarisation de l'emploi, travail à la tâche

Dans ce monde, il y aura d'un côté des programmateurs et des créatifs, qui survendront leurs compétences et leur marque, s'octroyant la part belle de la rente numérique. De l'autre, une armée de contributeurs aux compétences interchangeables, travaillant à la tâche, mis en concurrence avec des prestataires de plus en plus lointains. Et parmi ces derniers, toute l'armée des personnes dédiées à la logistique du dernier kilomètre, dans les entrepôts, la livraison, pour ériger cette société de l'accès, où tout est livrable dans des délais de plus en plus courts.

Et c'est bien ce qui semble s'esquisser dès à présent à travers le phénomène très commenté de la polarisation post-industrielle de l'emploi. Avec d'un côté une prolifération de petits jobs faiblement rémunérés, et de l'autre, des métiers de cadres sup en plein essor également.

Tout cela est parlant, mais excessivement simplificateur. Pour plusieurs raisons.

La couche "quaternaire" du marché du travail


D'abord, le numérique et la structuration en plateforme doivent d'abord être vus comme une strate supplémentaire qui vient s'ajouter à l'existant, cette couche "quaternaire" dont nous parle Michèle Debonneuil. L'entreprise au sens classique ne disparaît pas, mais elle s'intègre à un écosystème qui a pour pivot une plateforme. Avec la permanence de l'entreprise traditionnelle, la relation salariale a ainsi la vie dure, ce que nous confirment d'ailleurs les statistiques les plus récentes.

Ensuite, on ne peut imaginer une économie qui ne serait constituée que d'acteurs opportunistes, picorant les compétences et le capital déjà constitué. Le capital humain doit se renouveler. L'économie a besoin d'accumulation et d'échange d'expérience ; de socialisation des individus aussi. Les raisons d'être du salariat, qui codifie une certaine fidélité entre l'employeur et le travailleur, gardent leur pertinence.

Chassez le salariat, il revient en Uber

Et ce n'est pas pour rien que l'on observe aussi des contre-tendances à l'ubérisation. Que les médecins se regroupent par exemple dans des centres de santé, que les indépendants exploitent des espaces de co-working, que les prestataires d'Uber exigent une normalisation de leurs conditions de travail. Une main-d'œuvre totalement atomisée et mobile, qui ne mutualiserait aucunes ressources, s'exposerait à un risque de forte dégradation de son capital humain.

Il y a enfin tout ce que l'on sait de la prise de conscience par les grands groupes du risque de perte d'efficacité que peut entrainer une vision trop déterritorialisée de leur activité. À tout faire faire, les groupes perdent leur identité et leur capacité d'innovation. L'unité de lieu et d'action, ça compte encore.

Un nouvel équilibre à inventer

Mais une fois que cela est dit, tout n'est pas dit. Le salariat n'est sans doute pas mort. Mais il est clair en revanche que la relation salariale est en profond chambardement. Avec le numérique, la pression concurrentielle sur le travail n'a jamais été aussi intense. La polarisation des salaires qui en découle devient de plus en plus problématique. La demande de polyvalence et de renouvellement des compétences exige de repenser nos systèmes de formation, et d'en adosser les droits aux individus.

Ce sont les conventions d'un nouvel équilibre qu'il faut inventer, plutôt que de chanter l'ode d'un meilleur des mondes du travailleur nomade, plus fantasmé que réel.

∆∆∆ Philosophie des réseaux sociaux | France culture 22/02/2019



Le discours sur les réseaux sociaux est aujourd'hui ambivalent : ils permettraient le meilleur, comme la mise en relation des individus, et le pire, comme l'expression sans filtre... Quelle révolution a entraîné l’apparition et l’utilisation des réseaux sociaux ?

Philosophie des réseaux sociaux
Cette émission a été enregistrée le mardi 19 février à la Sorbonne à Paris, en public, à l’occasion d’un forum organisé par France Culture : Participation, représentation, information #Le nouvel âge de la politique ?

L’histoire des réseaux sociaux est très récente et s’il nous est impossible aujourd’hui d’imaginer vivre sans réseaux, nous allons aujourd’hui prendre la mesure du changement voire même de la révolution qu’a entraîné l’apparition et l’utilisation des réseaux sociaux.

Mais les réseaux ne sont pas forcément sociaux, l’organisation en réseaux qu’on appelle réticulaire ne concerne pas seulement la société mais aussi la nature, le savoir, un circuit électrique, l’organisation d’une ville… L’organisation dite réticulaire implique un mode de fonctionner, une logique qui est très particulière… Quelle est-elle ? Qu’est ce qui fait l’essence des réseaux sociaux ?

Si on écoute les discours tenus aujourd’hui sur les réseaux sociaux, on entend une ambivalence, ils seraient à la fois synonymes du meilleur et du pire… Du meilleur car ils permettent la mise en relation des individus et le partage d’une information de manière quasi instantanée mais aussi du pire car la possibilité pour tout le monde de s’exprimer sans filtre, de faire circuler n’importe quelle information, brouille les repères qui constituaient jusque là le statut de l’information, la représentation du pouvoir et la transmission du savoir. Alors assiste-t-on aujourd’hui à un appauvrissement du débat d’idée par l’intermédiaire des réseaux sociaux ? Cet appauvrissement est-il inéluctable ? Et à quoi ressemblerait une éducation aux réseaux sociaux qui permettrait d’en tirer le meilleur usage ?

Les invités du jour :

Valérie Jeanne-Perrier, professeure de sociologie des médias au Celsa - Sorbonne Université
Pierre Musso, philosophe
Benoît Thieulin, fondateur et directeur de de LaNetscouade, agence de communication numérique, ancien président du Conseil national du numérique

Petite histoire des réseaux

Il y a une faiblesse du concept de réseau. Les réseaux sociaux se sont diffusés vraiment à partir de 2004 en particulier avec Facebook même s’ils existent depuis la fin des années 90. Qu’est-ce qu’un réseau ? C’est ce qui est important, j’ai critiqué le concept de réseau qui était tellement utilisé qu’il était surchargé de significations et qu’il a même pris un statut d’idéologie.     
C’est à partir du 19ème siècle essentiellement qu’on emploie le terme de réseau au sens technique, mais le terme de réseau se surcharge de sens à l’occasion des différentes mutations technologiques et industrielles depuis le début du 18ème siècle : la mécanisation, les réseaux électriques et la troisième, déjà dernière nous, l’invention de l’ordinateur. L’histoire et la généalogie sont fondamentales pour comprendre les concepts. Pierre Musso

L’émergence du smartphone, quelle incidence sur les réseaux ?

Certes l’ordinateur inventé par Turing est déjà ancien mais la réalité c’est qu’au fond, la démocratisation de l’informatique qui est un des enjeux de la diffusion des réseaux sociaux numériques dans la société, est liée à l’émergence du smartphone qu’on a dans notre poche ; ça ne fait qu’une petite dizaine d’années ! Ce n’est pas anodin que les réseaux sociaux et les smartphone soient quasiment nés en même temps ! Ça crée un bouleversement complet et je dirais que ça reprend aussi un des ressorts profonds de la révolution qu’on appelle informatique ou numérique, percutés par ce qui s’est passé avec l’émergence d’internet. Benoît Thieulin

L’internaute, émetteur et récepteur de l’information ?

Les usages mettent du temps à apparaître, et si en première instance on a ce sentiment que tout un chacun peut réagir et être porteur d’informations, devenir journaliste, les choses sont un peu plus complexes que cela parce que dans le monde des réseaux sociaux il y a une grammaire, des codes qui mettent du temps à s’instituer. Il faut distinguer des périodes dans l’arrivée des réseaux sociaux tels que nous les connaissons, et on parle d’eux aujourd’hui comme des marques portées par des outils qui sont aussi des plateformes : Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, WhatsApp, on ne fait pas nimporte quoi avec ces outils, le dispositif articule des possibilités et des conditions d’expression qui sont façonnées par ceux qui inventent ces dispositifs, on les respecte, on joue avec, parfois même on essaie de les détourner et ce sont ces détournements et usages impensés qui nous surprennent et permettent de jouer de la sédition : c’est parce qu’on a été capable en Egypte ou en Tunisie de s’organiser à travers un outil qui dans un premier temps n’apparaissait pas comme médiatique qu'est apparue une expression politique nouvelle. Mais très vite, et cela reste intemporel, le média est toujours quelque chose qui va être rapidement refermé... On voit dans différents pays ces réseaux être surveillés et la parole qui était libre redevient vite contrôlée et surveillée. Valérie Jeanne-Perrier

∆∆∆ Is Google God ? par Pascal Simoens | Morale Laïque 8 décembre 2018

L’ouverture de ce début 21ème siècle s’est défini par l’arrivée des technologies des communications et de l’information dans notre quotidien. 

A ce changement de paradigme sociétal est venu s’adjoindre l’émergence de nouvelles approches philosophiques liant l’homme et les machines.

Qui est Google et quel est son dessein ?

Notre propos n’est pas ici de valoriser l’une ou l’autre pensée, mais bien de démontrer (ou démonter ?) les mécanismes qui amènent à cette grande crainte du développement du mythique « Big Brother », omniscient de chacun de vos gestes et faits quotidiens.

Parler de Google pourrait paraître simple tant il est déjà présent dans la vie de chacun d’entre nous. Mais précisons d’emblée que Google ce n’est pas qu’un moteur de recherche. C’est aussi un OS (Operating System) qui couvre plus de 80% des téléphones mobiles de type « Smartphones » ; c’est aussi de la cartographie avec Google Maps et des plans de bâtiments avec Google Earth ; il est probablement votre boite mail (Gmail), un traducteur en ligne, un réseau social (le deuxième après FB), etc.

Ce que l’on sait plus rarement, c’est que Google est aussi une entreprise qui réalise des séquençages ADN avec sa société 23andMe et « accessoirement », Google fait des lunettes, des téléphones, des TV, permet à des voitures de conduire sans chauffeur (840.000 km parcourus1), vous offre la télé et la vidéo via YouTube, … sans oublier le fameux Google Books, celui qui a fait probablement le plus de polémique et qui sera l’objet d’un développement plus approfondi dans cet article.

Google en chiffres donne le vertige : c’est 6,4% du trafic mondial sur internet en 2013, plus de 2% du parc mondial d’ordinateurs et 3% de la consommation d’électricité avec ses serveurs localisés dans le monde entier (dont un en Belgique à 4 kilomètres du centre-ville de Mons, province du Hainaut). C’est aussi un milliard de dollars par mois…

Si cela peut donner le vertige des chiffres, force est de constater l’omniscience de cette entreprise qui vit avec nous, au sens premier du terme. Toutefois, Google n’est pas qu’une somme d’ordinateurs régis par des algorithmes de recherche, car derrière cette entreprise il y a des hommes, des femmes, et nous allons tenter de les présenter afin de mieux comprendre ce que cette entreprise pourrait devenir.

Le lien entre l’université, la recherche et Google est fondamental pour comprendre les enjeux de la pensée de ses fondateurs. Ce sont deux hommes qui sont, avant tout, des scientifiques et mathématiciens dans une université technologique à la pointe de la recherche dans le monde. Une université où les religions n’ont pas de droit de cité eu égard au fait que cela va à l’encontre même de la recherche scientifique. Ou plutôt, une seule religion y a droit de cité : le progrès pour et par la science. Notons d’ailleurs que l’un des deux fondateurs de Google s’est ouvertement présenté comme « athéiste», ce qui est courageux dans le pays où le président des Etats-Unis prête serment sur la Bible en citant « God bless you2 ». Toutefois, Sergey BRIN a très vite rétracté ses propos afin de ne pas faire de tort au marketing de Google (société mondiale) dans un monde de plus en plus régi par les religions.

L’homme peut-il être omniscient par la connaissance ? 

Cette approche est-elle si éloignée des fondements de la connaissance moderne telle que définie par les penseurs de l’époque des Lumières qui prônaient la connaissance pour l’émancipation des peuples et des hommes ? Les Lumières, dont l’Europe se revendique largement sont, sans nul doute, également le fondement de l’approche technologique de Google.

Pour l’objet qui nous concerne dans cet article, Google, deux éléments sont à prendre en considération pour mieux comprendre la démarche humaniste : la première est le fait que Condorcet développe deux fondements de notre société actuelle : la liberté d’expression et les moyens de les communiquer. Il part également du principe fondateur qui dit « plus les gens sont informés, mieux ils décident ». Notre intention n’était pas de traiter des fondements de la philosophie des Lumières dans le bref aperçu qui vient d’être esquissé mais bien de décortiquer ces fondements et de les analyser à l’aune de la démarche de Google. Car que fait Google, si ce n’est :

Un travail encyclopédique

Le développement des nouvelles technologies
La diffusion des informations
A cela, ajoutons quand même…
Un projet politique, au sens philosophique du terme
Une mission messianique

Google aurait-il les mêmes objectifs que les Lumières ? 

Certainement oui mais avec les outils de son époque: la révolution numérique. Toutefois, compiler des données qui se trouvent sur internet ne suffit pas pour avoir une connaissance du monde, ou comme aime à le dire les patrons de Google « une conscience mondiale ». Google a donc besoin de se constituer lui-même une encyclopédie du monde. Et comment ? Par Google Books.

Google Books c’est le rêve inachevé de Paul Otlet avec son Mundaneum : répertorier toutes les données du monde. Mais Larry PAGE et Sergey BRIN vont plus loin, ils désirent absorber la conscience du monde.

… la conscience du monde… pourquoi ?

Pour comprendre cette démarche il faut une méthode et quoi de plus normal que de numériser tous les livres dans le monde pour comprendre l’esprit et l’intelligence qui décrivent ce monde ? C’est de la sorte que depuis plus de 5 ans, Google numérise tout ce qui s’écrit et, surtout, tout ce qui a été écrit dans les bibliothèques mondiales.

Complétons cette analyse en nous arrêtant un instant sur la notion de « conscience du monde ». Cette approche presque messianique n’est à prendre en considération que si l’ensemble de la connaissance du monde permet de faire ressortir de nouvelles idées, de bonnes idées… car comme le défendaient les Lumières, on s’émancipe des dogmes à savoir plus et mieux. Google ne fait rien d’autre pour le moment.

Les technologies au service de Google.

Avant de conclure cet article, il nous semble nécessaire de présenter la stratégie de Google  initiée par ses fondateurs et proches. Simplement, Sergey et Larry sont convaincus que la technologie va changer le monde ; et comment leur donner tort ? Ce qui pose plus de questions c’est quand l’on sait que ces deux Geeks ont une approche très messianique de leur vision. Résumons-la par ces quelques points :

L’homme est perfectible, il faut le rendre meilleur
Il est perfectible par son corps et son esprit
Il faut donc améliorer son corps par la technologie
Et par ailleurs, pouvoir corriger les erreurs de son
Ces deux théories sont amplement critiquées scientifiquement, toutefois, force est de reconnaitre qu’elles n’ont pas pu encore être démenties. D’une part, la frise chronologique de Ray Kruzweil3 n’a jamais été démentie et il est difficile de nier que l’électronique envahit de plus en plus le quotidien de l’homme, ne serait-ce que pour des questions médicales.

C’est ainsi que selon certains chercheurs la singularité est programmée pour la troisième décennie du 21ème siècle, soit dans moins de 10 ans. Le même objectif que Google pour la création de sa propre I.A4… Et, ajoutons, avec une intelligence machiavélique pour y arriver.

En effet, même avec toute la performance informatique du monde, sans base de données suffisamment complexe ; cela reste du silicium et des nanotubes de carbone pour les prochaines puces quantiques. Dès lors, Google s’est mis en tête d’agréger l’ensemble des connaissances du monde pour l’offrir à la connaissance de programmation de son I.A.. Ils espèrent de la sorte, créer une singularité par l’apprentissage et à partir de la connaissance.

Sur le principe, pouvons-nous critiquer ? La Renaissance et les Lumières, n’ont-elles pas créé elles-mêmes une « singularité » scientifique et spécifique à leur époque ?

Plus généralement, cette échéance semble inéluctable et ne devrait pas faire peur auprès des personnes prônant les valeurs humanistes. Toutefois, il parait important que les conditions soient garanties quant à l’information du protocole de l’expérience. Et pour comprendre toute

l’expérience actuelle de Google, il faut également prendre en compte dans notre analyse le fait que Google investit massivement dans la génétique et la robotique.

« Is Google God ?»

Selon White, nous leur donnons des qualités divines et nous sommes fascinés par leur puissance. Il suffit de voir la ferveur digne des jours du Mondial de la jeunesse chrétienne la sortie du dernier IPhone! La recherche a d’ailleurs montré que la marque à la pomme provoque la même réaction chimique dans le cerveau de certaines personnes, que celle d’une expérience religieuse profonde. Et dans le cas d’Apple, Steve Jobs était le Messie.

Le 1er mai 2002, Larry Page répond à une interview à l’université de Stanford sur sa vision de Google. Il répond sans ambages : « La Mission que je me suis promise pour vous va prendre encore un peu de temps jusqu’à la découverte de l’IA. Je ne sais pas si vous voyez ce que cela signifie ? L’intelligence artificielle (…). Si vous trouvez la solution de cette recherche, vous pouvez répondre à toutes les questions, cela signifie que vous pouvez  potentiellement  tout faire.»

Conclusion

La question de l’évolution de notre société est menée actuellement par les scientifiques, enfants des Lumières. Et pourtant, l’adage veut que « le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Une nouvelle catégorie de religieux est apparue, celle des scientifiques religieux, une religion technologique basée sur les écrits, voire les commandements des Lumières. Ces mêmes Lumières qui façonnent également la pensée laïque européenne, là est tout le paradoxe. Nous sommes donc en questionnement vis-à-vis du principe qu’une pensée libre peut devenir un dogme et devons à chaque instant, toujours remettre en question les choses, jusqu’à leurs fondements… pour rester libres dans le monde qui s’ouvre à nous et qui n’a rien à voir avec le monde que nous connaissons. Mais qui, aujourd’hui, oserait dans une conversation de table de laïques remettre en cause les fondements des Lumières qui remettraient en cause l’identité même de l’Homme dans les décennies à venir ? Un avenir qui est, plus qu’à tout autre moment, incertain. Cette incertitude, il faut la cerner, et ensuite certainement agir, quitte à remettre tous les dogmes actuels en cause. Dans cette démarche de remise en cause, nous reprendrons à notre compte cette phrase de Charles Darwin :

«Ce n’est pas le plus fort des espèces qui survit, ni la plus intelligente qui survit c’est celui qui est le plus adaptable à changer.”

1 Source wikipedia, en date de mars 2010. Depuis, le prototypage de la Google Car a été présenté au public.

2 « Dieu nous protège »

3 Raymond C. Kurzweil (ou Ray) (kɚzwaɪl), né le 12 février 1948, est un informaticien américain, créateur de plusieurs entreprises pionnières dans le domaine de la reconnaissance optique de caractères (OCR), de la synthèse et de la reconnaissance vocales, et des synthétiseurs électroniques. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur la santé, l’intelligence artificielle, la prospective et la futurologie. Il est l’un des théoriciens du transhumanisme et de la singularité technologique. Source Wikipédia, 30 novembre 2014

4 I.A. Intelligence Artificielle

∆∆∆ Une gauche « ringardisée » par la mondialisation? Place aux jeunes ! La gauche déboussolée par la mondialisation, par Antoine Garapon, directeur de la rédaction de la revue "Esprit" | LE MONDE 07.01.2017

En critiquant le politiquement correct des élites, la droite a ravi à la gauche l’hégémonie culturelle. 

Les progressistes doivent donc changer leurs outils conceptuels. Le monde change. Il est bouleversé par ce que certains appellent une nouvelle révolution industrielle mais qui, à de multiples égards, s’avère plus profond encore tant se trouvent affectés les fondamentaux de notre rapport au monde : l’espace, le temps, le rapport à autrui et à soi.    PDF


La droite et la gauche ne sont pas à égalité devant cette « grande transformation »

Tout d’abord parce que la droite en revendique la paternité, non sans titres d’ailleurs car cette révolution résulte de la conjonction du tournant néolibéral des années 1990, de la disruption numérique et de la mondialisation des échanges.

Inégalité ensuite parce que la droite a ravi à la gauche l’hégémonie culturelle, même si elle l’a fait de manière négative, par la dénonciation plus que par la proposition, en prenant le contre-pied systématique du politiquement correct, des experts, des élites et de la doxa.

En se disant « décomplexée » (rhétorique qui a si bien réussi à Donald Trump), elle renvoie la gauche à ses complexes – de blanc, de mâle, d’ancien colonisateur –, voire à un certain complexe de supériorité intellectuelle. Elle se moque également de l’irénisme de la gauche.

Refus du tragique


Le fait est que la réalité souvent brutale de la globalisation a l’effet paradoxal de faire sonner de plus en plus faux l’universalisme abstrait dont s’est – peut-être un peu trop – nourri la gauche. La fascination pour le progrès a entretenu chez elle une foi dans la pacification progressive et continue des mœurs, un refus du tragique, la conviction que la construction européenne était certes chaotique mais ne pouvait reculer et que la sauvagerie du XXsiècle l’avait définitivement vaccinée contre le retour de la guerre.

Voilà que cette « conscience heureuse » est aujourd’hui déprimée faute de pouvoir intégrer la négativité de notre monde. La vague d’attentats l’a confrontée à un retour de la barbarie qu’elle a toujours du mal à comprendre ; la France se découvre des ennemis, mais la gauche continue de se culpabiliser.

La réalité souvent brutale de la globalisation a l’effet paradoxal de faire sonner de plus en plus faux l’universalisme abstrait dont s’est nourri la gauche.


Cette pensée dominante est plus suivie que véritablement portée par la droite, car la révolution en cours est profondément antipolitique. Elle est tout aussi idéologique que les révolutions du XXsiècle mais ses partis pris se cachent derrière la technique, ses choix derrière de prétendues évidences, ses prémisses sont escamotées par ses réalisations et ses échecs sont masqués par une fuite en avant de promesses (la dernière en date étant celle de l’immortalité). Les idéologies du siècle dernier étaient la logique d’une idée, celle-ci chérit l’idée d’une logique qui pourrait se suffire à elle-même, qui nous dispenserait d’avoir à délibérer, d’une raison – mathématique, économique ou technique – qui n’appellerait aucune dialectique.

En dépit de ses apparences libertaires, cette révolution est très contraignante, mais le normatif se cache désormais derrière le cognitif : le droit se trouve désormais dans l’architecture numérique – « Code is Law » pour reprendre la fameuse expression du juriste américain Lawrence Lessig. La force de cette « nouvelle raison du monde » (selon le titre de l’essai de Pierre Dardot et Christian Laval, publié par La Découverte en 2009) serait telle qu’elle dissoudrait le clivage droite/gauche. Suprême illusion, car la droite et la gauche continuent d’exister en tant qu’identifications historiques, systèmes de références philosophiques et sensibilités propres, comme en témoigne la variété des réactions face à cette transformation du monde.

La droite combine ouverture et fermeture


∆∆∆ Justice digitale, par Antoine Garapon, Jean Lassègue | ESPRIT 29/10/2018



Allons-nous remplacer les avocats par des robots ? Les notaires vont-ils disparaître ?

Résolution des conflits en ligne, justice prédictive, état civil tenu par la blockchain, généralisation des contrats en bitcoins échappant à tout contrôle (et à toute taxation) : le numérique n’en finit pas de bouleverser la justice en inquiétant les uns et en enthousiasmant les autres. 

Le livre "Justice digitale", paru aux PUF en 2018, tente de situer l’épicentre anthropologique d’une déflagration provoquée par l’apparition d’une nouvelle écriture qu’il faut bien désigner comme une révolution graphique. La justice digitale alimente un nouveau mythe, celui d’organiser la coexistence des hommes sans tiers et sans loi par un seul jeu d’écritures, au risque d’oublier que l’homme est un animal politique.

Antoine Garapon est directeur de la rédaction de la revue Esprit, magistrat et secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice.

Il est l’auteur, aux Puf, de Démocraties sous stress (avec Michel Rosenfeld, Puf, 2017) et de Deals de justice (avec Pierre Servan-Schreiber, Puf, 2013).

Jean Lassègue est chercheur au CNRS, attaché à l’Institut Marcel Mauss (EHESS, Paris).

Ses travaux portent notamment sur l’informatique comme étape dans l’histoire de l’écriture (Turing, Les Belles Lettres, 1998).

La rencontre est animée par Emmanuel Alloa, maître de conférences en philosophie à l’Université de Sankt Gallen.

Carte blanche de Bruno Colmant : La révolution numérique exige de repenser notre organisation sociale | L'Echo 8 octobre 2015

Il y a une vingtaine d'années, de nombreuses entreprises industrielles trouvèrent un relais bénéficiaire en délocalisant leurs capacités de production dans les pays de l'Est, à peine sortis de l'ère communiste. Ensuite, le déplacement latéral se déploya dans les pays asiatiques afin de profiter de coûts de main d'œuvre plus modiques.

Notre prospérité fut alimentée par le différentiel du coût du travail. Était-ce une démarche visionnaire ou un effet d'aubaine ? C'est difficile à dire : la théorie des avantages comparatifs instruit de déplacer des activités où le coût de production est plus faible.

Quoiqu'il en soit, les entreprises délocalisées ne reviendront jamais, d'autant que la désindustrialisation semble être un attribut des sociétés matures. Malheureusement, si tant est que la théorie des avantages comparatifs de Ricardo s'applique, notre erreur est de ne pas avoir développé suffisamment de compétences domestiques et d'avoir transformé la délocalisation en attentisme.

C'est même pire : nous avons entretenu une économie des services qui, elle aussi, est en train d'être délocalisée.

Il s'agit de la digitalisation de l'économie qui induit une désintermédiation. Concrètement, de nombreuses entreprises de service vont simplifier leurs procédures internes et leurs rapports avec leurs clients au travers d'applications informatiques, de robotisation, de connections qui vont remplacer le rôle qu'entretenaient des travailleurs.

Le développement des sciences et des techniques se propage désormais au rythme de la transmission de l’information et de la fluidité des capitaux. Cette mondialisation économique altère les espaces-temps. Elle est globale et dissocie la géographie de la formation du savoir des lieux de leur commercialisation. La synchronisation des temps sociaux devient planétaire. Désormais, la plupart des hommes peuvent, individuellement ou collectivement, être en contact de manière synchrone. La révolution de la transmission de l’information induit elle-même un sens de l’histoire instantané, c’est-à-dire un rapport au temps différent. Elle crée des communautés éphémères, transitoires, promptes à stimuler l’échange, la créativité et l’échange commercial. Cette nouvelle relation de l’homme à l’information engendre des associations humaines élastiques, mobiles et donc multiloculaires.

Internet est donc devenu un substitut à l’allocation géographique des facteurs de production en permettant la délocalisation et la désynchronisation des circuits de production.

∆∆∆ Les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive, par Michel Serres, philosophe, historien des sciences et homme de lettres français / Sciences humaines,sciences exactes : Antinomie ou complémentarité ? par Céline Bryon-Portet | Revue Communication 24 juil 2012



Sciences humaines,sciences exactes 
Antinomie ou complémentarité ?

par Céline Bryon-Portet

Un texte du philosophe Laurent de Sutter adressé à Greta Thunberg | RTBF La Première samedi 21 septembre 2019 à 10h30


Laurent de Sutter se prête à l’exercice d' "En toutes lettres !", la nouvelle séquence phare de "Dans quel monde on vit" sur La Première.

Chère Greta,

Je n’aurais jamais imaginé vous écrire une lettre un jour. Vous et moi appartenons à des mondes si différents. Vous êtes une jeune fille du 21e siècle, je suis un homme du 20e.

Vous êtes remplie de l’espoir de ceux qui pensent qu’ils peuvent changer le monde, je suis le spectateur mélancolique et velléitaire de sa déréliction.

Ce n’est pas que je n’aie jamais voulu m’engager moi-même. Au contraire, je l’ai fait à plusieurs reprises – et je compte bien le faire encore. Mais c’est que mon engagement à moi était un engagement sans effet.

C’était celui d’un homme qui a sans doute passé trop de temps à lire, et qui imaginait qu’un combat, quel qu’il soit, a quelque chose de romantique – d’irrésistiblement érotique, même.

Je dois bien l’avouer, chère Greta : mes combats étaient des combats de rêveur, de bourgeois qui s’imaginait qu’il pourrait faire la révolution depuis son salon ou une terrasse de café. Le vôtre, par contraste, ne doit rien au livre ou au rêve. Il est un combat brutal et beau, avec des forces infiniment supérieures en nombre et en pouvoir – des forces qui vous ont vue entrer en scène en ricanant, puis en tentant aussitôt de vous oublier. Ce n’est que lorsque vous êtes revenue, puis revenue encore, jusqu’à occuper la totalité de l’espace qu’ils considéraient leur appartenir en propre, celui des médias, qu’ils se sont inquiétés.

Ils ne vous ont jamais prise au sérieux, pas plus que les dizaines, les centaines de milliers de camarades qui vous ont rejoint tout autour de la planète. Mais tant que vous demeuriez une curiosité, ils pouvaient vous considérer comme telle, avec tout le paternalisme répugnant de ceux qui se sentent au-dessus de tout. Puis, à un moment donné, ils se sont rendu compte de l’avance que vous aviez prise sur eux – de tout ce que vous représentiez, et qu’ils vomissent : le courage, la probité, l’intensité, la joie. Alors, ils ont commencé à libérer leur haine.

Ils vous ont accablée d’insultes, chère Greta. Ils ont raillé votre physique, votre condition mentale. Ils ont moqué votre savoir, dont, soudain, ils faisaient semblant de prétendre qu’il ne recouvrait qu’une partie du problème. En somme, ils ont fait ce qu’ils font toujours : tenter de vous faire passer pour une demi-débile, une naïve en peu demeurée, un attrape-nigaud pour adolescents aux hormones en pagaille. C’était laid. C’était moche. C’était bête. Et, surtout, c’était méchant.

Vous avez pris un bateau à voile qu’on vous prêtait plutôt que l’avion afin de vous rendre aux Etats-Unis pour défendre la cause qui est la vôtre, parce que telle était votre conviction – et même cela vous a valu les railleries et les insultes des malins, des instruits, de ceux qui savent mieux. Vous ne semblez pas en avoir été trop affectée. Tant mieux.

Sachez-le, chère Greta, le spectacle de votre droiture, de votre indifférence, me fait un immense bien.

C’est un spectacle qui, pour une fois, ne réclame aucun commentaire, aucune critique – ni, non plus, aucune adhésion ou aucune foi. Vous n’êtes pas une sainte, une martyre ou une héroïne. Vous ne nous sauverez pas – et, du reste, telle n’est pas votre prétention. Nous ne nous sauverons que nous-mêmes, si nous nous décidons, de la même manière que vous ne réclamez d’être fidèle qu’à vos choix, qu’à votre désir.

Non, chère Greta, le spectacle de votre indifférence signifie autre chose. C’est un spectacle qui veut dire : il y a quelque chose de possible, ici, maintenant, en dehors des salons et des terrasses de café. En dehors aussi des parlements et des officines de presse. Il y a quelque chose de possible, pour autant que nous apprenions à réagir aux discours et aux menaces de ceux qui sont au pouvoir avec la même indifférence que celle que vous manifestez à leur égard. Ceux qui menacent parce qu’ils ont le pouvoir sont sans importance, car, ce pouvoir, ils peuvent le perdre. D’ailleurs, ils l’ont déjà perdu – et ils le savent.

Très cordialement à vous,

Laurent de Sutter

Pour la sixième saison de l’émission “Dans quel Monde on vit”, Pascal Claude propose un nouveau rendez-vous baptisé "En toutes lettres !". Chaque samedi, un chroniqueur partage une lettre adressée à une personnalité qui occupe le devant de l’actualité, à un inconnu qu’il a repéré ou à une personne qui le fait rêver…

Michel Serres - Petite Poucette 20 sept. 2013



Retour en image sur la rencontre exceptionnelle avec Michel Serres organisée par la Librairie Sauramps le vendredi 15 mars 2013, où il est venu présenter "Petite Poucette" (éditions du Pommier). 

Le monde a tellement changé que les jeunes se doivent de tout réinventer ! Pour Michel Serres, un nouvel humain est né, il le baptise « Petite Poucette », notamment pour sa capacité à envoyer des messages avec son pouce.

Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l'oral à l'écrit, puis de l'écrit à l'imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, - le passage aux nouvelles technologies - tout aussi majeure, s'accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.

Devant ces métamorphoses, suspendons notre jugement. Ni progrès, ni catastrophe, ni bien ni mal, c'est la réalité et il faut faire avec. 

Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d'être et de connaître... mais il faut lui faire confiance !

A l'origine de ce livre, un discours prononcé à l'Académie française en 2011, qui a été très largement diffusé, tout d'abord par la publication d'un extrait le lendemain dans « Le Monde », repris par un article dans « Le Figaro » puis d'un grand mouvement sur Internet...

samedi 21 septembre 2019

Gabriel Faure's Requiem Op. 48

Edward Snowden publie ses Mémoires : « Nous – moi, vous, nous tous – étions trop naïfs » | Le Monde 13 septembre 2019

L’ancien sous-traitant de la NSA raconte son parcours de lanceur d’alerte dans « Mémoires vives » (Le Seuil), à paraître en France le 19 septembre.

L’ancien sous-traitant de l’agence américaine du renseignement, qui a révélé, en 2013, le vaste système de surveillance établi par les Etats-Unis dans le monde, raconte son parcours de lanceur d’alerte dans « Mémoires vives » (Le Seuil), à paraître en France le 19 septembre. Extraits.

Bonnes feuilles. Etant donné le caractère américain de l’infrastructure des communications mondiales, il était prévisible que le gouvernement se livrerait à la surveillance de masse. Cela aurait dû me sauter aux yeux. Pourtant, ça n’a pas été le cas, principalement parce que les autorités américaines démentaient si catégoriquement se livrer à ce genre de choses, et avec une telle vigueur, dans les médias ou devant les tribunaux, que les quelques sceptiques qui leur reprochaient de mentir étaient traités comme des junkies complotistes.

Après tout, pourquoi les autorités dissimuleraient-elles des secrets à leurs propres gardiens du secret ?

Nous – moi, vous, nous tous – étions trop naïfs. C’était d’autant plus pénible pour moi que la dernière fois que j’étais tombé dans le panneau, j’avais approuvé l’invasion de l’Irak avant de m’engager dans l’armée. Quand j’ai commencé à travailler dans le renseignement, j’étais certain de ne plus jamais me faire mener en bateau, d’autant plus que j’avais une habilitation top secret à présent, ce qui n’est pas rien. Après tout, pourquoi les autorités dissimuleraient-elles des secrets à leurs propres gardiens du secret ? Tout cela pour dire que je n’arrivais pas à concevoir ce qui était pourtant manifeste, et il a fallu attendre 2009 et mon affectation au Japon dans un service de la NSA, l’agence américaine spécialisée dans le renseignement d’origine électromagnétique, pour que ça change.

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C’était le poste idéal, parce que j’intégrais le service de renseignement le plus performant au monde. Bien qu’ayant officiellement le statut de contractuel, les responsabilités qui seraient les miennes et la ville [Tokyo] où je serais amené à vivre ont suffi à me convaincre. L’ironie veut que ce soit en retravaillant dans le privé que j’ai été en mesure de comprendre ce que faisaient les dirigeants de mon pays. Comme jadis avec la CIA, ce [le privé] n’était qu’une couverture et j’ai toujours travaillé dans les locaux de la NSA. C’était la première fois de ma vie que je réalisais vraiment ce que signifiait le pouvoir d’être le seul dans une pièce à maîtriser non seulement le fonctionnement interne d’un système mais aussi son interaction avec quantité d’autres systèmes. (…)

Une usine sous un champ d’ananas

C’était une immense usine aéronautique datant de l’époque de Pearl Harbor, planquée sous un champ d’ananas à Kunia, sur l’île d’Oahu, dans l’archipel d’Hawaï, qui abritait désormais une base de la NSA. Ce complexe en béton armé et son tunnel d’un kilomètre de long creusé à flanc de colline débouchaient sur trois vastes espaces sécurisés où l’on trouvait des serveurs et des bureaux. Ce n’était autre que le Security Operations Center, ou SOC, de la région de Kunia. Toujours officiellement employé par Dell, je travaillais à nouveau pour le compte de la NSA, j’y ai été affecté début 2012. Un beau jour, au cours de cet été – c’était le jour de mon anniversaire –, tandis que je franchissais les postes de contrôle, j’ai soudain pris conscience que mon avenir était là, en face de moi.

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Je ne dis pas que c’est à ce moment-là que j’ai pris ma décision. Ce n’est d’ailleurs jamais comme ça que ça se passe pour les grandes décisions de la vie. On se décide sans s’en rendre compte et ce n’est qu’ensuite qu’on réalise, lorsqu’on est assez fort pour admettre que notre conscience avait déjà choisi pour nous, que c’est la ligne de conduite à tenir. Voilà le cadeau d’anniversaire que je m’étais fait pour mes 29 ans : je venais de réaliser que je m’étais enfoncé dans un tunnel au bout duquel ma vie se limiterait à ne plus faire qu’une seule chose – encore assez confuse, il est vrai.

En me nommant administrateur système SharePoint, la NSA faisait de moi le principal responsable de la gestion documentaire

« Boris Johnson est un raciste qui aspire au retour impossible à un passé imaginaire » par Philippe Sands, Professeur de droit | Le Monde 18 septembre 2019

« La haine des identités particulières » est exacerbée par « le langage du dénigrement et de la division » du premier ministre du Royaume-Uni, dit le professeur de droit et essayiste britannique.

Le premier ministre britannique Boris Johnson,
au Luxembourg, le 16 septembre.
Tribune. Il y a quelques années, je faisais du lobbying dans le salon des délégués, aux Nations unies (ONU), pour l’adoption d’une résolution qui devait débarrasser Maurice et l’Afrique d’un dernier vestige du colonialisme britannique : l’archipel des Chagos.

Notre principal adversaire, le secrétaire britannique aux affaires étrangères, se révéla malgré lui être le meilleur avocat du continent. 

Beaucoup de diplomates gardaient en mémoire l’article qu’il avait rédigé quelques années plus tôt [en 2002, lorsqu’il était simple membre du Parlement] traitant les résidents d’un pays africain de « négrillons » [picaninnies] au « sourire de pastèque » [watermelon smile]. Les mots importent et ne s’oublient pas, surtout lorsqu’ils charrient des insultes racistes.

Ce secrétaire aux affaires étrangères est devenu, en juin, le premier ministre britannique. 

Il est lié, par une admiration mutuelle, à son homologue américain, le président des Etats-Unis, qui exprime lui aussi, ouvertement, ses sentiments racistes.

Une telle situation paraissait, il y a encore peu de temps, inconcevable : les prédécesseurs de ces deux leaders s’étaient engagés, dans la Charte de l’ONU de 1945, à « respecter les droits humains et les libertés fondamentales sans distinction de race, sexe, langue ou religion ». Mais, pour certains, l’inimaginable est devenu la nouvelle normalité.

Sentiments hostiles aux étrangers

Cette évolution date de 2016, du référendum sur le Brexit et de l’élection présidentielle américaine : un nouvel espace s’est ouvert, nourri par les sentiments d’aliénation et de privation, et par les inégalités de plus en plus criantes.

La ridiculisation et la haine des identités particulières sont entrées dans la politique de tous les jours. 

Cibler des groupes d’hommes et de femmes en raison de leur ethnie, de leur nationalité ou de leur religion est devenu acceptable. En quelques mois, les vieux sentiments hostiles aux étrangers et aux migrants – en particulier musulmans – se sont déchaînés. Un torrent d’antisémitisme a pénétré le principal parti d’opposition britannique, apparemment toléré par ses dirigeants qui refusent de réagir par des mesures effectives.

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En Italie et en France, les chants racistes ont fait leur retour dans les stades. Tout se passe comme si au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays, ce qui n’était pas toléré hier peut aujourd’hui s’exprimer ouvertement. Le lien entre la cause et l’effet n’est pas évident, mais les mots, les actions et les omissions des dirigeants politiques jouent leur funeste rôle de légitimation.

Les politiques de l’identité et de la haine ont été anticipées par beaucoup. Le ministère de l’intérieur britannique a fait état d’un pic de crimes haineux après le référendum, et j’ai moi-même été témoin de comportements inqualifiables. Une collègue avocate et amie a été victime d’assauts racistes dans un bus londonien. « Retourne chez toi », lui a-t-on dit – une première après vingt ans d’exercice en Grande-Bretagne. Mes étudiants japonais m’ont dit qu’ils craignaient de s’éloigner du centre de Londres. Les difficultés à obtenir un visa ont contraint un collègue sénégalais, professeur de droit international, à renoncer pour cette raison à donner des conférences en Angleterre : une victime de plus de ce nouvel environnement hostile.

« Nous sommes blancs et mâles, proclament Trump et Johnson dans un Tweet, un article ou un roman ; et vous êtes les “autres”, femme, migrant, gay, noir ou marron, musulman ou juif… »

Depuis trois ans, les dirigeants britanniques et américains partagent une affinité pour le langage du dénigrement et de la division, évoquant un retour au passé. Ils repèrent la différence, cherchent à enfermer les individus dans un « nous » contre « eux » : nous sommes blancs et mâles proclament Trump et Johnson dans un tweet, un article ou un roman ; et vous êtes les « autres », tous les autres, que vous soyez femme, migrant, gay, noir ou marron, musulman ou juif, quel que soit votre trait distinctif. L’opposé exact du respect pour notre commune humanité.

Les portes marquées « autre », « nous » ou « eux » ne datent pas d’hier. L’écrivain italien Primo Levi qui décrit son expérience à Auschwitz dans Si c’est un homme, paru en 1947, note que « beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que “l’étranger est l’ennemi” ». « Le plus souvent, écrit-il, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système. Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeure d’un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager. »

Les mots haineux sont suivis d’actes haineux

Le juriste Raphael Lemkin (1900-1959), l’inventeur du terme et du concept de « génocide » (la destruction d’un groupe) et dont les recherches portent sur deux millénaires d’horreurs commises par les humains, fait une analyse similaire.

Dans son ouvrage de 1944, Axis Rule in Occupied Europe, il montre que des mots haineux sont invariablement suivis d’actes haineux. Ce qui commence par l’identification se prolonge par la stigmatisation, puis par la séparation, enfin par l’extermination. Cela, observait-il, commence toujours par des mots, ils servent à normaliser les distinctions fondées sur l’identité. A une chose succède une autre, dans une spirale du pire.

Le « dogme informulé » du passé dont parle Levi est de retour. Que de tels sentiments existent n’a rien de nouveau ; qu’ils puissent s’exprimer publiquement l’est. Qu’ils aient été exprimés ou qu’ils le soient par un président des Etats-Unis ou par le premier ministre britannique leur donne l’imprimatur de la légitimité.

Il est évident que le Royaume-Uni et les Etats-Unis de 2019 ne sont pas l’Allemagne nazie de 1936. 

Pourtant, quelque chose bouillonne ; la génération de ceux qui ont connu les années 1930 disparaît et, avec eux, s’effacent la mémoire des expériences vécues et les leçons qu’ils en avaient tirées. Nous n’avons plus que des écrits, tel celui de Viktor Klemperer (1881-1960), professeur de langues romanes à Dresde, qui, en 1947, a publié LTI La langue du IIIe Reich. Juif de naissance, marié à une « Aryenne », il avait perdu son emploi ainsi que ses droits, l’accès à la bibliothèque par exemple, peu de temps après la victoire des nazis. Privé des outils nécessaires à son métier, il avait tenu un journal où il avait noté, avec une attention particulière à la langue, ses expériences au quotidien.

« La langue révèle tout, ce que dit un individu est peut-être parfaitement mensonger, mais son véritable moi est mis à nu par la manière dont il le dit », Viktor Klemperer, auteur de « LTI La langue du IIIe Reich », en 1947.

Klemperer a créé un code, LTI, permettant d’enregistrer les spécificités des discours privés et publics, ses conversations avec les collègues ou ses échanges avec les commerçants. Sans ambition de scientificité, il puisait au hasard dans ce qui lui était facilement accessible : articles de journaux, émissions de radio, discours, conversations et blagues. Aujourd’hui, il collectionnerait des tweets et des posts sur les réseaux sociaux, ces expressions individuelles qui traduisent un changement social collectif de plus grande envergure.

De ses nombreuses observations, l’une résonne et demeure pertinente : sous le régime nazi, la langue pénètre la chair et le sang « sous la forme de mots singuliers, d’expressions et de structures syntaxiques imposées (…), par un million de répétitions, nous les faisons nôtres mécaniquement et inconsciemment ».

« De minuscules doses d’arsenic »

Selon la thèse simple et puissante de Klemperer, le discours général reflète des vérités qui nous dépassent, forment nos croyances, puis nos actions. « La langue, note-t-il, révèle tout, ce que dit un individu est peut-être parfaitement mensonger, mais son véritable moi est mis à nu par la manière dont il le dit ». Cette observation est une bonne description des performances récentes du premier ministre britannique, que ce soit au sein ou à l’extérieur du Parlement.

Klemperer décrit un modèle familier et observable : des mots et des phrases répétés à l’infini, des revendications excessives annoncées, des euphémismes et des superlatifs utilisés, des déclarations d’une extraordinaire audace exprimées. L’ensemble soutient un pivot central de contre-vérités et de préjugés permettant à l’impossible de paraître vrai. Dites-le souvent, dites-le fort, dites-le avec passion, et une nouvelle réalité se fera jour ; les perceptions se muent en faits et s’enracinent dans votre conscience. Cela sonne familier ?

« Les mots, conclut Viktor Klemperer, agissent comme de minuscules doses d’arsenic : elles sont avalées sans douleur et semblent ne pas agir d’abord, mais la réaction toxique finit toujours par apparaître. »

La combinaison de la toxicité et de la réaction crée un environnement où tout devient possible. Une Constitution est suspendue, un dirigeant suggère que la loi ne s’applique qu’aux autres et, sous peu, vous vous retrouvez dans des lieux de détention et de conflit après avoir passé les portes marquées « nous » et « eux ». Quelquefois même, lorsqu’il n’y a pas de contre-pouvoir – à l’époque du colonialisme, dans l’Allemagne des années 1930, en ex-Yougoslavie ou au Rwanda dans les années 1990 –, vous vous retrouvez pris dans une guerre ou dans des massacres à échelle industrielle.

Puis un jour, le régime en cause s’effondre, et tous ceux qui l’avaient combattu disent « plus jamais ça » et construisent quelque chose de nouveau. Ce fut, en 1945, la Charte des Nations Unies et, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme qui reconnaissait « la dignité et les droits égaux et inaliénables de tous les membres de la famille humaine ».

Lors du procès des principaux criminels nazis à Nuremberg, en 1945-1946, l’un d’entre eux, Julius Streicher avait été jugé pour avoir « dit, écrit et propagé la haine ». Ce qu’il avait dit des juifs – ils ne « sont pas des êtres humains », « propagent les maladies » – et son appel à « l’extermination par la racine » – a justifié sa condamnation pour « crimes contre l’humanité », puis sa pendaison.

Au Rwanda, les mots semeurs de haine

Les mots importent. Voilà ce que disent au monde les juges de Nuremberg. Il a fallu attendre cinquante ans pour que le même principe soit appliqué par un autre tribunal. Au Rwanda, après les événements du printemps 1994, la communauté des Hutu s’était retournée contre celle des Tutsi. Et, comme ailleurs, cela avait commencé par des mots. On avait identifié et ciblé les « cafards », annoncé le temps de « déraciner les arbres », engagé les assassinats.

Les inculpations ont été prononcées, certains se sont retrouvés sur le banc des accusés pour les mots qu’ils avaient dits. En décembre 2003, le Tribunal international pour le Rwanda a condamné trois hommes pour incitation directe et publique au génocide, pour avoir proféré des mots ayant semé la haine, pour avoir appelé, à la radio, « à stigmatiser l’appartenance ethnique de manière à entraîner le mépris et la haine pour la population tutsi ». Comme ailleurs, ces formules avaient été répétées à l’infini, on avait inventé les euphémismes et créé une atmosphère de meurtre.

Les mots importent. Nous le savons aussi bien que tout le monde au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, c’est pourquoi nous chérissons passionnément la liberté d’expression. Nous ne sommes peut-être pas l’Allemagne nazie, mais nous sommes embarqués sur une pente qui, pour tous ceux qui ont un sens de l’histoire, a un air familier. Lorsque les journaux britanniques présentent les juges comme des « ennemis du vrai peuple », les mots de Klemperer se rappellent à notre mémoire.

« Boris Johnson a parlé d’Obama comme d’un “demi-Kényan” qui a une “aversion ancestrale pour l’Empire britannique”, disant ainsi qu’un Africain, un président, est incapable de formuler un avis indépendant et rationnel »

Il y a quelques semaines, Barack Obama a eu le courage de relier le temps et l’espace : « Nous devrions rejeter fermement toute parole de nos dirigeants qui nourrit un climat de peur et de haine, ou qui normalise les sentiments racistes », écrit-il sur son compte Twitter, le 5 août [après les fusillades meurtrières au Texas et dans l’Ohio, le 3 août], conscient du lien entre hier et aujourd’hui. Il nous rappelle que le langage a catalysé « la plupart des tragédies humaines dans l’histoire », qu’il « est à l’origine de l’esclavage et des lois d’exclusion raciale, de l’Holocauste, du génocide au Rwanda et du nettoyage ethnique dans les Balkans ».

Le premier ministre britannique prétend faire usage d’un langage satirique, mais c’est une piètre justification. La liberté d’expression, ce droit le plus fondamental, n’est d’aucun secours là où les mots fomentent la haine et ouvrent sur la violence ou les actes criminels.

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Obama sait de quoi il parle. Il avait dit tout cela avant le référendum sur le Brexit ; et l’actuel premier ministre britannique a dit de ses paroles qu’elles sont celles d’un « demi-Kényan » qui a une « aversion ancestrale pour l’Empire britannique ». Il dit ainsi qu’un Africain, un président, est incapable de formuler un avis indépendant et rationnel.

Ne mâchons pas les mots. Notre premier ministre est un raciste qui aspire au retour impossible à un passé imaginaire. Il nous dit qu’Hitler et l’Union européenne partagent les mêmes objectifs, que s’opposer à sa politique serait comme collaborer dans la France occupée. Il énonce le « dogme », simplement. Il y a « nous » et « eux ».

La référence exterminatrice aux immigrants et à « l’infestation », évoquée par le président des Etats-Unis est, comme le note le magazine Rolling Stones, « de l’ordre du génocide, non du gouvernement ». Mais avant que nous atteignions ce point, il existe la protection bienheureuse du constitutionnalisme et de la règle de droit, la réserve et le respect de l’idée d’une commune humanité, où la dignité de chacun est reconnue, en tant qu’humain, tout simplement.

Traduit de l’anglais par Astrid von Busekist

Philippe Sands est professeur de droit au University College de Londres, membre du groupe de juristes Matrix Chambers, et président de la branche anglaise du PEN Club, une association internationale d’écrivains. Il a entre autres publié « Retour à Lemberg » (Albin Michel, 2017). Son nouveau livre, « The Ratline », doit paraître en 2020.

Philippe Sands (Professeur de droit)

Iran-USA : la guerre a-t-elle déjà commencé par procuration ? | 28 minutes - ARTE 17 sept. 2019



Les États-Unis mettent en cause plus ou moins directement l'Iran pour les attaques du samedi 14 septembre contre deux installations pétrolières saoudiennes, et menacent de riposter, y compris militairement. Le guide suprême iranien Ali Khamenei a exclu mardi toute possibilité de négociation avec les États-Unis. Est-ce le début d’une guerre ?

Drones : une révolution militaire | France 24 12 mai 2014



Les drones, ces avions sans pilote, discrets et économiques, font la fierté d'une trentaine d'armées dans le monde. Mais ces vaisseaux télécommandés sont également critiqués à cause des dommages collatéraux occasionnés sur le terrain. Nos reporters aux États-Unis vous proposent un reportage exceptionnel tourné dans une base de l'armée américaine au Nouveau-Mexique.

Historiquement, il y a certaines armes dont l'apparition a changé en profondeur la façon qu'ont les hommes de faire la guerre. L'invention de la poudre et les premières armes à feu font partie de ces grandes révolutions de l'art de la guerre. Ensuite, l'arme atomique, bien entendu, a considérablement modifié les stratégies. Et de nos jours, les drones, à leur manière, marquent sans doute une nouvelle révolution dans les conflits armés.

Quasi absents des terrains de combat au début des années 2000, ces appareils sans pilote sont devenus, avec les guerres en Irak et en Afghanistan, une pièce centrale du jeu militaire, d'abord pour les Américains, puis à travers le monde.

Les États-Unis disposent aujourd'hui de plus de 8 000 drones, selon plusieurs estimations. Des chiffres difficiles à vérifier, puisque l'US Air Force, l'US Army ou encore la Navy ont chacun leur propre flotte -- sans oublier, bien sûr, la CIA, qui communique très peu sur son programme de drones.

Sur la base d'Holloman, au Nouveau-Mexique, où nous nous sommes rendus pour tourner ce reportage, nous avons pu constater que 700 pilotes de drones sont en train d'être formés pour l'US Air Force. Les États-Unis forment désormais plus de pilotes de drones que de pilotes embarqués !

Boris Johnson : son premier discours en tant que premier ministre | Le Monde Ajoutée 24 juil. 2019



Boris Johnson a succédé à Theresa May au poste de premier ministre britannique, mercredi 24 juillet, réaffirmant que son pays allait « sortir de l’UE le 31 octobre, point à la ligne »

Après avoir été reçu par la reine Elizabeth II, Boris Johnson a donné son premier discours en tant que nouveau premier ministre du Royaume-Uni, mercredi 24 juillet, devant le 10 Downing Street. Sans surprise, le successeur de Theresa May a répété que le Brexit aura lieu le 31 octobre, « point à la ligne ». « Le peuple a voté et nous devons respecter ça », a-t-il ajouté.

Son arrivée au pouvoir est loin de réjouir tout le monde. Du côté des conservateurs, sa famille politique, l’ancien ministre des finances Philip Hammond a, par exemple, présenté sa démission symbolique en début d’après-midi, pour protester contre un « Brexit dur » défendu par Boris Johnson.

De même, les responsables européens craignent l’arrivée de « BoJo », tant le nouveau premier ministre britannique semble prêt à durcir le ton pour mener enfin le Brexit, dont il s’est fait le héraut depuis 2016.

jeudi 19 septembre 2019

Johnson suspended parliament to stop MPs blocking his policies, supreme court told | Guardian News



Boris Johnson’s five-week prorogation of parliament prevented MPs from scrutinising the government for ‘no rational reason’, the supreme court has heard.

 

Summing up the case against the government, Lord Pannick QC argued that the length of prorogation had been influenced by the prime minister’s desire to stop parliament obstructing his policies – amounting to an improper use of power.

The Last Unicorn : Brexit


Le scénario choc de l’OCDE pour l’économie mondiale

∆∆∆ L'action des banques centrales et la vie des étoiles massives..., par L A, investisseur et ingénieur de formation | AP7∆ Libre d'en rire ?

L'action des banques centrales, depuis le début des années 80 jusqu'à aujourd'hui peut se comparer à la vie d'une étoile massive, qui brûle par fusion nucléaire son énergie de plus en plus vite, avec des sources d'énergie qui durent de moins en moins longtemps jusqu'à son implosion finale en supernovae. La fusion de l'hydrogène d'une étoile de 25 masses solaires dure 7 millions d'années, celle de l'hélium 500 000 ans, puis il faut seulement 200 ans pour fusionner tout le carbone du coeur stellaire, et un seul jour pour le stade final qui est la fusion du silicium en fer dans le coeur de l'étoile.

L'action d'une banque centrale utilise aussi des réserves de "carburant" pour relancer artificiellement les économies.

Le premier stade de l'action des banques centrales est le plus long et le plus efficace pour obtenir le résultat recherché (la relance) : 

Dans ce premier stade, les banques centrales se contentent de baisser les taux à chaque récession ou ralentissement économique, pour inciter les acteurs économiques à s'endetter plus, ce qui permet à la croissance de repartir. Malheureusement cette relance va consommer du "carburant" à chaque relance, la capacité d'endettement du système n'étant pas illimitée : A chaque cycle de relance économique, la banque centrale relève ses taux pour reconstituer ses marges de manoeuvre, mais elle les relève de moins en moins haut à chaque nouveau cycle, jusqu'à épuisement de sa marge de manoeuvre.
On peut considérer qu'aux USA et en Europe, ce stade (celui de la "fusion de l'hydrogène" de notre étoile) est terminé depuis 2008-2009, et quelques années auparavant au Japon : Les banques centrales ont été incapables de relever leur taux tout au long du cycle de croissance qui a débuté en 2009 (le dernier relèvement de la FED étant purement symbolique).


Le second stade (la "fusion de l'hélium" de notre étoile) est celui du quantitative easing :

A ce stade, n'ayant plus de marge de manoeuvre avec la baisse des taux, les banques centrales vont acheter directement des obligations d'état en augmentant la taille de leur bilan, pour forcer les taux longs à baisser et injecter des liquidités dans le système. Nous sommes entrés dans ce stade en 2008-2009, et malheureusement, contrairement au précédent stade qui a duré plus de 25 ans, ce second stade est déjà en train de s'achever aujourd'hui, 6 à 7 ans après son lancement.
En effet, tous les taux des obligations d'état (jusqu'à 10 ans au moins) sont maintenant proches de 0, et les taux négatifs ne pourront pas aller bien loin (un taux fortement négatif inciterait les opérateurs à retirer leur argent du système bancaire et financier).


Le troisième stade, qui a commencé au Japon avec les achats directs par la banque centrale d'actions de l'indice Nikkei et par les achats de la BCE d'obligations d'entreprise est celui du quantitative easing élargi.

Ce sont les derniers instants de la vie de notre "étoile", où elle brûle l'oxygène puis le silicium : Cette fois la banque centrale va tenter de pousser directement à la hausse le prix des actifs pour créer chez les épargnants un sentiment de richesse (virtuel tant qu'ils n'ont pas vendu leurs actions) qui les incitera à consommer et à dépenser. L'ennui est que ce stade ne pourra pas fonctionner longtemps... La banque du Japon possède déjà 60% des trackers actions du marché japonais, et deviendra prochainement le premier actionnaire de 55 des plus grosses sociétés du nikkei ! (lire cet article de Bloomberg). Quand elle aura acheté toute la fraction liquide du marché, le jeu prendra fin, et le troisième stade aussi. Ce qui risque de se produire très vite, dans quelques années tout au plus.

Nous entrerons alors dans le dernier stade, celui où notre étoile accumule du fer dans son noyau, dont la fusion consomme de l'énergie au lieu d'en produire, ce qui aboutit à son implosion.

L'entrée dans ce dernier stade commencera par une phase de déflation, avec une baisse de tous les actifs et une nouvelle récession, contre laquelle les banques centrales seront démunies, ayant épuisé toutes leurs marges de manoeuvre. Elle sera bien plus violente qu'en 2009, parce que cette fois les banques centrales et les états perdront toute leur crédibilité auprès des autres acteurs du système économique.


Elles tenteront alors sans doute, avec les états, des manoeuvres désespérées (la "fusion du fer"), dont la mise en oeuvre ne fera qu'augmenter la panique des opérateurs : 

- La mise en place de taux fortement négatifs, qui revient à imposer massivement les épargnants... ce qui ne fera que détruire un peu plus leur confiance et leur envie de consommer.

- Ou bien au contraire une distribution gratuite massive d'argent aux ménages (sorte de "revenu universel" dévoyé, financé uniquement par la planche à billets). Cette fois c'est la valeur de la monnaie papier qui s'effondrera et provoquera une crise hyperinflationniste (qui est la façon probable par laquelle les compteurs seront "remis à zéro" après la phase déflationniste).

Le guide gratuit des théories économiques

mercredi 18 septembre 2019

LAICITE & REPUBLIQUE | JACQUES CARLETTO 4 juil. 2019



Najwa El Haïté est docteure en droit public- Militante associative et adjointe au Maire de EVRY-Courcouronnes – Elle est en charge de la culture et de la transformation digitale. 

Elle s’engage, depuis de nombreuses années, dans la défense de la laïcité.

Le 29 janvier 2019, elle a été auditionnée par la mission d’information parlementaire sur les services publics  face à la radicalisation, d’où sa participation à l’émission de Myriam Encaoua «  Ca vous regarde » de la Chaine de télévision Parlementaire. Elle a, également été interviewée sur la chaîne TV Russia Today,  par Frédéric Taddéi. Cette semaine elle a participé aux émissions TV de CNEWS ( Pascal Praud) et LCI (Roselyne Bachelot)

Menacée, aujourd’hui, par la montée du communautarisme, la laïcité fait l’objet de nombreuses interprétations car elle s’inspire, au-delà des lois de séparation des églises et de l’état de 1905 de nombreux arrêtés complémentaires et de jurisprudences du Conseil d’Etat. Un flou qui cristallise bien des tensions et qui concourt à des instrumentalisations  politiques. L’autrice dégage dans son ouvrage un début de définition de la laïcité pour démontrer le caractère évolutif de son principe. La laïcité s’érige ainsi en «  bien public immatériel » des plus précieux permettant un vivre ensemble tolérant,  fédérateur de rencontre apaisée.

La Laïcité en 3 minutes | GADLU.INFO

Pourquoi la laïcité à la française fait-elle polémique ? | Le tour de la question 20 févr. 2018



La question de la laïcité et de la place des religions dans la société française ne cesse d’agiter le débat politique et intellectuel. Fin janvier 2018, c’est le bureau de l’assemblée nationale qui interdit aux députés le port de signes religieux ostensibles dans l’hémicycle. Quelques semaines plus tôt, alors qu’il recevait les représentants des cultes, Emmanuel Macron critiquait une nouvelle forme de « radicalisation de la laïcité ».

Comment expliquer ces tensions permanentes sur notre modèle français de la laïcité ? Faisons le tour de la question.

La loi de 1905 avait fixé deux grands principes : la République assure la liberté de conscience – principe de liberté – mais elle ne reconnaît et ne finance aucun culte – principe de séparation.

Ces deux repères avaient permis de trouver un équilibre sur la place des religions en France. Au cours du XXe siècle, le climat s’était apaisé.

Le développement de l’islam en France est venu rouvrir le débat, qui s’est focalisé sur la question du port du voile : en 1989, deux jeunes filles sont exclues de leur collège de Creil parce qu’elles refusent d’ôter leur voile.

De telles affaires vont se multiplier jusqu’à ce qu’en 2004, la loi interdise les signes religieux ostensibles à l’école. Adopté à une écrasante majorité, le texte manifeste une forme de consensus républicain.

Mais la menace islamiste et plusieurs vagues d’attentats ont réveillé les passions. Une partie de l’extrême droite associe l’intégrisme islamiste à la religion musulmane qui serait en soi incompatible avec les valeurs républicaines. À l’autre bout, des associations musulmanes et une partie de l’extrême gauche voient dans toute critique de l’islam une forme de discrimination.

Entre ces deux postures, l’attitude des politiques, qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche, se résume à deux approches.

L’une veut faire de la laïcité un « bouclier » contre les religions dont ils dénoncent l’influence croissante. Outre le refus de tout signe religieux au travail comme à l’université, des associations laïques attaquent en justice l’installation de crèche de Noël dans une mairie ou réclament la fin des émissions religieuses dans l’audiovisuel public… Les tenants de cette « laïcité bouclier » veulent cantonner la religion à la vie privée et restreindre toute expression dans l’espace public.

L’autre approche considère que la laïcité est d’abord un principe de liberté et que les religions participent comme d’autres institutions, à la vie publique. C’est à cette vision libérale de la laïcité, plus conforme à notre tradition républicaine, que se rattache le président Emmanuel Macron.

Ainsi, quand l’été dernier, le président a célébré l’anniversaire de l’assassinat du Père Hamel, il a rendu hommage à l’Église catholique pour avoir tenu un message de paix. Dans le respect de la séparation des ordres, il souligne la contribution des religions à la vie de la cité et au bien commun.

Plus que Nicolas Sarkozy, il manifeste de la bienveillance vis-à-vis des Français musulmans.

Et, plus que François Hollande, le président français veut promouvoir le dialogue avec les religions. Pour preuve, la nouvelle instance qui devrait, a-t-il promis, se réunir régulièrement auprès du ministre de l’intérieur.

Mais il a aussi, en face de lui, des promoteurs d’une laïcité bouclier qui font toujours plus entendre leur voix.

La Croix le 20 févr. 2018