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dimanche 26 mai 2019

∆∆∆ La Banque centrale européenne (ECB) et la crise de l'euro : Leçon inaugurale de Lucrezia Reichlin | Chaire européenne 29 novembre 2018



Lucrezia REICHLIN, économiste italienne, professeur à la London Business School, occupera pendant un an la Chaire européenne du Collège de France. Première femme à diriger le département de la recherche de la Banque centrale européenne, elle est une spécialiste réputée de macro-économie. Ses travaux sur les systèmes d’évaluation en temps réel et les prévisions économiques à court terme utilisant de très vastes ensembles de données font autorité et sont très largement utilisés dans le domaine de la finance.

La Banque centrale européenne est une institution unique dans sa qualité de banque centrale installée au cœur d’un ensemble de dix-neuf pays dotés chacun de responsabilités nationales pour ce qui concerne la politique budgétaire et, jusqu'à récemment, la réglementation bancaire.

L’absence d’une relation explicite entre la BCE et une autorité fiscale commune à l’échelle européenne entrave ses actions et limite leur impact. A ce titre, on peut considérer que la BCE s’inscrit dans un cadre institutionnel particulier, où en tant que banque centrale, elle ne dispose pas de support politique en matière budgétaire et fiscale.


Elle constitue donc une étude de cas intéressante, prise dans une perspective de comparaison avec le comportement et la performance des banques centrales dont le champ d’action s’inscrit dans un cadre budgétaire et fiscal fort. Cette approche peut être utilisée pour éclairer sous un jour nouveau l’importance de la gouvernance et de la gestion des interactions monétaires et budgétaires. L'analyse de ce cas permet aussi de mieux comprendre l'avenir de la banque centrale et de la zone euro.


>>> Dossier de presse

B.A.-BA DU JOURNALISME PAR ALBERT CAMUS | Sophie Lebeuf pour Evene.fr

Reconnu et honoré pour son oeuvre littéraire, Albert Camus fut également un brillant journaliste. Peu séduit à ses débuts par le métier, son regard sur la presse s'est peu à peu aiguisé à coups de reportages et d'éditos. Il finira même par en extraire un salut, un espoir, une éthique.

Dans le 'Dictionnaire Albert Camus', Jeanyves Guérin l'affirme, ''la littérature était sa vocation première : c'est par nécessité que Camus est devenu journaliste professionnel''. C'est donc comme simple gagne-pain que l'auteur envisage d'abord le métier. Des premiers pas peu convaincants, puisqu'il avouera à Jean Grenier que ''ce métier est décevant''

Mais rapidement, ses comptes rendus de procès et ses reportages en Kabylie pour L'Alger républicain transforment son sentiment. En observant ses lecteurs, il comprend que ses articles peuvent agir sur l'opinion publique. Si elles restent finalement anecdotiques, ses participations éditoriales au sein des journaux n'en sont que plus importantes. A chaque titre, Camus change de poste, révélant toujours un professionnalisme hors du commun. Reporter à L'Alger républicain de 1938 à 1939 puis éditorialiste au Soir républicain, il devient rédacteur en chef à Combat de 1944 à 1947 – y signant ses plus célèbres éditoriaux – avant de terminer son parcours journalistique par un poste de pigiste à L'Express de 1955 à 1956. 

Au regard de cette carrière, il s'avouera heureux d'avoir fait ''le plus beau métier du monde''. (1) Entre objectivité et analyse, ses articles sont devenus des références. Albert Camus a mis au point une déontologie du journalisme, aujourd'hui encore étudiée dans les écoles.

Trump contre la liberté de la presse | Le Monde 25 mai 2019

samedi 25 mai 2019

Il n’existera jamais de « peuple européen » • L’Union européenne doit l’accepter, par Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l’Institut Thomas More, et Jérôme Soibinet, chargé de cours en droit de l’Union européenne à l’ICES | Institut Thomas More 22 mai 2019

La campagne européenne n’a pas permis d’aborder des problématiques de fond. Jean-Thomas Lesueur et Jérôme Soibinet défendent la vision d’une Europe plus modeste mais plus solide, dans le prolongement du rapport « Principes, institutions, compétences : Recentrer l’Union européenne » que l’Institut Thomas More vient de publier (en savoir +).

La campagne des élections européennes de ce 26 mai s’achève donc, si tant est qu’elle ait vraiment commencé… Le scrutin aura lieu ce dimanche et le moins que l’on puisse dire, c’est que le fond des questions européennes a été peu traité – au bénéfice d’une « guerre de positions » faite de petites phrases et de raccourcis souvent sommaires.

Pourtant, un point essentiel constitue ce qu’on pourrait appeler un consensus paradoxal : à savoir la nécessité de réformer une Union européenne qui échoue structurellement à réaliser ses propres ambitions et à répondre aux aspirations de peuples européens qui s’en détournent scrutin après scrutin. Des eurosceptiques de gauche à ceux de droite, en passant par LREM, tous les candidats entendent « changer l’Europe » et y vont de leur solution, oscillant grosso modo du « toujours plus d’Union européenne » au « plus d’Union du tout » !

Non par sens du consensus mais par réalisme, on peut aussi penser que la solution demeure, si ce n’est entre les deux, du moins dans une troisième voie qui serait celle d’une coopération institutionnalisée mais libre entre États souverains, sur le modèle clairement confédéral. Une Europe plus modeste mais plus solide. Moins d’Union européenne pour plus d’Europe.
Une telle modification structurelle de la construction européenne ne pourrait pas se faire à droit constant. Là donc où certains envisagent d’engager une réforme des traités fondateurs en vue seulement de modifications cosmétiques, il conviendrait plutôt de profiter du lancement d’un tel processus pour revoir les fondamentaux de la construction européenne afin de « traiter le mal à la racine ». Et dans une perspective confédérale, cela devrait schématiquement couvrir trois grands chapitres : principes, institutions, compétences.

Ce sont d’abord les principes fondateurs de l’Union européenne qu’il faut redéfinir sur la base de trois principes directeurs forts : l’affirmation d’une coopération libre et volontaire des peuples et des nations en lieu et place de l’« union sans cesse plus étroite » qui sert de totem aujourd’hui ; l’établissement d’un principe de subsidiarité strictement et pleinement appliqué en rupture avec la dynamique centralisatrice et homogénéisatrice actuelle ; un cadre juridique redéfini et remis « à l’endroit » qui s’affranchisse largement du principe de primauté du droit européen et réaffirme la primauté des ordres constitutionnels nationaux.

Il faut ensuite réformer les institutions. Conseil, Parlement, Commission, Cour de Justice, Banque centrale, agences européennes, etc. : l’ensemble des institutions doivent en effet être mises en conformité avec une Union ainsi refondée. Il convient non seulement de réviser en profondeur l’architecture institutionnelle mais aussi la philosophie politique que les traités actuels sous-tendent. Ainsi faut il redonner au Conseil européen le premier rôle dans la conduite des affaires, limiter le champ d’intervention du Parlement européen aux compétences redéfinies de l’Union et le placer sous le contrôle démocratique des Parlements nationaux, repositionner la Commission européenne comme instrument d’exécution de la politique déterminée par le Conseil, ramener le Cour de justice à un rôle d’instance de règlement des conflits interinstitutionnels ou entre États membres, engager la réforme de la BCE en modifiant sa doctrine, en redéfinissant ses objectifs et ses moyens.

Et dernière étape découlant des deux précédentes : la redéfinition des compétences de l’Union. Elle suppose la réécriture des actuels articles 3, 4 et 6 du traité sur le fonctionnement de l’Union. En la combinant à la redéfinition des principes fondateurs et à la réforme des institutions, cette révision générale des compétences doit permettre de concentrer l’Union sur quelques missions-clés pour lesquelles sa valeur ajoutée est avérée : union douanière, politique commerciale, marché intérieur, politique agricole, politique de la pêche, protection des consommateurs, recherche. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faut continuer « comme avant » dans ces domaines. Il convient en effet de réorienter ces politiques en faveur de plus de protection (par l’établissement d’une préférence communautaire qui n’a pas honte d’elle-même) et de la défense accrue des intérêts stratégiques des pays membres (stratégie de recherche européenne pour la 5G par exemple).

D’autres compétences doivent, selon le principe de subsidiarité, être restituées en grande partie aux États membres : politiques sociales, politique de cohésion territoriale, énergie, transports, santé publique. En matière de transport par exemple, s’il y a un intérêt à ce que des infrastructures transeuropéennes fassent l’objet de concertation à l’échelle de l’Union, il est absurde que celle-ci mette son nez dans des projets nationaux, voire régionaux (comme le Grand Paris Express par exemple). D’autres compétences, celles dites d’appui, peuvent tout simplement disparaître sans dommages (à l’exception du programme « Erasmus + », qui mérite néanmoins d’être réformé).

Ainsi débarrassée de sa dimension téléologique, concentrée sur des missions concrètes au service des peuples européens, libérée des chimères d’un « au-delà des nations » et d’un hypothétique « peuple européen » que personne n’a jamais rencontré, enfin organiquement reliée aux démocraties nationales coopérant librement, l’Union européenne sera mieux en mesure de répondre aux attentes des peuples européens et de parvenir à se forger une nouvelle légitimité.

Peut-on s'affranchir des frontières ? Edgar Morin et Régis Debray 20 oct. 2015

∆∆∆ Alexis de Tocqueville : un notre monde est-il possible ? | 30/12/2014



Tocqueville selon Daumier
Tocqueville - De la démocratie en Amérique, chap VI, 4ème partie

Contrairement à une idée reçue tenace, le plus éloquent des démocrates n’est pas Jean-Jacques Rousseau, d’origine modeste et de tempérament égalitaire, pour qui en définitive « seul un peuple de dieux se gouvernerait démocratiquement », mais peut-être Alexis de Tocqueville, aristocrate de grande lignée, et dont la famille eut à payer un lourd tribut à la terreur révolutionnaire.

Tocqueville que, faute de le lire, des interprètes hâtifs ont longtemps tenu pour un contre-révolutionnaire antimoderne et un contempteur des droits de l’homme, Tocqueville, qui pourtant disait de lui-même qu’il était un « aristocrate de cœur, mais un démocrate de tête », Tocqueville donc, debout entre deux mondes, était de ceux qui préfèrent qu’on obéisse aux lois, avant d’obéir aux hommes, et qui, à tout prendre, craignent davantage le despotisme, que l’anarchie.

no comment


vendredi 24 mai 2019

Choisissez votre avenir – Élections européennes 26 mai | European Parliament 24 avr. 2019



Dès la seconde où nous venons au monde, nous sommes ensemble. Chacun de nous peut laisser son empreinte, mais ensemble, nous pouvons faire la différence. Choisissez votre avenir. Élections européennes 26 mai 

Vous pouvez faire plus que voter. Vous pouvez jouer un rôle essentiel pour inciter plus de gens à voter et à orienter l’UE. Inscrivez-vous et prenez votre place dans la promotion de la démocratie :

https://www.cettefoisjevote.eu/

Jours de haine au Royaume-Uni, par Christophe Ayad | Le Monde 23 mai 2019

Peut-on penser le monde en 2030 ? par Jacques Attali, membre de la RL:. B'nai B'rith - Ordo Ab Chao 7 mars 2014

TU RESTES POUR MOI LE FRÈRE FONDAMENTAL : Lettre d’Aimé Césaire à Léopold Sédar Senghor | GADLU.INFO

Léopold,

En ces heures de célébration que te dédie la communauté des hommes et des nations, je ne souhaite que te dire une fois encore l’immense fraternité de l’âme qui nous unit depuis bien plus d’un demi-siècle.

T’en souvient-il, Léopold, de ces fiévreuses années où dans le monde de l’avant-guerre, à l’âge où l’on se forme et l’on peut rêver sa vie, nos cœurs et nos esprits cherchaient à démêler les fils d’une histoire universelle où la page africaine restait vide, et où l’on déniait à l’homme noir le droit à l’humanisation ?

Nous avons alors vécu près de dix ans sans jamais nous quitter, échangeant nos réflexions, échangeant nos livres, nous disputant, concevant ensemble l’avenir que notre jeunesse nous promettait d’embraser par notre feu commun : la parole poétique. Avec toute sa valeur opératoire, avec son double visage de nostalgie et de prophétie, salvatrice, récupératrice de l’être, intensificatrice de vie. Plus de six décennies nous séparent aujourd’hui de ces moments d’enthousiasme fondateur de nos œuvres respectives et de nos des- tins croisés. Mais tu le sais autant que moi : notre foi en l’homme, d’où qu’il vienne, reste intacte, même s’il est douloureux de devoir avec les maux de l’âge mûr accepter l’autre visage de la nostalgie, celui que nous imposent les pesanteurs et les déconvenues à l’aune desquelles il nous faut mesurer la folie de notre utopie nécessaire.

Intacte, aussi, notre amitié. Indélébile, têtue, malgré l’éloignement et l’absence, arrachant à la vie le mystère de notre don réciproque.

Léopold, tu restes pour moi le frère fondamental, celui qui a apporté au jeune déraciné que j’étais quand tu m’as ouvert les bras au lycée Louis-le-Grand, en ce jour de septembre 1931, la clé de moi-même : l’Afrique, les Afriques, Notre Afrique avec sa philosophie et son humanisme profond. Cette fin du siècle que nous avons cheminé ensemble y est grave, lourde et parfois triste. Mais ce n’est pas l’Afrique perdue. Refusons de le croire.

Plus qu’hier encore, il est place pour tous au rendez-vous de la conquête, car l’universel à refondre questionne l’urgent dépassement des identités particulières. Que resterait-il à l’histoire si l’homme abdiquait à l’impasse et au renoncement ?

Contre la désespérance perdure notre foi d’antan et continuent les combats d’aujourd’hui ancrés dans l’éternité de la Terre-Nourricière.

Alors la solitude aura beau se lever d’entre les vieilles malédictions et prendre pied aux plages de la mémoire parmi les bancs de sable qui surnagent et la divagation déchiquetée des îles je n’aurai garde d’oublier la parole du dyali dyali par la dune et l’élime convoyeur de la sève et de la tendresse verte inventeur du peuple et de son bourgeon?son guetteur d’alizés maître de sa parole tu dis Dyali Et Dyali je redis Le diseur d’essentiel le toujours à redire et voilà comme aux jours de jadis l’honneur infatigable Voilà la face au temps un nouveau passage à découvrir une nouvelle brèche à ouvrir dans l’opaque dans le noir dans le dur.

En Belgique, la difficile décolonisation des esprits, par Philippe Dagen | Le Monde 16 février 2019

Au Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, la disposition des salles, les œuvres et leur présentation montrent que les idées reçues sur l’apport des Occidentaux à leurs colonies ont la peau dure, note le journaliste du service Culture du « Monde », Philippe Dagen.

Le Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, en Belgique
Analyse. En novembre 2018 a paru le rapport de Bénédicte Savoy et Felwine Sarr sur la restitution d’œuvres africaines, commandé par l’Elysée après le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou (Burkina Faso), en novembre 2017. Il a suscité un large débat, dont l’un des effets a été de « libérer la parole », selon la formule à la mode. Ainsi a-t-on dû lire des commentaires d’internautes du genre de celui-ci, relevé sur le site du Monde et toujours visible : « Utiliser le mot “art” pour ces objets primitifs et périssables me semble inapproprié. » Pur mépris raciste convaincu de la supériorité des Blancs sur les Noirs en toutes matières. On ne feindra pas d’en être surpris : les preuves de sa persistance sont partout dans le monde.

Dans les anciennes puissances coloniales européennes, il est indissociable du colonialisme. Celui-ci affirmait pour se justifier qu’il apportait la « vraie foi » chrétienne et le progrès à des peuples païens et ignorants. Une littérature pléthorique a répandu ces discours du XIXe siècle – temps de la conquête systématique de l’Afrique et de l’Océanie – jusqu’au milieu du XXe siècle et aux indépendances des ex-colonies. Les collections que l’hypothèse des restitutions met en cause ont été en partie constituées dans ce contexte.

Pourquoi rappeler ces évidences ? Parce qu’il apparaît que plus d’un demi-siècle après les indépendances, les entendre soit toujours douloureux pour certains et les énoncer, difficile pour d’autres. Et ceci dans le milieu des spécialistes des arts que l’on disait jadis « primitifs », par opposition à nous, les « civilisés ». Une preuve spectaculaire en est donnée depuis le 8 décembre 2018 par le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren (Belgique), renommé AfricaMuseum.

Un exotisme global mis en scène

Ouvert en 1910, il est consacré à ce qui s’est appelé Etat indépendant du Congo, création et propriété du roi Léopold II (1865-1909) de 1884 jusqu’en 1908, et son annexion à la Belgique. Autrement dit le Congo belge, aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC). Fermé en 2013 pour une rénovation d’un coût de 66 millions d’euros, le MRAC a été réaménagé, les surfaces d’exposition ont été presque doublées.

La zoologie, la botanique et la minéralogie occupent autant de place, sinon plus, que les activités humaines. Cette proximité est choquante.

Mais pour montrer quoi et comment ? Le directeur du musée, Guido Gryseels, affirme vouloir « proposer une approche plus critique du passé colonial du Congo et de la Belgique ». Mais ce résultat peut-il être atteint à partir du moment où il a été décidé de conserver le palais de 1910 tel quel et de lui rendre même ce qu’il a perdu d’éclat avec le temps ? La question, posée par Esther King sur le site Politico, a été reprise depuis par le journaliste Cédric Vallet – son article dans le magazine d’enquête Médor s’intitule « Décolonisation impossible ! » – et par le chercheur et réalisateur Matthias De Groof dans la revue wallonne L’Art même.

« Tel quel » signifie que, comme en 1910, la zoologie, la botanique et la minéralogie occupent autant de place, sinon plus, que les activités humaines. Cette proximité est choquante. Ailleurs, au British Museum, au Metropolitan ou au Quai Branly, les cultures non occidentales sont traitées pour elles-mêmes, comme des cultures spécifiques. Ici, les cultures congolaises ne sont que l’une des formes d’un exotisme global, mises en scène de façon « ludique » et « interactive ».

« Tel quel » signifie aussi que sont demeurées en place les allégories dorées du sculpteur Arsène Matton, dont La Belgique apportant la civilisation au Congo : un prêtre colossal et barbu qui pose sa main sur la nuque d’un Congolais deux fois plus petit que lui. Pourquoi les conserver ici ? Parce que, selon le texte de salle, elles sont « classées et ne peuvent pas être enlevées ». Ce que confirme Guido Gryseels : « Ce sont des parties protégées du bâtiment. Elles doivent y rester. » Le droit du patrimoine serait donc supérieur à toute morale ?

« Quelques » victimes, vraiment ?

Non moins ambigus sont les textes proposés au visiteur. Dans le dépliant distribué à l’accueil : « L’Histoire de l’Afrique depuis l’arrivée des Européens est assez douloureuse. » On appréciera le « assez ». Dans la section « histoire coloniale et indépendance », un panneau interroge : « Combien de victimes ? » Réponse incomplète : « A défaut de données précises, il est très difficile de connaître le nombre de victimes faites par l’Etat indépendant du Congo. Les guerres de conquête, l’exploitation, le travail forcé, les expéditions punitives, les déplacements de population, la désarticulation de l’agriculture, les épidémies et l’introduction de maladies inconnues ont coûté la vie à d’innombrables Congolais. En outre, la natalité s’est effondrée. Le déficit démographique total est catastrophique et se monte à plusieurs centaines de milliers, voire quelques millions d’individus. Selon certains, il représenterait un tiers de la population totale. » « Quelques » ? Le chiffre généralement admis est de 10 millions de morts. « Certains » ? Les historiens ayant travaillé sur ce sujet. Ils ne sont pas nommés.

C’est que, en Belgique, il existe des associations qui défendent la mémoire de Léopold II et la colonisation et refusent ce chiffre. Ainsi l’Union royale belge pour les pays d’outre-mer (Urome), pour qui « la Belgique a propulsé le Congo (…), dont les populations étaient en proie à la maladie, à des famines récurrentes, aux guerres tribales et à l’esclavage et qui sur le plan technologique avait plusieurs siècles de retard, dans la modernité en l’espace d’à peine trois générations ».

Ce genre de propos est diffusé par le journal belge Le Peuple, organe du Parti populaire, classé à l’extrême droite. Mais il est aussi en vente à la boutique du musée, qui ne veut pas déplaire aux nostalgiques du Congo belge. Voici où en est la décolonisation des esprits aujourd’hui.

Philippe Dagen

La caricature, instrument de liberté ou art criminel ? par le F E VDA 19 nov. 2015 (restricted access)

Avant que d’être chargé d’enseignement à l’IHECS et Maître de Conférence, Éric Van Den Abeele est un passionné.

Dans l’avant-propos de son vaste inventaire, il raconte comment lui fut communiqué, sans qu’il en prenne de suite conscience, un virus que l’on pourrait baptiser la « léopoldeuzomanie ».

En effet, notre homme – qui n’est autre que le descendant lointain de Jules Thiriar, médecin personnel et ami intime de Léopold II – se vit offrir des mains de son arrière-grand-mère un carnet de cartes postales où le monarque était moqué. Résultat : trente-cinq années de recherches et de collecte acharnée, pour aboutir à la constitution d’un fonds à nul autre pareil.

jeudi 23 mai 2019

« Il se passe quelque chose de très malsain dans ce pays » : critiques après de nouvelles convocations de journalistes par la DGSI | Le Monde 23 mai 2019

Huit journalistes et le président du directoire du « Monde » ont été convoqués pour leur couverture de la guerre au Yémen ou de l’affaire Benalla. Le gouvernement assume qu’il y ait des « secrets qu’on doit protéger ».

FRANC-MAÇONNERIE : LE SENS DU RITUEL | GADLU.INFO 18/10/2018

En Franc-Maçonnerie, nous nous posons souvent une multitude de question sur le « sens du rituel » : Que nous apporte-t-il en loge, dans le monde profane ? Et nous découvrons alors que nos vies sont empreintes de rituels de toutes sortes… Que le rituel nous relie au passé et nous projette dans l’avenir.

Voici une planche de la loge maçonnique « Fidélité et Prudence » à l’orient de Genève (GLSA) qui peut-être vous éclairera ! Belle lecture !

Vie profane

Dans la vie profane nous avons tous nos rituels, individuels ou collectifs, qui sont plus ou moins espacés dans le temps et dans l’espace. Ces rituels sont constitués par des rites, c’est-à-dire un ensemble de règles immuables, fixant le déroulement d’une cérémonie, quelle soit publique, donc exotérique ou secrète voir discrète, donc ésotérique.

Individuels

En ce qui concerne les rituels individuels, il nous suffit de penser à nos habitudes tels que la méditation, la prière, la réflexion ou à des habitudes moins spirituelles tels que l’heure systématique de la pause café, de la douche et de l’horaire du train. Bien que ces habitudes soient pour la plus part du temps le résultat de l’improvisation ou simplement la conséquence du temps qui nous reste disponible dans la journée, ces rituels ont la particularité de nous permettre de nous rassurer et de nous plonger dans son moi intérieur pour établir son bilan. Ce bilan est simplement le point de repère quotidien sur notre équilibre familial, notre situation émotionnel, notre performance au travail effectué le jour même et sur notre état corporel.

Collectifs & sélectif

D’autres rites règlent notre vie sociale. Pour ces rituels profanes et sociaux, nous avons besoin de la participation des autres. En effet et bien que cela soit possible, on imagine mal un anniversaire ou un réveillon en “ solitaire ”. Le principe de la sélection est une des particularités qui marque généralement ces rituels profanes. On fête son anniversaire avec sa famille et ses amis, on fête la journée nationale avec ses concitoyens, on célèbre les cérémonies religieuses avec ceux qui partagent sa foi. Les rituels individuels sont espacés dans le temps en fonction de nos besoins et les rituels collectifs en fonction des règles bien établies par le groupe. En conséquence ils peuvent être quotidiens, hebdomadaires, mensuel, annuels etc.

Sens

On doit finir ces évocations de rituels profanes avec un survol quant à la manière dont ils fixent les buts qu’ils poursuivent. Evidemment il n’est pas possible dans une seule phrase de résumer toutes les activités “ en groupe ” profanes, mais si on analyse les quelques lignes qui précédent on peut constater que le point commun de tous rituels profanes est que "l’individu est au service du groupe".

Le processus simplifié est : Le groupe établi des règles

Les règles que le groupe a établies sont justes, et chaque membre doit s’y référer ! Si chaque membre se réfère aux règles du groupe ce membre est en harmonie avec ce groupe. C’est une boucle simple et efficace, en effet “ il suffit de suivre les flèches ”

Vie Maçonnique

Dans la vie Maçonnique, chaque symbole, chaque rite, chaque rituel n’a d’autre intérêt qu’une recherche individuelle permanente de la lumière, mais cette recherche est générée et activée par l’ensemble des Frères en loge et cette recherche se poursuit dans la méditation et l’interprétation du sens de la vie dans le monde profane.


Le rituel Maçonnique est un véhicule initiatique qui nous conduit sur le chemin de la recherche de la Vérité. Un outil universel avec lequel chaque Frère peut travailler intuitivement, au moyen de ses cinq sens ceci dans le but d’éveiller et de développer sa conscience individuelle. Ce travail se fait en parfaite harmonie avec les Frères de toutes nations, de toutes croyances, de tout âge et de toute culture. Le rituel se compose de voyages symboliques qui nous permettent de partager nos expériences et nos sentiments avec nos Frères

Dans la vie du rituel Maçonnique l’expérience et les sentiments sont des éléments qui forment une partie de la vie UNIQUE de chaque Frère, qu’il transmet dans un espace temps défini. En effet :
Cet instant le Frère “ enseignant ” ne le vit qu’une fois dans sa vie.
Cet instant le Frère “ étudiant ” ne le vit qu’une fois dans sa vie.

Le sens du rituel Maçonnique est de rendre chaque être (ayant frappé à la porte dans le seul but de rechercher la lumière) : “ Receveur et donneur ”, “ étudiant et enseignant ”, “ apprenti et maître ”.
Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous obtiendrez, cherchez et vous trouverez.
Le rituel ne fait qu’adresser des messages aux Frères qui doivent garder dans leur cœur toute l’émotion de la cérémonie afin de pouvoir réfléchir dans leur for intérieur à toute la portée de l’instant vécu. Le rituel Maçonnique permet d’établir des liens entre les Frères qui par les vases communicants de la Fraternité ne cessent de chercher, et ceci seulement grâce à ses Frères, un perfectionnement « individuel ».
Le rituel Maçonnique n’à d’autre but que de nous inciter à l’état de partage fraternel, nous permettant ainsi de nous éveiller à une évolution permanente de l’esprit et du cœur. Comme dans la vie profane, lien entre les Hommes, le rituel Maçonnique est un lien entre le visible et l’invisible, lien Universel entre le Microcosme (l’Homme) et le Macrocosme (l’Univers)

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. Travail de Loge
Rédaction : H.M. le 8 février 2003 / JSG le 9 févier 2003 / JSG le 10.02.03

1,6180339887 par notre F Olivier B novembre 2014 (restricted access)

Le Nombre d'Or d'après Disney (1959)



Le nombre d’or est fort connu des pythagoriciens, mais aussi des francs-maçons.

Fibonacci, une suite qui vaut de l'or - La Structure Fractale de Benoît Mandelbrot, mathématicien franco-américain



Qui est Fibonacci ? Comment ce savant a permis l’introduction au “monde occidental” des mathématiques arabes ? En quoi cela a été déterminant pour le développement des mathématiques en Europe à partir du Moyen-Age ? Fibonacci est connu pour la suite éponyme. Qu’est ce que la suite de Fibonacci ?

De Leonardo Pisano, fils du marchand Gugliemo Bonacci, ce qui lui vaudra le nom de filius Bonacci, Fibonacci, l’histoire aura retenu une chose : une suite mathématique, dont le rapport entre chaque terme tend vers le nombre d’or, ce nombre quasi mystique qui hante l’histoire des sciences comme l’histoire des arts depuis l’antiquité. Or l’apport de Fibonacci est bien plus large que son seul « problème des lapins », et raconte l’histoire du passage des mathématiques de l’époque antique à celles que nous pratiquons aujourd’hui encore.

La Flûte enchantée, franc-maçonnerie et prélude au féminisme, par Juliette Masselis



Nous vous proposons cet été une série consacrée à la philosophie dans la musique et au rapport qu'entretiennent les philosophes avec celle-ci. 

Dans ce deuxième article, nous nous sommes intéressés tout particulièrement à La Flûte enchantée, opéra féerie en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart.  

La Flûte enchantée de Mozart est trop souvent considérée comme un opéra léger, naïf et dominé par la féerie. Les spectateurs manquent parfois de recul face à l’œuvre et passent à côté de son sens profond, camouflé par une nébuleuse de symboles maçonniques, étrangers aux non-initiés. Le procédé n’est pas nouveau, beaucoup d’auteurs ou de compositeurs ont écrit des divertissements sous couvert de véhiculer un message plus sérieux, comme Molière, Beaumarchais, ou Wolfgang Amadeus Mozart avec Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), « grand opéra en deux actes » sur un livret d’Emanuel Schikaneder. L’opéra est créé le 30 septembre 1791 au Theater auf der Wieden à Vienne, propriété du librettiste, également interprète du rôle de Papageno.

Si l’on vante la partition de La Flûte, le divin Mozart appelait ses amis à porter leur attention sur « certaines paroles » et sur le message véhiculé par le texte, non pas sur les particularismes musicaux. L’intérêt principal du compositeur (qui participa d’ailleurs activement à l’élaboration du livret) se portait sur la force du message de l’œuvre, sublimé par la musique. Un jeu de miroir s'opère entre philosophie, maçonnique ou non, et opéra.

La Reine de Saba | Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (restricted access)

La Reine de Saba

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Depuis des siècles, la littérature et l’art, aussi bien en Orient qu’en Occident, se sont emparés de la figure mystérieuse de la Reine de Saba.

Nos lointains Frères opératifs ont sculpté ses traits sur le parvis des cathédrales de Reims, de Chartres et l’ont représentée sur les vitraux des cathédrales de Strasbourg et de Cologne.
Elle a fasciné des écrivains comme Gérard de Nerval ou André Malraux, qui en 1934 survola le Yémen dans l’espoir de retrouver les ruines de son palais. Elle a inspiré, nombre de peintres, de cinéastes et de compositeurs, comme Charles Gounod qui en 1862 immortalisa sa légende dans un opéra qui porte son nom et qui aux dires de certains, véhiculerait quelques valeurs maçonniques.

Mais qui est donc cette reine légendaire, dont l’ensemble des sources s’accorde à dire qu’elle était dotée d’une incroyable beauté, d’un fort caractère et d’une sagesse rare ?
« Sagesse, force et Beauté » voilà d’ores et déjà les trois grands piliers de la Franc-Maçonnerie.


Eh bien, mes Soeurs et mes Frères, partons à la rencontre de la légendaire Reine de Saba. [...]

Le Quartier Royal de Bruxelles : une forêt de symboles, par Joël Goffin | PDF 2018

Cette étude est dédiée à Pascal Pirotte 

La Force pour l'entreprise, la Sagesse pour l'exécution et la Beauté pour l'ornement.

Il suffit que la foule prenne plaisir à la vision du spectacle : aux initiés n’échappera pas, dans le même temps, sa haute signification.

Goethe à propos de La Flûte enchantée de Mozart

« – Quels sont les devoirs d’un Franc-Maçon ?
– Fuir le vice et pratiquer la vertu
– Comment doit-il pratiquer la vertu ?
– En préférant à toute chose la justice et la vérité »

Catéchisme maçonnique

Les vrais secrets sont ceux qui continuent à être des secrets même quand on les dévoile.

mercredi 22 mai 2019

Liberté, Egalité, Fraternité : De quelques paradoxes du parcours maçonnique, par le F P (restricted access)

[...] Ce dont je souhaite parler, c’est d’une série de paradoxes qui me semblent inhérents au parcours maçonnique. Ces paradoxes ne sont donc pas pour moi de l’ordre des faux-pas, des manquements ou des incohérences… Non : je souhaite parler de paradoxes qui me semblent faire partie intégrante de la démarche maçonnique, et qui témoignent d’ailleurs de toute sa richesse. Car cette démarche est fondamentalement humaniste – elle place l’être humain en son centre. Or, la condition humaine n’est pas sans présenter une série de paradoxes – elle n’est pas sans se soutenir d’une série de paradoxes.

Les religions et les idéologies ont plutôt tendance à nier ces paradoxes. Elles construisent des visions idéalisées, simplifiées et monolithiques de l’être humain, qui finissent par le priver d’une part de son humanité.

De mon point de vue, la prise en compte des paradoxes propres à l'être humain, fermement arrimée aux principes de la laïcité, est ce qui permet, sans aucune ambiguïté, de distinguer la maçonnerie d’une idéologie ou d’une religion. Je tenterai de préciser cette thèse à partir de trois lignes d’horizon qui nous sont chères : liberté, égalité, fraternité – des lignes d’horizon que nous souhaitons pour l’humanité. [...]

∆∆∆ Trump, le mercantilisme et le dollar : un cocktail hautement explosif ! The Conversation (Fr) 6 juin 2018

La politique économique de Donald Trump ne sert pas
forcément les intérêts américains
À trop vouloir combiner mercantilisme commercial et mercantilisme fiscal, le président américain trouve face à lui le principal élément absent de son raisonnement économique : la monnaie. 

Ce double mercantilisme de Donald Trump a en effet une conséquence immédiate, la hausse du taux de change du dollar. 

Celle-ci entraîne la politique économique américaine dans un cercle vicieux qu’il sera très difficile de briser. Car toute hausse du taux de change du dollar contrecarre inévitablement l’effet escompté des hausses de tarifs douaniers sur les importations américaines…

1 000 milliards de dollars

Après les insinuations et les menaces, les tentatives de négociation et les reculades spectaculaires à l’automne dernier, le Président des États-Unis est enfin parvenu à obtenir un premier effet spectaculaire de sa politique économique, en dépit des critiques fort justement formulées depuis son élection. Il ne s’agit pas du passage à l’acte concernant la taxation des importations américaines d’acier et d’aluminium, mais d’une autre annonce, passée relativement inaperçue : celle du versement record de près de 1 000 milliards de dollars aux actionnaires des entreprises cotées au S&P 500, l’indice phare du New York Stock Exchange.

Ce montant est tellement énorme qu’il n’est pas inutile de le relire : 1 000 milliards de dollars. 

Plus précisément, les entreprises du S&P 500 ont reversé pour près de 428 milliards de dollars à leurs actionnaires sous forme de dividendes sur les douze mois précédant le 31 mars 2018. Elles ont aussi racheté leurs actions pour un montant de 573 milliards de dollars sur la même période. Ne sont pas cotées sur ce marché les principales entreprises américaines du numérique, qui lui préfèrent le NASDAQ. Apple a par exemple annoncé vouloir racheter pour 100 milliards de dollars de ces propres actions dans l’année.

Le télescopage de cette annonce avec la guerre des taxes sur l’acier et l’aluminium ne doit rien au hasard. Ces deux actualités sont la conséquence de l’incohérence de la politique économique de Donald Trump.

Mercantilisme plutôt que protectionnisme

Contrairement à l’idée répandue d’un retour au protectionnisme du côté américain, la politique économique de Donald Trump est plutôt à analyser sous l’angle d’un retour au mercantilisme. Toutefois, à bien des égards, ces deux phénomènes se ressemblent. En particulier, les deux combinent des politiques commerciales mixtes (comme des hausses de droits de douane sur certains secteurs seulement) avec l’idée qu’il est possible pour une nation de s’enrichir en dehors du libre-échange. Mais malgré ces points communs, ces deux politiques diffèrent sur au moins deux aspects.

La doctrine mercantiliste insiste sur l’accès aux marchés internationaux et sur la sacro-sainte compétitivité comme seule source de l’enrichissement de la nation. Dès lors, la constitution d’excédents et la lutte contre les déficits commerciaux deviennent l’unique leitmotiv. La doctrine protectionniste, de son côté, prône la croissance économique nationale comme objectif ultime, quitte à avoir des déficits commerciaux importants si ceux-ci permettent la modernisation du pays. Mais surtout, une politique protectionniste, précisément du fait qu’elle vise la croissance nationale, nécessite la coopération étroite entre les États pour être efficace et éviter que les autres ne jouent pas le jeu. À l’inverse, un pays peut choisir de manière unilatérale de mener une politique mercantiliste, comme les États-Unis aujourd’hui.

Les deux voies du mercantilisme américain

Dans sa version américaine actuelle, ce choix du mercantilisme passe principalement par deux canaux.

- Au niveau externe, une politique commerciale clairement agressive vis-à-vis de tous les pays ayant des excédents commerciaux avec les États-Unis. Cela peut mener à des conflits ouverts comme c’est le cas sur le dossier de l’acier et de l’aluminium avec l’Union européenne, le Mexique et le Canada, mais aussi à des négociations bilatérales plus favorables aux États-Unis, comme c’est le cas avec le Brésil, l’Argentine ou l’Australie, dans le même dossier.

Le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) l’a ainsi clairement expliqué dans un document publié le 28 février dernier. Il y rappelle que désormais les objectifs des États-Unis en matière de commerce sont les suivants : d’abord renforcer la sécurité et la compétitivité nationales, ensuite renégocier tous les accords de commerce du pays, et en particulier l’ALENA, jugé défavorable aux intérêts des États-Unis, et enfin d’une part modifier profondément les rapports des États-Unis avec l’OMC en appliquant de manière plus agressive les lois américaines relatives au commerce, mais surtout d’autre part réformer l’OMC de manière à ce qu’elle devienne uniquement un forum de négociations sans impact sur la souveraineté nationale.

- Au niveau interne, le mercantilisme américain passe par la fiscalité, avec la volonté d’augmenter l’attractivité financière des États-Unis. Le but du jeu est de rapatrier le maximum de profits des grandes firmes transnationales américaines placés dans des centres offshores comme les Îles Caïmans et de les inciter à investir aux États-Unis.

Cela passe non seulement par des taux bonifiés à 15 % contre 40 % précédemment en cas de rapatriement des bénéfices, mais aussi par une réforme fiscale clairement régressive fondée sur une baisse des impôts sur les sociétés de 35 % à 21 %. Autre point : le dé-tricotage de la loi Dodd-Franck votée après la crise de 2008 et s’appliquant désormais aux seules banques ayant des actifs supérieurs à 250 milliards de dollars (cette réglementation est pourtant essentielle au maintien de la stabilité financière). Enfin, dernière facilité : la possibilité d’amortir immédiatement les investissements.

Nulle improvisation dans ce qui précède, mais simplement l’idée que l’État est encore en mesure de mener une politique pouvant faciliter la ré-industrialisation du pays malgré le contexte de mondialisation économique. Ce que confirme la remontée timide de l’investissement dans le pays.

Un effet immédiat sur le dollar

Sauf que, depuis un peu plus d’un mois, le taux de change du dollar a aussi fortement augmenté. Il est ainsi passé de 1,23 à 1,16 dollar par euro entre le 16 avril et le 2 juin. Par rapport à un panier représentatif de devises (ce qu’on appelle le taux de change effectif), cette hausse a même été de plus de 4 % sur la même période.

Et ce n’est ni une surprise, ni dû au hasard. Cette appréciation s’explique précisément par la politique menée aux États-Unis. D’abord, l’effet direct du rapatriement des profits des firmes américaines a été une hausse des cours boursiers aux États-Unis. Cette euphorie boursière encourage alors les non-résidents à venir acheter des actions américaines pour pouvoir à la fois bénéficier des versements de dividendes et de la politique de rachat d’actions énoncée plus haut. Cette situation risque même d’être durable. Apple, qui dispose de 269 milliards de dollars dans les paradis fiscaux, soit l’équivalent des réserves de change du Brésil (les dixièmes au monde !), a par exemple annoncé vouloir les rapatrier au plus vite. Les autres firmes du numérique suivront la même logique.

Une politique qui dope l’inflation

Cette politique contribue à stimuler davantage l’inflation. Comme l’économie américaine est déjà au plein emploi, le risque de surchauffe existe. Et, par ricochet, le risque de hausse des taux d’intérêt sur les titres à long terme, comme ceux de la dette publique américaine. En effet, toute hausse de l’inflation a un impact sur la valeur réelle des revenus des titres possédés (qui baissent en termes réels), et incite donc leurs propriétaires à exiger une hausse des taux d’intérêt pour la compenser. Cette hausse anticipée des taux longs aux États-Unis rend dès lors les titres en question plus attractifs pour les agents du reste du monde, encourageant ainsi de nouvelles rentrées de capitaux, et donc des achats de dollar supplémentaires.

Enfin, des capitaux qui étaient placés dans les pays émergents retournent aux États-Unis du fait de la hausse du dollar. Ces pays s’endettant en dollar, toute appréciation de son taux de change les fragilise davantage et encourage encore plus les acteurs financiers à rapatrier leurs capitaux aux États-Unis. L’indice MCSI des pays émergents a d’ailleurs perdu 9,30 % depuis le 26 janvier, consécutivement à ce début de fuite des capitaux.

Ubu à la Maison Blanche

Cette politique pourrait toutefois avoir éventuellement un effet positif sur l’économie américaine. Il faudrait pour cela qu’elle implique une hausse durable de la production et des investissements nationaux. Si on observe un début de frémissement pour ces derniers, la production voit quant à elle son rythme de croissance décélérer au premier trimestre 2018. Sauf à fortement augmenter le coût du travail ou du capital, ou à massivement attirer des travailleurs étrangers (ce qui n’est pas vraiment à l’ordre du jour), il sera difficile pour la production américaine d’augmenter sans inflation.

Qui plus est, comme le taux de change du dollar a désormais tendance à augmenter fortement, le prix en dollar des importations américaines en provenance du reste du monde sera plus faible qu’auparavant pour l’essentiel des importations, alors que celui en devises étrangères des exportations américaines augmentera. Inévitablement, cela va favoriser la dégradation du solde commercial américain, ce qui est exactement l’inverse de l’objectif de cette politique. Donald Trump aura alors loisir de dénoncer le comportement déloyal des principaux partenaires commerciaux des États-Unis, et d’exiger une nouvelle hausse des barrières aux échanges avec le reste du monde.

Cette situation pourrait déclencher un nouveau cycle de représailles de la part des autres pays qui se sentent à juste titre lésés par cette politique. Sans que ces représailles ne soient forcément efficaces sur leurs flux commerciaux, et sans qu’elles ne favorisent la fin des rapatriements de capitaux aux États-Unis puisque la réforme fiscale de la fin 2017 entrera dans son plein régime…

Le début d’un cercle vicieux ?

Le risque d’une spirale de plus en plus conflictuelle avec le reste du monde, impliquant la hausse du taux de change du dollar puis celle des barrières douanières américaines et, enfin, des représailles du reste du monde, n’est dès lors plus à exclure. Une telle spirale pourrait durablement reconfigurer l’économie mondiale, d’abord en encourageant les autres pays à mener la même politique commerciale que les États-Unis, ensuite en les encourageant eux aussi à entrer encore plus fermement dans le mercantilisme fiscal.

Le Fonds monétaire international a d’ailleurs exhorté les États-Unis à modifier leur politique budgétaire en avançant un argument lié à la hausse de la dette publique américaine, mais c’est bien plus sur le terrain de la hausse de la conflictualité des relations économiques internationales qu’il faudrait critiquer cette politique.

En définitive, cette situation montre que l’oubli de la monnaie dans le raisonnement économique peut avoir de sérieuses conséquences une fois les politiques économiques enclenchées. Et pour couronner le tout, cette année, le budget américain de la défense dépassera le seuil des 700 milliards de dollars. Une autre annonce récente passée quasiment inaperçue…

Stephen Khan

L’Inde est-elle vraiment la plus grande démocratie du monde ?


Neuf cents millions d’électeurs et sept phases de vote, étalées d’avril à mai 2019, pour un scrutin législatif : l’Inde connaît les plus grandes élections de l’histoire. Un miracle électoral qui remonte à 1950 quand le pays rédige sa Constitution, deux ans seulement après avoir gagné son indépendance. L’année suivante, l’Inde faisait le pari de ses premières élections législatives au suffrage universel, alors que seulement 11 % des Indiens savaient lire et écrire. 

Mais depuis quelques années, le pays dégringole dans le classement de la liberté de la presse, le gouvernement de New Delhi est entièrement centralisé et beaucoup critiquent la personnalisation du pouvoir par son premier ministre, Narendra Modi. Alors, l’Inde est-elle encore la plus grande démocratie du monde ?

L’Europe politique est-elle indispensable ? | France culture 09/05/2019



Comment construire une Europe politique et démocratique sans en avoir débattu au préalable ?

Manifestation pro-européenne à Berlin le 5 mai 2019
Les élections européennes auront lieu dans moins de trois semaines. Sauf miracle, il s’agira encore d’un rendez-vous manqué entre les citoyens français et l’UE, au terme d’une campagne ou médias et candidats auront préféré se concentrer sur les polémiques nationales plutôt que d’évoquer les grands enjeux politiques de la construction européenne. Comment construire une Europe politique et démocratique sans en avoir débattu au préalable ? 

Pour en discuter aujourd’hui dans Les Matins de France Culture, Guillaume Erner reçoit Jacques Lévy et Sylvain Kahn 

L'idée d'Europe, c'est l'idée multi-séculaire d'éviter de se faire la guerre.La problématique étant que les États sont trop puissants pour être éliminés les uns par les autres, mais on ne peut pas avoir un empire unifié européen, ceux qui ont essayés ont échoués. Comment fait-on avec le fait qu'il y ait des sociétés qui existent, qui résistent, pour avoir un monde de paix et de coopération ? Jacques Lévy

L'Europe n'est pas seulement un continent, ni un espèce de continuum naturalo-culturalo-ethnique, c'est d'abord des relations sociales et un projet politique. Sylvain Kahn

La chute de l'extrême droite autrichienne en 3 actes | L'Obs 20 mai 2019

 


Cette vidéo a précipité la chute de l'extrême droite autrichienne. 

Samedi 18 mai, deux médias allemands, le Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel ont publié des extraits de caméra-cachée où l'on voit le vice-chancelier Heinz-Christian Strache et l'un de ses lieutenants discutant, dans ce qu'il semble être une villa d'Ibiza en 2017, de l'octroi de contrats publics autrichiens en échange de soutiens financiers, avec une interlocutrice qui se présente comme la nièce d'un oligarque russe. 

Pendant les six heures que dure l'entretien, le leader d'extrême droite dit aussi être prêt à remodeler la presse autrichienne "comme Orban", le Premier ministre hongrois qui a verrouillé le paysage médiatique de son pays. Et il évoque un mécanisme de financement illégal des campagnes électorales qui serait pratiqué par son parti FPÖ. Heinz-Christian Strache, acculé, a démissionné de tous ses mandats. Et le chancelier Sebastian Kurz, qui avait noué une alliance avec le FPÖ après sa victoire aux législatives d'octobre 2017, a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées.

Pourquoi l'extrême droite européenne peine à s'unir | Le Monde 9 mai 2019



Dans l’Union européenne, des gouvernements autoritaires et des mouvements politiques qui prônent le repli identitaire, comme le Rassemblement national de Marine Le Pen, montent en puissance. La plupart de ces partis critiquent la construction européenne, qu’ils jugent antidémocratique et ultra-libérale. Ils partagent aussi des positions communes contre l’immigration et l’accueil des réfugiés. 

Mais alors que se profilent les élections européennes, qui auront lieu du 23 au 26 mai 2019, ces groupes – qu’ils soient de droite nationale populiste ou d’extrême droite – ne parviennent pas à s’unir pour former un bloc politique et parler d’une même voix au Parlement européen. Le point sur leur difficile union.

Axe du Mal / 1938 : Montée de l'extrême droite en Europe : le chômage en cause ? par Annabelle Georges | Touteleurope.eu 13.06.2018