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dimanche 20 janvier 2019

"Macron démission", et après qu'est-ce qu'on fait ? | France2 C l’hebdo 12/01/2019



Le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit… Malgré les concessions du pouvoir, malgré les débordements, malgré la période des fêtes… Rien n’y fait. Un mot d’ordre qui revient : « Macron démission », des responsables de l’opposition réclament un retour aux urnes, voire une 6ème République…

Scénario crédible ? L’analyse de l’un des meilleurs connaisseurs de la 5ème république, le journaliste Patrice Duhamel qui signe un documentaire passionnant "Ve République, au coeur du pouvoir" mardi 15/01 à 21h sur France2.

samedi 19 janvier 2019

GILETS JAUNES : DES VIOLENCES POLICIÈRES JAMAIS VUES - DAVID DUFRESNE | LE MEDIA 7 janv. 2019



Le journaliste indépendant David Dufresne recense les violences policières depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Invité d'Aude Lancelin dans l'Entretien Libre, il revient sur l'intensité inédite de la répression policière subie par les gilets jaunes.

Gilets jaunes : le défi de l'ordre #cdanslair 19.01.2019



Le lancement du grand débat national mardi 15 janvier ne suffit pas à apaiser la colère des gilets jaunes. Doutant pour beaucoup de l’utilité de ce dernier qu’ils qualifient de "stérile", ils ont décidé de poursuivre le mouvement ce samedi 19 janvier, pour une dixième journée de mobilisation depuis celle du 17 novembre 2018. La semaine dernière, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, près de 84 000 personnes avaient manifesté dans le pays, une mobilisation en hausse par rapport aux 50 000 de la semaine précédente, mais bien inférieure aux centaines de milliers de personnes qui avaient manifesté pendant les mois de novembre et décembre.

À Paris, des gilets jaunes se sont donné rendez-vous sur l’esplanade des Invalides en fin de matinée avec comme ambition d’atteindre "le million à Paris". Sur sa page Facebook, Éric Drouet a invité les participants à amener "une fleur ou une bougie en hommage" aux personnes tuées ou blessées "pour [leur] cause". D’autres rassemblements ont également eu lieu à Rennes, Toulouse, Marseille ou encore Bordeaux.

Interrogé vendredi, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a annoncé que le gouvernement allait "de nouveau mettre beaucoup de forces de l’ordre dans la rue", alors même qu’enfle la polémique sur le nombre de blessés graves parmi les manifestants. Blessures notamment causées par les lanceurs de balles de défense (LBD). Jacques Toubon, le Défenseur des droits, a ainsi demandé, ce jeudi, la suspension de leur usage. "Annulons le risque qui existe de dangerosité de ces armes en suspendant leur utilisation", a-t-il annoncé en marge de la présentation à la presse d'un rapport, précisant que sa proposition vise à "prévenir plutôt que soigner".

Face à ces accusations de violences policières, Christophe Castaner s’est dit "sidéré". "Quand j'entends certains responsables […] prendre le parti des casseurs plutôt que celui de la sécurité, quand j'entends parler de brutalité inouïe et illégitime, je suis sidéré, et c'est le mot le plus poli que je trouve", a-t-il déclaré.

Pour David Dufresne – journaliste indépendant, qui recense et signale les bavures policières observées lors des manifestations des "gilets jaunes", il y a un "déni " tant au niveau politique que médiatique. "Il y a bien des violences policières, elles sont gravissimes", explique-t-il. Et d’ajouter que "le maintien de l’ordre est devenu, depuis une dizaine d’années, extrêmement offensif, brutal, avec des policiers qui vont au contact. Jusqu’ici, la clé était de montrer sa force pour ne pas s’en servir". A ce jour, il compte au moins 100 blessés graves, dont une quinzaine de personnes éborgnées et plusieurs mains arrachées.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux élus LREM subissent des insultes, des menaces ou encore des intrusions dans leur domicile. C’est le cas de Philippe Huppé, député LREM de la cinquième circonscription de l’Hérault. Dans la nuit du 27 au 28 décembre 2018, son domicile a été tagué, cinq cadavres de souris ont été retrouvés en bas de chez lui. "Régulièrement je reçois des insultes à mon domicile, tous les matins je me lève avec la boule au ventre, surtout par rapport à ma femme et mon fils. C'est un peu ennuyeux surtout dans un pays qui se veut démocratique", a confié l’élu.

Pourquoi le grand débat national ne semble-t-il pas convaincre les gilets jaunes. L’usage de la force par les policiers et gendarmes est-il proportionné ? Faut-il interdire les LBD ? Dans ce contexte de défiance vis-à-vis des politiques, comment les députés LREM envisagent-ils la suite de leur mandat ?

Invités : Christophe BARBIER — Editorialiste politique à "L’Express"
Alain BAUER — Professeur de Criminologie – CNAM
Paul QUINIO — Directeur délégué de la rédaction de "Libération" 
Vanessa SCHNEIDER — Grand reporter au "Monde"

Quand l'homme s'adapte au climat : l'exemple du Petit Age glaciaire | France culture 18/01/2019



 Aujourd’hui, nous diffusons le débat enregistré en public à la Sorbonne samedi dernier dans le cadre du Forum France Culture, l'année vue par les savoirs. Une journée autour du thème : la planète se réchauffe… comment on s'y prépare et un débat de La Fabrique consacré au Petit âge glaciaire.

Les chasseurs dans la neige de Pieter Brueghel l'Ancien, 1565
Le débat du jour revient sur le Petit Age glaciaire qui s'est déroulé en Europe occidentale entre le milieu du XIVe et le milieu du XIXe siècle. 

Nous évoquerons ce refroidissement ; comment a-t-il été perçu et représenté ? Comment nos ancêtres y ont fait face ? 

Il y a la nécessité d'allier les sciences humaines et les sciences dures pour comprendre comment nos ancêtres ont pu s'adapter à ce Petit Age glaciaire. 

Il faut apprendre à traduire des sources écrites en données objectives car l'histoire du climat obéit à une méthode scientifique.  Paléo-climatologues, historiens et géographes travaillent conjointement pour identifier les variations climatiques du passé. En effet, de 1303 jusqu'à 1860, au sein même de ce Petit Age glaciaire, il y a des variations climatiques importantes.

Cette expression « de mémoire d’homme on n’a jamais vu cela », est en fait une impression récurrente dans l histoire !

La peinture hollandaise du XVIIe siècle et les représentations hivernales

Il y a eu certes un refroidissement, mais c’est aussi une question de représentation puisqu'il y a une mode pour représenter les hollandais sur la glace et par un temps très froid. Et notamment en opposition avec l'Espagne, tutelle impériale sur les provinces unies.

" 1565 est l'hiver le plus sévère du XVIe siècle ; c’est la première fois dans l’histoire de l’art européen qu’on donne à voir l’hiver avec les toiles de Brueghel l'Ancien [Les chasseurs dans la neige] ; les peintres se sont inspirés d’un hiver rude pour leurs représentations" Alexis Metzger

L'adaptation des sociétés humaines aux variations climatiques : l'exemple de la ville de Metz

Les sociétés mettent en place des stratégies de résilience pour surmonter les crises qui résultent des variations climatiques (famine, épidémie...). L'année 1481 est humide et froide et le printemps 1517 voit les gelées détruire les récoltes ce qui conduit à des révoltes. Le grenier de la ville est utilisé comme "banque alimentaire" pour stocker les denrées alimentaires qui seront ensuite vendues.

Les aléas du temps : l'hiver 1709

Cet hiver 1709 reste présent dans la mémoire collective. Grâce aux mesures instrumentales, on dispose de données et de séries thermométriques fiables pour cette période. Il y a également les témoignages littéraires de Saint-Simon, Voltaire et Restif de La Bretonne qui décrivent précisément les conditions météorologiques et leurs conséquences.
Le 10 janvier 1709, il fait -16,3 degrés à Paris !

" Cette seconde gelée perdit tout. Les arbres fruitiers périrent. [...] Les autres arbres moururent en très grand nombre, les jardins périrent et tous les grains dans la terre. On ne peut comprendre la désolation de cette ruine générale. […]                                                                                  
Beaucoup de gens crurent donc que messieurs des finances avaient saisi cette occasion de s'emparer des blés par des émissaires répandus clans tous les marchés du royaume, pour le vendre ensuite au prix qu'ils y voudraient mettre, au profit du roi, sans oublier le leur. [...] Il est certain que le prix du blé était égal dans tous les marchés du -royaume; qu'à Paris des commissaires y mettaient le prix à main-forte, et obligeaient souvent les vendeurs à le hausser malgré eux." Mémoires de Saint-Simon, tome 7.

L’approvisionnement des villes

Il y a une dépendance des cours et prix du blé par rapport aux variations climatiques.
Les gouvernements tentent de mettre en place des politiques pour limiter cette dépendance. Cependant, les réserves au niveau mondial sont limitées et certains pays sont tributaires des importations.

" Le rôle des pays est assurer le bien-être des populations et en particulier en matière alimentaire. La montée des cours du blé peut-être extrêmement dommageable dans certains pays qui sont à la limite de la sécurité alimentaire et c’est un des problèmes qui pourraient résulter du réchauffement climatique ; certains pays restent très vulnérables au niveau de la sécurité alimentaire." Jean Jouzel

" Le réchauffement climatique a une caractéristique globale pourtant c'est au niveau local qu'il faut s'organiser pour une meilleure adaptation au réchauffement climatique." Jean Jouzel

L'historien peut avoir un rôle de vigie pour alerter les autorités d'aujourd'hui sur les phénomènes du passé, par exemple en repérant les zones à risque.

Serait-il envisageable de trouver des solutions pour l’avenir en se penchant vers le passé ?

vendredi 18 janvier 2019

Axe du Mal / 1938 : Montée de l'extrême droite en Europe : le chômage en cause ? par Annabelle Georges | Touteleurope.eu 13.06.2018

Front national en France, AfD en Allemagne, Ligue en Italie… Depuis plusieurs années, les partis européens d'extrême droite progressent dans les suffrages et atteignent aujourd'hui des records. A cause de la crise et de la montée du chômage ? Pas si simple...

Le verdict est de nouveau sans appel : l'extrême droite est sortie gagnante des urnes lors des élections législatives italiennes de mars 2018. 

La Ligue de Matteo Salvini, eurosceptique et xénophobe, se place ainsi devant le parti conservateur Forza Italia, et forme désormais avec le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio le premier gouvernement "antisystème" de l'Italie.

L'extrême droite fait son chemin en Europe

Mais l'Italie n'est pas le seul pays de l'Union européenne dans lequel l'extrême droite a aujourd'hui atteint des sommets. Le début du XXIe siècle a en effet été fructueux pour ces partis. En Autriche et en Finlande, les formations d'extrême droite participent aujourd'hui à des gouvernements de coalition. En Allemagne, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a fait en septembre 2017 son entrée au Bundestag, devenant même le troisième parti du pays.

En France, le Front national est un membre incontournable du paysage politique depuis plusieurs décennies. Le parti réalise des scores à deux chiffres à l'élection présidentielle depuis 1988. Et en 2017, il s'est hissé au second tour pour la deuxième fois de son histoire, Marine Le Pen échouant finalement face à Emmanuel Macron.

Au Danemark, en Hongrie, en Suède et aux Pays-Bas, les partis d'extrême droite sont parvenus à la deuxième ou troisième place aux dernières élections législatives.

Dans certains pays, les partis dits "de gouvernement" empruntent de surcroît la rhétorique mais surtout le programme des formations d'extrême droite. Les deux cas les plus connus sont ceux de la Hongrie avec Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, et la Pologne avec le parti Droit et justice, qui gouverne depuis 2015.

Il n'existe pas de définition absolue de l'extrême-droite. Les partis qui y appartiennent ne s'en revendiquent pas eux-mêmes. Ceux-ci partagent toutefois un certain nombre de positions, dont le rejet de l'immigration, de la mondialisation et de l'Union européenne.

Le souvenir de l'entre-deux-guerres

Pareille progression dans un grand nombre de pays d'Europe n'est pas sans faire écho à celle que le Vieux Continent a connu au cours de l'entre-deux-guerres, avec l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne, l'Italie fasciste de Mussolini ou encore les ligues d'extrême droite en France. A l'époque, ces formations devaient notamment leur succès à la crise économique mondiale de 1929, qui avait entraîné une spectaculaire montée du chômage.

Avec la crise économique et financière qui a éclaté en 2008, l'Union européenne a fait face pendant plusieurs années à un contexte économique préoccupant. Bien qu'aujourd'hui la situation se soit améliorée dans l'ensemble, les taux de chômage de plusieurs pays ont explosé. Un contexte propice pour l'extrême droite, qui joue sur ce sujet pour toucher les populations.

En 2008, les partis d'extrême droite sont presque inexistants dans plus de la moitié des pays de l'UE. Leurs scores au premier tour des élections entre 2005 et 2008 se situent le plus souvent en-deçà des 5%. A Chypre ou en Irlande, aucun parti d'extrême droite n'est même candidat. En France, en 2007, le Front national ne parvient pas à réitérer sa performance de 2002, où Jean-Marie Le Pen avait alors réussi à se qualifier au second tour de l'élection présidentielle, mais dépasse néanmoins le seuil symbolique des 10 %.

Avec la France, les pays européens où l'extrême droite est en position de force sont la Lituanie (14,43%), la Belgique (13,96%), le Danemark (13,84%), la Slovaquie (11,93%), ou encore l'Italie (11,03%).

En Autriche, qui fait alors figure d'exception, le score cumulé de deux partis d'extrême droite (FPÖ et BZÖ) dépasse même la barre des 25% de voix.

Forte progression en 10 ans

Dix ans plus tard, en 2018, l'extrême droite a prospéré de manière spectaculaire dans une grande majorité de pays. En Autriche, elle se maintient au-delà des 25% des suffrages lors des élections législatives de 2017. Au Danemark, en France et en Italie, ses résultats dépassent également les 20%, tandis qu'ils sont supérieurs à 15% des voix en Hongrie (le parti du Premier ministre Viktor Orban étant lui-même ouvertement xénophobe), en Lettonie, en Finlande et en Slovaquie.

Quant à l'extrême droite allemande, qui ne dépassait pas les 2% une dizaine d'années auparavant, elle a recueilli 12,6% des suffrages aux élections législatives de 2017. En Pologne également, l'extrême droite a obtenu un résultat élevé lors des dernières élections législatives en 2015, mais s'est vu concurrencée par le parti de droite ultraconservatrice Droit et justice (PiS) qui a recueilli près de 40% des voix. La formation de Jarosław Kaczyński inquiète d'ailleurs la Commission européenne, qui estime que la politique du gouvernement va à l'encontre de l'Etat de droit.

Quelques pays restent malgré tout épargnés par cette "vague". C'est le cas de l'Irlande, dans laquelle l'extrême droite est inexistante, mais aussi du Portugal, du Luxembourg ou encore de la Roumanie. L'Espagne ne semble pas non plus touchée, la seule formation d'extrême droite en lice en 2016 n'ayant obtenu que 0,24% des voix.

Crise économique = extrême droite ?

La période 2008-2018 ayant été marquée par la crise économique, beaucoup voient dans ce choc et dans l'explosion conséquente du chômage l'une des causes majeures du succès européen de l'extrême droite. Le déclassement, réel ou craint, d'une partie croissante de la population viendrait notamment alimenter la tentation du vote extrémiste.

La crise a marqué l'Italie, la France et la Grèce, la Slovaquie et la Lettonie qui connaissent des taux de chômage élevés entre 2014 et 2018. La montée de l'extrême droite y est également importante, même si la crise n'est pas l'unique facteur permettant d'expliquer une telle progression.

En Irlande et au Portugal en revanche, pays durement touchés par la crise de 2008, l'extrême droite reste marginale. En Espagne également, où le taux de chômage est situé bien au-dessus de la moyenne européenne, l'extrême droite est pratiquement inexistante.

Enfin, en Hongrie, en Autriche, en Finlande ou aux Pays-Bas, l'extrême droite brille aux élections législatives, alors même que ces pays ont connu une période de prospérité avec peu de chômage.

Ces trois ensembles montrent donc que si dans certains pays augmentation du chômage et de l'extrême-droite vont de pair, c'est loin d'être le cas partout en Europe.

Plus le rond est à droite, plus le chômage est important dans le pays. Plus il est haut et foncé, plus l'extrême-droite y est présente.

Crise migratoire

La Hongrie, la République tchèque ou encore la Pologne ont donc vu croître les formations d'extrême droite, tandis que la ligne idéologique des partis de droite s'est durcie. Pourtant, ces pays sont en plein boom économique et n'ont été que faiblement touchés par la crise.

Selon Jacques Rupnik, directeur de recherche à Sciences Po et politologue, il faut chercher ailleurs les raisons de cette progression : la crise migratoire, en particulier, "a été révélatrice. Elle a amené au pouvoir des forces qui considèrent qu'il faut mettre l'accent en priorité sur la souveraineté du peuple et de la nation".

En Europe de l'Est, la liberté de circulation est toute récente : pendant la Guerre froide, il était difficile de sortir du pays mais aussi d'y rentrer. Pour ces pays, la vague d'immigration est donc nouvelle. "Ces Etats ressentent une forte vulnérabilité et craignent un 'grand remplacement' provoqué par la crise migratoire", observe Jacques Rupnik. Une crainte que les forces d'extrême droite ont su exploiter dans ces pays, bien que l'immigration y soit dérisoire.

Souvenir de la dictature

D'autres pays, comme l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, subissent encore les conséquences de la crise économique de 2008 mais restent étrangers, ou presque, au phénomène de montée des extrêmes. Pour Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes-droites interrogé par Le Figaro, "le souvenir du franquisme et de sa répression des identités basque et catalane rend quasiment impossible de mener une formation d’extrême droite" en Espagne.

L'extrême droite y est également confrontée à de forts sentiments de nationalisme. Face à la crise, le vote de protestation s'est donc plutôt reporté sur des partis comme la formation d'extrême gauche Podemos. Même chose au Portugal, qui a aussi connu la dictature de 1932 à 1974.

Enfin, en Irlande, il n'existe aucun parti d'extrême-droite. Selon Nicolas Lebourg "la construction de l’État-nation et le référentiel de la Guerre d’indépendance ne font pas débat". L'extrême droite ne peut donc pas se structurer car le système politique irlandais est construit sur ce socle culturel.

L'effort humain de Jacques Prévert récité par Serge Regiani

Culture, la révolution n'est pas finie, avec Michel Gheude | CAL 2015

Prenons un comas et dessinons un cercle. C’est un espace de liberté. C’est notre lieu commun. Y circulent nos paroles, nos images, nos pensées, nos visions du monde, nos goûts et nos couleurs. C’est le lieu de nos rencontres et de nos échanges. De nos débats et de nos conflits.

Dans nos démocraties, cet espace commun ne cesse de s’élargir. Autrefois réservé aux élites, la société tout entière y a aujourd’hui accès et le nombre de ceux qui y prennent la parole ne cesse de grandir. Ce ne fut pas sans combats difficiles. Et aujourd’hui encore, ce n’est pas sans oppositions: la culture de masse, est-ce l’émancipation des masses ou la fin de la culture? La culture mondiale, est-ce l’émancipation des peuples ou leur uniformisation?

Au centre du lieu commun, par définition, beaucoup de lieux communs. Mais à ses frontières, les aventuriers de la liberté brisent les murs, transgressent les limites et inventent le monde à venir.




Rencontre avec Michel Gheude, théoricien des médias, écrivain et auteur de la nouvelle publication de la collection "Liberté, j’écris ton nom", "La révolution n’est pas finie" , autour du rôle de la culture. Comment la culture peut-elle devenir un moteur d’émancipation de la société?

Pourquoi, selon Hayek, la liberté est-elle une fin et la démocratie un moyen ? | Corentin de Salle



La démocratie est, selon Hayek, un moyen, pas une fin en soi. Ce moyen, cet outil, sert à préserver la paix intérieure et la liberté individuelle. Le démocrate dogmatique appliquera la loi de la majorité quelle qu’elle soit, ce qui peut générer des dérives... nous rappelle Corentin de Salle dans cette vidéo passionnante.

"Ce n'est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l'empêche d'être arbitraire".

UN PEUPLE ET SON ROI - Bande Annonce Officielle (2018)



Un Peuple et Son Roi de Pierre Schoeller, avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Louis Garrel, Laurent Lafitte, Izïa Higelin, Denis Lavant, Céline Sallette, Noémie Lvovsky, Olivier Gourmet...

Au cinéma le 26 septembre. En 1789, un peuple est entré en révolution. Écoutons-le. Il a des choses à nous dire. Un peuple et son roi croise les destins d’hommes et de femmes du peuple, et de figures historiques. Leur lieu de rencontre est la toute jeune Assemblée nationale. Au cœur de l’histoire, il y a le sort du Roi et le surgissement de la République…

Rares sont les films sur la Révolution française. Rares sont les films qui, en un temps où « le peuple » semble avoir disparu de notre vocabulaire et de notre horizon politiques, transformé en « classes moyennes » ou conjugué au « populisme », font du peuple un acteur politique collectif. Et encore plus rares sont ceux qui ne réduisent pas cet acteur collectif à sa dimension masculine. Peut-être est-ce pour ces raisons, et notamment les deux premières, que depuis sa sortie, Un peuple et son roi ne laisse pas indifférent.

De la prise de la Bastille à la mort du roi le 21 janvier 1793, le film nous entraîne au cœur de la vie révolutionnaire à Paris, dans un immeuble du faubourg Saint-Antoine, à l’Assemblée nationale et lors d’événements qui ont rythmé la Révolution – pour certains rarement voire jamais représentés à l’écran : la Marche des femmes d’octobre 1789, la fusillade du Champ-de-Mars de juillet 1791. Il était impossible de retranscrire la densité de ces trois années, et c’est donc en se concentrant sur des moments cruciaux, sur les discours de députés et les discussions politiques des faubourien·ne·s que Pierre Schoeller montre l’évolution, la politisation populaire et le progressif délitement des liens entre « un peuple et son roi ».

LA RELIGIEUSE 2018



LA RELIGIEUSE (1967) de Jacques Rivette avec Anna Karina, Liselotte Pulver, Micheline Presle.

Au XVIIIe siècle, Suzanne Simonin est cloîtrée contre son gré dans un couvent. Elle trouve un peu de réconfort auprès de la Mère Supérieure, mais celle-ci meurt peu après, et est remplacée par une femme sadique qui ne cesse de brimer Suzanne. La jeune femme obtient l'autorisation de changer de couvent, mais reste toujours aussi déterminée à retrouver sa liberté.

Le Mariage de Figaro ou la folle journée - « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur, il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits »



Comédie en cinq actes de BEAUMARCHAIS filmée par Marcel BLUWAL. 

Ce dernier a essayé de prouver que l'on peut donner à un film toutes les qualités du direct. Les trois premiers actes ont été tournés en studio, les deux autres en décors naturels. Marcel BLUWAL a voulu faire jouer cette pièce comme elle a été écrite et non comme on la représente au théâtre. Ainsi, il lui a donné une distribution neuve, en accord avec l'âge et le caractère des personnages pour pouvoir lui rendre un véritable rythme. Pour BLUWAL, cette pièce est à la fois "une pièce comique, baroque, un drame bourgeois, un numéro de chansonniers, une satire sociale, une farce et une très jolie histoire d'amour". 

Quant à BEAUMARCHAIS, il résumait ainsi sa pièce : "La plus badine des intrigues. Un grand seigneur espagnol, amoureux d'une jeune fille qu'il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu'elle doit épouser, et la femme du seigneur, réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent tout puissant pour l'accomplir." Images d'archive INA

Poème de Paul Eluard paru en 1942 dans le recueil clandestin "Poésie et vérité"

Lumières et anti-Lumières, un débat actuel : le siècle des Lumières et l'Europe : De l'universel à l'unité ? | ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE 09/11/2017

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES ET L’EUROPE : 
DE L’UNIVERSEL À L’UNITÉ ?



Peu de notions sont aujourd’hui autant instrumentalisées que les concepts de Lumières et d’anti-Lumières.

Censés évoquer deux « traditions » monolithiques, dressées l’une contre l’autre, ces termes reflètent souvent moins une réalité historique que les valeurs, l’engagement ou le militantisme de celui qui les brandit en fonction de la situation politique du moment.

Encouragées par les besoins de la IIIe République et la réforme des programmes scolaires, ces catégories ont occulté la diversité du XVIIIe siècle et sacrifié l’hybridité des positions philosophiques ou politiques adoptées par de nombreux intellectuels. La prétendue unité doctrinale qui aurait soudé les Philosophes a ainsi longtemps voilé l’opportunisme fréquent d’alliances ponctuelles, qui découlaient de phénomènes culturels complexes, retors aux classifications manichéennes.

Réduites la plupart du temps à leur expression française - en dépit de la diversité d’un mouvement européen -, les Lumières sont maintenant cantonnées aux valeurs de progrès, au rationalisme ou à l’universalisme attachés aux Droits de l’homme. Elles servent pourtant, indépendamment de contextes socio-économiques et culturels très différents de celui de la France du XVIIIe siècle, à qualifier un Islam tolérant, contre la multiplication de mouvements obscurantistes. Elles sont mobilisées dans le combat qui vise à garantir l’intégrité d’une identité nationale ébranlée... Les anti-Lumières traversent, avec leur apparent antonyme, les débats attachés à la question de la citoyenneté et à la définition de la nation ou de la civilisation, au multiculturalisme ou au différencialisme culturel, au néoconservatisme politique aussi.

Pour comprendre la portée des usages actuels, il convient de retracer la généalogie de valeurs qui n’ont, en réalité, jamais fait consensus, dont les positions ont été radicalisées par les polémiques qui ont structuré l’espace public, et qui, dans notre quotidien, font souvent les frais de la caricature et du mythe.

jeudi 17 janvier 2019

Pourquoi sommes-nous devenus intolérants ?

Tolérance et démocratie. Avec Delphine Horvilleur, rabbin française du Mouvement juif libéral de France, auteure de "Réflexions sur la question antisémite" (Grasset, 2019), et Claude Habib, écrivaine, pour "Comment peut-on être tolérant ?" (Desclée De Brouwer, 2019).

Rally contre l'antisémitisme à Reading (Angleterre)
Pourquoi sommes-nous devenus intolérants ?

Comment appréhender cette question quand la tolérance est perçue comme le corollaire de la liberté individuelle?

La tolérance est-elle une vertu cardinale de nos démocraties?

Comment ne pas la laisser la tolérance devenir un simple mirage de l’excellence morale en ces temps où, norme sociale, elle peut alimenter un certain narcissisme de la bien-bien-pensance ?

L’amour du prochain dans la Bible n’est pas un amour inconditionnel […] Il dépend de la faculté critique. Delphine Horvilleur

Au vu d'une actualité marquée par une montée d'actes qualifiés d'"antisémites", on peut questionner le sens et les enjeux de la tolérance. Acquis démocratique ou effort permanent ?

En même temps, la tolérance ne doit-elle pas aussi soutenir la multiplicité des points de vue d'une démocratie qui, peut-être, tire sa force de l'agôn et du débat ?

Tolérer la cruauté n’est plus de la tolérance mais de la lâcheté. Claude Habib

Pologne : le climat de haine responsable de la mort du maire de Gdansk ? | RTBF

Les anti-Lumières : « Ils ne croient pas au progrès, ils méprisent la démocratie, ils sont de retour. » ou La dialectique de la raison de Max Horkheimer & Theodor Adorno



« Ils ne croient pas au progrès, ils méprisent la démocratie, ils sont de retour. »

Drancy, 1942
La dernière sortie de la candidate du Front national sur la non-responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv a suscité de nombreuses réactions

Et l’on peut se demander si ce n’était pas le but recherché sous le prétexte affiché de combattre « l’esprit de repentance »… Pour relancer sa morne campagne, ponctuée de ternes apparitions médiatiques. D’autant que, comme à son habitude, elle a tenté de concilier tous les bords de son électorat en ajoutant plus tard que le gouvernement de Vichy était « illégal », selon l’ordonnance publiée à Alger par le gouvernement provisoire du général de Gaulle le 9 août 1944, récupérant du même coup une référence gaullienne. Mais pour Annette Wieviorka dans Le Monde.fr « La France, c’était à la fois de Gaulle à Londres et Pétain à Vichy ». 

L’antisémitisme est l’angle d’attaque adopté par Jean Rouaud dans sa chronique de L’Humanité, et plus précisément celui de Céline. Il suffit de le lire dans son entier, dit-il – car « lui-même ne jugeait pas ses pamphlets comme des tirés à part » – pour « avoir un exemple de la grande manipulation qui a mis en scène ce refoulé national », et retrouver « en direct cette tension, cet effort permanent pour camoufler ce fond rageur, haineux ». C’est en l’occurrence le camouflage du style, mais « quand les attaques antisémites pleuvent contre Blum, Céline tombe le masque et, débarrassé de son surmoi poétique, livre ses pamphlets ». Un observateur éclairé de la vie intellectuelle française à l’époque dit son effarement devant le brûlot et son audience. Dans ses Lettres sur la littérature adressées à Max Horkheimer, Walter Benjamin souligne en mars 1938, que « dans les conversations et dans la presse » il tombe très souvent sur Bagatelles pour un massacre. Pourtant, face à ce « flot d’injures » qui semble avoir été écrit « en grande hâte et avec la conscience des possibilités avantageuses de ses ventes », « le lecteur peut difficilement être convaincu que l’auteur se prend lui-même au sérieux ». Ça n’empêche pas Marcel Arland d’écrire dans la NRF : « Il est bon que de tels réquisitoires s’élèvent, même confus, même brouillons, même faux sur la moitié des points. »

Dans un Hors-série sur les anti-Lumières, Philosophie magazine revient sur la généalogie d’une tradition intellectuelle qui fait aujourd’hui un retour en force

« Ils ne croient pas au progrès, ils méprisent la démocratie » : on peut affirmer, sans confusions ni amalgames, notamment avec l’antisémitisme, que ce courant de pensée entretient des liens historiques et intellectuels avec le nationalisme et le fascisme, selon l’historien des idées Zeev Sternhell.

Comme le rappelle Sven Ortoli, c’est probablement Nietzsche qui est l’inventeur du terme « anti-Lumières », qu’il utilise à propos de Schopenhauer et de Wagner pour désigner un « autre sommet de la pensée » que celui des Lumières. Le romantisme, notamment en Allemagne, avait déjà opposé à l’esprit des Lumières, et à l’empire de la raison universelle, l’importance des racines et de l’appartenance à une « communauté de destin ». Le jeune Herder ironise ainsi, déjà en 1773 : « Dieu merci, tous les caractères nationaux sont effacés ! Nous nous aimons tous, ou plutôt aucun d’entre nous n’a besoin d’aimer les autres ; nous nous fréquentons, sommes complètement égaux entre nous… Nous n’avons pas, il est vrai, de patrie, d’êtres que nous puissions appeler les nôtres, mais nous sommes des amis de l’humanité et des cosmopolites. » L’égalitarisme, notamment dans sa version marchande contemporaine – style United Colors – sera plus tard vilipendé comme une « tyrannie de l’uniformisation ». Mais l’affaire est plus complexe qu’il ne semble, car des philosophes marxistes ont également critiqué cette propension du rationalisme de l’ère capitaliste à faire des humains des « copies conformes », en dénonçant « l’indifférence du marché à tout ce qui a trait à la naissance », pour que l’individu, comme sujet de l’échange, abandonne ce qu’il a d’unique, de différent des autres. La raison révèle ainsi son pouvoir de « contrainte sociale », tout en imposant l’unité d’une collectivité basée sur la négation de l’individualité.

La horde des jeunesses hitlériennes « n’est pas un retour à l’antique barbarie mais le triomphe de l’égalité répressive », écrivent Max Horkheimer et Theodor Adorno dans La dialectique de la raison, un livre publié en 1944 mais pensé dès l’avènement du nazisme. Sa thèse peut être résumée comme le mouvement qui transforme l’idée d’une totalité rationnelle en raison totalitaire. « C’est le rejet radical d’une idée universelle d’humanité qui permet l’extermination des juifs, mais seul un dispositif rationnel peut la mettre en œuvre » ajoute Enzo Traverso.

Et Isaïah Berlin rappelle la vision prophétique des saint-simoniens qui estimaient que « la tâche de l’avenir réside dans la réconciliation des idées de Joseph de Maistre avec celles de Voltaire ». Car les systèmes totalitaires combinent effectivement, dans leurs actes si ce n’est dans leur rhétorique, les penchants réactionnaires, l’obscurantisme du « blut und boden » et la référence à l’ordre, soit une concession assumée au mythe de la Raison.

Par Jacques Munier

Etienne Balibar : « L’universel ne rassemble pas, il divise », propos recueillis par Jean Birnbaum, journaliste au Monde, responsable du "Monde des Livres"

Pour l’intellectuel postmarxiste Etienne Balibar, l’universalisme, qu’il soit religieux ou politique, contient une violence intrinsèque. 

Philosophe de renommée internationale, Etienne Balibar est l’un des rares intellectuels français dont les textes sont traduits et discutés aux Etats-Unis. Il s’interroge ici sur les contradictions qui minent de l’intérieur tout discours à prétention universaliste.

Vous avez récemment publié un livre sur la question de l’universel (« Des Universels », Galilée, 2016). Or cette notion qui semble si familière demeure souvent obscure. ­Si vous deviez en donner une définition devant des élèves de terminale, vous diriez quoi ?

Je dirais que c’est une valeur qui désigne la possibilité d’être égaux sans être forcément les mêmes, donc d’être citoyens sans devoir être culturellement identiques.

Justement, à notre époque, l’universalisme est parfois associé au consensus, et d’abord ­à une gauche « bien-pensante », présumée molle et naïve… Or, chez vous, l’universalisme est tout autre chose qu’un idéalisme. A vous lire, tout universalisme est porteur de tension, voire de violence.

D’abord, mon objectif n’est pas de défendre une « position de gauche », mais de débattre de l’universalisme comme d’une question philosophique. Mais, bien sûr, je suis de gauche, or la gauche est traversée par tous les conflits inhérents à la question de l’universel. L’universel ne rassemble pas, il divise. La violence est une possibilité permanente. Mais ce sont les conflits internes que je cherche d’abord à décrire.

Quels sont les principaux ?

Le premier, c’est que l’universalisme s’inscrit toujours dans une civilisation, même s’il cherche des formulations intemporelles. Il a un lieu, des conditions d’existence et une situation d’énonciation. Il hérite de grandes inventions intellectuelles : par exemple, les monothéismes abrahamiques, la notion révolutionnaire des droits de l’homme et du citoyen, qui fonde notre culture démocratique, le multiculturalisme en tant que généralisation d’un certain cosmopolitisme, etc. Je soutiens donc l’idée que les universalismes sont concurrents, de telle sorte que ça n’a pas de sens de parler d’un universalisme absolu.

« Un universalisme qui se constitue n’en remplace jamais complètement un autre, c’est pourquoi les conflits sont susceptibles d’être réactivés »

C’est presque une loi de l’histoire : un universalisme qui se constitue n’en remplace jamais complètement un autre, c’est pourquoi les conflits sont susceptibles d’être réactivés. C’est aussi la raison pour laquelle je trouve Hegel si intéressant, à condition de le lire à rebrousse-poil : il n’a cessé de travailler sur le conflit des universalismes, en particulier le christianisme et les Lumières, en espérant « dépasser » leurs contradictions.

Or, ce que nous observons aujourd’hui, c’est que les universalismes religieux sont plongés dans une crise interminable, tandis que l’universalisme fondé sur les droits de l’homme est entré lui aussi dans une crise profonde. Un universalisme dont la crise n’est pas achevée face à un universalisme dont la crise ne fait que commencer, voilà ce qui, entre autres, explique la violence de la confrontation.

Pour la plupart des gens, « universalisme » est synonyme de rassemblement et de fraternisation. Or, au cœur de l’universalisme, dites-vous, il y a aussi l’exclusion. Qu’est-ce que cela signifie ?

Bien sûr, en théorie, il y a contradiction entre l’idéal universaliste et l’exclusion. Le problème est de comprendre comment ces contraires en arrivent à devenir l’endroit et l’envers d’une même médaille. Ma thèse, c’est que l’exclusion pénètre dans l’universel à la fois par le biais de la communauté et par celui de la normalité.

Quand on institue des communautés qui ont pour raison d’être la promotion de l’universalisme sous certaines formes (empires, Eglises, nations, marchés…), on formule aussi des normes d’appartenance auxquelles les individus doivent se conformer. Si vous prenez l’idée que le christianisme se fait de la communauté, il y a des élus et des damnés.

Et si vous prenez une communauté politique moderne comme celle des droits de l’homme, qui s’est nouée autour de l’idée de nation, ce sont non seulement les étrangers proprement dits qui sont exclus, mais aussi ceux qui ne sont pas de « vrais nationaux » ou qui sont considérés comme inaptes à la citoyenneté active. Bien entendu, c’est l’objet d’une contestation qui fait bouger les frontières. Il n’y a pas si longtemps que les femmes sont électrices, et les ouvriers ne sont toujours pas vraiment éligibles… Mais la question du racisme apporte un degré de conflictualité supplémentaire.

J’avais soutenu autrefois que le racisme moderne est comme l’inscription du refoulé colonial au cœur de la citoyenneté. C’est une face noire de la nation républicaine qui ne cesse de faire retour à la faveur des conflits de la mondialisation. Aujourd’hui même, en France, nous avons l’illustration tragique de cela avec un certain usage de la laïcité. Comme la nation est de plus en plus incertaine de ses valeurs et de ses objectifs, la laïcité se présente de moins en moins comme une garantie de liberté et d’égalité entre les citoyens et s’est mise à fonctionner comme un discours d’exclusion.

« Ce n’est pas l’universalisme en tant que tel qui est violent et exclusif, c’est la combinaison de l’universalisme et de la communauté »

Du reste, ce qu’il y a de commun, ici, avec l’universalisme religieux, c’est que l’argument justifiant l’exclusion consiste presque toujours à dire que les exclus sont ceux qui refusent l’universalisme ou qui sont incapables de le comprendre correctement : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ou supposés tels. Il y a là une grande constante de l’Occident, mais aussi de l’Orient : ce n’est pas l’universalisme en tant que tel qui est violent et exclusif, c’est la combinaison de l’universalisme et de la communauté. Et comme au fond on ne peut pas l’éviter, il faut trouver le moyen de la civiliser. Tâche politique fondamentale à mes yeux.

Pamphlets de Céline : « un travail d’historiens et de politologues » est indispensable, par Zeev Sternhell, historien | Le Monde 11 janvier 2018

L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.

Une édition critique des pamphlets de Céline ne saurait se réduire à une reprise de l’édition québécoise avec l’ajout d’une simple préface littéraire concoctée à Paris. 

Céline est une figure majeure de l’antisémitisme français, de la tentation nazie en France et de l’usage qui en fut fait par la droite fasciste ou fascisante française. Remettre ces textes sous les yeux du grand public permet, d’une part, de mieux reconstituer les réalités idéologiques du XXe siècle, ce qui est toujours positif et conforme aux devoirs d’un éditeur, mais, d’autre part, peut contribuer à rendre une certaine légitimité à l’antisémitisme, ce qui de toute évidence n’est pas l’objectif de Gallimard.

Si on se lance dans une telle entreprise, il est impératif de faire précéder ce recueil non pas d’une quelconque préface, mais d’un essai introductif savant sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France, sur ses racines et sa fonction politique ainsi que sur sa signification pour le contexte culturel général. Une telle démarche demande non seulement de grandes connaissances mais un gros travail sur les réactions de l’opinion publique de l’époque. C’est un travail d’historiens et de politologues.

CÉLINE, L'ANTISÉMITE FORCENÉ, par Claude Javeau, Professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles | CCLJ



Lorsqu’entre amis on parle de littérature, il n’est pas rare que la conversation tombe sur le Docteur Destouches, mieux connu sous son nom de plume Louis-Ferdinand Céline (il paraît que c’était là le prénom de sa mère).

Ceux qui l’ont lu, en réalité seulement son premier roman, Voyage au bout de la nuit (1932), ne tarissent pas d’éloges sur cet auteur qui, à sa manière, aurait bouleversé l’écriture des Lettres françaises, en y introduisant une certaine gouaille populaire qui, plus tard, deviendra sa « petite musique » (laquelle, selon moi, rend ses derniers livres, surencombrés de points d'exclamation et de suspension, véritablement illisibles).

On ne niera pas la réelle originalité de ce livre, encore que, si l’on en croit certains commentateurs, il serait cousu de mensonges. Toutefois, de là à faire de son auteur un des plus grands écrivains de son siècle, il y a certes de la marge. Mais les célinophiles et surtout les célinolâtres ne veulent pas en rabattre : au vrai, leur héros a bien écrit quelques horreurs, notamment sur les Juifs, mais il ne faut pas en tenir compte. Dans le meilleur des cas, on dira qu’il n’aurait pas dû ou qu’il n’en est pas tout à fait responsable. Dans le pire, on trouvera des vertus littéraires aux trois pamphlets antisémites et leur contenu sera jugé accessoire. D’ailleurs, peu nombreux sont parmi les thuriféraires ceux qui les auront lus.

mercredi 16 janvier 2019

Les géants américains de la tech attirent les banques dans leurs clouds (« data centers »), par Véronique Chocron | Le Monde 15 janvier 2019

Le transfert d’applications et de données se généralise. Le superviseur bancaire français évoque des risques de cybercriminalité et de dépendance.

Lors de la conférence annuelle d’Amazon
sur le « cloud computing »
Les clients des banques l’ignorent, mais nombre de grandes institutions financières européennes recourent aux « clouds » des géants américains de la tech afin de bénéficier d’une informatique plus performante et moins onéreuse. Comme le propriétaire d’un smartphone envoie ses photos ou ses vidéos dans le « nuage » pour gagner de la capacité de stockage.

En France, les banques ont d’abord été rétives, pour des raisons de sécurité, à utiliser ces « data centers » (des dizaines de milliers de serveurs informatiques amoncelés dans des armoires) mis à disposition par Amazon, Google ou Microsoft.

Aujourd’hui, « la très grande majorité des établissements financiers ont recours aux services de cloud computing, et à ses prolongements incluant l’intel­ligence artificielle, sur une partie de leurs activités », constate l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme bancaire français, dans un document de réflexion publié en décembre 2018.

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L’établissement tricolore le plus avancé, la Société générale, a d’ores et déjà transféré 60 % de l’infrastructure informatique du groupe dans les nuages, par le biais de clouds privés (« data centers » gérés par la banque) et de clouds publics, en l’occurrence ceux d’Amazon (AWS) et de Microsoft (Azure).

Ubérisation de la ressource informatique

Face aux nouvelles banques mobiles, comme N26 ou Revolut, qui ont imposé comme norme l’instantanéité dans la relation avec le client (transfert immédiat, notification après chaque opération…), les banques traditionnelles veulent rester dans la course.

« Avant, il fallait acheter les machines, les installer, les configurer et cela prenait des semaines, voire des mois, pour que les développeurs commencent à travailler à leur projet. Aujourd’hui, le cloud apporte de la flexibilité, en permettant de réserver une machine disponible sur un portail », explique Carlos Goncalves, directeur des infrastructures de la Société générale.

Cette ubérisation de la ressource informatique permet à la banque d’économiser des dizaines de millions d’euros. L’établissement fixe toutefois une limite à sa stratégie « cloud first », en garantissant que « les données confidentielles de [ses] clients, classifiées, n’iront pas dans des clouds publics ».

Après avoir développé un « cloud privé » dès 2013, BNP ­Paribas prévoit dorénavant « l’implication de partenaires externes, en respectant la confidentialité et la protection des données », par exemple en recourant à leur « anonymisation et au chiffrement ».

« Pas d’opposition de principe de la part des régulateurs »

Alors que les grandes institutions financières du continent franchissent les unes après les autres les portes du cloud, l’Autorité bancaire européenne a émis, en 2018, quelques recommandations : les banques doivent avoir la capacité d’auditer les fournisseurs de clouds publics, s’assurer que les données sont correctement protégées et prouver qu’elles auraient la capacité de réinternaliser ces ressources informatiques.

« Il n’y a pas d’opposition de principe de la part des régulateurs, mais il existe des risques, ­relève Olivier Fliche, directeur du pôle Fintech-Innovation de l’ACPR. On demande par exemple aux banques de contrôler les prestataires. Cela reste toutefois plus facile de contrôler des petits sous-traitants que de contrôler Amazon, même si des clauses dans les contrats le prévoient. »

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Le superviseur bancaire français estime par ailleurs que « le cloud accentue certains cyber-risques ». Il redoute également une concentration excessive du marché par ces grandes sociétés informatiques majoritairement non européennes (Amazon Web Services et ses 40 % de parts de marché dans le monde, Microsoft, IBM, Google, Alibaba Cloud…).

« On ne peut pas nier qu’il existe un risque de dépendance à l’égard de ces fournisseurs de clouds publics, admet Carlos Goncalves. Mais ils donnent accès à un foisonnement de services, d’idées, d’innovations. Ne pas y aller, c’est se couper de ce levier de développement important. » De quoi relancer le débat sur la nécessité de développer un cloud européen souverain.

Véronique Chocron

Le capitalisme démocratique. La fin d’une exception historique ? par Jean-Fabien Spitz | LA VIE DES IDÉES 10 juillet 2018

Le capitalisme et la démocratie semblaient, il y a encore quelques années, faire bon ménage. Mais le divorce est consommé, analyse Jean-Fabien Spitz : le marché se porte bien, les régimes autoritaires fleurissent et le désintérêt pour les droits des individus ne cesse de grandir.

À l’occasion du bicentenaire de la Révolution française et de la chute du mur de Berlin, François Furet et bien d’autres célébraient les noces éternelles du capitalisme et des droits de l’homme. 

Trente ans après, les époux sont au bord du divorce : des partis racistes et xénophobes sont aux portes du pouvoir ou les ont déjà franchies dans plusieurs pays de l’Union européenne, la Turquie connaît une dérive autoritaire qui bafoue les libertés fondamentales, le Royaume-Uni est saisi d’une fièvre de repli et de rejet des étrangers, les États-Unis enfin, la plus ancienne démocratie du monde, ont porté à la présidence un homme que le racisme n’effraye pas et qui semble prêt à faire toutes les entorses possibles aux principes écrits et non écrits d’une constitution destinée à protéger les libertés individuelles de l’ensemble des citoyens [1]. Le capitalisme se porte mieux que jamais et jamais le marché n’a étendu son emprise aussi loin ni annexé autant de secteurs de l’existence humaine, mais cette extension sans précédent ne profite ni aux droits de l’homme ni aux principes du libéralisme, qui font l’objet aujourd’hui d’un scepticisme de plus en plus avéré.

La déconsolidation démocratique

Plus grave encore, les politologues Yasha Mounk et Roberto Stefan Foa ont montré qu’une bonne partie des habitants des pays riches étaient affectés par une « déconnexion » vis-à-vis des valeurs de la démocratie, et que cet éloignement ou cette indifférence conduisait à une « déconsolidation » de cette dernière. Interrogés sur la valeur du régime démocratique, les citoyens de ces pays — en particulier les plus jeunes — se montrent de moins en moins attachés à cette forme de gouvernement politique et de plus en plus tentés par diverses formes de radicalité. Si l’importance de l’élection des gouvernants conserve encore une partie de sa valeur, les composantes libérales de la démocratie, notamment le respect pour les droits individuels et la nécessité de conduire les changements politiques dans les formes institutionnelles prévues, semblent faire l’objet d’une désaffection ou en tout cas d’un moindre soutien que dans les années 1950 et 1960. Quant à l’engagement et à la pratique des droits politiques, ils ne sont plus perçus comme des éléments essentiels d’une vie démocratique et le désintérêt qu’ils inspirent ne semble pas comblé par l’attraction de formes nouvelles et non conventionnelles de participation civique.

Enfin, le recours à des solutions autoritaires pour trancher les problèmes les plus pressants ne fait plus l’objet d’un rejet aussi systématique. 24 % des citoyens des États-Unis — tous âges confondus — déclarent par exemple qu’il serait bon pour leur pays d’avoir un dirigeant fort (a strong leader) qui n’aurait à se préoccuper ni du Congrès ni des élections, tandis qu’une proportion plus élevée encore pense que ce serait une bonne chose de confier la gestion des problèmes les plus complexes à des experts [2]. Aux États-Unis, des propositions comme celle qui vise à repousser les élections à une date plus tardive pour permettre de constituer des listes électorales fiables excluant toute possibilité de vote pour les non-citoyens ne paraissent pas scandaleuses, pas plus que des attitudes qui, naguère, auraient profondément heurté les règles non écrites du jeu politique, par exemple celle de la majorité républicaine du Congrès refusant purement et simplement d’examiner la nomination à la Cour suprême de la personnalité pressentie par Barack Obama à la fin de son mandat pour remplacer le juge Scalia.

Il semble au demeurant que, pour beaucoup, l’adhésion aux valeurs « libérales » (les droits des individus et les freins institutionnels) ait reposé — pendant la période de consolidation de l’après-Seconde Guerre mondiale — sur des bases purement instrumentales, c’est-à-dire sur la capacité des régimes démocratiques de cette période à promouvoir une hausse continue du niveau de vie pour le plus grand nombre. Comme l’écrivent Foa et Mounk, « il se pourrait que l’attachement très largement répandu à la démocratie ait dépendu d’une rapide augmentation des niveaux de vie pour les gens ordinaires », et que « les gains de la croissance économique aient été plus concentrés entre les mains des plus riches dans les démocraties qui connaissent cette forme de déconsolidation que dans les pays ou le consensus démocratique perdure » [3]. En clair, il n’est pas surprenant que le monde anglo-américain — où la répartition équitable des fruits de la prospérité a été moins accentuée qu’ailleurs en Europe — soit le premier et le plus sérieusement touché par la vague de déconsolidation démocratique.

L’alliance prétendument indéfectible entre, d’un côté, un régime politique d’essence démocratique fondé à la fois sur le rule of law et les libertés individuelles, mais aussi sur la souveraineté de la volonté collective, et de l’autre côté un régime économique fondé sur la propriété privée et la libre contractualité, semble donc avoir vécu. Alors que chacun de ces deux régimes était censé renforcer l’autre et lui donner une base plus stable, on s’aperçoit aujourd’hui qu’il s’agissait d’une illusion et que ce renforcement mutuel n’a existé que dans un moment historique très particulier au cours duquel le premier a montré sa capacité à domestiquer le second et à maîtriser ses excès. Sur le long terme, le marché engendre de telles inégalités qu’il sape les fondements mêmes de la démocratie, c’est-à-dire le principe égalitaire qui en forme le cœur.

L’alliance des deux régimes peut certes fonctionner de manière harmonieuse et équilibrer les deux éléments lorsque la démocratie est robuste et démontre sa capacité à contrôler le capitalisme et à contraindre les forces du marché à se plier aux exigences de l’intérêt général, c’est-à-dire à se traduire par des avantages réels — qui peuvent au demeurant être inégaux — pour l’ensemble des groupes sociaux. Quand ce cercle vertueux est à l’œuvre, le contrôle que la démocratie est en mesure d’exercer sur le marché conforte sa propre légitimité et engendre une adhésion des citoyens qui est d’autant plus solide que le régime démocratique démontre sa capacité à maintenir les inégalités dans des limites acceptables et à répartir de manière équitable — par des transferts sociaux et des services publics — les avantages de la coopération sociale.

Mais la « mondialisation dérégulatrice » — qui est le fruit de décisions politiques délibérées et mûrement pesées — prive les États nationaux de la possibilité de contrôler efficacement le marché tout en se déployant de manière à empêcher l’émergence d’une instance politique supra nationale qui pourrait prendre efficacement le relais. Ce dispositif est conçu pour permettre aux inégalités de reprendre leur marche en avant et aux secteurs les plus riches de monopoliser les fruits d’une croissance ralentie. La rétractation ou la disparition des avantages matériels pour le plus grand nombre — voire, pour des pans entiers de la société, la dégradation de leur situation — provoque alors la désaffection démocratique que l’on constate aujourd’hui. Conjointement, cette mondialisation dérégulatrice déplace le centre de gravité du pouvoir en même temps que celui de la répartition des richesses [4], et elle accroît l’influence des élites, qui sont de plus en plus difficiles à contrôler en raison de l’absence d’institutions politiques mondiales. Ces élites favorisent quant à elles une dérégulation qui sert leurs intérêts et produit une concentration des revenus à l’extrémité haute de l’échelle.

Le cercle vicieux est dès lors enclenché : plus de dérégulation — ou plutôt plus de remodelage délibéré des régulations en faveur de la concentration des patrimoines et des revenus — engendre un surcroît d’inégalités, qui se traduit par le tassement des niveaux de vie pour le plus grand nombre, réduisant d’autant la légitimité d’un régime politique auquel les citoyens n’adhèrent que lorsqu’il se traduit pour eux par des avantages matériels. L’affaiblissement de la légitimité entraîne la déconsolidation, une attention faiblissante pour la chose politique, des comportements et des choix dictés par la surface des choses et non par les enjeux véritables et, par ricochet, moins de contrôle public sur la richesse privée. À son tour, cet affaiblissement du contrôle public sur les acteurs privés se traduit par un surcroît de mondialisation, un renforcement de l’autonomie des élites, une fuite en avant dans la « re-régulation » favorable à la minorité la plus riche, et l’affaiblissement correspondant d’une légitimité démocratique déjà fortement écornée. Moins les régimes démocratiques tiennent leur promesse de contrôle des excès du capitalisme et de répartition juste des effets de la croissance, moins ils apparaissent comme légitimes ; et moins ils apparaissent comme légitimes, plus ils sont capturés par une minorité qui les plie à son service, accentuant encore plus les effets de déconsolidation isolés par Mounk et Foa. Ce ne sont donc pas le capitalisme et l’économie de marché qui renforcent la légitimité de la démocratie, mais au contraire la capacité de cette dernière à les contrôler et à en limiter les effets inégalitaires. Comme l’écrit Robert Kuttner [5],

"un capitalisme sans limites anémie et érode la démocratie en engendrant la pulsion populiste."

Le paradoxe, c’est bien entendu que la démocratie doit exister pour que le capitalisme puisse faire l’objet de cette limitation, et elle doit tenir sa robustesse de facteurs autres que sa capacité à contrôler le capitalisme dans la mesure où l’effet ne peut pas précéder la cause. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand le souvenir de la Grande Dépression et le combat contre le nazisme ont fait lever une très forte aspiration démocratique au sens propre, c’est-à-dire une forte aspiration égalitaire doublée d’une forte conscience que les soubresauts inégalitaires du capitalisme livré à lui-même étaient à la racine de la catastrophe historique qui venait d’avoir lieu. Des conditions externes ont ainsi conduit à cette limitation du capitalisme qui, à son tour, a renforcé l’adhésion aux régimes démocratiques.

Inégalités et désaffection pour les valeurs démocratiques

Il y a donc un lien de causalité entre la déconsolidation démocratique et le fait que, dans la période récente, la captation de la quasi-totalité des fruits de la croissance économique par la petite minorité des plus aisés se soit accompagnée d’une stagnation voire d’une régression du niveau de vie du plus grand nombre. En son temps, Tocqueville avait lui aussi remarqué qu’il existait deux formes d’adhésion au régime démocratique — l’une fondée sur son utilité et l’autre sur la valeur intrinsèque de ses idéaux. À ses yeux, seule la seconde pouvait réellement « consolider » la démocratie et il soulignait également qu’en apportant leur soutien à ce régime pour des considérations purement utilitaires et conséquentialistes, les individus modernes risquaient de perdre sur les deux tableaux, car un régime auquel les citoyens n’accordent pas une adhésion de principe perd à terme les caractéristiques qui lui permettent de produire l’utilité sur laquelle repose son pouvoir d’attraction.

Au cours des trente dernières années, c’est donc l’incapacité — ou le refus ? — des pays riches à promouvoir une économie dont les fruits seraient largement partagés qui provoque désormais un reflux, une désadhésion qui va jusqu’au soupçon selon lequel les valeurs démocratiques — les libertés personnelles et les mécanismes institutionnels destinés à prévenir l’abus du pouvoir et les dérives autoritaires — pourraient être non pas des compagnons obligés, mais des entraves à cette promotion d’une prospérité largement partagée. L’exemple de pays qui, comme la Chine, ont connu des avancées économiques inédites sans l’ombre d’un progrès vers plus de contrôle démocratique du pouvoir ou vers plus de respect des droits individuels alimente également ce soupçon [6]. Après la Grande Dépression des années 1930, l’hypothèse de Karl Polanyi semble ainsi trouver une seconde confirmation [7] : l’extension sans limites des rapports de marché, lorsqu’elle affecte les cadres mêmes de la société que sont l’homme et la nature — comme c’est le cas aujourd’hui après une période d’encastrement institutionnel prononcé du marché — provoque un choc en retour sous la forme d’une mise en cause qui atteint les fondements intellectuels de cette même extension. Et dans ce choc en retour, les droits personnels et les formes institutionnelles de la démocratie souffrent d’une désaffection au moins aussi grande — voire même plus — que celle qui atteint les droits proprement économiques de propriété et de contrat dont la sanctuarisation est au fondement de la stagnation des niveaux de vie qui affecte le plus grand nombre.

Cette asymétrie est difficile à comprendre. Pourquoi les droits économiques — pourtant responsables au premier chef de l’explosion des inégalités — continuent-ils de faire l’objet d’une adhésion élevée, alors que les droits personnels et les mécanismes démocratiques sont quant à eux victimes d’un scepticisme croissant ? Pourquoi le choc en retour prend-il une forme conservatrice (racisme, exclusions, fermeture des frontières, raidissement sécuritaire, tolérance accrue envers une surveillance étroite de la vie privée par le pouvoir politique, etc.), et non pas la forme progressiste d’une aspiration à limiter les droits économiques, à réguler l’usage de la propriété et sa circulation, à veiller à l’équité des contrats, et à mettre en place, au delà de l’épuisement des formes classiques de l’État social, de nouvelles modalités de la maîtrise des inégalités engendrées par le marché ? On sait bien entendu que, dans toute période de crise, les collectivités humaines ont une tendance au repli identitaire vers leurs racines historiques et que l’étranger fait classiquement office de bouc émissaire. Mais cette explication est un peu courte pour rendre compte de l’ampleur du phénomène.

Qu'est-ce que MIF 2 ? New financial law comes into force on Jan. 3 across Europe : How MiFID II Is Going to Change Banking | Bloomberg

Le 3 janvier 2018, la directive MIF 2, conséquence des crises financières, s'appliquera en France pour tous les acteurs commercialisant des produits financiers.



European Banks Brace for, Seek to Reduce Costs

The impact of new market rules sweeping across Europe has been likened to motorists suddenly being told they must drive on the other side of the road. While the aim is to force unprecedented transparency and curb conflicts of interest, the regulation is upending security markets. From cuts to research and commissions to new reporting requirements and limits on so-called dark trading, the effects of MiFID II reach deep into an industry scrambling to comply by Jan. 3. While the shakeout could take years, here are some early guesses on who may benefit from the overhaul and who may not.

Winners

PENSION FUNDS, FAMILY OFFICES. Investors will have a clearer picture of whether they are getting value for money from fund managers when negotiating fees. With the regulation forcing brokers to charge for research, an increasing number of money managers have opted to start paying for analyst reports themselves, potentially reducing costs for clients.

HEDGE FUND PLATFORMS. These companies, including Mirabella Advisers and Brooklands Fund Management, help hedge funds with everything from record-keeping, back office operations and compliance oversight to administrative tasks. Some hedge funds are clubbing together on these platforms to share the costs of the upcoming regulation.

BIG MONEY MANAGERS. Those who can afford to pay, such as BlackRock Inc. and Vanguard Group Inc., have more leverage to negotiate the price of research to banks and brokers.

EXCHANGE-TRADED FUNDS. As the regulations force investors to focus on fees, they’ll send more money to cheaper passive products. ETF assets in Europe are forecast to surge from $725 billion to $1 trillion in the next four years.

EMAIL INBOXES. Solicitations from traders looking to pick up business from the buy side will drop significantly as the regulations stipulate that all research must be paid for. Money managers are even taking steps to block emails from those firms that have been dropped from their broker lists.

BIG INVESTMENT BANKS. As fund managers tighten their belts to the tune of $1.5 billion, bulge-bracket firms with bigger balance sheets can compete in price wars, talent and cultivate corporate ties. The rules could also lead to new revenue streams.

RESEARCH STARTUPS. When one door closes, another opens. And so it may be for those analysts who lose their job in 2018. Some are striking out on their own, creating a cottage industry of specialization.

SYSTEMATIC INTERNALIZERS. Banks and high-frequency traders who operate new trading venues known as SIs may also lure business. They can sidestep dark-pool trading caps and help reduce fund managers’ trade-reporting tasks, and may be able to offer more flexible pricing than exchanges can. JPMorgan Chase & Co. and Goldman Sachs Group Inc. are among firms that plan to become SIs.

Losers

SMALL MONEY MANAGERS, TRADERS. Firms with tighter budgets may have to limit the research they buy or pass on the cost to clients and risk losing business. Onerous reporting requirements also mean a single transaction could have about 70 data points that will have to be documented and stored.

VOICE BROKERS. Traders will have to demonstrate that they’re executing trades at the best prices and in the right venues. Tracking those details is faster and cheaper when the trades are done by computer, rather than by shouting down the phone.

HEDGE FUNDS. Hedge funds will have to report equity trades within 1 minute and fixed-income trades within 15 minutes, impacting those that trade across asset classes in large volumes. Some smaller hedge funds are also planning to stop consuming sell-side research for the foreseeable future because they can’t afford the price tag.

RESEARCH ANALYSTS. Those that aren’t ranked in the top three or four in their sector could be axed from trading floors. McKinsey & Co. expects banks to cut about $1.2 billion of spending in the area.

INVESTOR RETURNS? Fewer analysts means less research, which means some fund managers may have to shrink the universe of companies they invest in. Missed opportunities could potentially limit returns, while less oversight could impact decision-making.

BOUTIQUE INVESTMENT BANKS. Independent research firms will see new competition once banks roll out their new offerings. MiFID II may also trigger a price war in execution, which could see bulge-bracket investment banks drive boutiques out of equities trading.

STOCK EXCHANGES. Bourses such as Euronext NV and Deutsche Boerse AG could also lose out. Even if regulators close the pricing loophole that currently give SIs an advantage, bank-run platforms may still be more attractive as banks roll out increasingly competitive stock-trading options, such as low execution prices and larger “risk trades” to lure business.

SMALL-TO-MEDIUM-SIZED ENTERPRISES. Smaller companies are expected to see less coverage from research analysts, potentially reducing their shareholder base. That could make it hard for investors to price the shares and make stocks more illiquid. London-based Toscafund Asset Management, which invests in U.K. small caps, wrote a letter to 30 such companies urging them to pay for research on their own stocks.

U.K. banks may face stiffer EU market-access rules after Brexit, by Alexander Weber | Bloomberg Terminal January 08, 2019

U.K. financial firms may soon find that it will be harder to do business in the European Union after Brexit.

EU member states endorsed a bill that tightens the rules that can allow non-EU firms to do business in the bloc. 

The draft legislation gives the European Commission, the EU’s executive arm, greater power to give foreign firms more limited access to the single market, especially those deemed to be of systemic importance for the EU.

The bill would also boost the powers of EU regulators over foreign firms operating in the bloc. It stops short of requiring non-EU firms to open a branch in the bloc before offering services, something France had pushed for during deliberations on the bill.

With the future ties between the U.K. and the EU not yet settled, officials in Brussels are stepping up efforts to get legislation with Brexit implications over the line before March 29, when the U.K. is scheduled to leave the bloc. The commission has said that U.K.-based financial-services firms will in the future have to rely on so-called equivalence decisions to do business in the EU.

France led the push to tighten the equivalence rules, arguing that the existing equivalence framework had significant shortcomings that could threaten the integrity of EU markets. Read more: How ‘Equivalence’ Stands to Shape Post-Brexit Banking

Where activities by third-country firms are deemed to be of systemic importance to the EU, the commission would be allowed to attach specific conditions to an equivalence decision, according to a statement on Monday from the Council of the European Union, which represents the interests of national governments in the legislative process. This is meant to ensure that EU authorities “have the necessary tools to prevent regulatory arbitrage and monitor the activities of third-country firms.”

The changes approved by the member states are part of the EU’s work on new rules for investment firms. A final version of the bill must be thrashed out with the European Parliament, which also endorsed stricter market-access rules when it settled on its own position in September.

Why 'no-deal Brexit' is such a nightmare for banks, by Alexander Weber | Bloomberg Terminal November 12, 2018

With the Brexit divorce date growing nearer, it remains possible that the U.K. will exit the European Union without a deal establishing the terms of their relationship going forward.

That’s an alarming prospect for banks, as a no-deal Brexit wouldn’t allow for a transition period and could cause chaos in financial markets.


1. Why is this such an issue for banking?

Because Brexit imperils the longstanding working relationships between the City of London financial district and firms on the European continent. Earlier hopes of maintaining the ties through regulatory cooperation and of keeping the so-called passport came to nothing. And even as many U.K. firms have applied for EU licenses and started to shift operations inside the bloc, banks on either side of the English Channel are hoping to avoid a cliff-edge plummet into uncharted territory on the morning after Brexit.

2. What’s the current plan to avoid chaos? 

EU officials in Brussels are urging the financial industry to prepare for any outcome and told member states to consider national contingency measures. Yet the European Commission, the EU’s executive arm, hasn’t announced any concrete plans for financial services, saying it needs to see the report of a joint working group between the European Central Bank and the Bank of England to know what the biggest risks to financial stability are.

3. What areas are most worrisome?

The financial industry and U.K. regulators warn that Brexit poses a threat to trillions of pounds of existing derivative and insurance contracts. Other pressing concerns include access to market infrastructure in London, debt issued by EU banks under English law, the flow of data across the Channel and potential new capital requirements for banks. Each of those has unique complications.

4. What happens to existing contracts between U.K. and EU firms?

They won’t necessarily become invalid the day after Brexit. The problem is the activity needed to service them. Some so-called life cycle events, such as extending the maturity of a trade, could require an EU license — which U.K. firms are about to lose. The industry says that grandfathering existing contracts would be the preferred fix as part of any Brexit deal. Short of that, national EU regulators may be pressed to grant temporary licenses to British companies, something that U.K. regulators are already preparing to do vice versa. But authorities in France, the Netherlands and elsewhere currently lack the power to do so.

5. What market infrastructure is in London?

The majority of euro-denominated derivatives clearing currently takes place in London. Should the U.K. depart without a deal, and absent any action by EU authorities, banks could find themselves in breach of regulations that require them to use only recognized venues to clear their derivatives. And banks warn that the sheer volume of the business makes it impossible to transfer all positions to a venue in the EU in time. Also, traders in British stocks would have to redirect dealings in important securities inside the EU if the commission in Brussels doesn’t recognize the U.K.’s rules as equivalent.

6. What’s the problem with debt issued by EU banks?

They often relied on London’s capital market to issue debt, or at least sold securities under English law because it was universally accepted by international buyers. They also did so when issuing bonds that can be used when they run into trouble, which is a regulatory requirement to protect taxpayers from paying for future bank failures. Without any steps by authorities, a big chunk of banks’ issuance could cease to be counted toward these requirements. In the worst case, firms would be forced to re-issue the debt under different conditions. To solve the issue, authorities responsible for handling bank failures could strike an agreement that makes sure they recognize each other’s actions, according to the Association for Financial Markets in Europe, a lobby group.

7. Can’t data still flow between the U.K. and the EU?

Not necessarily. Under the EU’s new data-protection regime, firms can’t just send any personal information outside the bloc. Regulators have warned banks to check where the personal data they handle is stored and to take “mitigating actions” if needed. British lawmakers have called on the EU to issue a so-called “adequacy decision” under its data regulations, which would allow the continued flow of data between the U.K. and the EU.

8. What could a no-deal Brexit mean for capital requirements?

In theory at least, an EU bank’s exposure to a non-EU country such as post-Brexit U.K. requires more capital behind it. In a similar vein, the U.K. government has warned British firms that they may no longer treat EU sovereign debt as risk-free if there is no Brexit deal. Both sides could decide that exposures in each others’ jurisdiction don’t present increased risk, which would extend the status quo. In the EU, this step also would fall to the European Commission, which has in the past issued such equivalence decisions for countries including Brazil, China and Saudi Arabia.

mardi 15 janvier 2019

La vie en infamie du marquis de Sade

"La liberté, c'est dangereux ! Ce qui est sécurisant, c'est de rester à sa place ! " Woody Allen

 


Donatien Alphonse François de Sade (1740 - 1814) a été homme politique français et un homme de lettres, auteur de récits où l'érotisme et la pornographie côtoient la violence et la perversion. Cette série se penche sur ces lectures longtemps interdites. 

Stéphanie Genand, Maîtresse de conférences à l'université de Rouen et spécialiste de la littérature française du XVIIIe siècle est l'invitée de cette émission dans laquelle nous retraçons la vie et l'oeuvre du Marquis aux écrits sulfureux.

Elle a consacré une biographie à Sade parue en 2018 aux éditions Gallimard.

Plaisirs despotiques

Lorsque l'on parle de sadisme, dont la définition donnée par le dictionnaire correspond à une "lubricité mêlée de cruauté", on fait référence à l'homme dont le nom est à l'origine du mot et de l'adjectif : "sadique". 

Donatien Alphonse François, Marquis de Sade était un philosophe, un écrivain mais il n'est jamais resté dans l'Histoire que pour ses frasques. Il est le bourreau de Justine, l'instituteur d'Eugénie. Entre ses mains, les jeunes femmes ne servent que son dessein libertin. Je n'avais pas idée que Sade était si joli. Stéphanie Genand

Et si l’amant parfait était une lesbienne ? par Maïa Mazaurette | Le Monde La Matinale | Libération Les 400 culs

Les hétérosexuels feraient bien de s’inspirer des pratiques saphiques qui les font tant fantasmer et qui fonctionnent !, nous explique la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

Auteure de livres, journaliste et docteur en anthropologie, Agnès Giard a d'abord travaillé sur les nouvelles technologies, les artistes underground et la culture populaire japonaise avant de s'intéresser aux sexualités. Japan Pink Inc. Les 400 culs, blogue sur liberation.fr

« Les hétérosexuels ont bien raison d’être
curieux, vu que les lesbiennes sont
incontestablement plus douées au lit. » 
En 2018, la requête la plus couramment tapée sur la plus importante plate-forme pornographique était « lesbian ». Même chose en 2017, 2016, 2015... on ne change pas un hashtag qui gagne ! Nous voici en présence d’un des paradoxes du désir contemporain : une minorité invisibilisée, noyée sous des stéréotypes peu flatteurs, attisant pourtant les fantasmes et la curiosité. Un double discours qui se traduit dans les représentations : des pratiques stéréotypées, conçues de manière écrasante pour un public hétérosexuel (car les femmes, comme les hommes, placent « lesbian » au premier rang de leurs errances érotiques).

Nous avons déjà parlé des raisons de ce succès lors d’une précédente chronique, attaquons-nous donc au nerf de la guerre : les hétérosexuels ont bien raison d’être curieux, vu que les lesbiennes sont incontestablement plus douées au lit.

Selon une étude britannique de 2014, elles atteignent l’orgasme 75 % du temps, contre seulement dans 61 % des cas pour les femmes hétérosexuelles (et 58 % pour les bisexuelles). Des résultats confirmés en 2017 aux Etats-Unis : 86 % d’orgasmes pour les lesbiennes, 66 % pour les bi, 65 % pour les hétéros. De telles disparités n’existent pas entre les hommes.

Les choses deviennent encore plus intéressantes quand on entre dans le détail : 25 % des lesbiennes ont un orgasme à tous les coups, contre 16 % des hétéros. A l’autre extrémité du spectre, 2 % des lesbiennes n’ont jamais d’orgasme, contre 7,5 % des hétéros et 13 % des bi. Pour le cliché des lesbiennes frigides et des bisexuelles magnifiquement épanouies, on repassera !

Nulle intention ici de promouvoir une quelconque homosexualité (le lobby gay ne répond pas, il est à Mykonos) : il s’agit d’une simple question d’humilité. Ecartons donc les justifications faciles : oui, les lesbiennes peuvent s’inspirer de leur propre corps pour comprendre celui de leurs partenaires... mais l’identification a ses limites. Une lesbienne n’arrive pas en terrain conquis sous prétexte qu’elle a un clitoris, elle ne possède pas « le code » pour faire jouir une inconnue (astuce : si vous avez besoin d’un code, vous confondez votre compagne avec un coffre-fort).

C’est d’ailleurs quand nous considérons nos partenaires comme des stéréotypes (l’homme, la femme, Mars, Vénus) que nous adoptons des pratiques complètement irrationnelles. Est-ce qu’un homme voudrait qu’on lui gifle le pénis ? Non. Est-ce qu’il vanterait les mérites du « petit coup vite fait » si on parlait de le sodomiser, est-ce qu’il trouverait sympa que ça fasse « un peu mal » ? Devrait-il être amoureux pour jouir ? Non. Le jour où nous cesserons de nous focaliser sur les détails anatomiques pour reconnaître que le câblage est identique, nous pourrons commencer à souffler (de joie).

A ce titre, les lesbiennes ne bénéficient d’aucune science infuse. Seul avantage stratégique : elles sont dispensées de l’attente sociale consistant à « faire la femme » sous prétexte qu’elles sont des femmes (rappel pour les couples hétérosexuels : non, l’homme n’est pas obligé de faire l’homme, sinon vous confondez l’anatomie et le destin, et vous sciez 90 % du champ des possibles).

Comment faire alors pour réveiller la lesbienne en vous ? (Ne faites pas d’histoire, nous avons toutes et tous une lesbienne en nous.) Laissons de côté le scissoring, qui demande beaucoup trop de synchronisation et de muscles dans les cuisses (cette pratique, aussi appelée frottage ou tribadisme, consiste à s’emboîter comme des ciseaux – la pornographie adore, les lesbiennes sont divisées).

Les lettres persanes de Montesquieu - Roxane : Quand naît le féminisme



Intérieur de harem ou Femme mauresque sortant
 du bain au sérail de Théodore Chassériau
Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.

Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines: car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus ? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.

Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non : j'ai pu vivre dans la servitude ; mais j'ai toujours été libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.

Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle ; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre ; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.

Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour: si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyais trompée, et je te trompais.

Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage ? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu'à ma haine ; je me meurs.


Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720