Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde. » Albert Camus

Saisir des mots clefs à rechercher

mercredi 8 avril 2020

Inside the United Kingdom's Tech Renaissance | Bloomberg 29 sept. 2016



In this episode of Hello World,  Bloomberg’s Ashlee Vance heads to England to find out how the country is fighting to inject new life into its technology industry. 

The trip starts out in Bletchley Park. From there, it’s off to Cambridge, the heart of England’s technology scene. Vance hangs out with learned cows and artificial intelligence whizzes, bikes past Newton’s famed apple tree (at least a reasonable replica of it), and goes punting with the inventor of the Raspberry Pi computer. From Cambridge, it’s off to the Cotswolds and the headquarters of Dyson to see its latest creations. And then on to London to check out some startups and whine about Brexit while drinking the world’s most exotic cocktails at the Langham Hotel.

Hello World is a Webby and Emmy-nominated video series from Bloomberg that invites the viewer to come on a journey across the globe to find the inventors, scientists and technologists shaping our future. Join journalist and best-selling author Ashlee Vance on a quest to find the freshest, weirdest tech creations and the beautiful freaks behind them.

"Viper’s dream" de Jake Lamar : Un drame policier qui a pour décor le monde du jazz à Harlem entre 1936 et 1961 | France culture 04/03/2019



Non, sûr que vous n'avez jamais entendu parler de Clyde Morton, alias Viper. On l’aperçoit pourtant dès les années 30 dans les clubs de jazz de Harlem, mais toujours dans l'ombre, costume impeccable, sourire rusé, moustache fine, cheveux gominés et regard langoureux. Langoureux et dangereux...

Gare de New York -1934
Le récit de la vie de Clyde Morton, surnommé The Viper, un gangster Afro-Américain, ressemble à un roman noir épique, mais écrit pour la radio et baigné dans la musique. 

On y croise notamment Duke Ellington, Thelonious Monk et Charlie Parker dans la grande maison de la baronne Pannonica de Koenigswater qui, au milieu d’une centaine de chats (la maison fut baptisée Cathouse par les habitués), soutient les jazzmen et les accueille nuit et jour sur les bords de l’Hudson. 

Jazz donc, mais aussi meurtres, drogues, flics et truands traversent ce feuilleton à un rythme effréné.

Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière ; Réalisation : Laurence Courtois

Avec : Tony Harrisson, Andréa Schieffer, Charif Ghattas, Cyril Guéi, Bénédicte Mbemba, Bruno Henry, Eric Vincent , Sorisso, Alex Fondja et Antoine Doignon.

Les musiciens : Edouard Pennes, David Grebil, Malo Mazurié, Bastien Brison

Bruitage : Sophie Bissantz ; prise de son, montage et mixage : Eric Boisset, Pierre Henry ; assistante à la réalisation : Manon Dubus ; documentation musicale : Antoine Vuilloz.

Jake Lamar est un auteur américain vivant en France. Il a publié six romans (tous aux éditions Rivages), un récit autobiographique, de nombreux essais et articles, des nouvelles et une pièce de théâtre. Il a reçu le Lyndhurst Prize pour son premier livre Confessions d’un fils modèle, le Grand Prix du Roman Noir Étranger pour Nous Avions un Rêve et une bourse du Centre National du Livre pour son dernier roman, Postérité, publié aux éditions Rivages en septembre 2014, et une de l'Association Beaumarchais pour sa pièce Brothers in Exile, enregistrée et diffusée sur France Culture le 3 septembre 2017 dans Théâtre & Cie.

Traçage du coronavirus : oui, avec des garde-fous | Le Monde 06 avril 2020

Editorial. Le recours éventuel à des applications de suivi des contacts, envisagé par certains dans les diverses phases de déconfinement après l’épidémie de Covid-19, devra être assorti de strictes garanties.

Parmi les innombrables défis posés à nos sociétés par la crise du Covid-19, les restrictions imposées aux libertés individuelles figurent en bonne place. Tout porte à croire que les interrogations légitimes que nous devons avoir à ce sujet se poursuivront au-delà de la période du confinement, lorsque la phase la plus aiguë de la pandémie sera passée.

S’il est encore trop tôt pour envisager le déconfinement en France, il est du devoir des pouvoirs publics de le préparer, afin que le pays puisse se remettre en ordre de marche et que l’activité économique puisse reprendre dans les meilleures conditions, en limitant au maximum les effets de possibles vagues successives de contamination. L’un des instruments indispensables à cet effet sera la pratique généralisée du dépistage. Un autre instrument à l’étude est celui du traçage numérique de la population, afin de vérifier la circulation du virus, à l’aide de données fournies par les téléphones personnels.

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En Asie, ce procédé a été largement employé dans la lutte contre le Covid-19, de manière coercitive en Chine, plus consensuelle en Corée du Sud et à Singapour, où les informations issues du traçage des personnes contaminées sont accessibles à tous. Les Européens, eux, ont une attitude différente à l’égard de cette surveillance : ils sont aujourd’hui plus protecteurs des données personnelles cédées à des entreprises privées comme Google et Facebook et traditionnellement réticents à ce type d’utilisation massive par l’Etat.

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Les applications mises au point pour utiliser les données des smartphones dans le cadre de la lutte contre le coronavirus présentent différents degrés d’intrusion. Le modèle à l’étude dans plusieurs pays européens privilégie le suivi des contacts : plutôt que de tracer les déplacements d’une personne infectée, il s’agit d’identifier qui cette personne a côtoyé, en détectant les téléphones à proximité, grâce notamment à la technologie sans fil Bluetooth. Ce procédé permettrait aux autorités sanitaires de prévenir les personnes côtoyées afin qu’elles se fassent dépister et, le cas échéant, traiter, ou qu’elles se confinent.

Respecter les principes de protection des données

Les premiers sondages d’opinion révèlent un taux d’acceptation élevé pour ces dispositifs, confirmant une tendance désormais familière : dès lors que notre sécurité est menacée, nous sommes plus tolérants à l’égard des restrictions aux libertés publiques. Que les autorités sanitaires puissent mettre à profit la technologie numérique pour limiter la progression du virus est une excellente chose, mais il est impératif que le recours éventuel à des applications de traçage de contacts soit encadré par un ensemble de strictes garanties.

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Celles-ci pourront être recommandées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Mais un certain nombre de conditions paraissent, à ce stade, s’imposer : ce type de dispositif doit être strictement limité dans le temps ; il doit se faire sur la base du consentement des personnes concernées ; il doit être soumis au contrôle du Parlement et du pouvoir judiciaire. De manière générale, il devra respecter les principes de protection des données personnelles déjà en vigueur.

Un consensus semble se former sur le fait que le monde post-coronavirus sera différent de celui d’avant. Il serait dommage de renier pour autant les acquis du « monde d’avant » : la protection des données privées en est un, à l’échelle européenne.

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Le Monde

no comment


mardi 7 avril 2020

Cohabiter avec le coronavirus, dans la durée | Le Monde 07 04 2020

Editorial. Les dernières évolutions de la pandémie en Asie le montrent, le Covid-19 ne sera véritablement vaincu qu’une fois qu’un vaccin sera mis au point, produit et mondialement distribué, soit entre douze et dix-huit mois, selon les estimations.

À Singapour dans un quartier de commerces, le 5 avril.
Des mesures de confinement général sont de nouveau
appliquées dans la cité-État de 6 millions d’habitants
depuis le 7 avril, et jusqu’au 4 mai.

Editorial du « Monde ». Sournois et imprévisible, le Covid-19 ne cesse de surprendre. Il y a un mois, l’Asie faisait figure de modèle dans le combat contre le virus, au moment où la pandémie attaquait l’Europe.

Pris de court par la violence de l’offensive, Italiens, Espagnols puis Français se tournaient vers Taïwan, Singapour, Hongkong, la Corée du Sud et même la Chine en essayant d’identifier les modes opératoires susceptibles de les sauver à leur tour. Avec un peu d’envie, aussi, pour ces autorités sanitaires si bien préparées grâce à l’expérience du SRAS en 2003, ou pour ces sociétés si disciplinées face à des contraintes jusqu’ici inimaginables en Europe.

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Un mois plus tard, ces pays européens ont peut-être atteint le fameux plateau tant espéré, ce stade où l’aplatissement de la courbe des nouveaux cas et de celle des morts laisse penser que la progression de la maladie marque le pas, ne serait-ce que le temps d’un répit salutaire. Leurs gouvernements, pourtant, se gardent bien de crier victoire. Pourquoi ? Parce qu’ils regardent aussi les courbes des pays d’Asie. Et ce qu’elles révèlent est inquiétant : plusieurs de ces pays sont maintenant atteints par une deuxième vague du virus.

« Nouvelles décevantes »

Le cas le plus frappant est celui de Singapour. La cité-Etat de 6 millions d’habitants a appliqué très tôt une stratégie exemplaire qui lui a permis de contrôler la propagation du virus sans avoir recours au confinement : dépistage systématique, traçage méticuleux et mise en quarantaine rigoureuse des personnes infectées, stricte restriction des déplacements et des arrivées sur le territoire. Malgré cela, le nombre de cas a subitement augmenté de manière spectaculaire début avril, en raison de transmissions locales et de contaminations par des résidents de retour.

Sur la base de ces « nouvelles décevantes », le premier ministre, Lee Hsien Loong, a décrété vendredi 3 avril une mesure de confinement général à partir de mardi, avec fermeture des écoles et des commerces non essentiels, jusqu’au 4 mai. Une situation particulièrement préoccupante a éclaté dans les baraquements réservés aux travailleurs immigrés, dont 20 000, des hommes seuls, pour la plupart venus du Bangladesh, hébergés dans des dortoirs, ont été placés en quarantaine.

Hongkong et la Chine s’inquiètent également d’une résurgence des cas, attribuée par Pékin aux étrangers arrivés dans le pays. Au Japon, le premier ministre, Shinzo Abe, confronté à une forte poussée des cas de coronavirus, devait décréter mardi l’état d’urgence dans sept régions de l’Archipel, dont celle de Tokyo.

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Quelles leçons faut-il retenir de cette évolution ? Essentiellement que la pandémie ne sera véritablement vaincue qu’une fois qu’un vaccin sera mis au point, produit et mondialement distribué. Et que, d’ici là – entre douze et dix-huit mois, selon les estimations –, le virus sera susceptible de faire des allers et retours sur la planète, au gré des vagues de contamination sur les continents. Le processus de déconfinement là où il a été en vigueur, l’assouplissement des restrictions décidées ailleurs ne pourront se faire que de manière progressive et, le plus souvent, temporaire.

Il faudra apprendre à cohabiter avec le coronavirus. Toujours prévoyant, le gouvernement de Singapour a décidé lundi de suspendre pour dix-huit mois l’activité du terminal 2 de son énorme aéroport, l’un des grands hubs mondiaux. Dix-huit mois : le temps qu’il faut pour le vaccin. La route sera longue.

Le Monde

Extrait de "Lettre à ma mère" de Georges Simenon | France culture 29/03/2020



Après l’avoir veillée durant toute son agonie, Simenon adresse à sa mère une poignante lettre, lui reprochant de ne l’avoir jamais aimé, estimé, regardé, et de lui avoir toujours préféré son frère.

Georges Simenon, dans sa maison en Suisse
à Lausanne en 1983
« Tout est parti du titre qui s’est imposé spontanément en septembre 1973. Dès lors, Simenon n’a pas seulement entrevu que ce livre se placerait en dehors de son œuvre : il a saisi ce moment unique pour lui parler enfin et vider son cœur. 

En relisant les épreuves plusieurs mois après, il fut bouleversé, l’esprit comme purgé de ce qui l’encombrait douloureusement. Seul face à son dictaphone, de retour de sa ville natale de Liège où il avait veillé sa mère à l’agonie huit jours durant, il avait vécu de son propre aveu la semaine la plus émouvante et la plus déchirante de sa vie en s’adressant à elle à titre posthume.  Il en tomba même malade. 

Sans l’insistance de sa compagne Teresa, il en aurait peut-être abandonné l’écriture en cours de route tant sa « charge d’émotion » était puissante. Il est vrai que tout le long, il ne cesse d’y demander implicitement : « Maman, pourquoi ne m’as-tu jamais aimé ? ». 

Elle avait 91 ans, et lui 67. Un quart de siècle les séparait et un océan de méfiance, de non-dits, de rancunes derrière lesquels avait toujours subsisté une sorte d’inaltérable tendresse. Quelque temps après il écrivit ce texte, entièrement tenu par une antienne : « Tout le monde m’admire, sauf toi…» Il répéta à l’envi qu’écrire avait toujours été pour lui un défi lancé à la mère, qu’il avait construit sa vie contre l’éducation qu’elle lui avait donnée tout en étant conscient d’avoir hérité de son angoisse du lendemain ; il n’aura cessé de lui démontrer qu’il pouvait gagner de l’argent… Ce livre fut l’ultime sursaut de génie d’un retraité de la fiction romanesque. Il y avançait masqué tout en se dévoilant. C’est la clef de sa personnalité, cette chronique de l’incompréhension à travers l’histoire de deux êtres qui n’ont jamais réussi à s’aimer pour n’avoir jamais réussi à se parler. Simenon y dévoile enfin le nœud de sa souffrance, celle d’un grand écrivain reconnu partout et par tous sauf par sa mère. 

Pour le grand public, Georges Simenon (1903-1989) est d’abord un phénomène : l'homme aux 400 livres et aux 10 000 femmes, et l’auteur de langue française le plus souvent porté à l’écran. Personnage excessif, écrivain de génie, père du célèbre Maigret et d'une importante œuvre  purement romanesque, Simenon restera l'un des écrivains majeurs de ce siècle. L’énigmatique « pudeur Simenon », transmise de génération en génération, aura poussé le mémorialiste en lui à étaler en fin de parcours ce que l’on aurait cru très privé (le tumulte de ses relations avec sa seconde femme, la descente aux enfers de leur fille) tout en faisant l’impasse sur des pans entiers de sa vie (son implication dans l’affaire Stavisky, son attitude pendant la guerre, les vraies raisons de son départ en Amérique à la Libération, la mort de son frère). 

Quand il nous faisait pénétrer dans la fabrique de son œuvre, nous donnant l’illusion d’être entraînés à sa suite en toute indiscrétion, il procédait à un tri du même ordre; il ne retenait que ce qui confirme la primauté de l’instinct sur la réflexion (mise en transes, promenades en forêt, écriture de « déglutissement ») à l’exclusion de toute préméditation (choix d’un titre-pro- gramme, établissement de dossier sur un projet bien précis, personnages puisés parmi ses relations, intrigues calquées sur des événements vécus) ; son projet d’existence releva autant du calcul et de la projection dans le futur que d’une étonnante faculté de s’adapter aux convulsions de son temps. Mais qui dira jamais à quoi obéissent véritablement le rythme d’une vie et le mouvement d’une œuvre ? 

Le génie de Simenon, c’est qu’il vous parle de vous sans jamais vous interpeller. Il vous fait accéder, directement, à l’universel. Il n’y a pas de gras chez Simenon. On est à l’os tout de suite. De quoi parle-t-il ? De l’amour, de la haine, de  l’envie, de la jalousie, de la honte... Ses romans sont construits de la même manière. Ils sont structurés comme une tragédie grecque. Simenon a eu du succès tout de suite et dans le monde entier. Il ne se présente jamais comme un écrivain. Il parle de lui comme d’un romancier parce que, comme dit Beckett, bon qu’à ça. Il sait jusqu’où outrepasser ses limites. Il ne va pas faire ce qu’il ne sait pas faire. C’est ce qui s’appelle creuser son sillon. On aurait dû ceindre les deux cents « romans durs » de Simenon d’un bandeau  intitulé « la condition humaine ». C’est une œuvre tragique où la rédemption est difficile à trouver. Lui, un homme comme un autre ? La concentration, la puissance de travail, la faculté d’adaptation, la curiosité, la détermination sont des qualités assez répandues mais on les retrouve rarement en un seul individu, et pratiquement jamais chez un homme qui a eu très tôt, très jeune, le goût d’inventer et de raconter des histoires, et l’intuition animale que seule cette activité serait de nature à lui conserver un équilibre relatif. »

Pierre Assouline Adaptation Pierre Assouline
Réalisation : Laurence Courtois
Conseillère littéraire : Caroline Ouazana Musique originale et improvisation à l'accordéon : Johann Riche Avec Thierry Hancisse (Simenon)
Equipe technique : Benjamin Peru, Lucas Vaillant, Bastien Varigault
Assistante à la réalisation : Claire Chaineaux

Pierre Assouline a publié Simenon (Folio Gallimard) et Autodictionnaire Simenon (Omnibus, Le livre de poche). Il est l’auteur du documentaire Le siècle de Simenon diffusé sur Arte et d’une Grande traversée consacrée à Simenon sur France Culture.

Lettre à ma mère de Georges Simenon est publié aux éditions Omnibus et au Livre de Poche

Les outils de travail de Georges Simenon
Enregistré en public dans le cadre de La Bibliothèque parlante, le festival de la BnF, le 27 mai 2018 au Grand auditorium

Une coproduction entre France Culture, la Comédie-Française, en partenariat avec la BnF

"Les mémoires de Maigret" de Georges Simenon | France culture 22/09/2019



Une mise en abyme du personnage du commissaire Maigret par le romancier, irrésistible et étourdissante conversation entre la créature et son créateur.

Georges Simenon en 1981
« On comprend que Georges Simenon ait confié avoir une tendresse particulière pour ce roman. Car c’en est un, malgré l’ambiguïté du titre. Il a l’originalité de mettre en présence en les confrontant Maigret et le jeune Simenon,  le commissaire et l’écrivain, la créature face à son créateur, dès leur première rencontre dans les bureaux de la Police judiciaire au Quai des Orfèvres. L’expérience est fascinante à observer pour tout écrivain parfaitement au fait des mécanismes de la création littéraire, et passionnante à découvrir pour tout lecteur curieux de l’envers du décor.  S’ensuit une mise en abyme drôle, instructive et vertigineuse. Simenon avait écrit ce roman  en 1950 à l’occasion des 20 ans d’existence éditoriale du plus célèbre flic de France. C’est un livre tellement à part dans sa bibliographie qu’il avait un temps songé à le publier sans nom d’auteur sur la couverture….

Pour le grand public, Georges Simenon (1903-1989) est d’abord un phénomène : l'homme aux 400 livres et aux 10 000 femmes, et l’auteur de langue française le plus souvent porté à l’écran. Personnage excessif, écrivain de génie, père du célèbre Maigret et d'une importante œuvre  purement romanesque, Simenon restera l'un des écrivains majeurs de ce siècle. L’énigmatique « pudeur Simenon », transmise de génération en génération, aura poussé le mémorialiste en lui à étaler en fin de parcours ce que l’on aurait cru très privé (le tumulte de ses relations avec sa seconde femme, la descente aux enfers de leur fille) tout en faisant l’impasse sur des pans entiers de sa vie (son implication dans l’affaire Stavisky, son attitude pendant la guerre, les vraies raisons de son départ en Amérique à la Libération, la mort de son frère). Quand il nous faisait pénétrer dans la fabrique de son œuvre, nous donnant l’illusion d’être entraînés à sa suite en toute indiscrétion, il procédait à un tri du même ordre; il ne retenait que ce qui confirme la primauté de l’instinct sur la réflexion (mise en transes, promenades en forêt, écriture de « déglutissement ») à l’exclusion de toute préméditation (choix d’un titre-pro- gramme, établissement de dossier sur un projet bien précis, personnages puisés parmi ses relations, intrigues calquées sur des événements vécus) ; son projet d’existence releva autant du calcul et de la projection dans le futur que d’une étonnante faculté de s’adapter aux convulsions de son temps. Mais qui dira jamais à quoi obéissent véritablement le rythme d’une vie et le mouvement d’une œuvre?

Le génie de Simenon, c’est qu’il vous parle de vous sans jamais vous interpeller. Il vous fait accéder, directement, à l’universel. Il n’y a pas de gras chez Simenon. On est à l’os tout de suite. De quoi parle-t-il ? De l’amour, de la haine, de  l’envie, de la jalousie, de la honte... Ses romans sont construits de la même manière. Ils sont structurés comme une tragédie grecque.

Simenon a eu du succès tout de suite et dans le monde entier. Il ne se présente jamais comme un écrivain. Il parle de lui comme d’un romancier parce que, comme dit Beckett, bon qu’à ça. Il sait jusqu’où outrepasser ses limites. Il ne va pas faire ce qu’il ne sait pas faire. C’est ce qui s’appelle creuser son sillon. On aurait dû ceindre les deux cents « romans durs » de Simenon d’un bandeau  intitulé « la condition humaine ». C’est une œuvre tragique où la rédemption est difficile à trouver. 

Lui, un homme comme un autre ? La concentration, la puissance de travail, la faculté d’adaptation, la curiosité, la détermination sont des qualités assez répandues mais on les retrouve rarement en un seul individu, et pratiquement jamais chez un homme qui a eu très tôt, très jeune, le goût d’inventer et de raconter des histoires, et l’intuition animale que seule cette activité serait de nature à lui conserver un équilibre relatif. »

Pierre Assouline
Adaptation Pierre Assouline Réalisation : Laurence Courtois

Conseillère littéraire : Caroline Ouazana

Avec les comédiens de la Comédie Française
Bruno Raffaelli   (Maigret-Narrateur)
Alain Lenglet    ( Jaquemain)
Clotilde de Bayser    ( Mme Maigret)
Laurent Natrella    (Simenon)
Christian Gonon   ( Guichard)

Accordéoniste : Johann Riche Equipe technique : Benjamin Peru, Lucas Vaillant, Bastien Varigault

Assistante à la réalisation Claire Chaineaux

Pierre Assouline a publié Simenon (Folio Gallimard) et Autodictionnaire Simenon (Omnibus, Le livre de poche). Il est l’auteur d’une Grande traversée consacrée à Simenon sur France Culture.

Enregistré en public dans le cadre de La Bibliothèque parlante, le festival de la BnF, le 26 mai 2018 au Grand auditorium
Une coproduction de France Culture et la Comédie-Française, en partenariat avec la BnF

Les Mémoires de Maigret de Georges Simenon est publié aux éditions Omnibus et au Livre de Poche

La passion Racine : "Mon mal vient de plus loin" (Phèdre) | France culture 19/02/2020



C’est dans la tradition grecque, chez Aristote et plus encore chez Euripide, que se trouvent les ingrédients de la « révolution racinienne ». La lecture de Phèdre nous emmène à la découverte de la relation ambiguë entre Racine et les Anciens.

Phèdre, pièce de Jean Racine (1639-1699).
Gravure signée Huot représentant Phèdre
 et sa confidente Oenone pendant l'Acte I.
Première représentation en 1677
Avec Tristan Alonge, maître de conférences en Langue et Littérature Françaises, Université de la Réunion, auteur de Racine et Euripide, la révolution trahie (Droz)

Racine et Euripide, c’est la rencontre entre un milieu et un génie, une de ces rencontres littéraires qui font de la tragédie un « miracle intermittent », comme le disait le regretté George Steiner. 

Grâce à son éducation janséniste, Racine fait partie d’une minorité qui parle le grec, ce qui lui permet de puiser son inspiration à la source des Anciens.

"La différence essentielle est que Corneille est fils de son temps, de tout ce qui est venu avant lui, et de cette lecture morale : le théâtre est là pour enseigner, il y a les bons, il y a les méchants, et il y a un enseignement à tirer ; Racine, lui, se met dans une position purement aristotélicienne ; or, Aristote n’a jamais parlé de morale, mais uniquement de plaisir. C’est ce que Racine cherche dans ses préfaces : il faut plaire au public, c’est la règle suprême."

Néanmoins, quand on analyse l’évolution de son œuvre, on découvre un éloignement entre la tragédie racinienne et le modèle d’Euripide.  « S’il y a une Phèdre janséniste, c’est la Phèdre d’Euripide ».

"Ce que j’appelle la révolution racinienne, dans la façon de construire une intrigue, c’est de se concentrer non pas autour de péripéties et de personnages secondaires, mais sur un seul personnage, le personnage tragique au sens d’Aristote, qui par sa nature double va provoquer le retournement et la catastrophe finale." 

Victor Hugo, le monstre sacré : Les Misérables, l'utopie concrète de Victor Hugo | France culture 01/04/2020



Roman "dangereux", roman des révolutionnaires, critique de l'édifice social, mais aussi œuvre proprement littéraire qui fait voir les transformations, sur les décennies de son écriture, du style de l'auteur... Les Misérables n'est pas le roman d'une époque, mais d'une certaine vision de l'humanité.


Affiche de l'adaptation cinématographique
de 1933 réalisée par Raymond Bernard
Arnaud Laster est universitaire, spécialiste de Victor Hugo, et président de la Société des Amis de Victor Hugo. 

Il est notamment l'auteur de la préface des Misérables dans l'édition Pocket (2009). Il a publié de nombreux commentaires de l’œuvre de Hugo, et co-organise chaque année avec Danièle Gasiglia-Laster le festival Victor Hugo et Egaux.

Globally, as of 2:00am CEST, 7 Apr 2020, there have been 1,214,973 confirmed cases of COVID-19, including 67,841 deaths, reported to WHO


lundi 6 avril 2020

Soins intensifs : comment vaincre le coronavirus - Via notre F LB


D'un petit florilège pour rire...

Game of the Century - Bobby Fischer vs Donald Byrne | thechesswebsite 18 juil. 2010



In the Chess Game of the Century, a 13 yr old Bobby Fischer showed the world that he was going to be a force in the chess world.  Enjoy the commentary and the game.

Coronavirus: US task force brief reporters on latest – watch live


Épistémologie - Sciences cognitives (G. A. Miller)



Ère post-vérité et Franc-maconnerie

Bible moralisée de Vienne,
vers 1215-1230.
Dans la pensée médiévale, la géométrie et l'astronomie sont liées au divin et le compas symbolise la Création. La modernité va évacuer cette vision et, peu à peu, vider de sens la notion même de vérité.

En piste… bougeons un peu… | Via notre F LB

L'homme qui voulait "soigner par l'orgasme" | Libération 25/09/2017

Il voulait libérer l’humanité par la jouissance. Il est mort en prison. Wilhelm Reich se comparait à Jésus-Christ (encore un). Comme lui, il a été cloué sur une croix… mais ses idées sont devenues notre crédo. Qui était ce gourou ?

« La chasteté, c’est mauvais pour la santé. » Cette pseudo-vérité, que l’on répète aujourd’hui comme une évidence, est l’idée maîtresse de Wilhelm Reich (1897-1957), dont tous les mouvements libertaires du XXe siècle ont fait leur maître à penser. 

Curieusement, alors que la plupart des médecins reprennent en coeur cette théorie, ils en désavouent l’auteur. Reich sent le soufre : « On l’a soit considéré, […] comme un “psychiatre fou”, soit comme le leader d’une secte ou d’un culte sexuel », explique Andreas Mayer. 

Dans un article intitulé Du Divan à la boîte à orgone (publié dans le numéro 67 “Jouir ?” de la revue Terrain), Andreas Mayer retrace le parcours atypique de ce génial disciple de Freud devenu fou (?) : vers la fin de sa vie, Reich invente toute une série d’instruments pour guérir le cancer ou faire tomber la pluie, puis meurt d’une crise cardiaque en prison. Drôle de parcours.

Faut-il s’assoir derrière ou devant le patient ? 

Tout commence avec une dispute autour du « divan ». « L’aménagement du dispositif psychanalytique, dans sa forme dite classique et bien connue, place l’analyste dans un fauteuil, derrière le patient lui-même allongé sur un lit de repos ou un divan. » La cure psychanalytique repose sur l’asymétrie : le patient parle à un médecin invisible, souvent silencieux, qui le regarde et l’écoute. Lorsqu’il met au point sa technique, Freud fait l’impasse sur les corps, qui sont immobilisés dans des postures propices à la mise en contact des inconscients. « Pourvu que “ça” parle », résume Andreas Mayer, c’est tout ce qui compte. « L’interdiction de toucher le patient ou d’avoir des rapports sexuels avec lui (la règle d’abstinence) trouve selon Freud sa justification dans le fait que celui-ci ne peut que s’attacher à son analyste ». Lorsqu’il interdit tout rapprochement physique entre le médecin et le patient (et cela dès 1905 avec ses Trois Essais sur la théorie sexuelle), Freud fait la révolution. Jusqu’ici, les savants traitaient les malades en les auscultant, en les manipulant, en les hypnotisant, au besoin. Désormais, le médecin doit tenir le corps à distance.

Reich appuie l’analyse sur le langage corporel 

Reich a 22 ans lorsqu’il rejoint les institutions psychanalytiques. Il devient le plus jeune collaborateur intégré au cercle intime de Freud, à Vienne. Dès le milieu des années 1920, il dirige le séminaire technique de la Société viennoise de psychanalyse. Sa contribution est énorme : ayant le désir réhabiliter le corps en psychanalyse, il s’intéresse tout autant, sinon plus, au langage corporel des patients qu’à leurs paroles. Il détecte les mensonges dans une crispation du visage et les non-dits dans un regard de biais… Un patient témoigne : « Sa faculté à détecter le moindre mouvement, la plus légère inflexion de la voix, le plus subtil changement dans l’expression, était sans commune mesure…» Andreas Mayer résume : « Au lieu de se borner à interpréter ce que le patient dit au cours de la séance, Reich s’installe en face de lui pour observer et décrire sa posture de façon minutieuse : c’est ainsi qu’il peut corriger par des interventions directes les crispations musculaires qui sont selon lui l’expression directe d’une angoisse névrotique et d’une “stase libidinale”. » Reich non seulement s’assoit en face des patients mais décrypte leurs signaux corporels, mettant à mal les règles mises au point par Freud.

La répression sexuelle, moteur de l’esclavage des masses 

Reich ne se contente pas de bouleverser le dispositif de la cure. Il défend une idée que Freud a abandonnée, attaquant de front les positions du maître. En 1908, Freud disait « La morale sexuelle “civilisée” est la maladie nerveuse des temps modernes » (2), soulignant « l’influence nocive » de cette répression exercée par la société. Mais Freud change d’avis : l’individu doit apprendre à subordonner sa sexualité aux exigences de la civilisation, dit-il. Sans refoulement, pas de vie sociale, ni d’évolution culturelle. Reich n’adhère pas à cette théorie. Pour lui, le refoulement – générateur de névroses – fait le lit des tyrannies. L’ordre capitaliste, dit-il, repose tout entier sur la répression sexuelle, qui permet d’obtenir la soumission des individus. L’émancipation du peuple doit passer par sa libération sexuelle. En 1931, il fonde à Berlin l’Association pour une politique sexuelle prolétarienne (SEXPOL) qui attire plus de 100 000 adhérents et donne des consultations gratuites. En 1933, il publie Psychologie de masse du fascisme, insistant sur le lien qui unit les névroses et la «peste émotionnelle» à l’origine du fascisme (3). Comble de l’ironie, il est expulsé du Parti communiste allemand en 1933, au moment même où la NSDAP met sa tête à prix.

Libidométrie : mesurer le fluide sexuel 

1933, c’est aussi l’année qui marque son exclusion de l’association psychanalytique internationale. Chassé de l’Allemagne nazie, il fuit d’abord en Autriche, puis au Danemark et en Suède avant d’atterrir en Norvège où il se livre à « des expériences inédites », ainsi décrits par Andreas Mayer : dans son laboratoire, des cobayes branchés sur des appareils de mesure «sont invités à se masturber ou à se laisser stimuler par des baisers, des attouchements, etc», tandis que Reich, dans une autre pièce, enregistre les oscillations enregistrées par les électrodes. Reich est alors persuadé que l’orgasme plaisant (le bon orgasme) dégage une énergie qu’il assimile à de l’électricité. « Selon sa fameuse doctrine, l’orgasme constitue la source vitale des individus et des sociétés, contenant la promesse d’une transformation profonde de celles-ci : c’est par la libération de la “puissance orgasmique” qu’adviendra la “révolution sexuelle” ». Pour aider ses patients à se libérer (faire sauter leurs inhibitions), il met ensuite au point une technique inédite – la végétothérapie – qui consiste pour le médecin à masser le patient allongé nu devant lui. Il ne s’agit pas de faire jouir le patient, mais… presque.

Et si ce fluide s’appelait… l’orgone ? 

« Etape suivante et finale de son parcours, qui se déroule en Norvège pour s’achever aux États-Unis, Reich crée le dispositif qui le rendra mondialement célèbre mais qui scellera sa chute : l’accumulateur d’orgone. » Vers 1939, Reich change en effet d’avis concernant la nature de ce fluide sexuel qu’il s’efforçait jusqu’ici de traquer à l’aide d’oscillographes… Ce n’est pas de l’électricité. Et si cette énergie relevait d’une substance encore inconnue ? Il la baptise « orgone ». Il affirme que l’orgone est l’énergie de la vie elle-même. Il devient le fondateur de l’ergonomie, « une fringe science pratiquée sur le campus d’Orgonon dans le Maine – où Reich a érigé sa propre station d’observation. » C’est là, dans cette grande propriété du Maine achetée en 1945, entre les vastes parterres de fleurs et le panorama des montagnes, que Reich met au point des canons nommés « Cloudbusters » (brise-nuages) et « DOR busters » (extincteurs de Radiations Orgone de Mort), machines censées disperser l’énergie négative des nuages, dont le fils de Reich prétend qu’il s’est servi, un jour, pour pourchasser une soucoupe volante (4)…

C’est là surtout que sont fabriquées les boîtes à orgone, dont je vous parlerai dans le post suivant.

Parlez-vous Lacan ? (2/4) « Je suis celui qui a lu Freud » | France culture 27/03/2018



Un bébé se regardant dans un miroir
Comment considérer l'apport freudien dans le travail de Lacan ? 

Quelles sont ses propres grandes contributions à la psychanalyse ?

Freud est un père mort mais décidément bien vivant. 

Lacan se présente en 1966 comme celui qui a lu Freud et dira ensuite : "Libre à vous d'être lacanien, si cela vous chante, pour ce qui me concerne, je suis freudien".

Le texte du jour

"Le sens d’un retour à Freud, c’est un retour au sens de Freud. Et le sens de ce qu’a dit Freud peut être communiqué à quiconque parce que, même adressé à tous, chacun y sera intéressé : un mot suffira pour le faire sentir, la découverte de Freud met en question la vérité, et il n’est personne qui ne soit personnellement concerné par la vérité. Avouez que voilà un propos bien étrange que de vous jeter à la tête ce mot qui passe presque pour mal famé, d’être proscrit des bonnes compagnies. Je demande pourtant s’il n’est pas inscrit au cœur même de la pratique analytique, puisque aussi bien celle-ci toujours refait la découverte du pouvoir de la vérité en nous et jusqu’en notre chair. (…) Si Freud n’a pas apporté autre chose à la connaissance de l’homme que cette vérité qu’il y a du véritable, il n’y a pas de découverte freudienne. (…) Son objectivité est en effet strictement liée à la situation analytique, laquelle entre les quatre murs qui limitent son champ, se passe fort bien qu’on sache où est le nord puisqu’on l’y confond avec l’axe du divan, tenu pour dirigé vers la personne de l’analyste. La psychanalyse est la science des mirages qui s’établissent dans ce champ. Expérience unique, au demeurant, assez abjecte, mais qui ne saurait être trop recommandée à ceux qui veulent s’introduire au principe des folies de l’homme, car, pour se montrer parente de toute une gamme d’aliénations, elle les éclaire." 

Jacques Lacan, Les Ecrits I, Le Seuil, 1966, p. 212 et 213 (Le retour à Freud)

Freud, de l’autre côté du divan | France culture 31/10/2019



Derrière le psychanalyste, quel scientifique était Sigmund Freud ? Médecine, biologie, neurologie, quels ont été les divers travaux de Freud dans la première partie de sa carrière ? De la neuropathologie, comment s’est il intéressé à la psychiatrie et ses troubles ?

En partant de la neuropathologie,
comment Freud s’est-il intéressé à la psychiatrie ?

Il y a des noms qui font frémir les amateurs de science, parfois pour de très mauvaises raisons. 

C’est le cas de Sigmund Freud, dont la théorie psychanalytique est considérée par les poppériens comme une pseudo-science, impossible à vérifier ou réfuter expérimentalement. 

Mais c’est oublier un peu vite qu’avant cette théorie, FREUD a eu une longue carrière de neurobiologiste et de psychiatre, qu’il a notamment travaillé sur les paralysies et l’hystérie auprès de Charcot, et que ses travaux lui ont valu le fait d’être proposé 12 fois au Prix Nobel de Médecine. C’est de ce Freud-ci dont nous allons aujourd’hui vous parler.

Freud, de l’autre côté du divan : c’est le programme préanalytique qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

Et pour évoquer ces contributions scientifiques et comment elles débouchèrent, in fine, à la formalisation de la psychanalyse, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences au laboratoire SPHERE de l’Université Paris-Diderot et Andreas Mayer, historien et sociologue, directeur de recherche CNRS affilié au centre Alexandre Koyré à l’EHESS.

Le reportage du jour

Freud sera marqué par les travaux du neurologue Jean-Martin Charcot. Lors d’un séjour à Paris, il fait un stage à l’Ecole de la Salpêtrière entre octobre 1885 et février 1886 et assiste aux leçons du mardi données par ce grand savant sur l’étude et le traitement de l’hystérie. Reportage à la bibliothèque Charcot, sur le site de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, avec le conservateur en charge de ces collections Florian Horrein. Par Céline Loozen :

Les repères
  • Sigismund Freud, de son vrai nom, est né le 6 mai 1856, à Freiberg en Moravie (actuelle république Tchèque), dans l’Empire austro-hongrois. Après un parcours scolaire brillant, il s’engage à l’université de Vienne dans un cursus de médecine, d’où il sort diplômé à l’âge de 25 ans.
  • Il entame ensuite plusieurs séjours de formations scientifiques auprès de grands médecins savants entre Trieste, Paris et Berlin pour étudier la biologie, la zoologie, la physiologie et la neuropathologie. Dans cette période, il fera des rencontres déterminantes pour la suite de sa carrière, notamment le médecin autrichien Josef Breuer, qui vont guider son approche “scientiste” et matérialiste du vivant.
  • Après un stage marquant auprès du neurologue Jean-Martin Charcot à l’Ecole de la Salpêtrière de Paris, il découvre les méthode d’hypnose pour traiter l’hystérie à travers des leçons spectaculaires et publiques. Il revient à Vienne début 1886 pour étudier le système nerveux, et se spécialiser en neuropathologie. Il va étudier de nombreux patients à l’hôpital de Vienne et approfondir l’examen clinique de cas multiples de paralysies. Il va en parallèle développer des méthodes d’observation histologiques.
  • Ses travaux en neurologie lui feront gagner en notoriété dont il a besoin. Après avoir épousé Martha Bernays, une fille de commerçant, il doit subvenir aux besoin de son foyer et de ses six enfants. Le besoin d’ouvrir un cabinet et de se doter d’une bonne clientèle sera source d’ennui car le détourne de son activité primordiale : la recherche médicale. Cela ne l’empêchera pas de publier des travaux nombreux en neurologie et la neuropharmacologie, comme l’étude des effets dopants et anesthésiants de la cocaïne.
  • Progressivement, et avec ses proches collaborateurs, il va s’intéresser à l’hystérie et l’étude de ses causes. A l’époque, l’étiologie concernant ces troubles psychiatriques est divisée. Il va se pencher sur le cas qui deviendra célèbre d’Anna O, avec l’hypnose et la méthode cathartique développée par Breuer. Ensemble, ils publient Etudes sur l’hystérie, qui deviendra une référence pour la communauté. Puis, suivant son anti-dogmatisme naturel, il va se détacher de ces méthodes pour instaurer lui-même une nouvelle approche : le transfert et la cure psychanalytique. La psychanalyse, qu’il invente, vers 1896, repose sur la recherche des souvenirs archaïques en lien avec les symptômes, via la libre association des idées. Il rompt ainsi avec toute tradition médicale et les idées de ses collaborateurs.