Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

Saisir des mots clefs à rechercher

dimanche 26 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Covid-19 : comprendre la croissance exponentielle d’une pandémie, un défi cognitif pour la population, par Etienne Meyer-Vacherand | Le Temps 08 juillet 2020

Une étude menée par des chercheurs allemands aux Etats-Unis met en évidence la difficulté de la population à appréhender la croissance explosive de ce type de courbes. Un biais qui a un impact sur l’adhésion aux mesures de distanciation physique.

Aux Etats-Unis, la propagation du SARS-CoV-2 s’est accélérée ces derniers jours, notamment dans les Etats du Sud. Dans certains d’entre eux, les mesures d’isolement avaient entraîné des manifestations en avril. De l’autre côté de l’océan Atlantique, le déconfinement de la majorité des pays européens a aussi entraîné un certain relâchement dans les mesures de distanciation physique.

Des chercheurs allemands se sont livrés à une analyse regroupant trois études menées aux Etats-Unis pour comprendre pourquoi une importante partie de la population a du mal à accepter et à comprendre l’utilité de ces mesures. Les résultats, publiés par la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), mettent en évidence l’impact d’un biais cognitif, le biais de croissance exponentielle, sur l’adhésion de la population aux règles de distanciation.

>>> Le point sur l’épidémie due au coronavirus qui progresse inexorablement en Amérique

La courbe exponentielle décrit un phénomène explosif, qui peut avoir cours dans les premiers temps d’une pandémie : si le nombre de nouvelles infections double tous les trois jours, cela signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de trois jours. Ce phénomène d’emballement est difficile à appréhender, selon les expériences rapportées dans PNAS.

Le modèle linéaire comme référence

Ces trois études ont été menées sur trois groupes différents de plus de 500 personnes pendant la deuxième partie du mois de mars, alors que la croissance de l’épidémie s’emballait aux Etats-Unis. Pour la première étude, les chercheurs ont demandé aux participants d’estimer le nombre de nouveaux cas sur les cinq jours passés. Sur les trois premiers jours de la semaine, ces derniers ont tendance à surestimer le nombre de cas, mais la tendance s’inverse sur les deux derniers jours. Ainsi, sur l’ensemble de la période, les personnes interrogées ont en moyenne sous-estimé la croissance de l’épidémie de 45,7 % par rapport à son évolution réelle. Cette double tendance s’explique par la difficulté à appréhender la propagation exponentielle du virus. Les estimations de la majorité des participants suivent en fait un modèle linéaire d’évolution de l’épidémie.

Les chercheurs ont également cherché à mettre en évidence l’influence des convictions politiques sur les estimations des participants. Globalement, ceux se considérant comme conservateurs ont eu plus de mal à estimer la vitesse de diffusion du virus que ceux se présentant comme libéraux. Pour autant, les auteurs indiquent que les conservateurs ne sous-estimaient pas l’ampleur du problème. Ils ont même eu tendance à davantage surestimer le nombre de cas que les libéraux pendant les trois premiers jours, mais ils ont eu plus de mal à prendre en compte la rapidité avec laquelle les cas se sont effectivement multipliés.

Pour la deuxième étude, les chercheurs ont répété les conditions de la première expérience, mais en séparant le deuxième groupe en deux sous-groupes. La moitié des participants ont reçu un message d’avertissement leur indiquant que la plupart des personnes n’arrivaient pas à estimer correctement la vitesse de propagation du Covid-19 et qu’« aux Etats-Unis (comme dans presque tous les autres pays) le nombre de patients double et continue de doubler tous les trois jours ». Encore une fois, les deux groupes ont eu tendance à surestimer le nombre de cas dans un premier temps, puis à le sous-estimer ensuite. Toutefois, les estimations du groupe ayant reçu l’avertissement se sont révélées plus proches de l’évolution réelle de la maladie que celles du groupe de contrôle.

Un biais qui peut être corrigé

Cette difficulté à appréhender le phénomène de croissance exponentielle a déjà été mise en évidence dans d’autres études, notamment dans le domaine économique. En 2009, des chercheurs avaient montré que les ménages touchés par ce biais avaient tendance à emprunter plus et à épargner moins. Une autre étude, de 2015, a révélé que plus une personne était touchée par ce biais, plus elle se montrait confiante dans sa capacité à évaluer une croissance exponentielle. Les chercheurs notent également que les participants avertis ont davantage tendance à soutenir les mesures de distanciation physique.

Pour la troisième étude, ils se sont donc demandé s’il était possible de corriger ce biais. Cette fois, l’ensemble des participants du troisième groupe (scindé en deux) ont reçu les chiffres de l’évolution réelle du nombre de cas aux Etats-Unis ainsi que l’avertissement sur l’incapacité des gens à appréhender cette croissance exponentielle. Il leur a ensuite été demandé d’estimer l’évolution de l’épidémie sur les quinze jours à venir. Le sous-groupe de contrôle a dû donner directement le nombre de cas à la fin de la période, tandis que le second devait estimer l’évolution du virus en cinq étapes espacées de trois jours. Le second groupe a donné des estimations proches d’une courbe exponentielle et un résultat final supérieur de 173 % par rapport au groupe de contrôle.

Ce dernier volet montre qu’en demandant à certains participants de prendre en compte différentes étapes de progression du nombre de cas dans le futur, ils ont une meilleure compréhension des effets d’une croissance exponentielle de l’épidémie et soutiennent davantage les mesures de distanciation physique. Pour les auteurs, ces résultats montrent à quel point l’impact de ce biais cognitif est important dans la perception que la population a de l’épidémie et quant à son soutien aux mesures de distanciation physique. Ils soulignent également que, dans le cadre d’une crise aussi médiatisée que celle du Covid-19, il est possible de corriger ce travers en avertissant la population.

Etienne Meyer-Vacherand ("Le Temps")

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Fonction exponentielle : à tout Euler ( Cliquer sur l'image ) | France culture 19/11/2020

À retrouver dans l'émission LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE par Nicolas Martin

Qu’est-ce que la fonction exponentielle ? Quand et comment a-t-elle été découverte, et quelles sont ses applications ? Quel lien avec la “croissance exponentielle”, souvent utilisée pour désigner la progression du Covid-19 ?

Jamais n’aurons-nous été, depuis 10 mois maintenant, aussi exposés à la notion de croissance exponentielle. Depuis la toute première vague, et les lanceurs d’alerte autoproclamés qui assuraient que la courbe épidémique suivait une fonction exponentielle, jusqu’aux comptes rendus des responsables politiques qui nous disent, et répètent, que le confinement est rendu obligatoire parce que la maladie suit à nouveau une croissance exponentielle, nous nous sommes demandés si la notion d’exponentielle était si facile à comprendre que ça. Et du coup, on vous explique tout aujourd’hui, depuis sa formalisation par Euler jusqu’à son application à l’épidémie de Covid et même celle de votre Livret A.

Fonction exponentielle : à toute Euler ! C’est le programme qui monte qui monte qui monte pour l'heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

Et pour faire le tour de cette notion, comprendre comment elle a été élaborée et l’appliquer par la suite à la situation pandémique présente, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Hervé Lehning, professeur de mathématiques, écrivain et journaliste scientifique, auteur notamment de “Toutes les mathématiques du monde”, aux éditions Flammarion, Nicolas Bacaër, chargé de recherches à l’Institut de Recherche pour le Développement en biomathématiques et Roger Mansuy, docteur en mathématiques et enseignant en classes préparatoires au lycée St Louis à Paris, et membre du comité de culture mathématique de l’Institut Henri Poincaré.

Les bases documentaires

Retrouvez le thread de cette émission sur le fil Twitter de La Méthode scientifique.

>>> Modèles compartimentaux en épidémiologie

>>> VOUS AVEZ DIT « MODÈLE » ?

Les références musicales

  • Le titre du jour : "Hurt people, hurt people" par Krill
  • Le générique de début : "Music to watch space girls by" par Leonard Nimoy
  • Le générique de fin : "Says" par Nils Frahm

samedi 25 septembre 2021

Venise, XVIIIème : un crépuscule en musique ( Cliquer sur l'image ) | France culture 21/03/2020

Hommage à la "Sérénissime", cité du jeu et de l'insouciance qui, il y a deux siècles, vivait ses dernières heures de gloire et de faste en s'étourdissant de musique : Vivaldi, Porpora, Johann Hasse ou les voix célestes des castrats.

Le Ridotto, la plus célèbre maison de jeu du Venise
d'alors, d'après le peintre Pietro Longhi (vers 1720)
Voyage dans les eaux troublées d’une lagune. A cette époque, la République de Venise règne sur le monde mais la Cité des Doges vit ses dernières heures de puissance et d'insouciance. 

En 1797, elle chutera sous le joug napoléonien mais d'ici là,  elle “gère joyeusement sa lente agonie” selon la belle formule de l’historien Patrick Barbier. 

Et quelle joie! Quels fastes que ceux de cette ville immortalisée par les vues urbaines et raffinées de Canaletto et les fresques de Tiepolo, mise en scène par Carlo Goldoni, et en musique par Vivaldi, Johann Hasse, Nicola Porpora.

Ville de la fête, du carnaval, du jeu et de l'insouciance, on y croise des pyramides humaines, des anneaux d’or jetés en pleine mer, des croupiers désargentés et des voix d’anges. 

Francesco GUARDI La Piazza San Marco
pendant la fête de l’Ascension 1777
Programmation musicale
  • Anonyme : La biondina in gondoletta - pour ténor et guitare, interprété par Vincenzo Capezzuto, de l'album Gondola (2013) - fond sonore -
  • Archive : Maurice Lever dans l'émission Histoires possibles et impossibles, de Robert Arnaud sur France Inter en 1998
  • Anonyme : Co checca betta e cate, interprété par Carlo Gaifa, sur l'album Canzoni da battello di settecento veneziano (1989)
  • Antonio Vivaldi : Concerto en sol maj rv 532 p 133 - pour 2 mandolines et orchestre : allegro, Claudio Scimone (direction), album Vivaldi à Venise (1966) - fond sonore -
  • Nicola Porpora : Se tu la reggi al volo (Acte I Scène 3 de l'Opéra Ezio), interprété par Max Emanuel Cencic, George Petrou (direction), album Nicola Porpora, Opera Arias (DECCA, 2018)
  • Antonio Vivaldi : Gloria en Ré Majeur RV 589 : Gloria in excelsis Deo, Hervé Niquet (direction), album Vivaldi, Gloria et Magnificat (2015) - fond sonore -
  • Antonio Vivaldi : Juditha triumphans RV 644 : Arma caedes vindictae furores (1ère partie), Alessandro de Marchi (direction) de l'album Juditha Triumphans (2000)
  • Antonio Vivaldi : Les quatre saisons op 8 nº1 a 4 / L'hiver : concerto en fa min op 8 nº4 p  442 rv 297 - allegro non molto - pour violon et cordes, interprété par Fabio Biondi (violon) et l'orchestre Europa Galante, album Vivaldi, Les quatre saisons (1991)
  • Nicola Porpora : Allegro du concerto en Sol Maj pour violoncelle cordes et basse continue, interprété par Gaetano Nasillo (violoncelle), Chiara Banchini (direction), album Concerti Napoletani per Violoncello (2005) - fond sonore -
  • Nicola Porpora : Sinfonia da camera en mi min op 2 n°5 : Allegro, Stefano Molardi (direction), album Viaggio a Venezia (2008)
  • Nicola Porpora : Semiramide riconosciuta : Si pietoso il tuo labbro (Mirteo), interprété par Philippe Jaroussky, Andrea Marcon (direction), album Jarroussky, Farinelli, Porpora Arias (2013)
  • Johann Adolf Hasse : Artaserse : ouverture, Christophe Rousset (direction), bande-originale du film Farinelli de Gérard Corbiau (1994) - fond sonore -
  • Riccardo Broschi : Artaserse : Son qual nave ch'agitata (Acte III Scène 1), interprété par Cécilia Bartoli, Giovanni Antonini (direction), orchestre Il Giardino harmonico, album Sacrificium (2009)
  • Alessandro Moreschi : Domine salvum fac pontificem nostrum leonem, enregistré en 1902, du compositeur Giovanni Aldega, album Alessandro Moreschi, le dernier castrat (2011)
  • Antonio Vivaldi : Nisi dominus RV 608 : Cum dederit , interprété par James Bowman, Christopher Hogwood (direction), album Vivaldi Stabat Mater, Nisi Dominus (1975)
  • Archive : Extrait de l’émission Heure de culture française, diffusée sur la Chaîne nationale le 18 juillet 1952
  • Charles Aznavour : Com è triste Venizia (Que c'est triste Venise), écrite par Françoise Dorin (1964)

Ombra Mai Fu


"Ombra mai fu, l’air d’ouverture de l’opéra Xerxes (Serse, en français) de Haendel, est un chant d’amour assez particulier, puisqu’il s’adresse… à un arbre! Xerxès, roi de Perse, vante l’ombrage d’un platane… Cette pièce très douce, comme peut l’être le repos à l’ombre d’un bel arbre, est aussi connue sous le nom de Larghetto de Haendel. L’opéra a été un échec à ses débuts, notamment parce qu’il mêlait des éléments tragiques et comiques, ce qui allait à l’encontre du bon goût d’alors…"

Gluck: O Malheureuse Iphigenie!


>>> Laclos/Frears : « Ce n’est pas ma faute »

Que ce soit dans le roman ou dans le film, il est difficile de ne pas retenir cette phrase terrible. Aussi vous proposé-je de voir en quoi cette lettre et séquence constituent-ils une fracture.

I- Une scène de rupture

Ce passage met fin aux relations entre Valmont et Tourvel. De fait, par la lettre, il lui signifie clairement qu’il ne désire plus la voir. De plus, le fait de scander son discours de la sorte montre bien que le dialogue est rompu. Dans le film, ceci est augmenté puisque non seulement Valmont le ressasse à Tourvel mais il joint aussi les gestes à la parole, faisant preuve d’une extrême violence au point de la tirer par les cheveux.

II- Un personnage en conflit avec lui-même

Pour autant, ce passage nous révèle à quel point il y a eu un changement chez Valmont. En effet, lorsqu’il rompt avec Tourvel, ce n’est plus selon son bon plaisir mais simplement dans la perspective de voir son pacte honoré. Or, lorsqu’il va réclamer sa récompense, il en profite pour dire que ce qu’il y aurait de plus exemplaire serait de renouer avec Tourvel après lui avoir fait subir une telle humiliation. On peut penser alors qu’il regrette la fin d’une relation qui lui a permis de connaître l’amour vrai. Ceci est corroboré par les mots qu’il emploie dans ses lettres pour décrire sa relation avec sa belle dévote, mots qui semblent sincères et qui ne sont pas sans passer inaperçus du côté de Merteuil. Ce parti-pris est aussi celui de Frears. Lors de la scène de rupture, on assiste à une sorte de dédoublement de personnalité via le miroir du salon de Tourvel. Effectivement, Valmont hésite en rentrant puis, après s’être jeté aux pieds de sa victime, il se redresse et compose son personnage. Ainsi, ce n’est plus le Valmont amoureux mais le reflet du Valmont libertin qui s’exprime dans toute la séquence. Quant à sa souffrance, elle est bien réelle puisque, une fois la porte passée, symbole d’une autre frontière, il s’adosse à celle-ci pour ensuite se diriger d’un pas vengeur chez Merteuil. On peut noter en dernier lieu que chez cette dernière il nous apparaît comme décomposé, ivre de rage et de désespoir d’avoir eu à se livrer à une telle extrémité.

III- Une fracture entre les deux libertins

Par cette scène, on peut voir aussi que Valmont est complètement soumis à Merteuil. Autant il faisait preuve d’indépendance à l’égard de celle-ci au point, par exemple, de refuser la proposition de séduction de Cécile pour se consacrer à son propre projet, autant là il suit les directives de son ancienne complice, au point de reprendre à son compte les propres mots de la marquise. Cet ultime effort pour satisfaire à ses caprices, non payé de retour, va être à l’origine de la guerre entre les deux libertins pour lesquels une entente n’est plus possible. C’est d’ailleurs en ce sens que Frears recompose son dialogue en rendant par la même occasion plus explicite le lien entre l’épisode du « ce n’est pas ma faute » et le duel qui se joue entre Merteuil et Valmont.

Emmanuelle Colas

jeudi 23 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Introduction aux mondes africains médiévaux, par François-Xavier Fauvelle ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

François-Xavier Fauvelle analyse la conversation qu’ont entretenue les sociétés africaines médiévales avec les mondes extérieurs, le Dar-al-Islam, le christianisme, les marchands et diplomates étrangers...

À retrouver dans l'émission LES COURS DU COLLÈGE DE FRANCE

TOUS LES ÉPISODES


>>> Comment l'Afrique ne fut pas découverte

Quelle est la "géographie de la méconnaissance de l’Afrique" ? L’historien François-Xavier Fauvelle analyse les problèmes de représentation et de dénomination...


>>> Périples antiques et circumnavigations de l’Afrique

Quelles sont les limites de l'Afrique dans l'Antiquité? Quelle représentation, ou plutôt "imago", en avait l’Egypte des pharaons ? François-Xavier Fauvelle...


>>> Une Afrique contournée et méconnue

De quelle façon les récits de circumnavigation de l'Afrique sont-ils "bons à penser"? s’interroge François-Xavier Fauvelle. L'historien propose d'analyser...


>>> Le mystère de la perle bleue de Ketetiya

Que nous dit la perle bleue des alizées, d'origine indo-pacifique, trouvée sur le site archéologique, à Ketetiya, petit village éthiopien ? L'historien...


>>> Le Sahara n’est pas une Méditerranée

Quels sont les nouveaux fronts commerciaux et religieux qui apparaissent en Éthiopie et en Nubie? Demande l’historien de l’Afrique médiévale, François-Xavier...


>>> Interactions transsahariennes et transocéaniques dans l’Afrique médiévale

Quel est le "paysage religieux du Sahel occidental au milieu du XIe siècle"? s'interroge l'historien François-Xavier Fauvelle avant de se pencher sur "l’apogée...


>>> Pourquoi offrir une girafe ?

Pourquoi offrir des girafes à l’empereur de Chine ? François-Xavier Fauvelle analyse les enseignements que l'on peut tirer des biographie d’animaux, liés...


>>> Des girafes diplomatiques aux caravanes, conversations culturelles médiévales (8/12)

Qui est la girafe de Fès vers 1360-1361? Comment participe-t-elle à l'échange diplomatique entre sultans du Mâli & sultans du Maroc? demande François-Xavier...


>>> Des axes transsahariens

Quelles difficultés pose la représentation des routes transsahariennes? François-Xavier Fauvelle analyse comment un nouveau contexte politique a pu être...


>>> Reflets dans une boule d’or (partie I)

Que signifie la boule d'or que tient Mûsâ, le riche sultan du Mâli, dans la représentation du souverain en majesté, dans l’Atlas catalan, en 1375? demande...


>>> Reflets dans une boule d’or, partie II, les esclaves et l’ivoire

Qu’est-ce qui était exporté dans l’Afrique du Moyen Age? L’historien-archéologue François-Xavier Fauvelle analyse ce que l'on peut savoir de la traite...


>>> Reflets dans une boule d’or, partie III, importations et conversation globale

Quel rôle notable joue une multitude d’étoffes importées, dans le récit fondateur d’une communauté swahilie, insulaire et commerçante? François-Xavier...

Histoires de routes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 22/02/2021

Italie, Toscane - Paysage de
collines des Crete Senesi. 

Droites ou sinueuses, pavées ou goudronnées, orphelines ou en réseau, les routes invitent à la découverte, à la rencontre et à l’échange. 

Des routes antiques à celles de l'esclavage, des pérégrinations beatnik à la voie vers les étoiles, voici une histoire des routes.

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Afrique-Asie-Europe : sur les routes, la rencontre

Nos antiques ancêtres sont de grands voyageurs, sur des routes qui les conduisent jusqu’au bout du monde connu. Si le principal but est le commerce, ces...


>>> Vers la Lune et au-delà, en route pour l’espace

Bien avant d'être en mesure de quitter la Terre, l’homme rêvait déjà d’explorer l’univers. Qu’il s’agisse de voyages antiques ou d’explorations plus proches...


>>> Les routes de l’esclavage

Les routes de l’esclavage parcourent l’Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes. Certaines existent encore aujourd’hui. Polymorphes, elles ont en...


>>> On the route again, rencontres hallucinées de la Beat Generation

Pour la Beat Generation, la route est synonyme d'expérience. Elle offre une errance émancipatrice pleine de promesses de liberté et d'aventures. En fuite,

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Coup de poker sur l'essence | Granite Cours 18 sept. 2021


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pétrole, une histoire de pouvoir (2/2) | ARTE 22 sept. 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pétrole, une histoire de pouvoir (1/2) | ARTE 22 sept. 2021


Comment le pétrole, matière première aujourd’hui indispensable, a bouleversé non seulement nos modes de vie et l’économie, mais aussi l’ordre géopolitique mondial ? Un passionnant retour aux sources de l’or noir.

L’apparition de l’or noir fut en son temps une révolution miraculeuse : les lampes à pétrole éclairaient les demeures comme jamais auparavant, les usines employant des machines à moteur décuplaient soudainement leur productivité... Grâce au pétrole, la croissance économique a bondi et la fortune de certains, comme John D. Rockefeller, premier milliardaire de l’histoire, a atteint des sommes record. La médaille, bien sûr, a son revers, notamment l’influence du pétrole sur le cours des deux guerres mondiales.

Goût amer

Marquant le commencement de la dépendance occidentale, le premier choc pétrolier, exposé dans le second épisode du documentaire d’Andreas Sawall, prend rétrospectivement le goût amer d’une occasion manquée : la recherche sur les énergies renouvelables, prometteuse mais sous-investie, aurait pu constituer une porte de sortie. Physiciens, historiens et journalistes prennent la parole dans ce documentaire riche en anecdotes, qui retrace l’avènement du pétrole en tant que matière première indissociable de notre mode de vie. Alors que les États-Unis se sont imposés comme premier producteur mondial, il semble peu probable que l’Occident délaisse cette ressource – indispensable aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et électroniques – dont nous sommes devenus plus que dépendants.

Documentaire d'Andreas Sawall (Allemagne, 2020, 53mn)

Disponible jusqu'au 21/10/2021

INAUGURATION PLACE ROGER LALLEMAND - QUEVAUCAMPTS - 16 OCTOBRE 2021 Via le F P D

Cliquer sur >>> INAUGURATION PLACE ROGER LALLEMAND - QUEVAUCAMPTS-16 OCTOBRE 2021 

France Delbauve, Présidente, au nom des membres du  Centre laïque Francisco Ferrer

mercredi 22 septembre 2021

"Phédon" ou l’art de mourir ' Cliquer sur l'image ) | France culture 22/09/2021

Comment Socrate nous apprend-t-il à mourir ?

Quiconque a lu un dialogue de Platon a peut-être déjà eu cette impression, un peu paradoxale : l'impression d'être un chat qui tombe d'une fenêtre, entre le vertige, le doute, la panique, de voir peu à peu s'effondrer toutes ses convictions, et l'assurance, pourtant, de retomber bien sur ses pieds, réconforté et presque heureux d'en sortir vivant et armé de principes fermes. Le Phédon, ce dialogue où Socrate fait face à sa condamnation à mort, n'échappe pas à cette impression, avec ceci d'encore plus déconcertant : à évoquer le sujet qui nous angoisse le plus - la mort, on en viendrait presque, en refermant ce livre, à regretter d'être encore en vie. Comment parler de la mort pour enfin l'accepter, pourrait-il bien aussi nous apprendre à vivre ?

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> “Ceux qui philosophent droitement s’exercent à mourir”

Dans le "Phédon" de Platon, Socrate, condamné à mort, nous apprend à mourir, délier son âme de son corps... Mais au-delà de se préparer à mourir, Socrate...


>>> Âme will survive ?

Le "Phédon" est-il une démonstration de l’immortalité de l’âme ?


>>> Socrate contre les détracteurs de la raison

Quel est le lien entre l'immortalité de l'âme et l'immatérialité de l'âme ? De quelle réalité fait-elle partie ? Si philosopher consiste à délier l'âme...


>>> Le dernier mot d’un condamné

"Criton, nous devons un coq à Esculape. Payez cette dette, ne soyez pas négligents" : que signifient les derniers mots de Socrate ? Comment sa mort, racontée...


Phédon

Édition de Monique Dixsaut

Le Phédon raconte une mort, celle de Socrate. Mais le récit de ces adieux singuliers est l’occasion de tenir un discours différent à ce sujet. Car Socrate meurt après avoir parlé, après avoir arraché à la mort son « masque » effrayant de sorcière, et en pariant sur l’immortalité de nos âmes.

Avec lui, mort et philosophie se livrent au même travail que Pénélope, défaisant ce que la vie a tissé et délivrant l’âme de l’oubli d’elle-même.

Il est impossible de lire ce dialogue-là tout à fait comme on en lirait un autre. Platon, qui n’assistait ni à ce dernier entretien ni à ces derniers instants du maître, les élève à une vérité plus haute que toute exactitude historique. Et Socrate qui, « demain », ne sera plus là, est présent comme il ne l’a jamais été.

(Présentation de l'éditeur)



Protagoras

Editions Flammarion GF, 1997

Présentation et traduction : Frédérique Ildefonse

Cédant à la demande du jeune Hippocrate, Socrate vient interrompre un meeting de sophistes et demande à voir le plus célèbre et le plus brillant d’entre eux, Protagoras. La question mise à l’ordre du jour est : la vertu peut-elle s’enseigner ? Faute d’avoir préalablement défini la vertu, la réponse à cette question demeurera jusqu’au bout incertaine. Mais le face-à-face entre le philosophe et le sophiste acquiert vite une intensité dramatique rarement égalée dans l’œuvre de Platon. Les pièges se multiplient et le lecteur ne sort pas épargné de cette succession inattendue d’épreuves.

(Présentation de l'éditeur)

Faust ou l’Adjectif mal choisi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 19/09/2021

À retrouver dans l'émission PERSONNAGES EN PERSONNE par Charles Dantzig

Qui est Faust qui a signé un pacte avec Méphistophélès? En échange de son âme, le vieux savant, retrouve une nouvelle jeunesse... mais qu'en est-il de son humanité?

Extrait de "Faust" par F. W. Murnau, 1926, 
  « Faust, tu as pleinement profité de la vie […]
Mais maintenant, tu ne te réjouis plus de rien »

Pour Charles Dantzig, "Faust est un personnage de fiction devenu archétypique"."Quand on dit ‘faustien' aujourd'hui, note-t-il, cela désigne un désir extravagant de jeunesse et cela a très peu à voir avec Faust. L'erreur de l'adjectif est la conséquence du triomphe du nom. Peu de gens ont lu le 'Faust de Goethe', mais ils s'en font une idée. 'Se faire une idée' est une expression qui dit assez franchement l’approximation et l’erreur."

"Marlowe, contemporain de Shakespeare, rappelle Charles Dantzig, a eu l'idée d'écrire sa pièce 'La tragique histoire du Dr Faust', en 1589, à partir d'un Allemand qui avait vécu à la Renaissance. Et voilà la première oeuvre d'art avec Faust, la tragique histoire du docteur Faust. Près de deux siècles plus tard, et un peu de la même façon que Sophocle a eu l'idée d'ajouter un troisième personnage à la tragédie qu'avait inventée Eschyle, Goethe ajoute à Faust et Méphistophélès le personnage de Marguerite, ce qui change considérablement le personnage, lui ajoutant une humanité et lui enlevant peut être de l'orgueil."  

Pour parler de ce personnage dans son authenticité et lui ôter son caractère mythique, Charles Dantzig reçoit Charles Ficat qui publie >>> Faust, chez Bartillat, dans une traduction de l’allemand par Jean Lacoste et Jacques Le Rider - la meilleure édition disponible en France puisqu'elle est la seule à comprendre les trois versions de la pièce de Goethe.

Auteurs :  Christopher Marlowe, 1564-1593. Johann Wolfgang von Goethe, 1749-1832.

Œuvres : De Marlowe, La Tragique Histoire du Dr Faust, 1589, de Goethe, Faust, 1808 et le second Faust, posthume, 1832.

Personnage : Faust.

Extrait de "Faust" par F.W. Murnau

Adaptations : nombreuses, entre autres en littérature par Thomas Mann dans Le Dr Faustus,1947, 

au cinéma, par Friedrich Murnau dans Faust, une légende allemande, 1926, par René Clair dans La Beauté du diable, 1949, 

à l’opéra, par Hector Berlioz dans La Damnation de Faust, 1846 

et par Charles Gounod dans Faust, 1859.


Bibliographie

Goethe, >>> Faust (Urfaust, Faust I, Faust II), Bartillat

Hector Berlioz dans La Damnation de Faust, CD

René Clair, La Beauté du diable, DVD

Charles Gounod dans Faust, CD

Thomas Mann, Le Dr Faustus,

Christopher Marlowe, La Tragique Histoire du Dr Faust

Friedrich Murnau, Faust, une légende allemande, DVD

>>> Dorian Gray ou la Beauté qui porte malheur

>>> Hélène 1 ou l’Antiréaliste antique

>>> Verlaine, >>> « Nuit de Walpurgis classique », Poèmes saturniens (1866)

  • "C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre."
  • "Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement "
  • "Rhythmique. — Imaginez un jardin de Lenôtre," 
  • "Correct, ridicule et charmant. (1re strophe)"

mardi 21 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "Liaisons dangereuses : islamogauchisme, antisémitisme et antisionisme" de Pierre-André Taguieff | Via LES AMIS PHILOSOPHES REIMS Ed. Hermann

Introduction

Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ? Un ensemble d’alliances stratégiques et de convergences idéologiques entre des groupes d’extrême gauche et diverses mouvances islamistes.

Qu’est-ce qu’un islamo-gauchiste ? C’est soit un militant d’extrême gauche qui s’allie avec des groupes islamistes au nom de certains causes supposées révolutionnaires (anticapitalisme, anti-impérialisme, antisionisme, etc.), soit un islamiste qui se rapproche de l’extrême gauche pour des raisons tactico-stratégiques, en épousant certains de ses thèmes mobilisateurs.

Dans les deux cas, l’antiracisme est invoqué. Tout islamo-gauchiste prétend lutter contre le racisme. Mais le « racisme » qu’il combat est avant tout le « racisme systémique », censé structurer les sociétés occidentales, dites encore « blanches ». Il s’ensuit que l’antiracisme des islamo-gauchistes se réduit au projet de détruire les sociétés occidentales accusées d’être intrinsèquement racistes. L’ennemi désigné est donc l’Occident et les sociétés occidentalisées. La « lutte contre le racisme » se transforme en lutte contre le « racisme systémique » ou contre toutes les discriminations dites « systémiques » (de race, de genre, de religion, etc.).

Comme les idéologues décoloniaux, les islamo-gauchistes contemporains ont repris à leur compte cette vision antiraciste du monde, dans laquelle le « racisme systémique » est censé se manifester par un racisme sociétal et un « racisme d’État » caractérisant les sociétés occidentales. Mais ils ne s’en tiennent pas là. Leur thèse fondamentale est que le « racisme d’État » est avant tout une « islamophobie d’État ». Dès lors, la lutte contre le racisme tend à se réduire à la lutte contre l’islamophobie. Il y a là un alignement sur la propagande islamiste.

Ils y ajoutent ce que j’appelle la thèse de la substitution, qui postule que, dans les sociétés occidentales, l’antisémitisme a été aujourd’hui remplacé par l’islamophobie. Ils peuvent en conséquence dénoncer la lutte contre l’antisémitisme comme une stratégie de diversion permettant de détourner l’attention de la véritable menace, l’islamophobie, et du véritable racisme qui est à leurs yeux le « sionisme », un sionisme fantasmé et diabolisé. C’est ainsi que l’islamo-gauchisme s’inscrit dans le champ de la propagande antisioniste.

I. Islamo-nazisme et islamo-gauchisme                

Je commencerai par souligner le fait que mon livre, intitulé Liaisons dangereuses : islamo-nazisme, islamo-gauchisme, n’est pas sous-titré « De l’islamo-nazisme à l’islamo-gauchisme ». Je distingue en effet clairement les deux phénomènes idéologico-politiques et ne suppose pas l’existence d’une continuité entre eux. Dans ce livre, j’analyse deux figures historiques distinctes des liaisons dangereuses entre diverses mouvances de l’islam politique et des courants idéologiques qu’on peut juger extrémistes, dont le point commun est qu’ils se présentent comme révolutionnaires. Car, faut-il le rappeler, le fascisme et le national-socialisme, comme le communisme, se sont présentés comme des mouvements révolutionnaires.

Disons, pour simplifier, qu’il y a, d’un côté, des islamo-révolutionnaires de droite et, de l’autre, des islamo-révolutionnaires de gauche. Dans la terminologie que je propose, les premiers sont des islamo-nazis ou des islamo-fascistes stricto sensu, les seconds des islamo-gauchistes, catégorie générale comprenant plusieurs variantes historiques (islamo-communisme, islamo-tiers-mondisme, islamo-altermondialisme, islamo-décolonialisme). Je distingue donc les deux traditions que sont l’islamo-nazisme et l’islamo-gauchisme. Ce dernier a une préhistoire, qui commence en 1920 avec la collusion islamo-bolchevique, et une histoire, qui commence en 1978-79 avec l’alliance islamo-communiste en Iran. Quant à l’islamo-nazisme, il a une histoire qui commence en 1933, et une post-histoire qui se déroule depuis 1945.

Dans la préhistoire de l’islamo-gauchisme, il faut d’abord remonter au premier « congrès des peuples de l’Orient », organisé du 1er au 8 septembre 1920 à Bakou par l’Internationale communiste qui venait d’être créée. C’est  alors que Lénine définit l’islam comme la religion de « nations opprimées », voire comme une religion opprimée. Il fallait donc se garder d’offenser les sentiments religieux des paysans musulmans pauvres. Le camarade Zinoviev déclara qu’il fallait « susciter une véritable guerre sainte [jihad] contre les capitalistes anglais et français ». Ce fut l’une des premières apparitions d’une convergence islamo-communiste au nom de l’anti-impérialisme. Mais l’idylle a rapidement mal tourné. En 1923, Staline fait arrêter le dirigeant tatar Mirsaid Sultan Galiev, partisan d’un communisme national musulman.

C’est également sous le signe de l’anti-impérialisme que se tint la conférence de Bandung (18-24 avril 1955), la première conférence afro-asiatique qu’on peut considérer comme l’événement fondateur du tiers-mondisme, qui se développera sur la base d’un rejet du colonialisme, de l’impérialisme et du racisme, et donnera une assise idéologique à l’antisionisme radical et à l’anti-occidentalisme qu’on retrouvera plus tard dans le décolonialisme.

Il faut ensuite souligner l’importance de la Révolution khomeinyste, lorsqu’en 1978-1979 le Parti communiste iranien (le Toudeh), comme tous les groupes de l’opposition de gauche au Shah, a soutenu les islamistes chiites dans leur conquête du pouvoir, sous les applaudissements d’une partie des élites intellectuelles occidentales (dont Michel Foucault et Jean-Paul Sartre), qui y voyaient un nouveau modèle de révolution, supposée dotée d’une dimension « spirituelle ». Les communistes iraniens, comme d’autres formations de gauche, ont cru pouvoir jouer la carte de l’alliance avec les islamistes iraniens. Mais après quatre ans de collaboration avec le pouvoir islamiste, le Toudeh fut brutalement détruit en 1983 sur l’ordre de Khomeiny.

Il faut enfin pointer les rapprochements entre islamistes et révolutionnaires marxistes dans les années 1990 à la faveur du mouvement altermondialiste, dans lequel se sont investies notamment des organisations trotskistes, tel, en Grande-Bretagne, le Parti socialiste des travailleurs, le SWP (Socialist Workers Party). À l’automne 1994, Chris Harman, qui fut l’un des dirigeants de ce parti révolutionnaire, publie un long article intitulé « Le Prophète et le Prolétariat ». Dans ce texte important en tant qu’indice d’un tournant idéologique, Harman théorise une alliance stratégique, mais conditionnelle et conjoncturelle, entre socialistes révolutionnaires et islamistes, notamment sur les fronts de l’anti-impérialisme et de l’antiracisme.

Il arrive aussi que des communistes se convertissent à l’islam : ce fut le cas du terroriste marxiste-léniniste Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos. L’itinéraire du camarade Carlos est emblématique : ce militant communiste d’origine vénézuélienne, tiers-mondiste et terroriste international, s’est converti à un islam de combat après avoir épousé la cause palestinienne. Il s’est ensuite reconnu dans le terrorisme jihadiste d’Al-Qaïda, déclarant le 1er novembre 2001 qu’il a éprouvé « un profond soulagement en voyant les héroïques opérations de sacrifice du 11 septembre 2001 » et rendant ainsi hommage au chef charismatique du groupe jihadiste : « Cheikh Oussama Ben Laden est le modèle du moudjahid. C’est un martyr vivant, un pur. » L’anti-impérialisme constitue sa principale motivation, qui justifie ce qu’il appelle lui-même des « convergences » idéologiques : « Tous ceux qui combattent les ennemis de l’humanité, à savoir l’impérialisme états-unien, les sionistes, leurs alliés et leurs agents, sont mes camarades. »     

Qu’on puisse relever des analogies ou des thèmes communs dans les couplages entre les islamistes et leurs alliés d’extrême droite ou d’extrême gauche est une autre question. Par exemple, la haine des Juifs, sous ses différentes formes, se rencontre dans l’islamo-nazisme comme dans l’islamo-gauchisme : le premier privilégie le racisme antijuif à visée judéocidaire, le second l’antisionisme radical, qui rêve d’un israélicide 2. Il en va de même pour l’anti-impérialisme, thématique adaptable à des contextes très différents. On connaît les motivations « anti-impérialistes » des islamistes qui, dans les années trente et au cours de la Seconde Guerre mondiale, se sont alliés avec les nazis ou les fascistes italiens. Il s’agissait pour eux de lutter le plus efficacement possible contre l’Empire britannique, l’Empire français, le sionisme et le communisme.

II. L’antisémitisme au cœur de l’islamo-nazisme

L’antisémitisme a joué le rôle d’un combat fédérateur, en particulier dans l’alliance, nouée dès le printemps 1933, entre les nazis et les islamo-nationalistes palestiniens, sous la haute direction du « Grand Mufti » de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini (1895-1974), antijuif forcené, qui entretenait des liens d’amitié depuis 1927 avec Hassan al-Banna (1906-1949), le fondateur des Frères musulmans l’année suivante. Le 1er avril 1933, les nazis lancent l’opération de boycottage contre les Juifs allemands, stigmatisés comme les plus redoutables « ennemis de l’État ». La réaction d’al-Husseini ne se fait pas attendre : de Jérusalem, la veille du jour de lancement du boycott, il assure les autorités allemandes de son soutien enthousiaste à l’opération antijuive. Dans son télégramme du 31 mars 1933 envoyé à Berlin, le Consul général d’Allemagne à Jérusalem, Heinrich Wolff, rend ainsi compte de sa rencontre avec le « Grand Mufti » :

« Le mufti m’a assuré aujourd’hui que les musulmans, en Palestine et ailleurs, saluaient le nouveau régime de l’Allemagne et espéraient que des formes anti-démocratiques et fascistes de gouvernement s’installeraient dans d’autres pays. L’actuelle influence économique et politique juive est partout nuisible et doit être combattue. Pour atteindre les Juifs dans leur prospérité, les musulmans espèrent que l’Allemagne va lancer un boycott [des biens juifs], qu’ils soutiendraient avec enthousiasme dans tout le monde musulman. »

Sautons quelques années. Le 20 janvier 1941, al-Husseini adresse à Hitler une lettre personnelle dans laquelle il le félicite et le remercie d’avoir pris parti en faveur de la « cause » de la Palestine, face à l’impérialisme britannique et aux « Juifs du monde entier, ennemis dangereux dont les armes secrètes sont la finance, la corruption et les intrigues ». Dans son discours prononcé le 18 décembre 1942, en présence de Joseph Goebbels, à 
l’occasion de la Fête du sacrifice (l’Aïd el-Kebîr), coïncidant avec le jour de l’inauguration de l’Institut islamique central de Berlin, al-Husseini appelle les musulmans à s’engager inconditionnellement dans la guerre aux côtés de l’Allemagne nazie et réitère son 
thème d’accusation majeur visant les Juifs, désignés comme les « ennemis éternels » des arabo-musulmans.

En 1943, Himmler envoie un télégramme à al-Husseini, dans lequel il lui  rappelle que la « lutte contre la juiverie mondiale » (Weltjudentum) a toujours été un principe du NSDAP depuis sa création et l’assure que les nationaux-socialistes soutiendront la lutte des Arabes, et particulièrement ceux de Palestine, contre les « intrus juifs ».

Le 1er mars 1944, dans son émission retransmise par la radio nazie de Berlin, al-Husseini, désireux d’étendre au Moyen-Orient les exterminations de masse conduites par les nazis, incite les Arabes au meurtre des Juifs au nom d’Allah : « Arabes, levez-vous comme des hommes et combattez pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs partout où vous les trouvez. Cela plaît à Dieu, à l’Histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. » 

Le 7 octobre 1944, en Bosnie, devant une soixantaine d’imams de la 13e division de la Waffen-SS, dite « Handschar » (« Poignard »), al-Husseini déclare : « L’islam et le national-socialisme sont très proches l’un de l’autre dans leur combat contre la juiverie. Presque un tiers du Coran traite des Juifs. Il appelle tous les musulmans à se méfier des Juifs et à les combattre partout où ils se trouvent. »

L’itinéraire de l’idéologue nazi Johann von Leers (1902-1965) après la Seconde Guerre mondiale témoigne de la traduction de son antisémitisme biologique en un antisionisme radical. Sous le Troisième Reich, Leers, un protégé de Goebbels, avait la réputation d’être un spécialiste du meurtre rituel chez les Juifs, qu’il caractérisait comme des créatures sataniques aux pulsions criminelles héréditaires. Dans son livre paru en 1944, Die Verbrechernatur der Juden,Leers se prononce clairement en faveur de l’élimination physique des Juifs, et présente comme un « devoir » l’application du « droit de poursuite à l’égard des Juifs dans tous les pays afin de les détruire et de les exterminer (um sie zu vernichten und auszurotten) ». Et de rappeler sa vision légitimatoire de la guerre raciale d’extermination des Juifs :

« Dans la mesure où il est possible de prouver la nature héréditairement criminelle de la juiverie, chaque peuple est non seulement moralement en droit de détruire les criminels héréditaires, mais, plus encore, chaque peuple qui conserve et protège les Juifs se rend coupable du même délit qu’une personne qui se livre à la culture des bacilles du choléra sans respecter les règles de protection obligatoires. »

Sa perception positive des milieux arabes nationalistes ralliés d’une façon ou d’une autre à la vision d’un islam politique est certainement à l’origine de son choix, fin 1955 (à la suite du renversement du régime péroniste, le 21 septembre 1955, dans l’Argentine où il s’était réfugié), de trouver refuge en Égypte, où il s’installe au printemps 1956. Le « Grand Mufti » l’accueille au Caire par un chaleureux discours de bienvenue : « Nous vous remercions d’être venu jusqu’ici reprendre le combat contre les puissances des ténèbres incarnées dans la juiverie mondiale. » Converti à l’islam l’année suivante avec la bénédiction d’al-Husseini, Leers prend le nom d’Omar Amin, devenant « Omar Amin von Leers ». Le 25 novembre 1957, dans une lettre à son ami et admirateur Harold Keith Thompson, nazi américain qui avait été un agent spécial du SD, il explique pourquoi, lors de sa conversion officielle à l’islam, il a choisi d’adopter les prénoms Omar et Amin : « J’ai moi-même embrassé l’islam et accepté le nouveau prénom Omar Amin, Omar en référence au grand calife Omar qui fut un implacable ennemi des Juifs, Amin en l’honneur de mon ami Haj Amin al-Husseini, le Grand Mufti. »  Leers organise ensuite au Caire, avec Mahmoud Saleh, ancien agent du Welt-Dienst (ou Service mondial, organisme nazi de propagande antijuive fondé en 1933) et collaborateur d’al-Husseini, l’Institut d’étude du sionisme. Il sera jusqu’à sa mort, en 1965, employé par la division de la propagande anti-israélienne au ministère égyptien de l’Intérieur. Il fut notamment speaker à l’émission de radio La Voix des Arabes, qui diffusait en plusieurs langues.

Dans mon livre, j’analyse la nazification de l’islam autant que l’islamisation du nazisme, notamment chez les nazis qui, réfugiés au Moyen-Orient après 1945, se convertirent en masse à l’islam et transformèrent leur antisémitisme en un antisionisme radical visant l’anéantissement de l’État d’Israël. En reconnaissant dans le nazisme l’essentiel de sa vision propre de l’islam, al-Husseini a nazifié l’islam. En reconnaissant dans un islam jihadiste sa conception antijuive du monde, l’hitlérien Leers a fait le chemin inverse : il a islamisé le nazisme.

Après avoir quitté l’Allemagne le 7 mai 1945 pour atterrir à Berne, le criminel de guerreal-Husseini est aussitôt remis par les autorités suisses à la 1ère armée française. À la mi-mai 1945,il est transféré en France pour y être assigné à résidence avec ses deux secrétaires, bénéficiant du statut de réfugié politique, dans une villa confortable de la banlieue parisienne placée sous surveillance policière. Un an plus tard,le 29 mai 1946, al-Husseini réussit, grâce à la bienveillance, voire à la complicité des autorités françaises soumises à la pression des pays arabes, à s’enfuir en Égypte. Le 11 juin 1946, Hassan al-Banna, en tant que guide spirituel des Frères musulmans, lui souhaite la bienvenue :

« Les cœurs des Arabes ont palpité de joie en apprenant que le mufti avait réussi à rejoindre un pays arabe. La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre aux oreilles de certains tyrans américains, britanniques et juifs. Le lion est enfin libre et écumera la jungle arabe pour en chasser tous les loups. (…) Le mufti est la Palestine, et la Palestine est le mufti. (…) Quel héros, quel miracle que cet homme. (…) Oui, ce héros qui a défié un empire et a combattu le sionisme, avec l’aide de Hitler et de l’Allemagne. L’Allemagne et Hitler ont disparu, mais Amin al-Husseini continuera le combat. » 

Les héritiers palestiniens par excellence d’al-Husseini et d’al-Banna ne sont autres que les fondateurs du « Mouvement de la résistance islamique », le Hamas, qui, lancé peu après le déclenchement de la première Intifada (le 9 décembre 1987) par le cheikh Ahmed Yassine, se présente comme l’« une des branches des Frères musulmans en Palestine », selon l’article 2 de la Charte du Hamas. On connaît la prophétie menaçante d’al-Banna qu’on trouve citée dans le préambule de ladite Charte, rendue publique le 18 août 1988 : « Israël s’élèvera et restera en place jusqu’à ce que l’Islam l’élimine, comme il a éliminé ses prédécesseurs. » Khalil Koka, l’un des fondateurs du Hamas, a exposé sans fard la vision islamo-palestinienne de la nouvelle « question juive » au Moyen-Orient : « Dieu a rassemblé les Juifs en Palestine non pas pour leur offrir une patrie, mais pour y creuser leur tombe et débarrasser le monde de leur présence polluante. » Le projet génocidaire se reformule ainsi en s’adaptant au contexte.

Le 10 mai 2016, Yusuf Ida’is, ministre des lieux saints de l’Autorité palestinienne, déclarait au cours de la septième Conférence islamique internationale Bayt al-Maqdis (le Temple du sanctuaire) à Ramallah :

« Cette conférence est une continuation de la première Conférence islamique Bayt al-Maqdis tenue par le défunt mufti Haj Amin al-Husseini sur le sol palestinien en 1931, et aujourd’hui nous marchons sur son chemin en suivant les instructions du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. »

Cette déclaration, en dépit de son caractère explosif, n’a pas fait scandale, elle n’a même pas provoqué un débat. Et l’on en est droit de s’en étonner. Elle présente en effet d’une façon officielle, comme une évidence bonne à rappeler, que Mahmoud Abbas (né en 1935) est aujourd’hui, après Yasser Arafat (1929-2004), l’héritier du Grand Mufti de Jérusalem. Début juillet 1974, Arafat était présent à Beyrouth, aux côtés d’Abou Iyad (nom de guerre de Salah Khalaf) et d’autres hauts dirigeants du Fatah et de l’OLP, à l’enterrement d’al-Husseini, célébré dans un communiqué comme « le grand leader palestinien ». 

En août 2002, dans une interview donnée au quotidien arabe publié à Londres, Al-Quds, Arafat célèbre Haj Amin en l’appelant « notre héros », un « héros » que les Occidentaux furent incapables d’écarter. Preuve, selon Arafat, que les Palestiniens sont « un peuple puissant ». Et de préciser : « Il y eut nombre de tentatives pour se débarrasser de Haj Amin, qu’ils [les Occidentaux] considéraient comme un allié des nazis. Mais cependant il vécut au Caire et participa à la guerre de 1948, et je fus moi-même l’un de ses soldats. »

Dans les discours de propagande islamo-gauchistes contemporains, on retrouve les thématiques anti-impérialiste et antisioniste, mais l’ennemi principal est l’Occident capitaliste, colonialiste et « raciste », le racisme étant un attribut des seuls « Blancs » (« sionistes » compris) et le « racisme systémique » le propre des « sociétés blanches ». Tel est le dogme fondamental des idéologues décoloniaux et identitaires qui se réclament de l’« antiracisme politique », antiracisme hémiplégique masquant un racisme anti-Blancs non assumé et un antisionisme radical, visant la destruction d’Israël, accusé d’être un « État raciste » ou « d’apartheid ».

Enfin, dans le discours de propagande des deux traditions idéologiquement hybrides, on trouve un balancement stratégique entre la présentation compassionnelle du musulman-victime (du colonialisme, du racisme, etc.) et la célébration héroïsante du musulman-rebelle, du moudjahid, du combattant pour la foi. D’une part, la figure du colonisé-discriminé-« racisé » et, d’autre part, celle du justicier-guerrier, le jihadiste.

III. L’antisionisme radical au cœur de l’islamo-gauchisme

J’ai forgé l’expression « islamo-gauchisme » au tout début des années 2000 pour désigner une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d’extrême gauche (que j’ai qualifiés de « gauchistes » pour faire court), au nom de la cause palestinienne, érigée en nouvelle grande cause révolutionnaire. Il s’agit donc d’un terme descriptif, référant à un phénomène idéologico-politique observable, notamment sous la forme de manifestations « antisionistes » rassemblant des représentants de groupes islamistes (Hamas, Jihad islamique, Hezbollah) et des militants d’extrême gauche, principalement trotskistes.

Telle que je l’ai observée et analysée en 2000-2002, cette alliance stratégique contre un ennemi commun, Israël ou « le sionisme », se fondait sur une image victimaire du Palestinien, qui commençait alors, dans les mouvances d’extrême gauche, à être transférée sur le Musulman, en se fondant sur  l’axiome selon lequel l’islam est la religion des pauvres, des opprimés et des victimes, tant du colonialisme et de l’impérialisme que du racisme. Dès lors, le péché majeur est l’islamophobie. Être propalestinien, dans la perspective gauchiste, c’est être à la fois antisioniste, anti-impérialiste et islamophile.

Il y a là une rupture de tradition de grande importance. Alors que dans la culture politique de l’extrême gauche, la religion était « l’opium du peuple » qu’il fallait dénoncer, la nouvelle alliance islamo-gauchiste rompt avec cet athéisme militant, mais au seul profit de l’islam politique, perçu comme une force révolutionnaire, voire comme la seule nouvelle force révolutionnaire. Le premier moment de l’alliance islamo-gauchiste est contemporain de la seconde Intifada et de l’essor du mouvement altermondialiste : les antisionistes et les militants altermondialistes voyaient dans les milieux islamistes des alliés possibles, voire nécessaires.

On a assisté à la formation d’une configuration islamo-altermondialiste au cours des années 1990 et au début des années 2000. Dès la fin des années 1990, le Frère musulman d’honneur Tariq Ramadan, qui sera invité à tous les Forums sociaux européens, avait compris qu’il pouvait exploiter l’anticapitalisme supposé partagé par les islamistes et les altermondialistes marxisants.  

Le contexte international était marqué d’abord par la catastrophique conférence de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance (tenue du 2 au 9 septembre 2001), qui fut un festival de haine antijuive centrée sur la diabolisation du « sionisme » par des centaines d’ONG propalestiniennes, ensuite par les attentats du 11-Septembre commis par une organisation jihadiste, Al-Qaida, dont l’objectif déclaré était de combattre la « coalition judéo-croisée » ou l’« alliance sioniste-croisée ». La fameuse déclaration fondatrice, publiée le 23 février 1998, du « Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les Croisés » avait marqué l’entrée dans une nouvelle phase de l’islamisme radical, caractérisée notamment par la désignation des Juifs comme incarnant l’ennemi absolu.

L’ennemi était le même pour les islamistes et pour les nouveaux gauchistes, mais il ne portait pas le même nom : les premiers désignaient « les Juifs », les seconds « les sionistes ». Tous se disaient anticapitalistes et anti-impérialistes. Cette mouvance hybride trouvait alors sa raison d’être dans des convergences idéologiques et des alliances stratégiques autour de ce que j’ai appelé l’« antisionisme radical » ou « absolu », dont l’objectif est la destruction d’Israël. Au cours de ces mobilisations, les « Allahou akbar »  qui fusaient ne gênaient nullement les militants gauchistes présents, pas plus que les appels consensuels à la destruction d’Israël sur l’air de « sionistes = nazis » ou « sionisme = racisme ». Le cri « mort aux Juifs » venait agrémenter ces spectacles islamo-gauchistes qu’étaient les manifestations propalestiniennes, dès octobre 2000.

La dimension antijuive de ces manifestations était  frappante, ainsi que l’importance prise par la nazification des « sionistes » et plus largement des Juifs, destinée à faire entendre ce message résumant l’inversion victimaire en cours : les Juifs-sionistes sont les nouveaux nazis, tandis que les Palestiniens sont les nouveaux Juifs. L’instrumentalisation et le dévoiement de l’antiracisme consistaient alors à lui donner le visage de l’antisionisme, fondé sur l’image du Palestinien victime d’un « sionisme » fantasmé. Ces thèmes de la propagande palestinienne étaient intériorisés par toute l’extrême gauche et une partie de la gauche. Ce fut le premier moment de l’islamo-gauchisme contemporain : la convergence idéologique entre islamistes et gauchistes dérivaient d’un commun antisionisme radical.   L’extrême gauche n’était pas encore totalement convertie à l’islamophilie et la « lutte contre l’islamophobie » – slogan du fréro-salafisme –  n’était pas encore le grand thème mobilisateur.

Je reconnais avoir hésité, il y a vingt ans, entre  les expressions « islamo-tiers-mondisme », « islamo-altermondialisme » et « islamo-progressisme », voire « islamo-communisme ». Par exemple, en 2002, dans La Nouvelle Judéophobie, je recours aux qualificatifs « islamo-tiers-mondiste » ou « islamo-révolutionnaire ». J’ai finalement opté pour « islamo-gauchisme », le mot « gauchisme » ayant pour référence toutes les mouvances de l’extrême gauche. Certes, pour éviter les mésinterprétations du terme, j’aurais pu proposer « islamismo-gauchisme ». Car le préfixe « islamo- » renvoyait à l’islamisme et non à l’islam en général.

Synthèse de l'ouvrage par l'auteur, >>> Pierre-André Taguieff

Mécaniques du complotisme : QAnon | France culture 15/09/2021


Le 6 janvier dernier lors de l'invasion du Capitole de Washington, plusieurs assaillants se sont revendiqués de la mouvance QAnon. Cette nouvelle saison de "Mécaniques du complotisme".retrace l'histoire de ce complotisme d'un nouveau genre caché derrière le "Q" symbolique du mouvement.

11 septembre,  sionisme, grand remplacement… 

Les enquêtes d'opinion le montrent : sur un nombre grandissant de sujets, les Français sont friands de complotisme. Hier cantonnées aux marges, les théories les plus improbables ont gagné en audience et en respectabilité. De l'internaute anonyme au chef d'Etat populiste, des librairies spécialisées aux plateformes de streaming, des cafés du commerce aux plateaux télé, on les retrouve désormais dans toutes les strates de la société. Par quelle mécanique une théorie complotiste née dans l’imagination de quelques uns parvient-elle à devenir un phénomène culturel majeur ? Pour comprendre cette progression, appréhender leur attrait et, peut-être, atteindre leurs relayeurs crédules, il faut en revenir à leurs origines et identifier leurs concepteurs.

Un podcast de Roman Bornstein, Elise Karlin, Alain Lewkowicz, Victor Macé de Lépinay, David Servenay et Romain Weber. Réalisation Thomas Dutter, Guillaume Baldy et Alexandre Manzanarès.Coordination: Baptiste Muckensturm


>>> [BANDE-ANNONCE] QAnon, d'un délire internet à la mise en danger de la démocratie américaine, dès le 16 septembre

En 4 épisodes, "Mécaniques du complotisme" propose de s'intéresser à l'irruption de la mouvance QAnon, mise en lumière lors de l'invasion du Capitole de...


>>> les origines

Le 6 janvier dernier lors de l'invasion du Capitole de Washington, plusieurs assaillants se sont revendiqués de la mouvance QAnon. Derrière le "Q" symbolique...


>>> Donald Trump, le sauveur

L’ex-président américain Donald Trump affirme ne rien savoir du mouvement QAnon, néanmoins, il refuse de le condamner. De fait, les partisans de la mouvance...


>>> faire du neuf avec du vieux

Alimentées par l’actualité sanitaire de ces derniers mois, les organisations conspirationnistes comme QAnon ne sont cependant pas nouvelles. Dans les années...


>>> un complotisme qui s'exporte

La mouvance QAnon dépasse les frontières et répand les théories qui la fondent partout ailleurs dans le monde. "Make France great again" scande le média...



>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (1/3) : les faussaires du Tsar

Au tout début du XXe siècle, dans la Russie pré-révolutionnaire du tsar Nicolas II, parait un texte aux origines aussi mystérieuses que son titre : "Les...


>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (2/3) : un passeport pour le génocide

Après la révolution bolchevique, les Protocoles commencent à circuler à l'étranger. Malgré l’évidence de leur caractère frauduleux, deux hommes vont peser...


>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (3/3) : du péril juif au complot sioniste

Après la Shoah, l’Europe et les Etats-Unis délaissent pour un temps les Protocoles et leur mythe du plan secret des juifs pour dominer le monde. Mais au...

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Neurones : connexion en cours ( Cliquer sur l'image ) | France culture 16/09/2021

À retrouver dans l'émission LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE par Nicolas Martin et Antoine Beauchamp

Que savait-on du cerveau au 19ème siècle ? Dans quel contexte est née la théorie neuronale ? Pourquoi l’idée du neurone a-t-elle eu du mal à s’imposer ? Comment les techniques microscopiques et les méthodes de colorations cellulaires ont permis d'observer à échelle cellulaire les tissus nerveux ?

Une querelle entre deux grands
neuroscientifiques, Cajal et Golgi,
 a fini pardonner une conception juste
de l’anatomie et du fonctionnement
du cerveau

Ils sont environ 100 milliards dans notre cerveau et malgré cette omniprésence, il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que l’on puisse commencer à les observer. 

Si les neurones ont été l’objet d’une célèbre controverse scientifique,  les premières observations détaillées de ces cellules constituent le socle historique des neurosciences, domaine qui n’en finit pas de sonder les mystères de notre organe à penser.

Comment a-t-on fini par découvrir la structure neuronale et quelles conséquences majeures cette découverte a-t-elle eu sur la compréhension du cerveau ? Telles sont les connexions que nous allons tenter d’établir aujourd’hui.

Neurones : connexion en cours, c’est le programme cérébral qui est le nôtre pour l’heure qui vient, bienvenue dans “La Méthode scientifique” !

Et pour retracer ensemble cette histoire de la théorie neuronale nous avons le plaisir d’être en ligne avec Laura Bossi, neurologue, historienne des sciences au laboratoire SPHERE de l’Université de Paris. En ligne également avec nous Hervé Chneiweiss, du laboratoire Neuroscience Paris Seine et président du Comité d’éthique de l’Inserm. 

Le reportage du jour

La coloration de Golgi, développée par Camillo Golgi, est une méthode consistant à imprégner les tissus nerveux par des sels d’argent en solution, qui vont se fixer sur les axones, dendrites et corps cellulaires. Ainsi, les cellules nerveuses apparaissent en noir, sur fond clair, comme des schémas arborescents dessinés à l’encre de Chine. C’est la réaction noire, qui permettra ensuite à Cajal de poser sa théorie neuronale. Avec Jérôme Yelnik, directeur de recherche à l’Inserm, qui a longtemps utilisé cette méthode, sur des cerveaux de rats ou de primates, pour mieux comprendre la morphologie des neurones. Par Céline Loozen :

Pour aller plus loin

Retrouvez le thread de l’émission du jour sur le fil twitter de La Méthode Scientifique

Les références musicales

  • Le titre du jour : "Autumn Leaves" par Parade
  • Le générique de début : "Music to watch space girls by" par Leonard Nimoy
  • Le générique de fin : "Says" par Nils Frahm