Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

Saisir des mots clefs à rechercher

lundi 6 juillet 2020

∆∆∆ « Quand les dividendes de 2019 compromettent la survie des entreprises en 2020 »

∆∆∆ Que deviennent les normes du vrai ? | France culture 23/05/2020


La ligne de démarcation entre le faux et le vrai ne semble n'avoir jamais été aussi poreuse. Qu’est-ce qui distingue les connaissances des croyances ? Et en quoi consiste l’ignorance ? Éléments de réponse avec le philosophe Mathias Girel, auteur de « Science et territoires de l’ignorance » (Quae)


Grâce au site chinois "faketrumptweet.com",
on peut écrire de faux tweets signés
Donald Trump. Photo d'un faux tweet
daté du 27 octobre 2017
Le doute et la certitude sont engagés dans une altercation séculaire. Ils forment un vieux couple, turbulent mais inséparable : le partage entre ce que l’on sait et ce que l’on croit demeure l’une des grandes affaires des philosophes, et, de Socrate à Wittgenstein en passant par Pyrrhon et Descartes, les critères du vrai n’ont jamais cessé d’être auscultés et discutés. 

Ce qui est certain, est-ce ce qui a résisté à tous les doutes ? Ou bien est-ce ce dont on ne peut pas imaginer de douter ? La vérité plane-t-elle au-dessus du monde ou est-elle déposée dans les choses et dans les faits ? Peut-on faire confiance à la science pour aller l’y chercher ?

Il semble qu’aujourd’hui, nous imaginons de plus en plus que la ligne de démarcation entre le faux et le vrai pourrait être poreuse. Il y a comme un « amollissement » des notions de vérité et d’objectivité : les théories tenues pour « vraies » ou « fausses » ne le seraient pas en raison de leur adéquation ou inadéquation avec des faits ou des données expérimentales, mais seulement en vertu d’intérêts partisans ou purement sociologiques, de sorte qu’il faudrait gommer l’idée qu’elles pourraient avoir le moindre lien avec la réalité. 

Voulant rendre compte de cette situation, le philosophe Bernard Williams a défendu l’idée que notre société se trouve parcourue par deux courants de pensée, à la fois contradictoires et associés, ainsi qu’il l’explique dans son livre Vérité et véracité (Gallimard, 2006). D’une part, il existe un attachement intense à la véracité et à la transparence, un souci de ne pas se laisser tromper. Cette situation conduit à une attitude de défiance généralisée, à une détermination à crever les apparences pour détecter d’éventuelles motivations cachées. 

Mais, d’autre part, à côté de ce désir de véracité, de ce refus d’être dupe, il existe une défiance tout aussi grande à l’égard de la vérité elle-même : la vérité existe-t-elle, se demande-t-on ? Si oui, peut-elle être autrement que relative, subjective, culturelle, contextuelle ? La chose étonnante est que ces deux attitudes, l’attachement à la véracité et la suspicion à l’égard de la vérité, qui devraient s’exclure mutuellement, se révèlent en pratique parfaitement compatibles. Elles sont même mécaniquement liées, puisque le désir de véracité suffit à enclencher un processus critique qui vient ensuite fragiliser l’assurance qu’il y aurait des vérités sûres. 

Dans ce contexte, que deviennent les normes du vrai ? Qu’est-ce qui distingue les connaissances des croyances ? Et en quoi consiste l’ignorance ?

Avec Mathias Girel, philosophe, Maître de conférences à l’Ecole Normale Supérieure- Paris Sciences Lettres. Il vient de faire paraître « Science et territoires de l’ignorance » (éd. Quae, 2018).

Choix musicaux de Mathias Girel
  • Bernard Lavilliers, Croisières méditerranéennes
  • Johnny Cash, On the 309

Profession philosophe : Barbara Stiegler, philosophe de la biologie | France culture 19/06/2020


Portrait de Barbara Stiegler, passionnée enfant par les sciences et déçue par leur enseignement, elle s’est alors orientée vers la philosophie et travaille aujourd’hui les questions politiques en relation au biologique, non pas comme une science mais comme une évocation du vivant.

Barbara Stiegler
Première diffusion de cette émission le 10/05/2019, et première diffusion du Journal de la philo de Géraldine Mosna-Savoye, en fin d'émission, le 10/01/2020, à réécouter ici :

Les Chemins de la philosophie du vendredi vous emmènent chaque semaine à la rencontre de ceux qui ont fait de la philosophie leur métier.   

La philosophie est-elle une vocation ? Comment viennent les  idées ? Comment se fabrique un concept ? À quoi ressemble l'atelier du  philosophe ? Et quel rôle le philosophe doit-il jouer dans la cité ?

L'invitée du jour :

Barbara Stiegler, professeure de philosophie politique à l’Université Bordeaux Montaigne, membre de l’Institut universitaire de France et responsable du Master « Soin, éthique et santé »

Le labyrinthe philosophique de Nietzsche

"De tous les philosophes, Nietzsche est celui qui m’est le plus proche. Il a une manière de faire de la philosophie qui me le rend accessible, il peut faire de la philosophie sur son alimentation, sur le climat, il a du mal avec la pure abstraction. Il y a quelque chose d’incarné, de sensible… Il forge ses concepts à partir de sa sensibilité. Mais j’ai tout de suite compris qu’il était faussement simple, qu’il se contredisait, j’aime son labyrinthe." Barbara Stiegler

Exclusion de la phénoménologie

"J’étais dans la génération des années 90 très marquée par la phénoménologie, c’est une tradition que j’aime, mais dans laquelle paradoxalement je ne me sentais pas bien. Je sentais une exclusion du politique, une exclusion de la question de l’éducation… comme si ces questions étaient secondarisées. C’est étrange car la phénoménologie peut tout penser… Et il y avait quelque chose de médical dans ma façon de faire de la philosophie, diagnostiquer des maladies, chercher des traitements, je ne trouvais pas ça dans la phénoménologie, qui proposait pour moi de magnifiques descriptions." Barbara Stiegler

Sons diffusés :
  • Archives de Bernard Stiegler, dans Maman les p'tits bateaux, France Inter, 2017
  • Extrait du film Le Guépard de Luchino Visconti, 1963
  • Musique de Bach, Erbarme dich, Passion selon saint Matthieu, interprétée par Gustav Leonhardt
  • Archive d'Emmanuel Macron sur l'adaptation, interview daté de 2018 pour la télévision suisse
  • Musique de Bellini, Casta Diva, La Norma, Acte 1, interprétée par Maria Callas, 1954

Les intrigantes intrications du monde quantique | France culture 18/04/2020


Le curieux phénomène, qu’on appelle la « non-séparabilité », existe bel et bien : il fut démontré expérimentalement au début des années 1980. Si Einstein, qui était mort bien avant, en 1955, avait pu prendre connaissance de cette découverte, il serait sans doute tombé de sa chaise...

Niels Bohr et Albert Einstein
en discussion. 
Au cours des années 1920, une nouvelle physique – la physique quantique - se mettait sur pied, afin de rendre compte du comportement bizarre (au regard des lois de la physique classique) des atomes et des particules. Des concepts radicalement neufs furent alors inventés, qui conduisirent les physiciens à penser autrement la matière et les interactions entre ses constituants. Au bout du compte, une décennie d'effervescence créatrice et d'intense labeur aura suffi pour qu’un petit nombre d’entre eux, jeunes pour la plupart, dispersés aux quatre coins de l’Europe, fondent l'une des plus belles constructions intellectuelles de tous les temps, d’une efficacité opératoire redoutable. 

Mais la physique quantique ne tarda pas à poser des questions inédites et troublantes relatives à son interprétation : comment comprendre son formalisme ? Comment celui-ci se relie-t-il aux expériences ? Selon quelles règles l’utiliser ? Quels types de discours sur la réalité cette nouvelle physique autorise-t-elle ?

Ces questions devinrent encore plus vertigineuses lorsque l’on comprit que la physique quantique prédit un phénomène tout à fait étrange : dans certaines situations, deux particules qui ont interagi dans le passé devraient avoir des liens que leur distance mutuelle, aussi grande soit-elle, n’affaiblit pas : ce qui arrive à l’une des deux est irrémédiablement « intriqué » à ce qui arrive à l’autre, par l’entremise d’une connexion étrange, sans équivalent dans le monde ordinaire. 

Ce curieux phénomène, qu’on appelle la « non-séparabilité », existe bel et bien : il fut démontré expérimentalement au début des années 1980. 

Si Einstein, qui était mort bien avant, en 1955, avait pu prendre connaissance de cette découverte, il serait sans doute tombé de sa chaise (à supposer qu’il fût assis à ce moment-là).

Pour y voir plus clair, nous avons invité une personne qui a joué un rôle décisif dans cette aventure extraordinaire.

Alain Aspect : physicien, spécialiste de l’optique quantique, professeur à l’Institut d’Optique et à l’Ecole Polytechnique, lauréat de la médaille d’or du CNRS en 2005, de la médaille Albert Einstein en 2012 et de la médaille Niels Bohr en 2013.

Peut-on « voir » la physique quantique (à l’œuvre) ? | France culture 09/05/2020


« Peu importe combien votre théorie est belle, peu importe votre intelligence, peu importe si vous êtes célèbre… Si votre théorie n’est pas en accord avec l’expérience, elle est fausse. C’est tout. » Richard Feynman, grand théoricien de la physique quantique.

Julien Bobroff
Au cours des années 1925-1935, une nouvelle façon de voir le monde, la physique quantique, fut mise sur pied, afin de rendre compte du comportement apparemment bizarre des atomes et des particules. Des concepts radicalement neufs furent là inventés, qui conduisirent les physiciens à penser autrement la matière et ses interactions. 

Au bout du compte, une décennie d'effervescence créatrice et d'intense labeur a suffi pour qu’un petit nombre d’entre eux, tous jeunes, tous héros de l’esprit d’aventure, fondent l'une des plus belles constructions intellectuelles de tous les temps. 

Mais, bien que presque centenaire, le formalisme de la physique quantique, constitué d’équations inédites aux implications étranges, conserve la réputation d’être abstrait, contre-intuitif, éminemment paradoxal, quasi-incompréhensible. Il continue en outre de poser des questions vertigineuses à propos de la bonne façon de l’interpréter : Comment les équations se relient-elles aux expériences ? Selon quelles règles les utiliser ? Quels types de discours sur la réalité cette nouvelle physique autorise-t-elle ?

La physique quantique ne se réduit toutefois pas à un jeu d’équations désincarnées, ni à une liste de formules mathématiques qui planeraient, l’air hautain, dans l’empyrée des idées pures. Elle est aussi une affaire d’expériences de laboratoire, c’est-à-dire de câbles, de boulons, de bobines, de cloches, de bouts de scotch, de fer à souder, de papier alu, de pompes à vide, d’appareillages de toutes sortes, bref, de bricolage et même de bidouille. 

Dès lors, quelles sont les expériences qui, en dessous des équations, permettent de palper la chair du monde quantique ? Qui la donnent à voir de façon concrète ?

dimanche 5 juillet 2020

Fahrenheit 451 - Truffaut



Voici un passage représentatif de ce très bon film de Truffaut, dont le thème est l'interdiction de toute forme de culture, et donc des livres.

DÉRIVE SECTAIRE : Evergreen et les dérives du progressisme | Sanglier Sympa 8 juil. 2019


Martin Luther King : « j’ai le rêve d’un monde où mes enfants seront jugés sur leur personnalité et non sur leur couleur de peau » 

∆∆∆ Les natures en question : Droit du vivant, vaccins, les hommes face à l'artificialisation de la nature | France culture 23/11/2018


Comment le droit est-il mu par un mouvement qui le porte vers l'animisme juridique? s'interroge Marie-Angèle Hermitte. Comment peuvent intervenir une pensée magique moderne et une pensée rationnelle, à l'heure de la révolution scientifique de la médecine? demande Alain Fischer.

NEW DELHI,INDIA-NOVEMBER 14:
Devotees perform Chhath Puja rituals on
the Yamuna river, at Kalindi Kunj,
in New Delhi.
Nous voici au terme de la diffusion du colloque "Les natures en question", donné au Collège de France en 2017. 

Pour l’anthropologue, Philipe Descola qui a dirigé son organisation et son comité, il s’agit d’examiner dans une perspective interdisciplinaire les questions soulevées par les déplacements de la frontière entre déterminations naturelles et déterminations humaines. Les dernières contributions questionnent les artifices de la nature. 

Comment "les nouvelles techniques de production et de réparation de la vie que la biologie, la biochimie et la médecine ont développées ont-elles bouleversé, demande Philippe Descola, notre façon d’appréhender les définitions de l’humain, les mécanismes du vivant  et les règles sociales de son appropriation et de son contrôle ?"

  • En première partie, Marie-Angèle Hermitte, docteur en droit, directeur de recherche honoraire au CNRS, directeur d'études à l'EHESS, questionne les chemins pris par l’animisme juridique. Elle a été une des premières juriste à étudier le droit du vivant. Elle revient ce matin sur l’évolution de ce droit au cours des 30 dernières années, avec notamment les textes réglementaires sur la biodiversité. Comme le note Philippe Descola, elle interroge les « profondes transformations des sujets de droit, qui a introduit la possibilité de traiter comme tels des non-humains, ouvrant la voie à ce qu'elle appelle l’animisme juridique ». La juriste a été membre du Haut Conseil des biotechnologies à sa création en 2008. C’est riche de cette expérience qu’elle nous introduit à ces nouvelles problématiques juridiques. Comment le juge peut-il entrer dans la subjectivité des animaux? Quelle décision prendre face au cas d’une éléphante mal traitée, qui a des troubles du comportement ?
  • En seconde partie, Alain Fischer, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Médecine expérimentale, professeur d’immunologie pédiatrique et chercheur en biologie, qui dirige l’institut IMAGINE de l’hôpital Necker-Enfants malades, questionne quant à lui, les résistance à la médecine "de type mystiques", les formes de pensée magiques moderne, "qui peuvent intervenir chez les opposants à la vaccination ou les adeptes des médecines douces, en quête de solutions alternatives face à une artificialisation réputé nocive des méthodes et des substances thérapeutiques de la biomédecine moderne". Alors quelle est l’évolution des pathologies et des comportements en matière de santé ?

Shut up – quarantine and social distancing during Tudor epidemics | The National Archives UK 24 juin 2020


How did the state react to epidemic outbreaks during the Medieval and Early Modern period ?

In this talk you'll learn about Henry VIII’s attitudes to infectious disease, Tudor social distancing, and the introduction of the first government quarantine measures in 1517 in response to repeated outbreaks of both plague and ‘sweating sickness’, as well as the widespread reaction to these measures.

The talk was delivered on 12 June 2020 by Dr Euan Roger, Principal Medieval Records Specialist at The National Archives.

∆∆∆ A qui confier le gouvernement du monde ? | France culture 02/07/2020


Face à la crise de la Covid-19, les Etats ont agi en ordre dispersé. Mais les dégâts causés aux économies nationales et les enjeux de reconstruction supposent de réinventer une gouvernance mondiale. Comment et avec qui ?

Quel leadership pour une nouvelle
gouvernance mondiale ? 
Pour cette quatrième émission des Rencontres de Pétrarque, un échange entre Monique Chemillier-Gendreau, spécialiste de droit international, Justin Vaïsse, directeur du Forum de Paris sur la Paix et Jean-Christophe Rufin, diplomate. 

Le multilatéralisme affaibli 

Au cœur de cette crise, on assiste à une régression d'un multilatéralisme qui était déjà affaibli auparavant. On aurait pu espérer une coopération internationale face à un adversaire commun : le virus ! Pourtant c’est une compétition accrue entre Etats qui s’est opérée.  

"Dès la création de l’ONU, il y a eu une série de fractures. Ce système a été conçu en 1945 sur une opposition entre les Alliés et les puissances de l'Axe. A partir de la guerre de Corée, il y a eu une paralysie des Nations unies en raison de l’opposition Est-Ouest. Ce système de sécurité collective est resté bloqué jusqu’à la fin de la guerre froide.   
Les années 1990 ont vu la mise en place de grandes opérations de maintien de la paix. Et depuis, les fractures se sont aggravées et ont abouti à cette espèce de morcellement général. (...)                  
Pour les pays, c’est une manière de s'affranchir de la pression multilatérale et de se replier sur des décisions souveraines." Jean-Christophe Rufin

Puis nous évoquons la question du leadership philosophique. 

"Je ne crois pas que ce soit un manque de leadership ! Nous habitons un monde composé de populations très variées, multiples qu'il faudrait arriver à réunir pour créer un monde commun et vivable. Quand on parle de multilatéralisme, on ne pense qu'en terme d'État pour trouver un leadership. Je crois qu'il faut aller vers une organisation mondiale des peuples, que tous y soient représentés (qu'ils aient une existence d'Etat ou pas). Il faudrait une autre représentation du monde. Bien sûr, il faut prendre en compte les communautés nationales mais pas seulement. Nous avons besoin d'une représentation du monde dans laquelle les peuples se reconnaissent. Actuellement, personne ne se reconnaît dans l'ONU ! et ce n'est pas parce qu'il y aura un meilleur leadership qu'on s'y reconnaîtra mieux !" Monique Chemillier-Gendreau

"Indépendamment de la puissance des uns et des autres, je ne suis pas sûr que tout le monde partage cette vision philosophique -par exemple les Russes ou les Chinois-. Pour beaucoup de gouvernements, l'idée d'affrontement est beaucoup plus opérationnelle que cette utopie américaine de multilatéralisme qui a prévalue après la de deuxième guerre mondiale." Jean-Christophe Rufin

Une souveraineté bien régulée ?

Justin Vaïsse évoque la souveraineté comme le cadre d'expression de la démocratie. Il énumère la multiplicité des acteurs de la société internationale incluant les Etats et au-delà : les villes, les fondations, les ONG... 

"La souveraineté, il en faut absolument pour que le multilatéralisme fonctionne. Il est nécessaire que les pays puissent contrôler ce qui se passe à l'intérieur de leurs frontières et qu'ils puissent exprimer leurs besoins et négocier avec les autres. Actuellement c'est une dérive, le souverainisme qui rend beaucoup plus compliqué le gouvernement du monde." Justin Vaïsse

Monique Chemillier-Gendreau propose de repenser le système international avec une autre approche intellectuelle.

"La démocratie, c'est le multiple et c'est le dissensus ; c'est le foisonnement de la vie ! La souveraineté c'est la réduction dans un pays donné de ces multiples au "un" de l'Etat. [...] Les Nations unies se sont spécialisées dans l'humanitaire... A mes yeux, l'humanitaire, c'est le service après-vente des marchands d'armes..." Monique Chemillier-Gendreau


∆∆∆ Faut-il relocaliser la mondialisation ? | France culture 01/07/2020


La crise de la Covid-19 a été un révélateur pour de nombreux pays : leurs économies ne sont pas souveraines mais dépendent de l’extérieur. La relocalisation de la production et donc de la consommation, est-elle la solution ?

Où produire ?
Pour cette troisième émission des Rencontres de Pétrarque, nous recevons José Bové, Erik Orsenna et Isabelle Méjean pour évoquer les modalités des productions agricoles et industrielles. A quelle échelle produire ? et pour quel marché ? 

"Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie (...) à d’autres est une folie » discours du Président de la République, le 12 mars 2020.   

Réguler la mondialisation  

Le développement des politiques libre-échangistes a bénéficié aux pays en terme de croissance. Cependant, les Etats sont aujourd’hui confrontés aux limites de ces politiques.
José Bové évoque l’absence de contrôle politique et économique sur les actions des entreprises multinationales.  

“Il y a des aberrations : les accords de libre échange mis en place -qui sont la nouvelle face de cette globalisation- et produisent des dégâts sur l'avenir des paysans.                                        
Par exemple, l'accord du Mercosur : c'est 99 millions de tonnes de viande qui rentreraient dans l'Union européenne. Alors que l’on produit déjà plus de boeuf que ce dont on a besoin pour la consommation interne ! C’est une situation qui a été construite de manière complètement idéologique à l'époque Tatcher, Reagan et qui est en train d’être confrontée à ses limites." José Bové

"C'est une affaire d'intérêts ! On importe de la viande pour pouvoir en échange vendre de l'alcool ! On est dans une idéologie libérale, mais il y a une asymétrie sur les conditions de production." Erik Orsenna

Il y a une nécessaire réciprocité puisque en fonction des secteurs, certains pays ont besoin d'importer ou d'exporter.

"La grande distribution est devenue l'agent absolu du fait qu'on ait pu ne pas augmenter les salaires." Erik Orsenna

"Les règles de l'OMC devraient être basées sur les droits fondamentaux : droit du travail, droit de l'alimentation, droit de l'environnement. Cela devrait être ces règles qui fixent les limites des marchés." José Bové

Relocaliser à quelle échelle ? 

La caractéristique du commerce mondial est qu'on produit des biens industriels complexes dans des chaînes de valeur qui sont très fortement fragmentées. C'est-à-dire que chaque étape de la production d'un bien va se faire dans une entreprise qui peut être localisée dans un pays différent.  

Qu'en est-il des biens stratégiques ? Par exemple, l'Europe a un avantage comparatif très important en ce qui relève du matériel médical. 

Il faut nécessairement des politiques publiques pour accompagner et encourager ces relocalisations. Elles représentent donc un coût pour le budget de l'Etat ainsi que pour les consommateurs.  

"Les souverainetés se construisent à plusieurs niveaux. La souveraineté, cela ne veut pas dire autarcie ! Ce n'est absolument pas le renfermement sur soi ni la reconstruction de frontières. Il faut reconstruire, non pas en terme de concurrence, mais en terme de solidarité ! D'où la nécessité de s'appuyer sur les droits." José Bové

"Il y a une forte souveraineté européenne sur le secteur automobile. Evidemment se pose la question de l'emploi derrière cette proposition de ré-industrialisation. [...] Par le passé, ces expériences de politique de l'offre n'ont pas toujours eu l'efficacité espérée." Isabelle Méjean

L’Homme est-il à sa place dans la Nature ? | France culture 03/07/2020


Les éléments du vivant
Confrontés à la remise en cause de leurs modes de vie, les humains vont devoir s’adapter, apprendre à cohabiter différemment avec le reste du monde vivant. 

Mais comment partager la “nature’’ ?

Pour clore cette semaine des Rencontres de Pétrarque, un échange entre Vinciane Despret, philosophe, Gilles Boeuf, biologiste et Alain Prochiantz, neurobiologiste. 

samedi 4 juillet 2020

Philosophie de l’écologie : La nature est-elle un sujet de droit ? | France culture 29/11/2018


Depuis une cinquantaine d’années, l’opposition entre défenseurs des droits de la nature et défenseurs des droits humains n’est plus aussi radicale. On s’interroge philosophiquement et juridiquement sur les liens entre les hommes et la nature. Irait-on vers une indistinction des genres ?
"Homicide involontaire" : une illustration
de Raoul Fladoc pour Les Chemins de la
philosophie
À la fin des années 60, la société Walt Disney projeta d'installer une station de sports d'hiver dans une vallée de la Californie, célèbre pour ses séquoias. L'association de protection de la nature, le Sierra Club, s'y opposa, mais la cour rejeta la demande en avançant l'impossibilité d'arguer d'un préjudice personnel dans le cas de la nature.

Dès l'ouverture du procès, le juriste Christopher Stone proposa, dans un article fondateur, d’accorder des droits aux arbres et « à l’environnement naturel dans son ensemble », par ce texte il contribua à une prise de conscience éthique.

Cinquante ans plus tard, en 2017, le parlement néo-zélandais accorde le statut de personne juridique au fleuve Whanganui, et quelques jours plus tard, en Inde, la Haute-Cour de l'état himalayen décrète que les fleuves Gange et Yamuna seront désormais des entités vivantes ayant le statut de personne morale.
Peut-on vraiment revendiquer le droit pour un arbre de plaider ou pour un fleuve d'exister comme personne juridique et morale ? Et si l'avenir de l'écologie était inconcevable sans l'affirmation officielle de Droits de la nature ?

L'invitée du jour : Catherine Larrère, philosophe, professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste de philosophie morale et politique
Co-autrice de Penser et agir avec la nature : une enquête philosophique aux éditions La Découverte

Lectures de Jacques Gamblin :
  • Extrait du Contrat naturel de Michel Serres, éditions François Bourin, 1990
  • Le droit des écosystèmes, extrait de Humain, trop humain de Philippe Descola, contribution à Penser l'anthropocène, Presses de Sciences-Po, 2018
Sons diffusés :
  • Archive sur le fleuve Gange, une entité vivante, Arte journal, 3 juillet 2017
  • et musique de Christophe Chassol, Little Krishna and the girls
  • Archive de la juriste Valérie Cabane sur l'écocide, BRUT, 6 juillet 2018
  • Musique de Deison & Mingle, Optokinetic Reflex (Glassy Eyes)
  • Chanson de fin : Dominique A, Rendez-nous la lumière

Philosophie de l’écologie : La catastrophe aura-t-elle lieu ? | France culture 28/11/2018


Allons-nous tout droit vers une catastrophe écologique ? Sur quels présupposés philosophiques reposent les discours catastrophistes ? Son objectif est-il de motiver la prise de conscience afin que justement la catastrophe n'arrive pas ?

"Trumpocalypse" : une illustration de Raoul
Fladoc pour Les Chemins de la philosophie
Il sera bientôt trop tard pour dévier notre trajectoire vouée à l’échec et le temps presse...
C’était il y a un an, le 13 novembre 2017, 15 000 scientifiques de 184 pays différents signaient un avertissement à l’humanité. Pendant quelques jours, le texte fut relayé par les réseaux, les médias, et les discussions formelles ou informelles. Mais 1 an après, tout doit recommencer…

Et si plus la catastrophe était annoncée moins les gens y croyaient ?

Et si la responsabilité scientifique de l’homme est établie, alors quelle part de responsabilité morale faut-il assigner à l’homme quant à la crise environnementale ?

Les invités du jour : 
  • Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur de science politique à l’Université Stanford
Auteur de La guerre qui ne peut pas avoir lieu aux éditions Desclée de Brouwer (2018), Petite métaphysique des tsunamis aux éditions Points (réédition 2015), Pour un catastrophisme éclairé : quand l’impossible est certain aux éditions du Seuil (réédition 2004)
  • Hicham-Stéphane Afeissa, philosophe
Auteur de l'Esthétique de la charogne aux éditions Dehors, La fin du monde et de l’humanité : essai de généalogie du discours écologique aux éditions puf (2014), Des verts et des pas mûrs : chroniques d’écologie et de philosophie animale aux éditions puf (2013)

Qu'est-ce que le catastrophisme ?

"Il y a beaucoup de dénonciations de l’écologie, certains dénoncent cette fascination irrationnelle pathologique pour le désastre, ce qui définit le catastrophisme, cette forme de pensée qui consiste à envisager toujours le pire avec cette forme de complaisance qui consiste à multiplier les scénarios catastrophe et les prédictions alarmistes.        
Il faudrait peut-être distinguer plusieurs catégories de discours : la littérature de vulgarisation scientifique et journalistique, les discours militants des défenseurs de l’environnement et les discours que les philosophes élaborent depuis quelques décennies sur le sujet de la crise environnementale.        
Le catastrophisme caractérise de manière pertinente les deux premières catégories de discours. Il y a sans doute une pertinence à dénoncer le catastrophisme tel qu’il est utilisé alors.        
Mais la question est de savoir si on peut traiter avec autant de légèreté et sur un ton badin la composante catastrophiste telle qu’elle apparaît dans le discours des philosophes ?" Hicham-Stéphane Afeissa

Petite histoire des catastrophes

"Il y a toujours eu des catastrophes. Celle qui a marqué la philosophie occidentale est celle de 1755, le tremblement de terre de Lisbonne qui a marqué la fin de Leibnitz et le débat bien connu entre Rousseau tenant l’homme responsable du tremblement de terre et Voltaire tenant les aléas de la nature responsables de la catastrophe.        
La position rousseauiste me paraît saine mais très dangereuse, ça veut dire que si nous sommes responsables de tout, y compris des catastrophes naturelles, la tâche que nous avons à accomplir sur terre est immense, c’est une charge injuste." Jean-Pierre Dupuy

La crise environnementale, une totalisation inédite du monde

"Il se produit avec la crise environnementale une totalisation du monde et de l’humanité qui est sans équivalent en raison de la mondialisation des effets puisque la question qu’on se pose ne concerne plus tel ou tel groupe humain mais concerne l’avenir de l’humanité dans sa totalité.        
L’humanité est menacée en totalité et du coup, s’apparaît à elle-même en totalité, c’est inédit ! On a affaire à un concept nouveau. Si on doit trouver une équivalence à cette catastrophe, il faudrait remonter à l’apocalypse biblique." Hicham-Stéphane Afeissa

La catastrophe, un problème moral

"Nous savons et nous ne croyons pas ce que nous savons, ce qui est un scandale philosophique ! Le savoir c’est de croire. Mais aujourd’hui nous savons et nous ne transformons pas cela en croyance, la preuve, nous n’agissons pas. Par exemple : nous ne croyons pas parce que nous ne comprenons pas que s’il y a une guerre nucléaire, elle ne sera pas due aux mauvaises intentions des agents, la haine, mais due à un accident ! Ça s’est passé à Hawaï au mois de janvier de cette année, pendant 38 minutes : on a cru que des missiles nord-coréens arrivaient pour lancer des bombes mais c’était une erreur. Il y a eu des scènes de panique.        
Le parallèle avec l’écologie ne s’arrête pas là, qu'en est-il du changement climatique ? C’est la même chose. En philosophie on parle d’autotranscendance, l’accident est quelque chose que personne n’a voulu. Dans l’écologie, le mécanisme est différent, nous sommes tous responsables de ce qui se passe. C’est bien un problème moral." Jean-Pierre Dupuy

Textes lus par Jacques Gamblin :
  • Le scepticisme face aux récits apocalyptiques, extrait de Solaire de Ian McEwan, Gallimard Folio, 2010 et musique de Rayon, To the quiet
  • Parabole du déluge, extrait de Endzeit and Zeitende de Günther Anders, extrait lui-même traduit dans Günther Anders : de la désuétude de l'homme de Thierry Simonelli aux éditions du Jasmin, repris par Jean-Pierre Dupuy dans Petite métaphysique des tsunamis, éditions du Seuil, 2012
Sons diffusés :
  • Extrait de L'Âge de glace 2 de Carlos Saldanha, 2006 et musique de Tommy Guerrero, As The Sea Hold Creatures Vast And True
  • Chanson de fin : Mickey 3d, Respire

Philosophie de l’écologie : La démocratie est-elle à la hauteur de l’urgence écologique ? | France culture 27/11/2018


"A trié ! Liberté Egalité Propreté"
une illustration de Raoul Fladoc
pour Les Chemins de la philosophie
Il y a une trentaine d'années, la communauté scientifique alertait sur le réchauffement et le dérèglement climatique... 

Aujourd'hui, nous empruntons la trajectoire qu'elle prédisait. L'urgence écologique serait-elle incompatible avec la démocratie, lente dans son fonctionnement ?

Pourquoi l’urgence écologique ne s’exprime-t-elle pas dans les urnes ?

Les candidats écologistes ne sont guère populaires.
En 1974, René Dumont (1904-2001), agronome et premier candidat sous l’étiquette écologiste aux élections présidentielles, publiait un manifeste électoral engagé : « À vous de choisir : l’écologie ou la mort ». Il ne récolta que 1,32% des suffrages mais fut le candidat contestataire d’une société de la croissance incompatible avec le bien-être social et environnemental et fonda l’écologie politique.

Les invités du jour :
  • Fabienne Brugère, philosophe, professeure de philosophie de l’art, philosophie morale et politique à l’Université Paris 8 Co-autrice de La fin de l’hospitalité : l’Europe, terre d’asile ? aux éditions Flammarion Champs Essais (2018), autrice de L’éthique du care aux éditions puf (2017)
  • Jean Jouzel, directeur de recherche émérite au CEA (Commissariat à l’énergie atomatique et aux énergies alternatives) et membre de l’Académie des sciences Co-auteur de Pour éviter le chaos climatique et financier aux éditions Odile Jacob (2017), Atmosphère, atmosphère aux éditions le Pommier (2008), Planète blanche : les glaces, le climat et l’environnement aux éditions Odile Jacob (2008)
Passer à une écologie politique

"Je crois que c’est notre individualisme et notre croyance en la possibilité à déterminer nous-mêmes les sociétés politiques indépendamment de la nature qui fait que nous avons du mal à passer à une écologie politique, à considérer l’urgence écologique, parce que nous continuons de faire comme si les sociétés politiques n’étaient que des affaires artificielles qui consisteraient à poser les rapports de gouvernement entre les hommes or bien évidemment l’écologie suppose de faire rentrer la question de la nature et la question des rapports entre les hommes et la nature, ce qui détermine aussi les rapports entre les hommes eux-mêmes." Fabienne Brugère

La communauté scientifique est-elle ignorée ?

"On oublie d’écouter la communauté scientifique. Depuis une trentaine d’années, nous savions que si nous continuions à émettre des gaz à effet de serre, nous irions dans la deuxième partie de ce siècle vers des réchauffements importants, des élévations de la mer, des conséquences importantes et en fait nous sommes sur la trajectoire d’évolution du climat que nous envisagions. Les problèmes à long terme sont toujours masqués par les problématiques de court terme." Jean Jouzel

Universalité mise à mal par Donald Trump

"La communauté scientifique se mobilise en particulier à travers le GIEC, ce groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, créé en 1988. En 1990 il produit son premier rapport, suffisamment alarmiste et clair pour qu’en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio des décisions soient prises, une convention climat, de bons sens, indique la prise de décisions pour limiter l’augmentation des gaz à effet de serre qui sont déjà, on le sait, à l’origine de ce réchauffement. Bien sûr, la première conférence climat c’est à Berlin en 1995 et il y a trois conférences emblématiques : celle de Kyoto en 1997 donc l’échec est lié au non engagement des Etats-Unis et aussi le fait que personne n’avait anticipé la montée très rapide des émissions de gaz à effet de serre en Chine par exemple. Copenhague, un échec complet. On peut qualifier la troisième conférence emblématique, celle de Paris en 2015, de succès, lié à la démocratie, à l’universalité de l’accord de Paris. À l’époque tous les pays ou presque l’avaient signée mais malheureusement cette universalité, Donald Trump l’a mise à mal et peut-être Bolsonaro dans quelques semaines…" Jean Jouzel

Reconnaissance de l'interdépendance des nations

"Nous avons besoin de dirigeants capables de figurer l’urgence écologique, de mettre au point des mesures qui montrent combien l’écologie participe de notre bien-être. Il y aussi en jeu toute une conception du monde : chaque nation doit-elle affirmer sa souveraineté avec toute la possibilité d’un choc des souverainetés qui d’une certaine manière ne pourra justement que pâtir aux différentes populations puisque précisément il y a de moins en moins de coopération entre les nations. Ou au contraire ne vaudrait-il pas mieux reconnaître notre fondamentale interdépendance, à savoir que les nations sont interdépendantes, ce que l’on sait depuis le projet de paix perpétuelle de Kant lorsqu’il explique que le cosmopolitisme est le fait que nous appartenons tous à la même terre. D’une certaine manière nous sommes tous liés." Fabienne Brugère

Textes lus par Jacques Gamblin : 
  • Extrait de La haine de la démocratie de Jacques Rancière, éditions La Fabrique, 2005
  • Extrait du Principe responsabilité de Hans Jonas, 1979 et musique de Aaron Zigman, Into the forest et Nasser, The shooter
Sons diffusés :
  • Texte lu par Adèle Van Reeth extrait du manifeste électoral de René Dumont, 1974 et chanson des Beatles, We Can Work it Out
  • Archive : démission de Nicolas Hulot et réaction d'Emmanuel Macron, 28 août 2018 et musique de Straybird, Makemake
  • Archive : discours de Trump annonçant le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat
  • Chanson de fin : Francis Blanche, L'âge de raison

∆∆∆ Philosophie de l’écologie : Aux origines de l'écologie | France culture 26/11/2018


Au XIXème siècle, d'Emerson à Thoreau, la pensée américaine développe une conscience écologique, faisant évoluer la nature d’une figure mélancolique à un vaste espace à découvrir mais aussi protéger… Les Etats-Unis sont-ils à l'origine de l’éthique environnementale moderne ?

Parc national de Yosemite
À la fin du XIXème siècle, aux Etats-Unis, la constitution de parcs nationaux comme le parc Yosemite témoigne de l’émergence de nouvelles valeurs écologiques.

À travers le concept de wilderness, des penseurs américains comme Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau ou Aldo Leopold, développent des outils de sauvegarde de la nature comme une éthique canonique de préservation pour Leopold. 

Aux Etats-Unis, ce dernier est considéré comme le père de la protection environnementale et le fondateur de l’éthique environnementale moderne.

L'invitée du jour :

Anne Dalsuet, enseignante de philosophie au lycée Maurice Utrillo à Stains et interrogatrice en classe préparatoire des lycées Chaptal et Janson-de-Sailly à Paris
Autrice de Philosophie et écologie aux éditions Gallimard collection La Bibliothèque Gallimard

Chez les Grecs, mystère et discours rationnel de la nature

"La réflexion sur la nature est très ancienne puisqu’on la trouve déjà chez les présocratiques comme Anaximandre ou Parménide. L’enjeu est de montrer qu’il y a une ambiguïté peut-être prolongée tout au long de la philosophie de la nature, elle est à la fois mystérieuse mais en même temps, on va pouvoir produire un discours rationnel sur elle. Au départ on écrit sur la nature par le poème, qu’on retrouve chez les penseurs américains, mais le discours rationnel peut aussi s’emparer de cet objet, c’est ce que ne manquera pas de faire Aristote." Anne Dalsuet

Descartes désanime la nature

"Chez les grecs on pense donc la nature et puis il y a une coupure qui s’opère avec la pensée de la modernité : on va parfois se méfier de la nature et lui préférer le terme "matière", ce que dira Descartes. On commence alors à expliquer la nature pour pouvoir agir sur elle et éventuellement l’améliorer.      
Descartes introduit une image de la nature qui souligne une ambition technique et médicale, que de fait on peut améliorer certains fonctionnements de la nature mais de là à dire qu’on peut pleinement la dominer, ça n’est pas le cas. Il y a un principe de réserve chez Descartes.      
Réfléchir sur la nature c’est essayer de s’approcher d’une réalité, peut-être ce qui deviendra un environnement plus tard dans les philosophies environnementales américaines, mais c’est déjà agir sur ces représentations de la nature, essayer de les penser, de les modifier. C’est ce que vont faire ces écrivains de la prairie comme Emerson ou Thoreau." Anne Dalsuet

Ralph Waldo Emerson et la nature

"Chez Emerson, Dieu est au sein de la nature. Au départ, il était un unitarien puis il va y avoir une rupture avec Harvard et il va fonder son propre courant, le transcendantalisme, qui désigne les qualités de l’être. Au sein de la nature, par cet esprit du transcendantalisme, il s’agit d’aller plus loin, d’entrer en communion avec la nature et en communication avec l’esprit du tout. La nature c’est l’expression de la création divine mais aussi le lieu privilégié pour la conscience humaine pour communier avec les lois de la nature, s’en saisir, comment fonctionne le macrocosme…" Anne Dalsuet
Portrait de Ernst Heinrich Philipp
August Hæckel (1834-1919).
Le philosophe a fait connaître les théories
de Charles Darwin en Allemagne
et a développé une théorie des
origines de l'homme

Textes lus par Jacques Gamblin :
  • La nature théorique revalorisée, extrait de Nature de Ralph Waldo Emerson, 1836, éditions Allia, 2004 et musique de Nils Frahm, My friend the forest
  • La nature physique, source de vie, extrait de Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau, 1854, éditions Le Mot et le Reste, 2017
  • Ouverture à la conscience écologique, extrait d'Almanach d'un comté des sables d'Aldo Leopold, 1949, GF Flammarion, 2000 et musique de Esbjörn Svensson Trio, In the tail of her eye
Sons diffusés :
  • Chanson de début : Born to be wild, Steppenwolf (du film Easy Rider, 1969)
  • Archive, inauguration du parc Yosemite en 1890, Flash sur le passé, 1964
  • Chanson de fin : Gorillaz, Plastic beach
Merci à Raoul Fladoc (@raoulfladoc) pour son illustration pour Les Chemins de la philosophie.

vendredi 3 juillet 2020

Bonjour, les amis | via notre F LB 3 juillet 2020

Tombe de Cioran - cimetière du Montparnasse.

La citation que je vous propose aujourd'hui est :

"La peur est une mort de chaque instant."

Des larmes et des saints, L’Herne, 1990, p.15. - Cioran
 



Et un petit texte susceptible d'agrémenter votre horizon rétréci et/ou de piquer votre réflexion : 

« Der Tod ist umzudeuten ! Wir versöhnen uns so mit dem Wirklichen d.h. mit der toten Welt. »

« Il faut réinterpréter la mort ! Nous nous réconcilierons de la sorte avec le réel, c'est-à-dire avec le monde mort. »


"Parvenir à la vision du Retour Eternel, c’est donc tout à la fois s’unir à un monde où la vie est omniprésente, puisque toute matière y adopte périodiquement la forme organique, et jouir de l’exception qu’est la vie en la prenant comme phase fugace du jeu de la matière, comme inséparable de l’organique qui en est la condition préalable et le destin prochain ; c’est rejoindre un instant où la vie et la mort, cessant d’apparaître comme des contraires se combattant éternellement, se réconcilient en nous comme les moments co-nécessaires d’un jeu sans commencement ni fin, sans période privilégiée ; c’est rassembler dans un « instant sans limite » ce que le temps cosmique semble séparer quand il déroule le scénario de l’inorganique s’organisant et de l’organique se désorganisant."

Source : Fragments posthumes.

Traduction : Oeuvres complètes de Nietzsche (G. Colli et M. Montinari), Gallimard.

Glose verbeuse : Philippe Granarolo (Docteur d'Etat ès Lettres et agrégé en philosophie, spécialiste de Nietzsche), "L'individu éternel - l'expérience nietzschéenne de l'éternité", Vrin, 1993, p158-159.

Profitez-en pour vous protéger et sortir le moins possible car il pleut.

AF

U.S. Debt to Surge Past Wartime Record, Deficit to Quadruple : U.S. debt-to-GDP could easily exceed the record of 106% set in 1946


U.S. Debt to Surge Past Wartime Record, Deficit to Quadruple

Europe’s Crisis Aid, Spanish Jobs, German Standoff Ends: Eco Day By Anirban Nag July 3, 2020

∆∆∆ De la démocratie en loge | LES AMIS PHILOSOPHES REIMS 11 mai 2017

Il m'est arrivé maintes fois d'entendre des frères m'expliquer que la vie en loge n'avait rien de démocratique. 

Selon eux, la démocratie relève du profane et n'a donc pas de place en franc-maçonnerie parce qu'elle implique un électoralisme de mauvais aloi contraire à fraternité, laquelle doit reposer sur la confiance et le consensus. Dans une société initiatique, il faut se reposer sur les frères les plus éclairés et les plus sages. 

C'est traditionnel affirment-ils.

Traditionnel ? Voyons si c'est le cas...

Les lecteurs réguliers de ce blog savent que j'aime compulser les vieux bouquins que personne ne lit plus. En bien j'en ai trouvé un très intéressant qui a été écrit et publié en deux tomes à Paris en 1784 par Jean-Pierre-Louis de Beyerlé (1738-1805). Il s'intitule Essai sur la Franc-Maçonnerie ou du but essentiel ou fondamental de la Franc-Maçonnerie ; de la possibilité et de la nécessité de la réunion des différents systèmes ou branches de la Maçonnerie ; du Régime convenable à ces systèmes réunis, et des lois maçonniques. Un titre à rallonge tel qu'on les affectionnait au dix-huitième siècle.

Quelques mots sur l'auteur. Jean-Pierre-Louis de Beyerlé était un juriste qui a commencé sa carrière comme avocat. Il est devenu après conseiller au parlement de Metz, puis de Nancy. Je suppose qu'il avait des liens de parenté avec Jean-Louis de Beyerlé (1709-1786) directeur de la monnaie de Strasbourg et conseiller du roi Louis XVI. Sur le plan maçonnique, Jean-Pierre-Louis de Beyerlé a été un temps membre de la cinquième province de la Stricte Observance Templière sous le nom d'Eques a Fascia avant de s'en éloigner pour rejoindre le régime écossais rectifié. Il a été ensuite le vénérable de la loge L'Auguste Fidélité à l'orient de Nancy et il a présidé la Grande Loge Ecossaise de Lorraine. Installé à Paris à partir des années 1780, Beyerlé s'est ensuite affilié à la loge La Réunion des Etrangers sous l'obédience du Grand Orient de France. Il a enfin rejoint les chapitres parisiens deLa Réunion des Etrangers et des Amis réunis au rite français.

Voici donc ce qu'on peut lire dans l'ouvrage de Beyerlé (tome 1, p. 140 et suivantes) :

« Il est surprenant que le despotisme ose s'introduire dans une Société qui est fondée sur deux bases aussi solides que l'égalité & la liberté. S'il y avait un peuple de Dieux, il se gouvernerait démocratiquement, dit le fameux Citoyen de Genève [Jean-Jacques Rousseau] ; mais il ajoute, un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ; & moi je dis, si les francs-maçons étaient véritablement francs-maçons, aucun gouvernement ne leur conviendrait mieux : & comme on travaille à les rendre tels, le gouvernement démocratique est le seul qui leur convienne. Mais ce n'est pas encore là la seule raison qui doit faire pencher la balance en faveur de ce gouvernement. Tous les Francs-Maçons ne font qu'un seul Corps ; ils sont épars dans les différents gouvernements, ils doivent obéissance aux Puissances de ces différents gouvernements. ; s'ils étaient gouvernés despotiquement ou monarchiquement par les chefs de l'Ordre Maçonnique, les ordres de deux Maîtres pourraient se trouver en contradiction, ce qui est contraire à l'Ordre général ; le gouvernement démocratique, au contraire, leur laisse l'obéissance à la Puissance territoriale ; le Souverain sous lequel naît un Maçon, a son premier serment d'obéissance. Aussi existe-t-il une loi Maçonnique de toute ancienneté, qui astreint le Maçon à l'obéissance à son Souverain & aux lois de la Patrie ; il y a plus encore : c'est que les devoirs maçonniques étant de pure moralité, le Corps maçonnique n'ayant aucun droit sur le temporel, le gouvernement maçonnique devient un gouvernement de persuasion, ce qui est absolument contradictoire avec le despotisme qui est un gouvernement de caprice.

La soumission aux lois Maçonniques est libre ou volontaire, on peut s'y soustraire en renonçant aux droits Maçonniques ; cette soumission subsiste tant que la loi est juste ; mais c'est à celui qui consent à se soumettre à une loi, à la former, lorsqu'elle n'existe pas, & à l'approuver lorsqu'elle existe ; il ne peut la rejeter lorsqu'elle est utile, honnête et juste, & il doit y obtempérer ; & s'il refuse de le faire, il cesse d'être membre du Corps, parce qu'il n'en a plus le caractère distinctif. Le despotisme est donc un gouvernement qui répugne à l'essence même de la Société Maçonnique.

Comme se trouve-t-il des Maçons qui osent gouverner tyranniquement leurs égaux, s'approprier un pouvoir illimité, une autorité sans bornes, une inamovibilité dangereuse ?

N'abusez pas de vos places, prouvez que vous en êtes plus dignes que d'autres, & l'on se gardera de vous ôter des dignités que vous honorez.

La loi, la loi juste, est le seul despote qu'un Maçon doive reconnaître en Loge (si l'on peut appeler despote ce qui n'est que maître). Hors de la Loge, sujet fidèle & respectueux, il obéit à son Souverain, à la Patrie, & il lui obéit avec d'autant plus d'affection, qu'il sent que le bonheur du genre humain dépend, en partie, de la soumission qu'on rend aux Princes sous lesquels on est né. »

Et cet autre passage (tome 2, p. 27) :

« L'administration d'une loge n'est pas confiée à un seul homme. Dans une démocratie, on se tient toujours en garde contre le despotisme, & l'on est assuré d'en éviter les chaînes ; lorsque la puissance législative ne cesse d'appartenir à tous ; & que la puissance judiciaire est confiée à plusieurs. »

Voici les idées principales à retenir chez Beyerlé sur le thème de la démocratie en loge. Idées formulées, je le souligne à nouveau, en 1784, soit cinq ans avant la Révolution française. Beyerlé s'inscrit dans le sillage de la réforme maçonnique amorcée en 1773 avec la création du Grand Orient de France (élections libres des officiers et des vénérables).

1°) La franc-maçonnerie est un ordre universel (un corps) présent dans de nombreux Etats et régi selon des lois communes. En revanche, les Etats sont gouvernés par différents Souverains selon des lois particulières.

2°) Le franc-maçon n'est pas dans une situation de double allégeance : s'il a librement prêté serment en loge, il demeure néanmoins un sujet respectueux du Souverain, c'est-à-dire du pouvoir légitime même s'il ne l'a pas choisi. En revanche, le franc-maçon choisit les responsables de sa loge et se place librement sous leur autorité.

3°) La franc-maçonnerie ne peut avoir un fonctionnement despotique, sinon le franc-maçon serait en porte à faux vis-à-vis du pouvoir profane (qui peut être éventuellement despotique). La franc-maçonnerie n'est pas une autorité concurrente au Souverain.

4°) L'obligation de respecter les lois du Prince est extérieure au franc-maçon comme à tout autre homme. Les lois du Prince peuvent être justes ou injustes. En revanche l'obligation de respecter les lois de la franc-maçonnerie est intérieure au franc-maçon parce qu'il s'y soumet librement et parce qu'il contribue, avec ses frères, à forger ces lois dans un esprit d'égalité, de liberté et de justice.

5°) La loi maçonnique juste, utile et honnête naît de la loge administrée démocratiquement.

Evidemment, cette analyse porte la marque du dix-huitième siècle mais elle démontre que les préoccupations démocratiques faisaient leur chemin au sein des loges de cette époque. Ces préoccupations ont certainement contribué à l'émergence d'idées nouvelles et à l'éclosion d'un désir d'émancipation philosophique et politique.

En conclusion, quand vous entendrez un frère (ou une soeur) affirmer péremptoirement en loge ou ailleurs que la démocratie est un référentiel profane qui n'a pas sa place en franc-maçonnerie, parlez-lui de Beyerlé car ce dernier, bien que largement oublié aujourd'hui, fait aussi partie de la tradition maçonnique.

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