Article 1er. - La F∴-M∴, institution initiatique et progressive, cosmopolite et progressiste, a pour objet la recherche de la vérité et le perfectionnement de l’humanité. Elle se fonde sur la liberté, la tolérance et le libre examen ; elle ne formule ou n’invoque aucun dogme. Le Trav∴ maçonn∴ s’effectue à couvert dans le T∴ par la méthode symb∴. Cette démarche laisse au Maç∴ la liberté d’interprétation des symboles. Le Gr∴ Or∴ de Belgique, maillon de la F∴-M∴ universelle, demande à qui se présente à l’Init∴ d’être honnête et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonn∴. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’individus probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienfaisance dans le sens le plus étendu.

Saisir des mots clefs à rechercher

mercredi 3 mars 2021

The fact that @EPPGroup kept #Fidesz - a party that has demolished democracy & promoted ethnonationalism & xenophobia in Hungary - ++in for so long++ is one of the great moral & political scandals of Europe in our time. Nothing to be proud of here...

'Here comes the dictator' Juncker's cheeky welcome for Hungarian PM | euronews 22 mai 2015


"Here comes the dictator." Not the usual greeting you would expect to hear at an EU get-together. 

But "dictator" was the word chosen by European Commission President Jean-Claude Juncker as he welcomed Hungary's Viktor Orban at a summit in Riga, Latvia. 

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Olivier Passet, Xerfi Canal Comprendre les mécanismes du Shadow banking | Xerfi Canal 26 nov. 2015


Le Shadow Banking est le genre de concept que l’on comprend sans bien le comprendre, qui  continue à vous échapper, même lorsque l’on approfondit l’investigation, tant il recouvre des acteurs multiples aux jeux divers et complexes [...]

CATACLYSME ÉCONOMIQUE MONDIAL ET CHÔMAGE DE MASSE : CE QUI NOUS ATTEND EN 2021 | Blast 14 févr. 2021



Pour ce premier grand entretien d'économie, Salomé Saqué reçoit, pour Blast, l'économiste >>> Gaël Giraud

Adulé par une partie de la gauche, exécré par les néolibéraux, qualifié d’“inclassable” par plusieurs médias, l’économiste Gaël Giraud dresse un bilan sans concession de la réponse gouvernementale à une crise économique qu’il qualifie d’inédite.

Le directeur de recherche au CNRS et président de l’Institut Rousseau est catégorique : le gouvernement ne prend absolument pas les mesures nécessaires pour remédier à cette situation.

Trappe déflationniste qui nous pend au nez, krach boursier à venir, gestion calamiteuse du Covid, Agenda néolibéral du gouvernement ou encore les solutions pour reconstruire écologiquement la planète : un premier grand entretien passionnant que Blast est fier de vous présenter !

Le corps féminin ( Cliquer sur l'image ) | France culture 01/03/2021

Du plaisir longtemps effacé du clitoris à l’utérus qui donna son nom à l’hysterie, des seins qui font la révolution à l’ambivalence du poil et de la chevelure, une série d’émissions autour du corps féminin.

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Philosophie du clitoris

La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps...


>>> L’utérus sur le divan

L’utérus est la matrice de la vie, l’origine selon Freud du premier traumatisme vécu : la naissance. Lieu de la maternité, l’utérus est aussi source de...


>>> Phénoménologie des seins

Les seins des femmes sont partout, mais cette omniprésence traduirait-elle cette objectivation du corps des femmes qui trouverait dans les seins son paroxysme...

How to fix the porn industry, by Jessica Abrahams | Prospect January 22, 2021

Adult sites host abusive and illegal content. It’s time to start making them responsible for it

Illegal content on some sites abounds, but platforms have very limited liability for user-uploaded content. Illustration: Ian Morris

Few industries are more controversial, and for some the only real fix would be shutting this one down. But it’s booming, so it is worth tackling the most egregious faults that everyone should agree on as problems.

In December, the New York Times accused Pornhub - one of the biggest adult sites in the world, attracting billions of clicks each month - of hosting recordings of child abuse and rape. Pornhub denied this, insisting it has robust processes in place to remove illegal content, but nonetheless soon removed most of its videos.

Platforms like this work a bit like YouTube: anyone can upload content, and some get paid for popular videos. As in so many industries, the internet has demolished the old barriers to entry. Gone is the monopoly of top-shelf magazines and Soho stores. Now anyone can produce, consume and sell porn - and regulation of this multi-billion-dollar business is resisted as puritanical. Women who find explicit videos of themselves uploaded without consent, often by ex-partners, are left campaigning from the margins.

Ultimately, it was not regulation that forced Pornhub to change, but likely Mastercard, which said it would no longer allow payments to the site after its own review of the content. While claiming changes were already planned, Pornhub removed all “unverified” videos - those uploaded by ordinary users - and said it will introduce a new verification system.

But this is about more than just one site. Its changes are voluntary and there is still no system to hold platforms accountable. Illegal content on some sites abounds, but platforms have very limited liability for user-uploaded content. Similar criticisms have plagued social media sites, including Twitter and Facebook, which finally blocked Trump after January’s storming of the Capitol. Pornhub argues it is unfair to target adult sites and that mainstream social media platforms have a bigger problem with illegal content. The Internet Watch Foundation recently agreed on that point, although clearly the nature of adult sites makes it especially hard to spot violations of a sexual nature in their material.

Campaigners see a simple fix: make publishing or hosting sex tapes without consent a criminal offence. That would put the onus on platforms to ensure anyone who features in a video is of legal age and has consented to be there. Critics say that is too high a burden, requiring platforms - whether “adult” or not - to implement pre-publication checks on content. Without careful limits, some argue it would put disproportionate constraints on users’ speech.

But there is a compromise. At the very least, platforms should be required to have adequate safeguards, whether dedicated moderators or simple ways for users to flag harmful or illegal content, and a requirement—on pain of sanctions - to remove that content quickly. Just as other businesses are bound by a “duty of care,” platforms should mitigate the risks associated with their offering. According to plans announced just before Christmas, the government may take this approach in the Online Safety Bill - with possible fines of up to 10 per cent of annual turnover, and Ofcom acting as the regulator. It is not a perfect solution - a lot will depend on how stringent the rules are and how well they are enforced - but it is something. And it is not “anti-porn” puritanism. Non-consensual content is abuse, and the rules would apply to all platforms.

This is arguably just the start of the industry’s problems - some feminists argue the misogyny and racism of our world is distilled in its pornography, and then reflected back out, warping attitudes to sex. But this web of problems is not amenable to a simple regulatory tweak. Let’s start by making sure the only people naked on the net are those who have agreed to be so.

We want to hear what you think about this article. Submit a letter to letters@prospect-magazine.co.uk

Jessica Abrahams

Jessica Abrahams is a journalist exploring gender, global development and foreign aid. She is deputy editor at Devex and former production editor at Prospect

Victor Horta et l'Art Nouveau ( Cliquer sur l'image ) | France culture 01/03/2021

À retrouver dans l'émission LA COMPAGNIE DES OEUVRES par Matthieu Garrigou-Lagrange

La compagnie des œuvres vous emmène aujourd’hui à la rencontre de Victor Horta, l’un des grands noms du mouvement appelé Art nouveau.

Hôtel Tassel, Victor Horta

Les plus belles constructions de l’architecte belge - les maisons Tassel et Horta, ainsi que les hôtels Van Eetvelde et Solvay - sont aujourd’hui classées à l’UNESCO. 

Depuis 1969, Saint-Gilles (Bruxelles) s’est même doté d’un musée à son nom. Une difficulté demeure : faire le catalogue de son œuvre, car l’artiste a pris soin d’en détruire plans et dessins avant de tirer sa révérence. 

Matthieu Garrigou-Lagrange s'intéresse aujourd’hui à la vie et l’art de Victor Horta avant de remonter aux origines de l’Art nouveau, mouvement architectural reconnaissable au fait qu'il s'inspire des courbes que l'on trouve dans la nature, et dont le style s’oppose au classicisme. 

Pour l'accompagner, Françoise Aubry, conservatrice du musée Horta, autrice des ouvrages Le Musée Horta, Saint-Gilles, Horta ou la Passion de l’Architecture ou encore Le Bruxelles de Horta, publiés aux éditions Ludion.

"Horta propose avec ses maisons un monde fantasmé, sublimé, une transposition du monde naturel, avec une ornementation dérivée de la nature.  Ces maisons sont des paysages intérieurs. Ainsi, à l'intérieur de l'hôtel Tassel, côté rue, se trouvent des vitraux en façades, qui filtrent la lumière et masquent la réalité de la rue, sa réalité triviale et quotidienne." Françoise Aubry

mardi 2 mars 2021

Vaccins : La vaccination étendue aux patients fragiles de 65 à 75 ans ( Cliquer sur l'image ) | Allodocteurs.fr

Après de nombreux débats sur son efficacité, l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid va être étendue aux personnes âgées de 65 à 75 ans présentant des comorbidités.

"Désormais", les personnes âgées de "50 ans et plus, incluant les 65-75 ans", qui souffrent de "ce qu'on appelle des comorbidités, des fragilités", pourront "se faire vacciner avec AstraZeneca". Ce sera possible chez "leur médecin traitant, dans l'hôpital qui les suit" ou "dans quelques jours en pharmacie", a annoncé Olivier Véran sur France 2 le 1er mars.

"Pour les personnes qui ont 75 ans et plus, c'est toujours le Pfizer ou le Moderna" qui sera injecté "en centre de vaccination", a ajouté le ministre.

Le gouvernement avait d'abord réservé l'AstraZeneca à tous les professionnels de santé, y compris les moins de 50 ans, et aux deux millions de personnes de 50 à 64 ans atteintes d'une comorbidité (diabète, hypertension, antécédents de cancer...), qui peuvent se faire vacciner chez les médecins généralistes depuis jeudi dernier.

>>> Vaccins Covid : on vous explique la polémique autour du vaccin d'AstraZeneca

Une efficacité établie

De nombreux soignants ont boudé ce vaccin. Les effets secondaires restent plus prononcés chez les personnes plus jeunes. Ce sont le plus souvent de forts symptômes grippaux. Des questions ont aussi émergé sur l'efficacité de ce sérum pour contrer le variant sud-africain du coronavirus.

Toutefois, une étude écossaise dont nous vous parlions dans cet article affirme que le vaccin développé en partenariat avec Oxford permet de réduire le taux d’hospitalisation de 81% pour les plus de 80 ans, et même de 94% en population générale.

M. Véran a ainsi fait valoir sur France 2 que la Haute Autorité de la santé (HAS) "considère désormais, depuis aujourd'hui, que tous les vaccins dont nous disposons en France, le AstraZeneca, le Pfizer et le Moderna, ont une efficacité qualifiée de remarquable".

De plus en plus de Français vaccinés

L'extension de l'utilisation de l'AstraZeneca va permettre de toucher "2,5 millions de Français", a indiqué le ministre.

En outre, pour les personnes éligibles au vaccin à ARN (Pfizer ou Moderna) qui ont déjà été infectées par le Covid, "une seule injection suffira" désormais. "C'est une bonne nouvelle pour (...) les Français qui pourront récupérer" la deuxième dose, a estimé M. Véran.

"Rien que sur le mois de mars, nous comptons proposer une première vaccination à 6 millions de Français", a-t-il dit, ce qui "fera 9 millions au total depuis le début de la campagne".

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ QUELS SONT LES DIFFÉRENTS TYPES DE VACCINS CONTRE LA COVID-19 ET COMMENT FONCTIONNENT-ILS ? ( Cliquer sur l'image ) | vaccination-info-service.fr

Si tous les vaccins stimulent le système immunitaire de façon à induire une protection spécifique contre le virus de la COVID, des différences existent quant à la technique utilisée.

Les « vaccins à virus inactivé », les plus couramment utilisés, et les « vaccins à virus vivant atténué » reposent sur une injection du virus entier préalablement rendu inoffensif ou d'une partie de virus afin de déclencher une réponse immunitaire en cas d’infection.

Les « vaccins à ARN messager », comme ceux de BioNTech-Pfizer, Moderna ou CureVac, consistent à injecter dans l’organisme non pas le virus mais des molécules d’« ARN messager », fabriqué en laboratoire. Cet ARN, encapsulé dans des particules de lipides, sans adjuvant chimique, ordonne aux cellules au niveau du site d’injection (principalement les cellules musculaires et les cellules du système immunitaire) de fabriquer une protéine spécifique du virus responsable de la COVID, ce qui activera une réponse immunitaire. Il est ensuite rapidement éliminé. L’ARN messager ne pénètre jamais dans le noyau de la cellule et n’a aucune action sur le génome.

Les vaccins développés par AstraZeneca et par Janssen reposent quant à eux sur un « vecteur viral non réplicatif » : un virus inoffensif qui ne peut se reproduire dans les cellules est utilisé pour transporter le matériel génétique du coronavirus, fabriquant la protéine qui enclenchera une réponse immunitaire.

>>> https://professionnels.vaccination-info-service.fr/

Great Reset : le capitalisme peut-il s'offrir un nouveau Contrat Social ? Enfumage ? Théorie du complot ? Libre d'en rire ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 28/01/2021

À retrouver dans l'émission LE JOURNAL DE L'ÉCO par >>> Xavier Martinet

Dernier jour demain du forum de Davos, la réunion annuelle des dirigeants politiques et de grandes entreprises. Face aux appels à la justice sociale, le capitalisme se cherche un nouveau contrat social : c’est le débat sur la « Grande Réinitialisation ».

En période de crise, chacun cherche sa
refondation du capitalisme. A côté de la
"Grande Réinitialisation" du fondateur du Forum
 de Davos Klaus Schwab, le président Macron
 proposait de remplacer le Consensus de Washington
 par un "Consensus de Paris" .

>>> Grande Réinitialisation, « Great Reset » - comme lorsque vous redémarrez l’ordinateur – et qu’on pourrait aussi traduire par « nouveau départ » : c’est le titre du dernier livre du fondateur du Forum de Davos, l’économiste allemand Klaus Schwab.

« Accomplissement du capitalisme », ou appel à sa révolution, ce livre qui accompagne l’Agenda 2021 du Forum Economique Mondial est une manière de vendre la préoccupation croissante pour les inégalités - ce qu’Emmanuel Macron appelait hier la « face sombre du capitalisme », un peu comme pour le réchauffement climatique il y a 10 ans. 

Si 2020 a révélé les « failles » du système dit Klaus Schwab, la suite doit conduire à la correction du bug, la quête d’un nouveau contrat social. Aux grands maux, les grands mots : c’est un « nouveau Bretton Woods » qu’il faut, lançait en octobre la directrice du FMI Kristalina Georgieva, « repenser le capitalisme » dit le président Macron, remplacer le Consensus de Washington par un nouveau « Consensus de Paris ».  

>>> La « Grande Réinitialisation » : un projet ambigu ?

Est-ce « le monde d’avant en pire », titre dans Causeur l’expert financier et chroniqueur Sami Biasoni, ou au contraire un texte « inspiré des théoriciens de la décroissance » affirme Marc Endeweld dans la Tribune ? C’est toute l’ambiguïté de ce livre qui veut en finir avec « la normalité d’avant la crise », appelle à lutter contre la « tyrannie de la croissance du PIB », annonce « une période de redistribution massive des richesses », et en même temps préconise la concentration des entreprises et un « renforcement de l’Etat », détaille dans France Soir l’économiste Philippe Herlin pour qui le projet est « une menace pour nos libertés ».  

Rien de très dictatorial en apparence : plus de coopération, plus de justice, investir pour « construire mieux », villes intelligentes, infrastructures vertes, et une « quatrième révolution industrielle », robotique et informatique ; mais le doute subsiste quant aux intentions du projet qui se donne les apparences de la nécessité : « opportunité de refonder le capitalisme », « vaste opération de marketing vert », demande TV5 Monde ou « future gouvernance mondiale liberticide » ?  

Une nouvelle gouvernance sociale et mondiale ?  

Avec ses chapitres « Geopolitical Reset » et « Social Reset », l’ouvrage déclenche des passions réellement fanatiques, des complotistes légers jusqu'au aux extrêmes politiques : comme le relate Matthieu Aron dans L’Obs, c’est un élément-clef du film Hold Up, qui affirme qu’il s’agit de tracer les personnes à partir de puces 5G insérées via les vaccins ; et il fait partie de la galerie des délires du site Qanon depuis qu’un archevêque américain a dénoncé « une conspiration mondiale contre Dieu et l’humanité », avec vaccination obligatoire, passeport sanitaire, identité numérique et « camps de détention ».

Klaus Schwab et son co-auteur l’économiste Thierry Malleret (ancien du cabinet de Michel Rocard) ont beau clamer que « nous sonnons la fin prochaine de l’ère néolibérale », le jeu des citations isolées donne facilement un programme sadique de souffrances humaines : le livre prévoit la disparition d’une très grande majorité des emplois ds plusieurs secteurs d’ici 2035, la « nécessité d’un réseau de surveillance mondial », affirme que « plus la croissance démographique est élevée, plus nous perturbons l’environnement »… Même le style assez neutre est louche, dit Philippe Herlin : il trahit son écriture véritable par « des cabinets de conseil américains du genre McKinsey ou Boston Consulting Group ».  

Qui croit vraiment au portrait du capitalisme en jeune homme ?

Le verdissement intensif à grands coups d’éoliennes, de décarbonation de la finance ou l’impôt sur la fortune mondiale... : le recueil de bonnes intentions ne séduit pas. Pour l’économiste Dany Lang sur TV5 Monde : « on ne va pas changer le capitalisme financiarisé actuel par la bonne volonté des grandes entreprises » ; plus encore, pour le professeur à l’Univ de Lausanne Jean-Christophe Graz, la démarche de Klaus Schwab « fait partie du fonctionnement même » de Davos depuis 30 ans : c’est le « visage public » du Forum qui affiche une démarche progressiste et multilatérale, «discours qui permet d'avoir un agenda réformiste assez ambitieux, mais sans remettre en question l’ordre économique ».  

D’ailleurs l’idée n’est pas vraiment neuve, explique >>> Sam Biasoni pour achever de la discréditer dans Causeur, c'est une reprise technocratique de La Grande Transformation du polonais Karl Polanyi en 1944,  où l'idée de Great Reset est plus l’argument d’un groupe de pression qu'un concept, rappelle-t-il, le terme de réinitialisation lui-même « évoque plutôt la maintenance d’un système défaillant » : la technocratie plutôt qu’une révolution sociale. Prudente d’ailleurs, Angela Merkel elle-même s’inquiétait du « slogan » du great reset » et demandait : « en avons-nous besoin ? » 

Qui veut d’un nouveau contrat social ?  

L’économiste et anthropologue >>> Paul Jorion estime « ridicules » les critiques contre une gouvernance mondiale, et salue le résurrection du projet de « participation », celle de faire des travailleurs des sociétaires et pas seulement des salariés, un temps porté par le Général de Gaulle.  

Emmanuel Macron lui-même, qui plaidait 2018 à Davos pour un "nouveau contrat social" mondial et promeut les dispositifs de RSE, s’inscrit dans ce mouvement. La responsabilité sociale des entreprises sera d'ailleurs le sujet du prochain livre de Klaus Schwab qui paraît demain :

>>> "Un capitalisme de stakeholders", c'est-à-dire de "participants", à côté des d’actionnaires "shareholders". Jean-Jacques Rousseau l'écrivait d'ailleurs dans son Contrat Social : « le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».

>>> Xavier Martinet

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Avez-vous lu Polanyi ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 11/11/2011


À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth et Philippe Petit

Combien sont-ils à regretter le recul de la politique face à l’économie ? Combien sont-ils ou combien sont-elles à trouver que la place de l’économie dans la société est souvent démesurée eu égard aux besoins fondamentaux de l’être humain que sont l’amour, la camaraderie, la famille ?

Pouvons-nous échapper à la fétichisation de l’économique et à l’emprise de la logique de marché ? 

Cela est sans doute possible si on prend la peine de lire et de relire Karl Polanyi 1886-1964. Car vouloir échapper à la vision économique du monde n’est pas vouloir échapper aux marchés. Il a toujours existé des économies avec des marchés, des foires, des ports, des places financières, mais l’apparition de l’économie de marché, qui fait parler les marchés, et craint leurs réactions comme s’il s’agissait de personnes, cela n’est pas si vieux. Le mythe du marché autorégulé – désencastré du rapport social – est finalement assez récent. Il date du XIX siècle.

Et c’est pour l’avoir dénoncé et s’être opposé à la société du tout-marchand, que Polanyi, adepte d’un socialisme démocratique, est devenu aujourd’hui une référence théorique importante.

Les trois dernières décennies ont connu, en effet, à l’échelle mondiale, un nouvel épisode d’utopie libérale que nombre de penseurs appellent le néolibéralisme.

Pour en comprendre les rouages et en analyser les propositions, Karl Polanyi est un auteur précieux.

Nous avons demandé à deux grands connaisseurs de son œuvre de nous expliquer en quoi il peut nous être utile pour comprendre notre monde ?

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La Grande Transformation, Karl Polanyi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2018

À retrouver dans l'émission LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE DE L'ÉCO par Tiphaine de Rocquigny

C'est le livre choisi par l'économiste Jérôme Maucourant, maître de conférences en sciences économiques à l'université Jean-Monnet de Saint-Etienne, et auteur de Avez-vous lu Polanyi ?

Karl Polanyi explique notamment la montée
du fascisme par la théorie du "double mouvement".
 (Ici, des militaires italiens lors de la
seconde guerre mondiale)

Dans La Grande Transformation (sous-titré Aux origines politiques et économiques de notre temps), l'oeuvre majeur de Karl Polanyi (1886-1964) publiée en 1944, l'économiste et anthropologue hongrois théorise l’idée d’une économie désencastrée, affranchie des autres formes du lien social, et qui constitue selon lui un problème résolument moderne.  

>>> Avez-vous lu Polanyi ?

Plongée dans la pensée de cet auteur méconnu avec Jérôme Maucourant, maître de conférences en sciences économiques à l'université Jean-Monnet de Saint-Etienne, et auteur de Avez-vous lu Polanyi ? (Flammarion, 2011), et de Commerce et marché dans les premiers empires : sur la diversité des économies (Bord de l'Eau, 2017).

Avez-vous lu Polanyi ? Avec Jérome Maucourant et Bernard Chavance (11.11.2011) | Greg Ciné 30 sept. 2020


Pouvons-nous échapper à la fétichisation de l’économique et à l’emprise de la logique de marché ? Cela est sans doute possible si on prend la peine de lire et de relire Karl Polanyi 1886-1964. 

Car vouloir échapper à la vision économique du monde n’est pas vouloir échapper aux marchés. Il a toujours existé des économies avec des marchés, des foires, des ports, des places financières, mais l’apparition de l’économie de marché, qui fait parler les marchés, et craint leurs réactions comme s’il s’agissait de personnes, cela n’est pas si vieux. Le mythe du marché autorégulé – désencastré du rapport social – est finalement assez récent. Il date du XIXe siècle.

Et c’est pour l’avoir dénoncé et s’être opposé à la société du tout-marchand, que Polanyi, adepte d’un socialisme démocratique, est devenu aujourd’hui une référence théorique importante.

Les trois dernières décennies ont connu, en effet, à l’échelle mondiale, un nouvel épisode d’utopie libérale que nombre de penseurs appellent le néolibéralisme.

Pour en comprendre les rouages et en analyser les propositions, Karl Polanyi reste un auteur précieux.

Émission "Les Nouveaux chemins de la connaissances"
France-Culture, 11 novembre 2011

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Polanyi - La Grande Transformation | Politikon 16 juil. 2020


« Pour comprendre le fascisme allemand, nous devons revenir à l’Angleterre de Ricardo. » Par cette phrase, Karl Polanyi résume l’enjeu de son livre La Grande Transformation paru en 1944. 

Entrons dans la satanic mill, la fabrique du diable, pour comprendre comment l’idéal libéral d’un marché autorégulateur a conduit au fascisme.

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Deux conceptions de la liberté, par Isaiah Berlin | Nicomaque 12/09/2013

Extrait à télécharger : >>> Deux conceptions de liberté (pdf)

>>> Isaiah Berlin (1909—1997) est un philosophe et historien des idées d’origine russe. Après une enfance passée à Saint Petersbourg, devenue Petrograd, il a émigré avec ses parents en Angleterre, fuyant l’Union soviétique deux ans après la révolution bolchevique. Devenu citoyen Britannique, il a passé une grande partie de sa vie à Oxford ou il a été étudiant puis professeur. Il a fondé le Wolfson College à l’université d’Oxford et a été nommé président de la British Academy.

Couronné par de nombreux prix pour ses travaux d’historien des idées, il a laissé une œuvre considérable dont une série de conférences à la BBC qui ont été retranscrites et traduites sous le titre français : >>> La liberté et ses traîtres. Un excellent petit livre sur Helvetius, Rousseau, Fichte, Hegel, Saint Simon et de Maistre.

Dans Deux conceptions de la liberté, Berlin établit une dichotomie devenue classique, >>> entre liberté négative et liberté positive. 

Si cette distinction n’est pas toujours satisfaisante, elle a le mérite de nous éclairer sur la différence qu’il y a entre la conception libérale et la conception non-libérale de la liberté. Cette distinction recoupe la distinction de >>> Benjamin Constant entre liberté des Modernes et liberté des Anciens. S’appuyant sur Locke, Kant, Stuart Mill et Constant, pour s’opposer à Hegel et Marx, Berlin élabore également une théorie de l’autonomie de l’individu, qui défend le pluralisme des fins et la responsabilité de chacun devant ses choix.

Isaiah Berlin
Le concept de liberté « négative »

Je suis libre, dit-on généralement, dans la mesure où personne ne vient gêner mon action. En ce sens, la liberté politique n’est que l’espace à l’intérieur duquel un homme peut agir sans que d’autres l’en empêchent. Si d’autres m’empêchent de faire ce qu’autre­ment j’aurais fait, je ne suis pas entièrement libre; et si cet espace se trouve réduit en dessous d’un certain minimum, on peut dire que je suis contraint, opprimé et peut-être même asservi. (…) Il y a oppression dans la mesure où d’autres, directement ou non, déli­bérément ou non, frustrent mes désirs. Être libre, en ce sens, signifie être libre de toute immixtion extérieure. Plus vaste est cette aire de non-ingérence, plus étendue est ma liberté. C’est ainsi que les grands penseurs politiques anglais entendaient le concept de liberté.

Certes, ils divergeaient sur l’ampleur que pouvait ou devait prendre cet espace de liberté, mais partaient du principe qu’il ne pouvait pas, les choses étant ce qu’elles sont, être illimité; en effet, un espace de liberté illimité ne pouvait qu’engendrer un état dans lequel tous s’immisceraient sans aucune limite dans les affaires de chacun; ce type de liberté « naturelle » ne pouvait conduire qu’à une forme de chaos social où les besoins élémentaires ne seraient plus satisfaits, où les plus faibles se verraient privés de leurs libertés par les plus forts. Parce qu’ils comprenaient que les buts que poursuivent les hommes ne sont pas forcément en harmonie et parce que (quelle que fût par ailleurs leur doctrine) ils accordaient une grande valeur à d’autres fins telles que la justice, le bonheur, la culture, la sécurité ou l’égalité, ils étaient disposés à restreindre la liberté dans l’intérêt d’autres valeurs et, en fait, dans l’intérêt même de la liberté. Sans cela, il était, selon eux, impossible de créer le type d’association qu’ils appelaient de leurs vœux.

Par conséquent, l’espace de liberté de chacun devait être limité par la loi. Cependant, ces penseurs, notam­ment les libéraux comme Locke et Mill en Angleterre, Constant et Tocqueville en France, partaient également du principe qu’il devait y avoir une aire minimum de liberté indivi­duelle et que celle-ci ne devait en aucun cas être violée. Sans elle, l’individu n’avait pas la possibilité de développer ses facultés naturelles qui, seules, lui permettent de poursuivre ou même de concevoir les fins que l’on tient pour bonnes, justes ou sacrées. Une frontière devait donc être tracée entre le domaine de la vie privée et celui de l’autorité publique. (…)

Parce qu’ils avaient une vision optimiste de la nature humaine et pensaient qu’il était possible d’harmoniser les aspirations des hommes, certains philosophes, tels que Locke ou Adam Smith et parfois Mill, croyaient que le progrès et la paix sociale étaient compatibles avec un large espace réservé à la vie privée que ni l’État ni aucune autorité ne devrait violer.

En revanche, Hobbes et ses partisans, notamment parmi les conservateurs et les réactionnaires, affirmaient que si l’on voulait empêcher les hommes de se détruire les uns les autres et de transformer la société en une jungle, il fallait instituer des garde-fous plus puissants, renforcer le pouvoir central et restreindre celui de l’individu.

Mais les uns et les autres s’accordaient à penser qu’une part de l’existence devait échapper au contrôle social.

Envahir ce domaine réservé, aussi petit fût-il, aurait conduit au despotisme. Benjamin Constant, le plus brillant avocat de la liberté et du droit à la vie privée, n’avait pas oublié la dictature jacobine lorsqu’il déclarait qu’à tout le moins la liberté de religion, d’opinion, d’expression et le droit de propriété devaient être protégés contre toute ingérence arbitraire. Jefferson, Burke, Paine, Mill ont chacun dressé leur catalogue des libertés individuelles, mais leur argument pour maintenir le pouvoir à distance était toujours en substance le même. Si nous ne voulons pas « renier notre nature ou l’avilir », nous devons veiller à conserver un minimum de liberté indi­viduelle.

Certes, nous ne pouvons disposer d’une liberté absolue ; nous devons renoncer à une partie pour préserver le reste. 

Mais un renoncement total serait autodestructeur. Quel est donc ce minimum ? Ce à quoi un homme ne peut renoncer sans porter atteinte à son essence d’homme. Quelle est cette essence ? Quelles normes implique-t-elle ? C’est là matière à d’interminables débats. Mais quel que soit le principe sur lequel repose cette aire de non-ingérence, que ce soit la loi naturelle ou les droits naturels, l’utile, un impératif catégorique, un contrat social inviolable ou tout autre concept par lequel les hommes se sont efforcés d’expliciter ou de justifier leurs convictions, être libre en ce sens signifie être libre de toute contrainte et marque l’absence d’ingérence au-delà d’une frontière mouvante mais toujours reconnaissable. « La seule liberté qui mérite ce nom est celle de poursuivre notre propre bien comme nous l’entendons », disait le plus célèbre de ses champions. Si tel est le cas, est-il possible de justifier la contrainte ? Mill en était convaincu. Puisque la justice exige que chaque individu dispose d’un minimum de liberté, il s’ensuit que les autres doivent être empêchés, par la force si nécessaire, d’en priver quiconque. D’ailleurs, tel était selon lui l’unique fonction de la loi: comme le déclarait Lassalle avec mépris, le rôle de l’État devait se borner à celui d’un veilleur de nuit ou d’un agent de la circulation. (…)

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Le capitalisme démocratique. La fin d’une exception historique ? par Jean-Fabien Spitz | LA VIE DES IDÉES 10 juillet 2018

Le capitalisme et la démocratie semblaient, il y a encore quelques années, faire bon ménage. Mais le divorce est consommé, analyse Jean-Fabien Spitz : le marché se porte bien, les régimes autoritaires fleurissent et le désintérêt pour les droits des individus ne cesse de grandir.

À l’occasion du bicentenaire de la Révolution française et de la chute du mur de Berlin, François Furet et bien d’autres célébraient les noces éternelles du capitalisme et des droits de l’homme. 

Trente ans après, les époux sont au bord du divorce : des partis racistes et xénophobes sont aux portes du pouvoir ou les ont déjà franchies dans plusieurs pays de l’Union européenne, la Turquie connaît une dérive autoritaire qui bafoue les libertés fondamentales, le Royaume-Uni est saisi d’une fièvre de repli et de rejet des étrangers, les États-Unis enfin, la plus ancienne démocratie du monde, ont porté à la présidence un homme que le racisme n’effraye pas et qui semble prêt à faire toutes les entorses possibles aux principes écrits et non écrits d’une constitution destinée à protéger les libertés individuelles de l’ensemble des citoyens [1]. Le capitalisme se porte mieux que jamais et jamais le marché n’a étendu son emprise aussi loin ni annexé autant de secteurs de l’existence humaine, mais cette extension sans précédent ne profite ni aux droits de l’homme ni aux principes du libéralisme, qui font l’objet aujourd’hui d’un scepticisme de plus en plus avéré.

La déconsolidation démocratique

Plus grave encore, les politologues Yasha Mounk et Roberto Stefan Foa ont montré qu’une bonne partie des habitants des pays riches étaient affectés par une « déconnexion » vis-à-vis des valeurs de la démocratie, et que cet éloignement ou cette indifférence conduisait à une « déconsolidation » de cette dernière. Interrogés sur la valeur du régime démocratique, les citoyens de ces pays — en particulier les plus jeunes — se montrent de moins en moins attachés à cette forme de gouvernement politique et de plus en plus tentés par diverses formes de radicalité. Si l’importance de l’élection des gouvernants conserve encore une partie de sa valeur, les composantes libérales de la démocratie, notamment le respect pour les droits individuels et la nécessité de conduire les changements politiques dans les formes institutionnelles prévues, semblent faire l’objet d’une désaffection ou en tout cas d’un moindre soutien que dans les années 1950 et 1960. Quant à l’engagement et à la pratique des droits politiques, ils ne sont plus perçus comme des éléments essentiels d’une vie démocratique et le désintérêt qu’ils inspirent ne semble pas comblé par l’attraction de formes nouvelles et non conventionnelles de participation civique.

Enfin, le recours à des solutions autoritaires pour trancher les problèmes les plus pressants ne fait plus l’objet d’un rejet aussi systématique. 24 % des citoyens des États-Unis — tous âges confondus — déclarent par exemple qu’il serait bon pour leur pays d’avoir un dirigeant fort (a strong leader) qui n’aurait à se préoccuper ni du Congrès ni des élections, tandis qu’une proportion plus élevée encore pense que ce serait une bonne chose de confier la gestion des problèmes les plus complexes à des experts [2]. Aux États-Unis, des propositions comme celle qui vise à repousser les élections à une date plus tardive pour permettre de constituer des listes électorales fiables excluant toute possibilité de vote pour les non-citoyens ne paraissent pas scandaleuses, pas plus que des attitudes qui, naguère, auraient profondément heurté les règles non écrites du jeu politique, par exemple celle de la majorité républicaine du Congrès refusant purement et simplement d’examiner la nomination à la Cour suprême de la personnalité pressentie par Barack Obama à la fin de son mandat pour remplacer le juge Scalia.

Il semble au demeurant que, pour beaucoup, l’adhésion aux valeurs « libérales » (les droits des individus et les freins institutionnels) ait reposé — pendant la période de consolidation de l’après-Seconde Guerre mondiale — sur des bases purement instrumentales, c’est-à-dire sur la capacité des régimes démocratiques de cette période à promouvoir une hausse continue du niveau de vie pour le plus grand nombre. Comme l’écrivent Foa et Mounk, « il se pourrait que l’attachement très largement répandu à la démocratie ait dépendu d’une rapide augmentation des niveaux de vie pour les gens ordinaires », et que « les gains de la croissance économique aient été plus concentrés entre les mains des plus riches dans les démocraties qui connaissent cette forme de déconsolidation que dans les pays ou le consensus démocratique perdure » [3]. En clair, il n’est pas surprenant que le monde anglo-américain — où la répartition équitable des fruits de la prospérité a été moins accentuée qu’ailleurs en Europe — soit le premier et le plus sérieusement touché par la vague de déconsolidation démocratique.

L’alliance prétendument indéfectible entre, d’un côté, un régime politique d’essence démocratique fondé à la fois sur le rule of law et les libertés individuelles, mais aussi sur la souveraineté de la volonté collective, et de l’autre côté un régime économique fondé sur la propriété privée et la libre contractualité, semble donc avoir vécu. Alors que chacun de ces deux régimes était censé renforcer l’autre et lui donner une base plus stable, on s’aperçoit aujourd’hui qu’il s’agissait d’une illusion et que ce renforcement mutuel n’a existé que dans un moment historique très particulier au cours duquel le premier a montré sa capacité à domestiquer le second et à maîtriser ses excès. Sur le long terme, le marché engendre de telles inégalités qu’il sape les fondements mêmes de la démocratie, c’est-à-dire le principe égalitaire qui en forme le cœur.

L’alliance des deux régimes peut certes fonctionner de manière harmonieuse et équilibrer les deux éléments lorsque la démocratie est robuste et démontre sa capacité à contrôler le capitalisme et à contraindre les forces du marché à se plier aux exigences de l’intérêt général, c’est-à-dire à se traduire par des avantages réels — qui peuvent au demeurant être inégaux — pour l’ensemble des groupes sociaux. Quand ce cercle vertueux est à l’œuvre, le contrôle que la démocratie est en mesure d’exercer sur le marché conforte sa propre légitimité et engendre une adhésion des citoyens qui est d’autant plus solide que le régime démocratique démontre sa capacité à maintenir les inégalités dans des limites acceptables et à répartir de manière équitable — par des transferts sociaux et des services publics — les avantages de la coopération sociale.

Mais la « mondialisation dérégulatrice » — qui est le fruit de décisions politiques délibérées et mûrement pesées — prive les États nationaux de la possibilité de contrôler efficacement le marché tout en se déployant de manière à empêcher l’émergence d’une instance politique supra nationale qui pourrait prendre efficacement le relais. Ce dispositif est conçu pour permettre aux inégalités de reprendre leur marche en avant et aux secteurs les plus riches de monopoliser les fruits d’une croissance ralentie. La rétractation ou la disparition des avantages matériels pour le plus grand nombre — voire, pour des pans entiers de la société, la dégradation de leur situation — provoque alors la désaffection démocratique que l’on constate aujourd’hui. Conjointement, cette mondialisation dérégulatrice déplace le centre de gravité du pouvoir en même temps que celui de la répartition des richesses [4], et elle accroît l’influence des élites, qui sont de plus en plus difficiles à contrôler en raison de l’absence d’institutions politiques mondiales. Ces élites favorisent quant à elles une dérégulation qui sert leurs intérêts et produit une concentration des revenus à l’extrémité haute de l’échelle.

Le cercle vicieux est dès lors enclenché : plus de dérégulation — ou plutôt plus de remodelage délibéré des régulations en faveur de la concentration des patrimoines et des revenus — engendre un surcroît d’inégalités, qui se traduit par le tassement des niveaux de vie pour le plus grand nombre, réduisant d’autant la légitimité d’un régime politique auquel les citoyens n’adhèrent que lorsqu’il se traduit pour eux par des avantages matériels. L’affaiblissement de la légitimité entraîne la déconsolidation, une attention faiblissante pour la chose politique, des comportements et des choix dictés par la surface des choses et non par les enjeux véritables et, par ricochet, moins de contrôle public sur la richesse privée. À son tour, cet affaiblissement du contrôle public sur les acteurs privés se traduit par un surcroît de mondialisation, un renforcement de l’autonomie des élites, une fuite en avant dans la « re-régulation » favorable à la minorité la plus riche, et l’affaiblissement correspondant d’une légitimité démocratique déjà fortement écornée. Moins les régimes démocratiques tiennent leur promesse de contrôle des excès du capitalisme et de répartition juste des effets de la croissance, moins ils apparaissent comme légitimes ; et moins ils apparaissent comme légitimes, plus ils sont capturés par une minorité qui les plie à son service, accentuant encore plus les effets de déconsolidation isolés par Mounk et Foa. Ce ne sont donc pas le capitalisme et l’économie de marché qui renforcent la légitimité de la démocratie, mais au contraire la capacité de cette dernière à les contrôler et à en limiter les effets inégalitaires. Comme l’écrit Robert Kuttner [5],

"un capitalisme sans limites anémie et érode la démocratie en engendrant la pulsion populiste."

Le paradoxe, c’est bien entendu que la démocratie doit exister pour que le capitalisme puisse faire l’objet de cette limitation, et elle doit tenir sa robustesse de facteurs autres que sa capacité à contrôler le capitalisme dans la mesure où l’effet ne peut pas précéder la cause. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand le souvenir de la Grande Dépression et le combat contre le nazisme ont fait lever une très forte aspiration démocratique au sens propre, c’est-à-dire une forte aspiration égalitaire doublée d’une forte conscience que les soubresauts inégalitaires du capitalisme livré à lui-même étaient à la racine de la catastrophe historique qui venait d’avoir lieu. Des conditions externes ont ainsi conduit à cette limitation du capitalisme qui, à son tour, a renforcé l’adhésion aux régimes démocratiques.

Inégalités et désaffection pour les valeurs démocratiques

Il y a donc un lien de causalité entre la déconsolidation démocratique et le fait que, dans la période récente, la captation de la quasi-totalité des fruits de la croissance économique par la petite minorité des plus aisés se soit accompagnée d’une stagnation voire d’une régression du niveau de vie du plus grand nombre. En son temps, Tocqueville avait lui aussi remarqué qu’il existait deux formes d’adhésion au régime démocratique — l’une fondée sur son utilité et l’autre sur la valeur intrinsèque de ses idéaux. À ses yeux, seule la seconde pouvait réellement « consolider » la démocratie et il soulignait également qu’en apportant leur soutien à ce régime pour des considérations purement utilitaires et conséquentialistes, les individus modernes risquaient de perdre sur les deux tableaux, car un régime auquel les citoyens n’accordent pas une adhésion de principe perd à terme les caractéristiques qui lui permettent de produire l’utilité sur laquelle repose son pouvoir d’attraction.

Au cours des trente dernières années, c’est donc l’incapacité — ou le refus ? — des pays riches à promouvoir une économie dont les fruits seraient largement partagés qui provoque désormais un reflux, une désadhésion qui va jusqu’au soupçon selon lequel les valeurs démocratiques — les libertés personnelles et les mécanismes institutionnels destinés à prévenir l’abus du pouvoir et les dérives autoritaires — pourraient être non pas des compagnons obligés, mais des entraves à cette promotion d’une prospérité largement partagée. L’exemple de pays qui, comme la Chine, ont connu des avancées économiques inédites sans l’ombre d’un progrès vers plus de contrôle démocratique du pouvoir ou vers plus de respect des droits individuels alimente également ce soupçon [6]. Après la Grande Dépression des années 1930, l’hypothèse de Karl Polanyi semble ainsi trouver une seconde confirmation [7] : l’extension sans limites des rapports de marché, lorsqu’elle affecte les cadres mêmes de la société que sont l’homme et la nature — comme c’est le cas aujourd’hui après une période d’encastrement institutionnel prononcé du marché — provoque un choc en retour sous la forme d’une mise en cause qui atteint les fondements intellectuels de cette même extension. Et dans ce choc en retour, les droits personnels et les formes institutionnelles de la démocratie souffrent d’une désaffection au moins aussi grande — voire même plus — que celle qui atteint les droits proprement économiques de propriété et de contrat dont la sanctuarisation est au fondement de la stagnation des niveaux de vie qui affecte le plus grand nombre.

Cette asymétrie est difficile à comprendre. Pourquoi les droits économiques — pourtant responsables au premier chef de l’explosion des inégalités — continuent-ils de faire l’objet d’une adhésion élevée, alors que les droits personnels et les mécanismes démocratiques sont quant à eux victimes d’un scepticisme croissant ? Pourquoi le choc en retour prend-il une forme conservatrice (racisme, exclusions, fermeture des frontières, raidissement sécuritaire, tolérance accrue envers une surveillance étroite de la vie privée par le pouvoir politique, etc.), et non pas la forme progressiste d’une aspiration à limiter les droits économiques, à réguler l’usage de la propriété et sa circulation, à veiller à l’équité des contrats, et à mettre en place, au delà de l’épuisement des formes classiques de l’État social, de nouvelles modalités de la maîtrise des inégalités engendrées par le marché ? On sait bien entendu que, dans toute période de crise, les collectivités humaines ont une tendance au repli identitaire vers leurs racines historiques et que l’étranger fait classiquement office de bouc émissaire. Mais cette explication est un peu courte pour rendre compte de l’ampleur du phénomène.

Quoi Hegel ? Qu'est-ce qu'il a Hegel ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/03/2019

Grâce à un outil conceptuel novateur, la dialectique, Hegel entendait rendre compte du cheminement de l'esprit dans ses différentes incarnations : l’art, la religion, l’histoire et la science. 4h d'émission pour s'initier à sa philosophie.

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> La mort de l'art

Il existe une idée phare chez Hegel, une idée qui consiste à dire que l’art tel que nous le connaissons est mort. Mais est-ce une bonne ou une mauvaise...


>>> La dialectique du maître et de l'esclave

Connaissez-vous la dialectique du maître et de l’esclave ? C’est une idée clef de la philosophie de Hegel, qui permet de comprendre pourquoi, pour devenir...


>>> L'Histoire a-t-elle un sens ?

S’il y a un ensemble homogène présupposé lorsqu'on parle de l’Histoire, l’approche de Hegel est une approche de « philosophie de l’Histoire » on y retrouve...


>>> Le droit, c'est la vie

Hegel tient l’application du droit comme corollaire indispensable à la liberté des citoyens. Serait-il le premier penseur social-démocrate ?

Hobbes : “L’homme est un loup pour l’homme” ( Cliquer sur l'image ) | France culture 23/02/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

Thomas Hobbes est l’auteur du célèbre livre de philosophie politique “Léviathan”. En 1641, en exil volontaire en France, il observe ce qui agite et trouble son pays, l'Angleterre : la guerre civile. Il rédige alors “Du citoyen”, où apparaît la fameuse maxime, objet de nombreux contresens...

Hobbes : “L’homme est un loup pour l’homme”

Contrairement aux apparences, la phrase "L'homme est un loup pour l'homme" ne signifie pas que la vie en société est une guerre de chacun contre chacun, ce qui est une autre phrase malcomprise écrite par le même philosophe.

Ce philosophe s'appelle Thomas Hobbes, il est surtout connu pour avoir écrit un ouvrage philosophie politique magistrale : Léviathan, paru en 1651.

Mais ce n'est pas dans ce texte qu'il affirme que l'homme est un loup pour l'homme, et la phrase, beaucoup reprise dans l'histoire de la philosophie et de la littérature, a fait l'objet de nombreux contresens...

L'invité du jour :

Luc Foisneau, directeur de recherche au CNRS et enseigne la philosophie politique à l'EHESS

Le concept d'état de nature

"“L’état de nature” est un concept, une invention, qu’on pense aujourd’hui à la manière de Darwin comme s’il s’agissait d’une description des relations entre les espèces ou les individus, mais lorsque Hobbes pense ce concept, il crée une distinction entre état de nature et état civil, et l’état de nature ne lui sert qu’à une seule chose : nous permettre de penser la différence qu’il y a entre vivre en société protégé par des lois et vivre hors de la société dans cet état qu’il désigne comme un état de nature, et il ajoute : cet état de nature est aussi un état de guerre…" Luc Foisneau

Un philosophe-observateur en exil

"Le texte dont est extraite la fameuse phrase “L’homme est un loup pour l’homme”, qui est une citation d’un auteur latin, est écrit à Paris en novembre 1641, c’est une épître dédicatoire : “Du citoyen”, écrit avant le “Léviathan”. Hobbes est alors un philosophe en exil volontaire, son exil durera 11 ans, qui va observer les événements qui se passent en Angleterre. Cette phrase renvoie très directement, lorsque Hobbes l’utilise, à l’idée que son pays est en train de basculer dans la guerre civile…" Luc Foisneau

Textes lus par Bernard Gabay :

  • Extrait de l'ouvrage Du Citoyen, de Thomas Hobbes, Epître Dédicatoire, traduction de Philippe Crignon, éditions GF (avec une musique d'Ernest Bloch, Concerto Grosso, interprété par Jenny Lin au piano)
  • Extrait de Homo Sacer : Le pouvoir et la vie nue, de Giorgio Agamben, éditions du Seuil (avec une musique de Bartok, Divertimento BB118, interprété par l'orchestre Les Dissonances)

Sons diffusés :

  • Extrait du film Mesrine : l’instinct de mort, de Jean-François Richet, 2008
  • Archive de Giorgio Agamben, dans l'émission À voix nue, France Culture, 16 janvier 1998
  • Extrait de la série tv Buffy contre les vampires, saison 4, épisode 6
  • Chanson de fin : Gainsbourg, Cha cha cha du loup

« D’Abraham Lincoln, premier président du Parti républicain moderne, à QAnon… Que s’est-il passé ? » par Alain Frachon, éditorialiste au « Monde » 18 février 2021

Sous l’influence de Donald Trump, le Grand Old Party se comporte, depuis plusieurs années déjà, comme une secte, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Chronique. C’est l’histoire d’une régression, comme il en arrive ailleurs. Longtemps, le Parti républicain américain s’est présenté comme une grande maison – une « grande tente », disait-on, par goût du plein air. Plusieurs tendances y cohabitaient : le compromis passait pour une qualité politique. C’est fini. Le Parti républicain, l’un des piliers de la démocratie américaine, se comporte, depuis plusieurs années déjà, comme une secte : il veut exclure les non-croyants.

La présidence de Donald Trump a accentué cette dérive. On dira qu’il s’est trouvé, samedi 13 février, sept sénateurs républicains pour voter la destitution de Trump, au motif que celui qui était encore président le 6 janvier a inspiré l’assaut lancé ce jour-là contre le Congrès des Etats-Unis. Il aurait fallu dix voix républicaines de plus pour condamner l’incendiaire et le rendre à jamais inéligible.

>>> L’acquittement de Donald Trump confirme la profonde division du Parti républicain

Dans une partie de la hiérarchie républicaine, la révolte anti-Trump gronde. Sans doute trop tard. A l’ombre des palmiers de Mar-a-Lago, son refuge hispano-mauresque de Floride, Trump compte son magot – soit 175 millions de dollars (145 millions d’euros) de donations politiques à sa disposition, dit le New York Times.

Il va s’en servir pour punir les dissidents républicains, ceux qui ont osé voter sa destitution ou ceux qui, en janvier, ont entériné la victoire du démocrate Joe Biden – que Trump, sans le début d’une preuve, a qualifiée de « vol ». Trump financera des candidatures contre les « traîtres » lors des primaires républicaines de novembre 2022. Le chef exige allégeance à sa personne, comme dans un culte religieux.

Tournant intégriste

Pour l’heure, une majorité d’électeurs républicains se dit toujours fidèle à Trump. « Le Parti républicain est à Donald Trump et à personne d’autre », lance Marjorie Taylor Greene, nouvelle élue républicaine de Géorgie, ex-membre de la secte QAnon – un groupe de suprémacistes blancs qui défend une thèse originale : Trump aurait été choisi par Dieu pour combattre un complot mondial ourdi contre l’Amérique par une bande d’adorateurs de Satan pédophiles réfugiés au sein du Parti démocrate. Trump n’a jamais dénoncé la secte QAnon. L’élection de Taylor Greene est un marqueur dans l’évolution du parti : d’Abraham Lincoln (1809-1865), premier président du Parti républicain moderne, à QAnon… Que s’est-il passé ?

>>> Marjorie Taylor Greene, la républicaine complotiste de l’extrême vue comme un « cancer » jusque dans son propre parti

Trump est venu apporter sa « touche » aux « valeurs » défendues par le parti depuis les années 1980 : conservatisme sociétal à forte tendance religieuse, défiance à l’adresse de l’Etat fédéral, désarroi devant la montée des minorités ethniques, méfiance à l’égard de la science (climat, vaccins, théorie de l’évolution), le tout porté par un patriotisme revendiqué haut et fort, justifiant un soutien sans faille au budget de la défense.

Mais la vaste « tente » républicaine s’accommodait d’une famille passablement disparate : les milieux d’affaires ; les religieux conservateurs ; les ultranationalistes ; une faction libertaire ; des intellectuels néoconservateurs.

Le programme n’avait rien d’un catéchisme. Même le plus idéologue des présidents républicains, Ronald Reagan (1980-1988), s’arrangeait volontiers, comme ses prédécesseurs, avec des majorités démocrates au Congrès. « Reagan parlait en blanc et en noir, mais gouvernait en gris », écrivent Peter Baker et Susan Glasser dans leur excellente biographie du secrétaire d’Etat James Baker (The Man Who Ran Washington, Doubleday, 2020, non traduit).

Le tournant intégriste, quand le programme devient la Bible et l’adversaire démocrate, l’ennemi, quand le débat politique relève de la guerre civile, est pris dans les années 1994, sous la tutelle du père du Parti républicain contemporain, Newt Gingrich. Pour ce prince noir du nihilisme en politique, trumpiste de la première heure, la vie publique n’est pas affaire de compromis, elle est un jeu à somme nulle : on gagne ou on perd (tout).

La forme compte plus que le fond

Trump va réécrire le programme sur deux points. En économie, il est d’accord avec la doxa des baisses d’impôts pour les riches mais il sonne la fin du libre-échangisme cher à Reagan. En politique étrangère, il a mis les alliances des Etats-Unis sous le boisseau et a radicalisé la confrontation avec la Chine.

La forme compte plus que le fond. Trump porte le mensonge au sommet. Il crée une sorte de « réalité alternative » qui séduit sa base et intimide les élus. Il récuse le savoir des experts, se moque de la science, insulte les élites. Millionnaire paresseux, né avec une cuiller en argent dans la bouche, sa pratique du débat tient surtout de la gestuelle : le bras d’honneur permanent à l’establishment. On sait les ressorts de ce registre politique – inégalités économiques, démographiques, culturelles. On sait comment la condescendance politiquement correcte d’une certaine gauche urbaine a aussi nourri le trumpisme.

>>> Donald Trump, le président qui méprise les règles et les lois

A l’arrivée, il y a une formation soumise à un seul homme. Sa popularité dans l’électorat républicain terrorise les élus. Son objectif est de gagner les élections de mi-mandat, rarement favorables au parti au pouvoir. Sa tactique sera de s’opposer à Joe Biden, sur tout. 56 % ou 58 % des Américains souhaitaient voir Trump destitué par le Sénat. Mais le système électoral est structurellement favorable aux républicains – par le biais du fédéralisme et du découpage des circonscriptions. Le Parti républicain n’a pas besoin d’élargir son électorat pour gagner.

>>> Des talons hauts, une casquette rouge et un Glock sur la cuisse : Lauren Boebert, « étoile montante » du trumpisme

A la Chambre, les égéries trumpistes se savent protégées par Mar-a-Lago. Marjorie Taylor Greene a dû s’excuser pour avoir, avant d’être élue, appelé à l’assassinat de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de cette assemblée. Mais, nouvellement élue du Colorado, Lauren Boebert, autre trumpiste de choc, entend assister aux débats avec son pistolet à tir rapide Glock à la ceinture. Pauvre Abraham Lincoln !

Alain Frachon, éditorialiste au « Monde »

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ « Croire à la science ou pas est devenu une question éminemment politique, sans doute celle qui va décider de l’avenir du monde » par Eva Illouz, Directrice d'études à l'EHESS | Le Monde 10 décembre 2020

La sociologue >>> Eva Illouz retrace l’histoire du complotisme et analyse les causes profondes de l’importance qu’il a prise cette dernière décennie, jusqu’à remettre en question « le pari que les démocraties ont fait sur la liberté d’expression et sur la force de la vérité ».

Tribune. Un habitant de l’Etat du Montana récemment interviewé par National Public Radio (NPR), réseau américain de radiodiffusion de service public, s’exprimait ainsi : « Ce sont des mensonges. Il y a beaucoup de preuves que la “pandémie” due au coronavirus est liée à la Chine communiste. Ils sont en train d’essayer d’imposer le marxisme communiste dans notre pays. »

Dans ces quelques phrases se trouvent résumées presque toutes les caractéristiques de la pensée complotiste : déni de la réalité telle qu’elle est établie par le consensus scientifique ou politique ; perception de la présence malfaisante d’une entité étrangère au sein du pays (ici, la Chine) ; affirmation que cette entité manipule la réalité, répand des mensonges et a pour but ultime le contrôle de la nation ; conviction que cette entité est d’autant plus puissante qu’elle est secrète et invisible.

Chimère cohérente et argumentée

La théorie du complot a donc ici une vocation justicière : elle se propose de dénoncer les manipulations et les mensonges proférés par des autorités (sanitaires, médiatiques, économiques, politiques) et de dévoiler une réalité cachée, celle du vrai pouvoir. Ce récit vise à mettre au jour le pouvoir mondial d’un groupe (les juifs ; la finance internationale) ou d’une personne (les Clinton ; George Soros ; Bill Gates) qui menace la nation ou le peuple : le complotisme se veut donc un contre-pouvoir. Dans ce sens, il a une affinité à la fois avec l’extrême gauche, qui dénonce le pouvoir insidieux des élites, et l’extrême droite, qui défend la nation assiégée.

>>> l’enquête : Aux racines littéraires du complotisme

Même si le complotisme est une forme de pensée magique ou d’hallucination collective, il ne ressort pas du mensonge : il est au contraire une parole de conviction et relève de l’ignorance. L’historien des sciences Robert Proctor et le linguiste Iain Boal ont proposé, sous le nom d’« agnotologie », d’étudier l’ignorance comme fait social. Le complotisme en fait partie, mais avec une nuance importante. Si l’ignorance se définit par l’absence d’un savoir (par exemple 62 % d’Américains interrogés ne pouvaient pas nommer les trois branches du gouvernement de leur pays), le complotisme se présente au contraire comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée.

Plus réservée aux religions

En tant que telle, la pensée complotiste n’est pas nouvelle. L’antijudaïsme médiéval prenait lui aussi la forme de grands délires complotistes, imaginant par exemple que les juifs buvaient le sang des enfants chrétiens pour préparer la matza, le pain azyme consommé à Pâques (le mot « cabale » est un exemple de cet imaginaire à la fois complotiste et antijuif). Mais la pensée complotiste moderne n’est plus réservée aux religions ; elle est en passe de devenir un des discours centraux de notre espace public. En 2014, NPR révélait que la moitié des Américains croyaient au moins en une théorie complotiste. Plus récemment, il est apparu que 70 % de l’électorat républicain pense que les élections ont été frauduleuses. Le groupe QAnon, qui n’a pas été désavoué par Donald Trump et compte même parmi ses plus fidèles adhérents, diffuse l’idée qu’un culte satanique de pédophiles contrôle le monde. L’annonce finale de la victoire de Joe Biden a été vue par le président et son équipe comme un vaste complot fomenté par les démocrates, les industries pharmaceutiques, la Fondation Clinton et le milliardaire George Soros. Cela aura des incidences graves sur la perception de la légitimité du président élu.

Le complotisme contemporain prend la forme du doute critique, remettant en question le pouvoir politique et l’autorité des experts

Le complotisme est en passe de dissoudre l’une des dimensions constitutives de la démocratie, à savoir la tension entre croyances fausses et croyances vraies, entre opinion du peuple et opinion des élites expertes. La liberté d’expression avancée par la doctrine libérale de John Stuart Mill envisageait une telle friction mais considérait avec confiance que la vérité saurait prévaloir. Le pari que les démocraties ont fait sur la liberté d’expression et sur la force de la vérité est désormais remis en question.

La riposte au complotisme est particulièrement difficile parce que ce dernier s’appuie sur des éléments légitimes de la pensée actuelle et s’engouffre dans les brèches des épistémologies contemporaines. La pandémie due au Covid-19 a montré de façon éclatante que la fragilité de la démocratie commence par son épistémologie.

>>> Covid-19 et désinformation : « Les milieux antivaccins sont vite montés en première ligne »

Le complotisme contemporain prend la forme du doute critique, remettant en question le pouvoir politique et l’autorité des experts. Douter de l’autorité était l’injonction glorieuse des Lumières, mais celle-ci se voit dévoyée dans les théories qui construisent le monde comme une vaste toile d’intérêts cachés. Dans une lettre à Arnold Ruge écrite en 1843, Marx appelait à « la critique impitoyable de tout ce qui existe, impitoyable en ce sens qu’elle n’a ni peur des résultats auxquels elle aboutit ni de conflit avec les pouvoirs en place ». Douter de toute autorité établie, voir le monde comme une vaste toile d’intérêts cachés est en effet une constante de la pensée complotiste contemporaine, qui ne croit ni aux procédures de comptage de voix, ni aux principes de virologie, ni aux méthodes scientifiques de certification des médicaments ou au réchauffement climatique. La seule vérité est celle de l’intérêt de ceux à qui le savoir profite.

Comme l’a écrit Luc Boltanski dans une étude remarquable (Enigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes, Gallimard, 2012), le complotisme s’intensifie avec la naissance de l’Etat moderne et avec l’incertitude qui l’accompagne sur la nature du pouvoir politique : qui au juste nous gouverne est la question posée par le complotisme. Est-ce l’Etat, les compagnies de pétrole, les industries pharmaceutiques, les milliardaires ou bien une coalition secrète entre tous ces acteurs ? Comme le sociologue, le complotiste cherche à révéler la réalité des intérêts cachés et se veut donc être une intelligence critique. « A une réalité de surface, apparente mais sans doute illusoire, bien qu’elle ait un statut officiel, s’oppose une réalité profonde, cachée, menaçante, officieuse, mais bien plus réelle », nous dit Luc Boltanski.

« Imagination paranoïaque »

Cette façon critique d’interroger le monde aboutit à ce que l’historien de la littérature John Farrell appelle une « imagination paranoïaque », qui est, selon lui, une des grandes figures de la modernité. Pour Farrell, l’individu moderne perd progressivement de son pouvoir sur son environnement et perçoit le monde comme indifférent ou même hostile à ses besoins, d’où l’émergence du doute systématique. Le résultat, nous dit-il, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

C’est d’autant plus le cas qu’un pan entier de la pensée philosophique du XXe siècle a eu pour but de remettre en question la notion de vérité et le bien-fondé – moral et épistémique – de la recherche de la vérité. Des générations entières formées au foucaldisme ont appris que le savoir était une technique de pouvoir et sont devenues des virtuoses de la suspicion – malgré le désaveu de Michel Foucault pour toute méthodologie de la suspicion. Il avait éludé la question de l’intérêt, mais sa philosophie eut pour effet de faire de la science, au sein même de la communauté scientifique, une question de croyance, position intellectuelle qui ne pouvait que légitimer en retour le camp des non-croyants. Cette remise en question du savoir officiel s’est manifestée avec acuité pendant la crise sanitaire qui a exposé le spectacle des désaccords scientifiques, de la fragilité du consensus scientifique et du caractère construit de ses vérités.

De l'or au bitcoin : bien comprendre la monnaie [Olivier Passet] | Xerfi Canal 24 févr. 2021


Allons-nous au-devant d'un nouveau big bang de la monnaie ? La confiance on le sait est consubstantielle de la monnaie. Sans elle, toutes les transactions se grippent. Et l'élément crucial de cette confiance, c'est d'abord le fait que la monnaie ne soit pas reproductible sans limites et a fortiori duplicable et falsifiable au risque de fausser les échanges. [...]

lundi 1 mars 2021

Parsifal - Prelude · Berliner Philharmoniker · Herbert von Karajan

L'Europe est-elle un mythe ? | France culture 19/04/2019

Une Fabrique de l'histoire exceptionnelle enregistrée le 13 avril dernier dans le cadre du Forum France Culture à la Sorbonne “Et si tout se jouait le 26 mai ? Europe, le moment de vérité”.

Allégorie du Bon Gouvernement (détail, allégorie de la paix),
Ambrogio Lorenzetti (1290-1348), Sienne, Italie
En 1983, Paul Veyne, dans un essai intitulé Les Grecs ont-ils cru à leur mythe ? se demandait si les Grecs, ces "ancêtres" censés nous avoir transmis la Raison, avaient réellement cru aux Titans, cyclopes et autres héros dont ils avaient peuplé leur mythologie.

Se mettant dans les pas du célèbre historien, Emmanuel Laurentin et ses invités Lucien Bély, professeur d'histoire moderne à l'université Paris-Sorbonne, Bénédicte Savoy, historienne, professeure au Collège de France et Achille Mbembe, professeur de sciences politiques à l'université du Witwatersrand (Johannesburg) reviennent au cours de cette table-ronde sur les mythes qui ont nourri la construction d’une Europe politique comme d'une identité culturelle européenne et s'interrogent sur la façon dont nous sommes encore - ou pas - imprégnés de ces différents mythes aujourd'hui, à l'heure où les valeurs de l'Europe connaissent une crise profonde.

Garantir un état de paix perpétuelle entre les peuples est-il le premier des mythes européens ?

Lucien Bély : Aux XVIe et XVIIe siècles, l’Europe n’est pas unifiée, elle connaît une guerre civile permanente, c’est une Europe fragile, même si elle a commencé à être présente dans le monde. Mais justement ces guerres incessantes, ces divisions ont fini par créer des pratiques, des méthodes - des rituels même - qui permettent de maintenir le dialogue malgré les affrontements. 

A la fin du XVIIIe siècle, ces pratiques prennent un nom : diplomatie et naît l'idée que l’on peut apporter une sorte de médecine de la paix à un mal qui serait la guerre. Et en même temps, on commence à réfléchir aux règles de la guerre, au fait qu'elle ne doit pas toucher les populations civiles, bref à un ensemble de normes qui vont forger ce qu’on appelle aujourd’hui le droit international. 

En 1713, l’abbé de Saint-Pierre élabore même un type d’organisation de type « union européenne » destinée à établir une paix perpétuelle. Personne ne mettra en œuvre ce projet qui relevait en réalité davantage d'une union policière mais il va rester dans les mémoires comme un mythe, un espoir et sera redécouvert au début du XXe siècle au moment de la création de la Société des Nations.

Johann Rudolf Huber (1668-1748), Les Plénipotentiaires réunis
autour du maréchal duc de Villars et du prince Eugène de Savoie
au congrès de la paix à Borden, 7 septembre 1714
Espace destiné à faire régner la paix, l'Europe s'est ensuite construite à partir d'un discours qui fait d'elle le lieu de l'universel par excellence.

Achille Mbembe : Le mythe européen, c’est "être le monde" ! Il faut que l'Europe change d’imaginaire ! Elle a souvent eu des problèmes à définir sa place : parfois elle a reconnu qu’elle était "une partie du monde" mais souvent aussi elle s’est pensé comme "le monde". 

Cette dialectique a débouché sur une crise : où sont les frontières de l’Europe ? Et depuis le XVe siècle, elle n’est pas toujours pas parvenue à répondre à cette question. Dans les années qui viennent, celle-ci sera la grande question, pas seulement de l’Europe, mais aussi la nôtre. Le monde est devenu très petit, il n’est pas illimité. Le grand défi historique que l’Europe n’a pas encore résolu c’est comment partager le monde avec d’autres. Or il n’y a pas de partage sans circulation. Comment passer d'une logique de la clôture à une logique de la circulation, seule condition de possibilité de notre durée sur cette Terre ? C’est la question qui se pose à nous tous.

Bénédicte Savoy : Ce pouvoir d’enchantement qu'a exercé l'Europe - et dont parfois nous ne sommes plus conscients - on voit très bien ici dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à partir de quels éléments il a été fabriqué : par des bâtiments comme celui-ci où l’on peut observer ses mythes « Nous descendons des Grecs, des Romains… », ses muses, son culte des grands hommes. 

Les Européens ont été habitués depuis très longtemps à être ceux qui donnent leur sens aux choses. Or nous sommes dans ce moment où il faut reconnaître qu’il y a d’autres manières de donner sens aux événements, aux vies, aux morts. Ce moment est douloureux quand on a été habitué à toujours avoir raison, et le fait que les étiquettes puissent ne plus être données par les Européens suscite semble-t-il une grande peur. Je pense pourtant qu'il y a dans ce lâcher-prise un grand potentiel de joie, et d’avenir.

dimanche 28 février 2021

∆∆∆ ∆∆∆ Le silence assourdissant des économistes face au basculement du monde [Olivier Passet] | Xerfi Canal 18 févr. 2021


Depuis 30 ans, l'idée d'une vertu autorégulatrice des marchés guide l'action publique. 

Les pays avancés n'ont eu de cesse de démonter les barrières, les rigidités qui biaisent les arbitrages privés au plan micro-économique, n'octroyant aux États qu'une fonction correctrice subsidiaire. Avec l'idée que l'harmonie an plan macro-économique repose sur  l'équilibre simultané et non faussé sur les marchés de produits, du travail et du capital. [...]

∆∆∆ ∆∆∆ La relance keynésienne phénoménale des Etats-Unis [Olivier Passet] | Xerfi Canal 8 févr. 2021


Et si l'ère des new deal était de retour et changeait durablement la face de la croissance des pays avancés, les arrachant de la stagnation séculaire ? [...]

∆∆∆ ∆∆∆ Le lobby des taux zéro : cela finira mal [Olivier Passet] | Xerfi Canal 7 sept. 2020


Les taux d'intérêt ont totalement changé de nature. 

Ils sont en théorie considérés comme un prix d'équilibre de marché soldant les tensions entre l'épargne et l'investissement. Et à travers lui tout l'équilibre de la sphère réelle. Puisque l'épargne et la résultante des tensions qui s'opèrent entre la production et la consommation. [...]

∆∆∆ ∆∆∆ La "destruction créatrice" : du slogan à l'imposture [Olivier Passet] | Xerfi Canal 8 avr. 2019


La destruction créatrice est dans toutes les bouches aujourd’hui. 

Nous vivons cette phase de tangage socio-économique où le neuf bouscule l’ancien. Cette vision économique fédère. Elle a quelque chose d’évident au premier abord, et elle séduit par son apolitisme apparent : ni marxiste, ni keynésienne, ni néo-classique. [...]

∆∆∆ There is no alternative (TINA) : Les idéologies sont-elles vraiment dépassées ? | Politikon 26 avr. 2017



Le livre de Francis Fukuyama a suscité de multiples polémiques. On a cru le réfuter, avec facilité. N'annonçait-il pas la fin de l'Histoire, et le triomphe de la démocratie libérale ? 

Or, si on a vu s'effondrer les derniers totalitarismes, on n'en a pas fini avec la violence, avec la guerre, avec l'injustice. Sans doute, et Fukuyama le sait bien. Son propos est autre. Sa perspective est mondialiste. Nous savons que la révolution est terminée, qu'un cycle s'est achevé, et que le nouveau n'est peut-être que le retour du pire ou l'extension de ce qui existe. 

Le devenir de la démocratie mérite qu'on médite les réflexions de Fukuyama, elles ne se réfutent pas aussi aisément qu'on le croit.

Alors que l'idéologie vient légitimer le réel, l'utopie se manifeste comme une alternative critique à ce qui existe. 

Si l'idéologie préserve l'identité des personnes ou des groupes, l'utopie, pour sa part, explore ou projette du possible. Toutes deux se rapportent au pouvoir et font partie de notre identité, mais la première est orientée vers la conservation, la seconde vers l'invention.

À travers une relecture de penseurs comme Saint-Simon, Fourier, Marx, Mannheim, Weber, Althusser, Habermas ou Geertz, Ricœur s'empare de ce couple conceptuel classique pour développer une authentique œuvre de philosophie politique.